‹ Description du Royaume Thai ou SiamChapitre 22 sur 96 · MOEURS ET COUTUMES DES THAÏ · texte numérisé non relu

MOEURS ET COUTUMES DES THAÏ

XOEUas.

Les Siamois appartiennent à la variété de Y ^ humaine que les ethnographes désignent par e nom de race mongole; leur taille moyenne ^ d'enriron cinq pieds deux pouces ; ils ont les nombres inférieurs forts et bien proportionnés, le (iorps long, les épaules larges et les membres de la poitrine bien développés, le cou court et la tête bien proportionnée ; enfin, les mains grandes et le teint <di^àtre : la partie supérieure du front est étroite; U visage, entre les pommettes, large, et le menton ^it à son tour ; les yeux sont noirs et biea fen*dos; le blanc en est d'une teinte jaunâtre; le nez

un peu écrasé, les narines larges, les lèvres s'avancent un peu ; les cheveux sont d'un noir de jais et rudes ; ils les gardent en touffe sur le haut de la tète ; le reste de la chevelure est rasé. Ils épilent les quelques poils de barbe qui leur viennent aa menton et à la lèvre supérieure. Les femmes gardent aussi une touffe de cheveux sur leur tète, mais moins haute, et toujours pommadée et bien peignée.

Quant aux enfants, dans leur bas âge, on leur rase souvent la tète; à trois ou quatre ans, on leur garde un toupet rond au sommet de la tête, mais un peu en avant. Les petits garçons et les petites filles conservent jusqu'à l'âge de douze à treize ans ce toupet de cheveux bien peigné, pommadé , artistement noué et retenu par une belle épingle en or ou en argent, que les pauvres remplacent par un piquant de porc-épic. Les personnes riches tiennent à honneur d'avoir les ongles bien longs ; les filles et les jeunes gens se les rougissent i avec le suc d'une certaine plante; Tout le monde 3 tient à avoir les dents noires, car, selon eux, c'est ' un point essentiel pour être beau. C'est pourquoi, dès l'enfance , on se frotte les dents avec une poudre noire, de composition chinoise ; l'usage du

CostuniL' ut pODe il'un hnmme Ju peuple à Siani,

1C| et surtout du bétel, contribue encore à leur e acquérir celte sorte de beauté.

^ costume des Siamois est très-simple : ils t nu-pieds et nu-téte; ils ont pour tout habit

pièce d'indienne peinte qu'ils attachent à leur iture 9 en relevant les deux bouts par derrière >t ce qu'on appelle le langouti). Cette manière s'habiller est commune aux deux sexes. Les les filles et les femmes mettent en outre une ïrpe de soie en sautoir, de manière à ce qu'une

extrémités retombe sur l'épaule en arrière; lis que les hommes se contentent d'un mor- 1 d'étoffe blanche, dont ils se servent tantôt ime ceinture, tantôt comme mouchoir, pour lyer la sueur, et quelquefois en guise de turban r 86 protéger des ardeurs du soleil. Les peraes de condition médiocre se servent rarement parasol; les grands, au contraire, en ont tours un. Les personnes du peuple , hommes et mes, se servent, en guise de chapeaux, d'une le de corbeille très-légère, faite de feuilles de [nier. Lorsque les inférieurs vont trouver leur érieur, ils doivent avoir une ceinture de soie our des reins. Le roi et les princes ne se disguent nullement de leurs sujets par la forme ^

mais seulement par la richesse du costume^ et por^ tent ordinairement des sandales chinoises. Depaii le milieu d'octobre jusqu'au mois de février, tout le monde , hommes et femmes , porte une vesU étroite^ dont la forme est différente pour les ded sexes ; mais les riches et les grands revêtent alorl la veste japonaise» qui ressemble à une bloattl ample et longue , confectionnée avec des soierid de Chine , toutes en couleurs éclatantes. S'il fait froid , on s'enveloppe en outre d'un manteau ei soie ou en drap.

