‹ Description du pays des Ségusiaves, pour servir d'introduction à l'histoire du LyonnaisChapitre 8 sur 36 · INSCRIPTIONS · texte numérisé non relu

INSCRIPTIONS

S !•''. (Premier siècle avant notre ère.)

Nous commencerons cette série par une monnaie d'argent bien' connue des antiquaires (1), et portant le nom ethnique des Ségusiaves ; monnaie dont le faire donne une haute opinion de l'état des arts

(1) Celte pièce est reproduite dans tous les ouvrages de numismatique gauloise; nous Tavons donnée nous-même dans notre Mémoire sur les origines du Lyonnais^ en la revendiquant pour nos Ségusiaves, et celte allribulion est maintenant universellement admise.

chez ce peuple à une époque antérieure à la coHquête, ou tout au moins contemporaine de cet événement. En effet, cette monnaie a probablement été frappée à Feurs dans le premier siècle avant notre ère.

Avers. SEGVSIAV[V]S {!)• Buste jeune, imberbe, casqué, tourné à droite; le casque est orné d'une crista; le buste est couvert d'un paludamentum ; sur Tépaule droite- une lance dont la pique sépare les deux dernières lettres de rinscriptiqn, qui est- elle-même divisée en deux parties par le casque» . '

Revers. ARVS. Hercule nu, debout, s'appuyant sur la jambe droite. Il occupe le centre du champ* Sur son bras gauche est jeté la peau du lion de Némée, De la main il touche Télesphore, élevé sur un cippe et couvert d'un manteau qui ne laisse voir que la tête nue et les pieds. Son bras droit est également étendu, et de 1^ main il touche ou plutôt consacre sa massue, placée debout sur un cippe.

Poids : 30 à 36 grains. — Diamètre : 25 millimètres.

Pièce rare. (Il y en a trois exemplaires, dont un fourré^ au cabinet des Antiques, à la Bibliothèque nationale.)

La ûgure représentée à l'avers est évidemment le génie éponyme des Ségusiaves, comme l'indique le nom de ce peuple écrit au nominatif singulier (2). On trouve, en^effet, une figure analogue sur toutes les monnaies gauloises portant un nom de peuple, écrit de même au nominatif singulier : Turonus^ SarUomis^ Remm^ Aulircus, etc. (3).

Les types du revers sont plus difficiles à expliquer. Suivant M.Duchalais (5) , la présence simultanée d'Hercule et de Télesphore signifierait que les Ségusiaves possédaient sur leur territoire des eaux thermales ou minérales, le fils d'Alcmène étant considéré par les

(1) Lorsque deux V se rencontraient ensemble dans une inscriplion, il était d'usage d'en supprimer un.

(2) Voyez sur ce sujet deux articles de M. A. de Longpérier, insérés, l'un dans la Revue de philologie, i. H, p. 193 (1847); l'autre dans le Bulletin de r Académie royale de Belgique, t. XIX, no 7, 2« partie, p. 295.

(3) Voyez plus loin le § 6 de la 2® section de ce chapitre (p. 36).

(4^ Description des médailles gauloises faisant partie des collections de la Bibliothèque royale, p. 131.

aDciens comme le protecteur (le ces eatu t>ienfais9ntes, et Télesf* phore comme présidauit à la coQvalesccQce. 11 existait, en effet, comme on le verra plus loin, .plusiieurs sources minérales et thermales sur le territoire des Ségusiaves, et quelques-unes sont même encore assez fréquentées dans la belle saison.

Quant au mot ARVS, qu'on lit. sur le revers de notre médaille, voici ce qu'en dit M. Duchalais (1) : «Ce mot semble s'appliquer à Hercule ; mais c'est un mot gaulois, et comme, quoi qu'on en dise, la langue gauloise est encore à trouver, nous n'avons que des con-» jectures à présenter à ce propos^ Qu'on nous, les pardonne, Eç grec, "Apoç signifie secoure, "Aç^uç est un surnom i^Bacchtis, et 'Aprjç le nom de Mars, S*îl était permis d'aller chercher dans le grec Tétymologie du mot gaulois (on sait que les deux langues sont sœurs), nous dirions que le gaulois Aru$ doit être analogue aux trois mots grecs. Oh sait que Baccjius Aretis com"battit les géants comme Hercule, qu'Hercule est souvent comparé à Mars, et enfin qtfij porte souvent le nom de SoiTiip. Nous sommes donc porté à croire qu'il est question ici d'un Hercule Ams, honoré spécialement chez les , Segmiani; qu'^rws signifie secourable, et parce que le demi-dieu vint au secours de Jupiter et de l'Olympe, et parce que, sans doute, il est encore considéré ici comme protecteur des eaux thermales. »

