ÉTAT DU PAYS AVANT L'ARRIVÉE DES ROMAINS
Le Lyonnais , dans sa généralité , comprend trois petits pays , qui ont presque toujours été réunis : le Lyonnais propre, le Forez et le Beaujolais. Ces trois pays, qui formèrent à Tépoque de la Révolution le département de Rhône-et-Loire, aujourd'hui divisé en deux, tirent leurs noms de celui de leurs anciens chefs-lieux : Lyon, Feurs (1),
(1) Il n'y a pas de doute que le Forez lire son nom de Feurs, en latin Forus^ et non Forum^ comme nous le prouverons plus loin. Nous saisissons cette occasion pour relever en passant l'erreur de ceux qui écrivent Forests ou Forêts le nom de cette contrée, pensant qu'il lui vient des bois dont elle aurait été couverte anciennement. Celte erreur est d'autant plus évidente que le Forez n'a jamais été que médiocrement boisé. Il est bien vrai, comme le dit Expilly dans son grand Dictionnaire des Gaules, que « ce mot est mal écrit Fore^, puisque Ve est Irôs-ouvert; » mais cet au-
Beaujeu. Lyon seul a conservé son rang jusqu'à l'époque de î^a Révolution; Feurs et B«a^ujeu furent remplaças de bonne heure par Montbrîson et Villefranche , villes qui n'eurent pas toutefois l'honneur d'imposer leur nom au territoire ressortissant d'elles.
La ville de Lyon fut fondée dans le premier sifecle avant notre ère sur le territoire d'un peuple gaulois connu généralement jusqu'ici sous le nom de Segzisiani (Ségusiens), mais auî s'appelait .en réalité 'Segu9iavi (Ségusiaves), cooîmfi le prouvent 'une foule «d'inscriptions venues /usqu*à nous, et qu'on trouvera plus^oin. ' * ,
Lé premier écrivain qui fasse mention àes Ségusiaves est César, le conquérant des Gaules. Nous ne remonterons pas plus haut , de crainte de nous fourvoyer, en nous'ïançant dans les hypothèses, U est très-possible que le pays des Ségusiaves ait été occupé précédemment par un autre peuple ; mais il serait oiseux à nous d'aller chercher la vérité au milieu du chaos qui a précédé la conquête dQ nos pays par les Romains. 11 reste bien assez de problèmes à résoudre , même après cet événement, pour qu'on s'arrête à ce point de départ. D'ailleurs, dire quel peuple occupa le territoire des Ségusiaves à une certaine époque ne suffirait pas encore : il faudrait pouvoir nommer tous ceux qui l'ont occupé successivement; car, dans l'état nomade où vivaient jadis les peuplades de la Gaule, état primitif de toutes les populations, il est probable que plusieurs ont séjourné dans la même contrée, soit par suite d'une émigration volontaire, comme celle qui eut lieu dans l'Helvétie du temps même de
tevr a ça tort d'çn conclure qu'il fallait ôcriro Pcreit. G'Mi Foroh^ on mieux Forais, q^'^ aurait dû <îire, avec Adrien de Yaloi» {NùtiHu Calh liarum^ art. Forum S€gusi(m9rum)^ se conformaat à i'^rlbogro^ibe ûûûj^ tée aujourd'hui pour le» nôma de province^ dérivé» <499 viUe»^ Nen^^sett-' lement cette forme orthographique, qui est la pfus natwreUe, 6« reiro^ve dans un grand nombre d'actes du moyen âge, mais encore il paraît qu'^elle était la seule exacte avant que la langue française se fût italianisée sous les Valois, comme le prouvent ces deux vers d'un vieux poëme :
Et les bons oisons du Forois,
Qui valent mieux en un an qu'en trois.
Nous avions même Tintention de Tadopter dans ce travail ; mais nousi y avons renoncé (non sans avoir longtemps hésité), parce qu'il nous. a semblé, en définitive, qu'après la Révolution, qui a anéanti l'existcace. des provinces, il n'était plus permis de modifier ce nom, qu*avait sanctionné Tusage de plusieurs siècles.
César, et dont nous parlerons plus loin en détail, soit par suite de la pression exercée suf les peuples du centre par l'envahissenjent des peuples du Nord. Et cette circonstance explique l'apparente contradiction des historiens anciens, qu'on s'efforPA p« "•••^ '^ concilier; p;^r • — '" «-^ ^Qjj^ néces-
rouve plus cupé quelle alors un nous vou- . , : . rdsduPÔ,
} la Gaule.
iur projet
ijourd'hui
. '•♦ peut-être
)ccupé la ce qu'ils fais, sous paraître, dominafil occupant aux i sur les
la des- :* à une 'état de ent ces siècle, >runter
urieux uiraalànus-
ire et
mduit
tie de
ïs de
dans
teur,
5 en-
ceinte carrée, ouverte par une des faces, celle qui est tournée du côté de l'est. Deux de ces pierres sont au fond , trois au nord et quatre au midi, posées verticalement sur le sol. Le plafond de cette grotte se compose de deux quartiers de rochers aplatis par la nature sur leurs deux surfaces. Comment a-t-on pu amener du sommet des montagnes, à travers les forêts, les rochers et les abîmes, ces granits pesants, dont on ne voit pas Tespèce à deux lieues à la ronde ? Des personnes dignes de foi disent qu'on remarquait, il y a soixante-dix ans, au milieu de cette enceinte , une longue pierre chargée de caractères illisibles et arniée de deux gros anneaux de fer destinés sans doute à la lever au besoin. Si vous demandez aux gens du voisinage ce que c'est que cet^assemblage de rochers bruts et néanmoins disposés avec une sorte d'art, les uns vous répondent que c'est le tombeau que les soldats romains érigèrent à Balbinus, tué dans un combat livré sur les bords de la Loire ; d'autres vous disent que c'est un ouvrage des Sarrasins. »
De la Mure , qui parle de ce monument en deux endroits de son Histoh^e du Forez (p. 94 et 141), et qui le prend pour un trophée militaire des Ropiains, dit qu'on l'appelait les Grandes-Pierres. C'est en effet le nom qui convenait à ce monument druidique, du genre de ceux que les savants appellent dolmen ou alle'e couverte. Il fut détruit en 1811 par le propriétaire du fonds sur lequel il se trouvait, pour réparer une chaussée destinée à défendre ses terres contre les érosions de la Loire. Nous sommes heureux de pouvoir en donner ici un dessin fidèle, exécuté, par ordre de M. le préfet Imbert, par M. du Rosier, de Montbrison. On remarquera qu'il ne semble pas se rapporter en tous points à la description d'Antoine Granjon ; c'est une raison de plus pour y tenir (1).
« Au nord du château de la Goutte, continue le même auteur, près du bourg d'Urfé, et dans le voisinage de la maison de Chazeîet, est une grotte que Ton nomme le Creux-des-Fades, On sait que ce nom de fades, dérivé de celui de fées, vient du mot fatidicœ, que les Romains donnaient aux druidesses.
« Sur le chemin qui conduit de Saint-Romain-le-Puy aux Vignes- Plantées t à l'aspect de l'est, et précisément à l'angle que vient décrire un autre chemin qui se perd dans la plaine , est une pierre de granit , en forme d'auge , de six pieds de hauteur sur trois de largeur dans l'excavation. Elle est droite et assise sur un des côtés
(1) Voy. planche I".