Les Siamois ont une passion pour les bijou | d^or et d'argent ; si vous en exceptez les escla^ | il n'y a pas de famille , quelque pauvre qu'elle i soit, qui n'en possède une certaine quantité. Les ' personnes pauvres mettent à leurs enfants dek bracelets d'argent aux pieds et aux mains , et i leurs femmes, des boucles d'oreille, avec une sorte de collier en sautoir à grains d'argent. Ma» les riches ornent leurs enfants et leurs femmes de {dusieurs couples de bracelets, de colliers, de m^ dallions, de bagues et autres bijoux, tous en or pur. Dans les jours de fêle, il n'est pas rare de voir des enfants chargés de bijoux en or du poids d'une on deux livres.

CoElume Bl pose il'uiie jeune Siimoise il

Les petites filles, dès leur bas âge, jusqu'à* uze ou treize ans, portent un ornement d'or ou irgent, qui a la forme d'un cœur, pour voiler les rties naturelles. On remarque aussi au cou des fonts des deux sexes une tablette de métal, ap-^ lé bair^éma, sur laquelle sont gravés dès carao* ■es superstitieux. La plupart dés filles portent eh itoir sept gros grains d*or ou d'argent, comme pré^ "vatif de leur petMnne; les hommes portent éga^ nent autour des reins une balle métallique, à la-^ elle ilsattribueut la vertu de rendre invulnérable. 4prè8 avoir parlé du costume des Siamois , j^ iix dire un mot de la nudité qui est en usage M ce pays. C'est la coutume de laisser absohi^

mt nus I^ enfants de Tun et de 1 autre sexe, Mpi'à Tâge où ils seront capables de nouer eux^ ta» leur.langouti; les jeunes filles ne «e cou* ent la poitrine que lorsqu'elles sont parvenues à jg^ de puberté, et les jeunes femmes, après un L ou deux de mariage, quittent le voile dans leur énage, usage révoltant pour des Européens, maus 11, chex eux, ne fait pas la moindre impression. Les Thcd sont d'un caractère doux, léger, irré* dchi, timide et gai ; ils n'aiment point les disputes hen qui sente la colère ou i'impatieuce ^ \1& %^r

raient scandalisés d'entendre un prêtre parler aiee zèle et véhémence dans son prône. Us sont paroseux , inconstants , distraits et surtout grands demandeurs. Quand ils voient quelque chose curieux entre les mains d'un étranger, ils dési l'avoir; mais aussi, quand ils ont reçu, ilssoiH^ très-empressés d'offrir des petits cadeaux potf [ montrer leur reconnaissance. Ils ont l'esprit uh ^ mônier et ne laissent jamais partir un pauvre mm u lui donner des cauries, du riz ou des fruits. Le ni lui-même distribue ou fait distribuer tous les joun des comestibles à plusieurs centaines de pauvret. À l'extérieur, les Thai sont très-réservés en ceqù concerne les rapports avec les femmes, et leon lois sont très-sévères sur cet article. La moindn caresse faite à une femme donne souvent lieu à procès, et celui qui est convaincu d'avoir p quelque liberté avec la fille ou la femme d'on autre, court quelquefois risque de se voir vendit comme un vil esclave. Les Tkai sont très-ami* teurs des jeux et des divertissements, et on p^ dire qu'ils passent presque la moitié de leur temp à s'amuser. Us sont spirituels et intelligents, et ik imitent fort bien certains objets d'art qui viennent d'Europe. La plupart désireraient beaucoup s'eze^

* dans les métiers et les arts industriels ; mais mme le roi prend à son service tous ceux qui assissent dans quelque profession, ils n'osent pas oduire leurs talents, et ne travaillent, pour ainsi re, qu'en cachette.

Cette nation est remarquable par sa douceur et n humanité ; dans la capitale , qui est très-polieuse, il y a rarement des disputes sérieuses ; un eurtre est regardé comme un accident très- :traordlnaire , et quelquefois l'année entière se u»e sans qu'il y en ait eu un seul. Les Thai revivent les étrangers avec bienveillance ; ils sont ës^zélés pour procurer le bien-être aux voyageurs ; s particuliers font , à leurs frais , des sentiers en iqueset des ponts en planches; ils bâtissent, de stance en distance, le long des rivières, des salles asile où les voyageurs peuvent s'abriter, faire la lisine et passer commodément la nuit. Les femmes )ussent l'attention jusqu'à puiser tous les jours de eau » dont elles remplissent une grande jarre , lacée le long de la route , pour étancher la soif u voyageur. Ce n'est pas seulement envers les lommes que les Thai exercent leur humanité, oais encore envers les animaux ; ils auraient scru* mie de tuer un animal quelconque, même une