Quelle ,que soit l'autorité de notre regrettable ami dans ces matières, où il était passé maître, nous proposerons une autre expli- . cation, qui nous semble plus simple, et que nous trouvons dans son livre même. Ce livre, en effet, ne nous offre pas un seul autre exemple qui puisse étayer l'opinion exposée plus haut : nulle part on ne voit sur les monnaies gauloises la légende expliquer les types du revers ; il est même irrationnel de penser qu'on aurait cru devoir inscrire le nom d'un dieu au-dessous de son image parfaitement caractérisée. Le mot Arm nous paraît être le nom du chef ségusiave sous le gouvernement duquel cette médaille a été frappée. Ce fait de la mention d'un nom de chef se reproduit sur toutes les monnaies gauloises connues; conune, par exemple, pour ne citer que celles qui sont bien déterminées, les monnaies des Éduens, sur lesquelles on voit d'un côté le nom de ce peuple, Eduis ou mieux Eduus^ et de l'autre les noms de Litavicus, de Diimnorix, d'Orgetorix (2) ;

(1) Description des médailles gauloises^ etc., p. 134.

(2) Voyez Hist» de Vancienne cité d'Autun^ par Edme Thomas, édit. de 1846, in-4o, p. 352 ; Autun archéologique, in-8o, 1848, p. 4; Description des médailles gauloises^ par Duchalais, n<» ;^48 à 357.

celles des Carnutes, sur lesquelles on lit, en grec, Iç nom KAPNITOC (Camutus) d'un côté, et de Vautre l,.. Cil {moi illisible), ou TÀSGflTtOC [Tasçethui) (1) ; celles des TuroQS, sur lesquelles on lit d'un côté Tur<mo8 (pour Turtmus) , et de Taotre Caniorix (2) ; celles des Rémois, sur lesquelles on lit Remos (pour Remua) et Aiisios (pour Aliaius] [S) ; celles des Ébtirons, sur lesquelles on lit Ebîiro[s] (pour Ebums) et Ambilo (qu'on propose dé lire Tambilio ou Ambiorix) (4); celles des Santons, ou on lit Sanionos {ipo\xr Santormà) et Arivos (pour Arivtu) (5)-

Nous«nous arrêterons à cette dernière monnaie, sur laquelle nous trouvons un nom de chef presque identique à celui qui figure sur celle des Ségusiaves.

Sur. toutes on trouve un type analogue : c'est, une tête jeune, imberbe, casquée ou diadémée, qui nous paraît représenter le génie époAyme de la nation, avec les attributs de la jeunesse, de la beauté et de la force. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet, en parlant du temple de Rome et d'Auguste élevé au confluent du Rhône et de la Saône, c'est-à-dire sur le territoire des Ségusiaves, par les nations de la Gaule chevelue, qui y placèrent leurs statues.

D'après Lelewel (6), notre monnèiie aurait été frappée après la conquête, mais avant la crémation de l'atelier monétaire de Lyon, qui eut lieu sous Auguste, l'an 27 avant notre ère, sur le conseil d' Agrippa, et qui amena la suppression de la fabrique des monnaies autonomes des Gaulois.

Un fait qu'il convient de noter ici, c'est que la matière dont se composait la monnaie des Ségusiaves a probablement été recueillie dans leur territoire même, car le sol de cette portion de la Gaule produisait divers métaux et en particulier de l'argent. C'est ce qu'on verra dans le paragraphe suivant, et ce que prouve d'ailleurs le noni de VArgenlière [Argentaria) resté à plusieurs localités du Lyonnais. L'une d'elles, située dans la commune d'Âveize, con-* serve encore des traces des travaux des Romains. Voyez le Compte rendu de l'administration des mines, in-i°. Imprimerie royale, 1846.

{\). Description des médailles gauloises ^ par Duchalais, n«>» 370, 371.

(2) Ibid., noi 437, 438.

(3) Ibid,, no» 545 à 549.