fourmi ou le moustique qui leur suce le sang. Une fois, je voulais exiger de mon jardinier qu'il tuit les scorpions ou les serpents qu'il rencontrerait en piochant la terre : c Si cela est ainsi, me dit«il, j< m'en vais chercher un autre ouvrier; je ne peut pas me rendre coupable de meurtre pour un méchant salaire, i  certaines époques de l'année; les personnes ridies achètent des barques toatei pleines de poissons, qu'elles font ensuite jeter k k rivière, parle seul motif de commisération eimn les animaux; c'est par le même motif que le roi défend la chasse et la pêche tous les huitième et quinzième jours du mois.

Les Siamois sont très-obéissants et témoignenl un respect extraordinaire pour l'autorité. Sani parler de la vénération qu'ils ont pour le roi, an* qiiel ils rendent des honneurs presque divins » ft témoignent aux princes^ aux mandarins et en gé^ néral à tous leurs supérieurs , un respect profond et une obéissance parfaite. La vieillesse est trèi en honneur parmi eux; les enfants se montrent pleins d'égards, de respect et d'attention enven leurs père et mère, et il n'y a pas cTaffront auquel ils soient plus sensibles qu'à une injure envers les auteurs de leurs jours.

Let l^amoîf estiment beaucoup la franchise et ûncérité ; ce n'est pas à dire pour cela que le ensonge leur soit inconnu ; au contraire ^ il leur rite souvent de mentir, mais rarement à leurs ;aux ; c'est presque toujours aux supérieurs qu'ils entent, en vue de s'excuser ou d'échapper à une mition qui les menace*

On peut dire généralement que les Siamois ont erreur du vol, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a is de voleurs parmi eux ; car les princes et les landarins s'appliquent continuellement à extor^ ler l'argent de leurs subordonnés; les grands lefs volent les chefs subalternes, et ceux-ci volent pauvre peuple. Il y a, en outre, dans le pays, le foule de vagabonds, d'esclaves fugitift, de ueurs, d'ivrognes et de polissons qui cherchent, isissent toutes les occasions de voler les fruits des idins, les barques attachées près des maisons et s effets des marchands ambulants. Quant aux ngands, ils n'osent pas se présenter dans le cœur B royaume, ils se contentent d'exercer leurs ra« ines dans les forêts et de voler les bœufs ou les affles des petits hameaux situés dans le désert, ta reste, les brigands sont trè8-*rares , parce que le mivemement met beaucoup de zèle à s'emparer

de leurs personnes , et les gouverneurs sont responsables de tous les forfaits que les malfaiteun pourraient commettre dans leurs provinces.

Le suicide, qui est très-commun parmi les Chinois , est extrêmement rare chez les Siamois. Oâ cite deux ou trois histoires de fanatiques qui ^ par une criminelle ostentation , s'enduisirent le corpi d'huile et de résine et se firent brûler pour s'ofirïri disaient-ils, en sacrifice à Buddha. 11 y a une vingtaine d'années, un malheureux annonça qu^ilse brûlerait publiquement. 11 monta en efiet sur le bûcher; mais à peine se vit-il enveloppé de flammes, qu'il sauta en bas et alla se jeter dans 11 rivière.

Les habitations des Thai sont très-proprtt,

très-saines et bien appropriées au climat , parce qu'elles donnent passage à un air rafraichissantt Celles des pauvres sont extrêmement simples; elles sont de plain-pied, les colonnes sont en bambous ainsi que les parois, et le toit est composé de j feuilles de palmier nain entrelacées et liées à une * charpente également de bambou. Dans la chambre à coucher il y a toujours un planchera la hauteur d'un mètre environ ; la plupart du temps, ces maisonnettes ont un étage, auquel on monte par une