(4) Ibiè., ne» 524, 525.

(5) Ibid., no» 27 à 29.

(6) Page 369 de son livre sur les types gaulois.

§ s. ( Premier siècle de notre ër^, )

On conservait jadis ^ Feurs (où il avait été trouvé) un polit' tno^ nument très-curieux, désigné sous le nom de poids désitùmdihsi C'est une petite masse de bronze ayant la forme d*une grosse pomme, ou, comme dit de la Mure, d'iin « globe duquel oti aurbît osté également des deux costés environ la quatrièïrie partie (1).» Gemônum^il entra ensuite, nous ne savons comment, dans le cabinet de Fabbéde Tersan (2), d*où il passa dans celui de M. Durand, et enfin de celuici dans le Musée des antiques du Louvre, où il se trouve aujourd'hui, et où M. Adrien de Longpérier, conservateur de ce dépôt, a bien voulu nous le montrer. Il porte ririscriptîon suivante, incrustée en lettres d'argent d'une belle forme sur l'un des côtés (S) :

DEAE • SEG -F . , i

Restitution donnée par de la Mure :

Deœ Seg{tiSTani) F[orî), P{ondo) decem.

En français :

« Poids de dix livres, dédié à la déesse du marché des Ségusiens. )>

M. Roux propose de lire DecB Seg{etiœ) f{ide} (4) ; mais la disposition des sigles de la première ligne nous semble contraire àrcette lecture (5). La lettre F qui la termine est le complément naturel de SEG., qui l'explique à son tour. 11 est évident qu'ils se rapportent Tun et l'autre à un nom géographique, nécessaire ici , où la déessre Segetia. onSegesta n'a rien à faire. Quelques éruditsnous ont propôiSé cette autre lecture beaucoup plus rationnelle : Deœ Seg{nsiavœ) f\p^ rm8es)y «les habitants de Feurs à la déesse Ségusiave ; » mais nous croyops. pouvoir nous en tenir à la première, proposée par de la Mure. En tout cas, dans l'une et l'autre lecture, la lettre F dés^ne la ville 4e Faurs, et l'abréviation est facile à expliquer sur un monument destiné à cette ville.

(1) Hist, du pays de Forez ^ p. 85.

{2) Voyez le catalogue de vente de ce cabinet, p. 26, n® 200, oùTinscription est donnée d'une manière inexacte.

(3) 'Voyez-en le fac-similé, planche II, n» 2. ^Œ\ ^Recherches sur le Forum Segusiavoi-urriy p. 67. '

(5) iï a sans doute' été 'trompé par la mauvaise Icclure de rinscription donnée par Spon (illfiscc//(7fï., p. 109). ' '

Celte inscrrptioQ prouve^ ao rester ,qm ce n'était pas là un poids uauel, mais un étalon destiné à servir de régulateur pour tous les autreis, poids ; c^es\,pourquoi il est dédié à là déesse du marché des Ségusiaves.. . ^ ,.

Les. si^es, d(5 la ^cçnde ligne n'offrenj. aucune obscurité. Ils sont d'ailleurs çxpjiqués p^i; le pQi4§ même de cette masse, qui est, suivant de la Mure (1), 4? sept livres et demie poids de roi, lesquelles « font justement dix livres en l'ancien poids romain, d'autant que la livre ancienne deç Romains, selon l;ous les auteurs qui ont traité de, ces matières, ainsi qu'on peut voir chez Gusepsius et Perottus,

étoit pour certain seulement de douie onces Qui ne voit que sept

livres et demie à. seize onces font dix livres à douze onces De

sorte que l'on se servoit dans le marché des Ségusieiis de l'ancienne livre romaine, qui étoit beaucoup plus légère que celle d'à présent... et pour marque de cet ancien/ usage, nous voyons encore dans Feurs, où s'est trouvé ce poids.... que le poids encore usité en cette ville est plus léger^qu'aucun dont on se serve au reste du pays. »