chelle de bambou, et qui est divisé en trois pètes chambres, séparées par des cloisons de feuilles u de lattes entrelacées. Le dessous sert d'entrepôt our le riz, l'eau et les ustensiles de ménage. Les ersonnes qui sont à l'aise emploient des colonnes e bois de fer, et ils font la charpente et le planiier en bois de tek. Les marchands aiment à se miT sur l'eau et habitent une boutique toute en tanches, laquelle flotte sur un radeau de bambous. Les riches ont de belles maisons en planches, ouvertes en tuiles, et, comme lejir famille est toumrs très-considérable, à cause de leurs femmes et "une troupe d'esclaves, il leur faut trois ou quatre àtiments : un pour les femmes, un pour les iclaves , le troisième pour la cuisine et le quaième pour recevoir les visites. Chaque bâtiment it divisé en trois ou quatre compartiments ou liambres , plus ou moins grandes. Le bas de la laison n'est jamais habité ; il sert de magasins et . grenier.. LnégociaoU, le. «..ndarin. et le, rinces se bâtissent ordinairement des maisons en riques, dont l'architecture est ordinairement à la oanière des Chinois ; ces sortes d'habitations sont iMrt élégantes à l'extérieur ; mais à l'intérieur, elles ODt obscures , n'ayant que des petites fenêtres en

planches, excepté les salles de réception, qui n'ont pour parois que des treillis ou balustrades. 11 y i près d'un quart de la population qui demeure dan des barques de toute forme et de toute grosseur; ce sont des familles de petits marchands qui jm* \ tent en station dans la capitale ou qui font le commerce d'un lieu à un autre ; ils sont tellemest accoutumés à rester jour et nuit dans leur barque^ qu'il leur faut un cas extraordinaire pour les fiûn monter à terre. Les habitations des talapoins sont en général plus belles ^ plus propres et plus cooh modes que celles des laïques de quelque condition qu'ils soient. Comme la plupart des maisofli de la capitale sont en bois^ les incendies sont trèk fréquents et consument quelquefois jusqu'à millo ou quinze cents maisons. Quand cette calamiU arrive , le tumulte et le désordre sont extrémoi; la foule est immense, on n'entend de toutes parti que des pleurs et des cris confus, niélés au frâctt des maisons qui s'écroulent et de l'incendie qû dévore. Parmi la foule, les uns fuient avec ce qu'ib ont pu sauver, les autres accourent afin d'empor? \ ter ce qui tombe sous leurs mains. Dans ces tristes conjonctures^ plusieurs périssent victimes de leur curiosité ou de leur cupidité. Quand l'incendie est

— tu —

insidérable, les princes et les mandarins se trans- }rtent en personne sur les lieux avec leurs satelr tes; on amène les éléphants pour renverser les laisonsque les flammes n'ont pas encore atteintes ten disperser au loin les débris pour arrêter incendie, en lui ôtant la matière nécessaire à son ntretien.

Les meubles qu'on rencontre dans les maisons Bi Thai sont : des nattes de jonc ou de rotin plus D moins fines et délicates, selon la condition ; OHiite une estrade en planches, qui ordinaire^ lent sert de lit. Ajoutez à cela quelques bancs, des Mrbeilles, des paniers, quelques bassins et vases ft cume, un arc, des couteaux de différentes for* les, des coussins, une moustiquaire, des cruches ft terre et quelques vases de porcelaine grossière, Mlà tout ce qui compose l'ameublement des gens B peuple. Dans les villages, les nattes sont géné^ ilement remplacées par des peaux de buffles^ jde Bffii ou d'autres animaux. Quant aux riches, ils ut en outre des lits sculptés, des tapis, des mate* m, des rideaux, des ineubles en marqueterie de kacre, des lances,' des fusils et d'autres.armes;.de8 petites tables chinoises, des malles, des petites tades de cuivre pour poser les comestibles, et de

plus, des crachoirs , des pots, des tasses et des aa^ siettes de porcelaine de Chine. Chez les grands, oq trouve en outre des canapés, des fauteuils, dés miroirs, des horloges et quantité de vases en verra ou en cristal, sans compter la vaisselle d*or ou d'argent. Comme les Siamois font eux-méam leurs maisons et emploient leurs esclaves à toolQ sorte d'ouvrages, ils ont besoin de divers instru-; ments ; ainsi, dans presque toutes les maisoi vous trou verrez de gros marteaux, des coupere une scie, des ciseaux , un rabot , un vilebrequifli une pioche, une bêche, une hache, etc. Voici Té* numération de leur vaisselle et ustensiles de cuh* sine : un petit foyer en terre cuite, une poêle, marmite de terre pour cuire le riz, une marmite di terre pour les ragoûts, un grand bassin de cuivn jaune, un petit bassin, une grosse cuiller de cuim jaune, une cuiller de nacre» une cuiller de cocOi un bassin de coco, un plateau de cuivre, un plateu de bois, un bâtonnet pour manger le riz, une gnm jatte de porcelaine, un pot-à-eau en métal, des 9Sh siettes et des tasses de porcelaine. Pour le service dl thé, il faut : une bouilloire en cuivre ou en grès, un plateau à rebords, une théière, des petites tasses et une boite à thé en plomb. Pour le service de l'arec