N'ayant pu constater le poids de ce monument d'après notre système actuel (2) de pesage, nous ne saurions dire jusqu'à quel point la remarque finale de de la Mure est fondée ; mais nous avons fait peser deux poids également en^bronze, de la même forme, et probablement du même temps, qui se trouvent dans le musée de Lyon, et le résultat de cette opération semble donner raison à notre vieil historien. En effet, le premier de ces poids, qui est de deux livres, mais sans aucune inscription, pèse 640 grammes (n® 644 du musée) ; le second, qui est de trois onces, chiffre indiqué par trois points incrustés en argent sur l'une des parties planes, pèse 79 grammes (n** 645 du musée). Or cela nous donne environ 320 grammes à la livre, chiffre qui, multiplié par 10, donnerait 3 kilogrammes 200 grammes pour le poids de Feurs. Les sept livres et demie de de la Mure devaient donc être bien faibles. Comme le poids de* Feurs, celui de trois onces du musée de Lyon porte sur l'une de ses faces une inscription par laquelle on apprend qu'il a été fabriqué sous l'empereur Claude : Tl. CL. CA. AVG. [Tiberins Clatdius Cœsar Au"

gustus.)

(1) Hist. du pays de ForeZy p. 90-91.

(2) Il n'y a malheureusement au I^ouvre aucune facilité pour les éludes, et cet^e circonstance fait perdre beaucoup de leur valeur aux objets précieux qui y sont conservés.

ïrès-probabletiient le poids de Feurs datait dninême temps, peut-être môme de IVpoque où Auguste vint réorganiser, ou pour mieux dire romaniser la Gaule, c'est-à-dire deTépoqucoù ce prince, suivant les conseils d' Agrippa (1), réforma le système des divisions territoriales de ce pays, supprima le monnayage autonome au profit d'un hôtel des monnaies créé à Lyon, et donna des poids uniformes aux Gaulois, ce qui eut lieu Tan 27 avant notre ère.

S 3. (Premier siècle de noire ère.;

On voit dans le musée Calvet, à Avignon, un lingot ou saumon de plomb, du poids de 49 kilogrammes/ ayant à peu près la forme qu'on donne encore aujourd'hui à cette 'matière au sortir du fourneau, c'est-à-dire celle d'une tablette de chocolat, ou, pour parler plus exactement, celle d'un parallélipipède ou hexaèdre dont les deux plans principaux sont rectangles, mais inégaux^ et réunis par des plans en biseau. La face inférieure, celle qui sej|. de base au lingot, a 0",48 sur 0™,11, et la face supérieure ô^sW 1/2 sur 0°*,06; la hauteur de ce lingot est de 0™,12 (2). Sur la face supérieure on lit en relief l'inscription suivante, en caractères d'une bonne époque, ayant 3 centimètres de hauteur :

SEGVSIAVIC

M. Deloye, conservateur du musée d'Avignon, qui a bien voulu nous envoyer un estampage de cette inscription (3), pense qu'il faut lire ici Segusia viens., et que ces mots désignent une localité appelée Suze, comme la ville de Piémont qui tire le sien des Segusii ou Segmini. (cLe nom de Suze, ajoute-t-il, est assez commun, et sans parler de Suzette, qui est dans le département de Vaucluse, il y a deux lieux de ce nom dans le département de la Drôme, Suze- ' en-Diois et Suze-la-Rousse. Il faut noter que ce dernier n'est guère distant que d'une lieue de Barri, hameau dépendant de la commune de Bollène eloù notre saumon a été découvert, en 184^, à cinq mètres de profondeur, en faisant une excavation pour extraire des pierres. Je serais donc porté à l'attribuer à Suze-la-Rousse, s'îlw'é-

(1) Dion. Cass., 411, 30.

(2) M. Léon Renier mentionne un saumon de plomb trouvé rn Algérie, qui a des dimensions analogues, Inscriptions de VAtgérie^ n» 40*21.

^3) Voyez-en le fac-similé, pîanciie II, n® 1.

Pin.

— ÎO —

àrépoque gallo-romaine. Voyez ce qu'a écrit à ce sujet M. Roox dans ses Recherches aur le Forum SeguHavùrum^ p. k* Depuis, de nouvelles découvertes et Tétude plus attentive de celles faites auparavant ont dis»pé toqtes les incertitudes (1).

S 7. (Premier ou deuxième siècle.) ^^

Le fragment d'inscription suivant (2) se lit sur une pierre engagée

dans le mur extérieur d'une maison appartenant à M. Condamine ,

sur le chemin du point d'Alaïs, vis-à-vis de la Favorite, à l'ouest de

Lyon, c'est-à-dire Bur l'ancienne voie romaine conduisant de cette

ville à Feurs.

Page 1