:u bétely ils ont un plateau à rebords en cuivre contient des ciseaux de forme particulière pour iper Tarée ; un petit pot de métal muni d'une spa« s pour la chaux rouge, une boite à tabac, un pe< vase de pommade pour se frotter les lèvres, un re contenant des noix d'arec, une coupe à mettes feuilles de bétel, un flacon de camphre et IX petites coupes pour le cardamome , les clous girofle et le cachou, dont plusieurs personnes t usage avec le bétel.

La nourriture ordinaire des Thai consiste en ^ poissons, légumes et fruits ; ils ne font pas de n ; cependant on y apporte de la bonne farine froment dont ils font des gâteaux. L'usage du n ne convient point à ce pays chaud et finirait * occasionner la dyssenterie. Les Chinois et les bes mangent beaucoup de viande de porc, qui très-digeste et plus saine qu'en Europe. On fait outre, à Siam, une grande consommation de ailles, de viande de cerf, d'oiseaux aquatiques, diair de buffle ou de bœuf séchée au soleil, de tues et de poissons de mer. On y mange des mouilles, des vers-à-soie, des chauves-souris, des § rats, du crocodile, du serpent boa et même œufs d'une espèce de fourmi. Les habitants de

la campagne sont d'une grande flobriété;hliA« part ne vivent que de riz, de poisson sec, àe W nancsy de pousses tendres des arbres, de cresun autres plantes aquatiques qu*ils trempent dam sauce piquante appelée nam-^hrik.

L'usage de cette sauce est général dans tout pays ; depuis le roi jusqu'au dernier des tous en font leurs délices. Voici la compoiitioB plus commune du namr-phrik : on broie une gnéc de poivrc-long sec dans un mortier de pi on y ajoute du kapi, du poivre ordinaire, de Tail de Toignon. Quand toutes ces substances sont duitcs en pâte homogène, on y ajoute un peu saumure et du jus de citron. Les gourmets fient cette sauce à leur goût en y mettant du gembre, du tamarin et des semences de math Cette sauce, ainsi préparée, est extrêmement fi piquante et savoureuse ; elle est excellente exciter l'appétit dans ce climat où la chaleur et émousse les sens.

Un mets qui est fort du goût des Siamois, ef du poisson à demi pourri qu'ils préparent de la nière suivante : ils attendent que le poisson seflfemauvais, puis ils l'entassent dans une cruche Ji terre qu'ils finissent dé remplir d'eau salée; qpxA

cuit ce poisson, il se résout en pâte liquide, lé mangent alors en y trempant des gousses de rre-longf des sommités de menthe, des quar- % de melongène cru ou des pousses tendres de Dguier^ d'oranger et d'autres arbres . lis ont une thode excellente pour saler les œufs de canard ; e des cebdres, du sel et ui^u d'eau, ils font I pâte dont ils recouvrent les œufe. Au bout de .à quinze jours, ces œufs sont salés et peuvent girder plusieurs mois; plus ils sont vieux, meil* VI ils sont. Ces œufs salés sont une grande res-^ me pour les tbyages, et je ne doute pas qu'ils ftlssent bien appréciés par les Européens pour iBge de leurs navires, s'ils employaient la mé^ ide dont je viens de parler.

Deux sortes de cuisine sont en usage dans le yt : la cuisine chinoise et la cuisine siamoise. sCSitnois préparent tous leurs mets presque sans et sans épiées ; souvent même ils mettent un d de sucre dans leurs mets, de sorte qu'ils sont n, gras et souvent fades, si l'on en excepte les hions, les cancres et les légumes salés, que les kkois font toujours entrer dans leurs repas. La biné siamoise, au contraire, est toujours forte piquante ; leur sauce favorite est le carry. Voici

une recette de carry qui est la plus usitée :oi|i commence par frire du poisson ou de la màm quelconque dans une poêle avec une petite (^h tité de graisse de porc ; pendant ce temps^ di broie, dans un mortier en pierre, du piment rongBi du poivre, du gingembre, du sel, de Fail; de fi* gnon, du A:apt,d^ tamarin avec de la poudré curcuma; quand le fout est réduit en pâte, qa'oi rend un peu liquide par addition de saumure, A met cette pâte dans la poêle et, après Tavoir agilii un instant, on y verse une quantité d'eau coni*' nable. Cette sauce de carry est très-appétissante fli favorise la digestion. Il y a bien des manièreià modifier le carry ; la plus ordinaire, c'est t] ajouter du lait de coco qui, par une courte cuiM se convertit en huile douce et parfumée. |<

Nos Chinois de Siam et un certain nombre ^ habitants qui veulent les imiter, prennent leori^ pas accroupis en cercle autour d'un gros plaMi en cuivre et à rebord où sont placés les mets ^ découpés par bouchées dans sept ou huit tasses* porcelaine; chacun tient une écuelle de riidek main gauche ; la main droite est armée de de* bâtonnets; les convives apposent l'écuelle à le* Jèvres, et au moyen des bâtonnets font dégringol*

riz dans la bouche, puis avec ces mêmes bàmets saisissent adroitement une bouchée de isson ou de viande, et continuent ainsi, ayant Oy de temps en temps, de boire une cuillerée de ice avec une cuiller de nacre qui est commune ar tous. Quand ils sont rassasiés, ils boivent une inde tasse de thé, et puis ^e toute petite tasse mik, après quoi ils se mettent à fumer. Les Thai prennent leur repas assis sur une natte un tapis; les plats sont renfermés dans de grands ses d'airain surmontés d'un couvercle de forme oique garni d'étoffe rouge ; les mets sont déupés en petits morceaux, et le riz est placé à rt, et à droite, dans une grande écuelle évasée ; à uche est un grand bassin d'eau où flotte un tre petit bassin pour boire. Les convives n'ont cuillers, ni fourchettes, ni couteaux, ils se serot seulement d'une cuiller de nacre pour prendre Ds les plats ; les doigts leur sufflsent pour tout le ste; ce n'est que quand ils sont rassasiés qu'ils ivent de l'eau pure ou bien une tasse de thé. »ire tour à tour la sauce qui est dans le plat mmun, boire dans la même tasse ou dans le 5me bassin, n'a rien de choquant pour eux. irmi les personnes riches, le mari mange ordi-

nairement avant sa femme qui le sert à table; les princes et le roi ne se distinguent de leurs sujeb que par la richesse de la vaisselle et la variété des mets. Un officier, qui est en faveur, fait sceller ks plats, et les accompagne jusque dans la salle à manger ; le roi seul rompt les sceaux, et avant de toucher au plat, il fait goûter de tous les mets qu^oD lui a servis. Le temps du repas est pour ainsi dire sacré pour les Thai; on ne dérange jamais quelqu'un qui est à manger, les maîtres eux-mêmes se garderont bien d'interrompre les repas de leun esclaves. Le temps du repas est aussi un temps de silence ; serait-on dix et même vingt personnes à manger ensemble, à peine y aura-t-il quelquesmots échappés à l'un ou à l'autre, tant ils sont ï leur affaire! aussi leurs repas ne durent-ils qu'un quart d'heure environ. Il est aussi à remarquer qu'ils ne boivent jamais avant et pendant, mab seulement après leur repas.

La boisson générale, après l'eau pure^ c'est le thé, car les Chinois en apportent tous les ans des quantités considérables. Voici la meilleure maiiicrc de faire le thé : on fait bouillir de l'eau de pluie clans un pot de grès non vernissé (le métal communique toujours une partie de son odeur à

'eau qu'il contient); on rince d'abord avec de ['eau bouillante la théière qui doit être d'argile rooge, puis on y met une bonne pincée de thé ; nfin on la remplit d'eau bouillante. Une ou deux minutes après on distribue l'infusion de thé dans 1» tasses de porcelaine de manière à ne les rem- ^r qu'à demi ; on remplit de nouveau la théière fétu bouillante^ et deux ou trois minutes après on :^^mr(it cette seconde infusion dans la première fà était trop chargée. On fait rarement usage du fccre atec le thé ; le thé sans sucre étanche mieux i soif. L'usage du café commence à se répandre à iam depuis que le roi et les grands en ont fait des ihntations considérables ; les Malais surtout en Int une grande consommation^ et le préfèrent au kiâlleur thé.

J'ai déjà exposé comment on faisait Teau-deés de riz qu'on appelle arak; cette boisson pemi- Sénse, dont les Chinois ont le monopole, cause de |ninds ravages dans le pays. Il est vrai que le plus poïd nombre des habitants s'abstient de ce breuage et même de toute liqueur fermentée; mais ceux in se sont adonnés une fois à Varak courent rapielbent à leiir ruine. En effet, comme le dit Ovide :

Qùo plus sunt potœ, plus sUiuntur oquœ.

Ceux qui ont pris goûl à ïarak en conçoivent une soif insatiable ; il parait que cette liqueur pâ^ fidc a dans sa composition quelque chose qui 8ti- j mule la soif sans jamais l'étancher. Aussi, voit-oa: des malheureux qui ne gagnent qu'une vingtaintj de sous par jour dépenser tout en arak; la femmsi est obligée d'emprunter pour nourrir la familie|-.| et au bout de deux ou trois ans le buveur se troui9<i dans la nécessité de vendre femme et enfimlik* Quelquefois même, et le cas n'est pas trèsHraiej on voit de ces ivrognes perdre la vie par suiteî d*une profonde ivresse qui coagule leur sangi et en arrête la circulation. En distillant Yarak\ avec des semences d'anis étoile, les Chinois fc une anisette très-forte, agréable , et qui n'a les inconvénients de l'eaurde-vie de riz toi seule.

Depuis une trentaine d'années l'opium, quiétailJ inconnu à Siam, s'y est introduit malgré les efiorb^ du gouvernement. Le nouveau roi s'est vu obligi \ d'en laisser le monopole aux Chinois, en portant j toutefois des lois très-sévères contre les SianuM qui en feraient usage ; ainsi il est statué que les Thai qui s'adonneront à l'opium, seront coq* damnés à porter la queue chinoise, et soumis aune

contribution annuelle d'une trentaine de francs ; ijoe s'ils refusent de se faire Chinois, ou de renoncer à l'opium, ils seront condamnés à mort. On ne se fait pas une idée des malheureux effets ife l'opium. Pour se procurer cette funeste drogue, ifà se vend au poids de l'argent, on se ruine, on MEDd sa femme et ses enfants ; l'usage de ce poison lent énerve et prive absolument des forces phyliques, au point qu'on n'est plus bon à rien. Le lesoin de l'opium devenant tous les jours de plus ttR plus impérieux, on s'abandonne au vol pour jpottvoir s'en procurer ; on finit par aller languir |t mourir en prison, ou bien l'abstinence forcée pe ce poison engendre une lente dyssenterie qui pt toujours périr misérablement. Tout le monde lut que l'opium est le suc ou extrait d'une espèce de pavot de l'Inde, où les Anglais le font cultiver EUT une vaste échelle ; de là ils le répandent en Chine et dans tous les pays voisins. Pour faire iMige de l'opium, on en dissout quelques grammes ^Êns une petite quantité d'eau bouillante, de manière à ce qu'il ait une consistance sirupeuse ; on 7 mêle du tabac très-fin, et les amateurs, moUeûent étendus sur des coussins, le fument avec des petites pipes chinoises. Des effets d'wvve dowc.^^

ivresse ne tardent pas à se faire sentir; on setrmne comme transporté dans un pays magiqae; (m éprouve un demi-sommeil ayec des rêves enchanteurs et voluptueux ; et voilà ce qui inspire tant dtt goût pour Tusage d'une substance si funeste.

Quelques-uns parmi les Thai plantent du chaiH vre, en cueillent les feuilles et les fument en gniflé de tabac. Cette plante a des effets un peu analogues à ceux de Topium , car elle enivre et pro- ] cure des rêves fantastisques ; il paraît que c'est ■ l'impossibilité de se procurer l'opium qui fait re- . courir ces gens-là aux feuilles de chanvre, les- ■ quelles, heureusement , n'ont pas des résulta!!' aussi funestes.

L'usage du tabac est général à Siam. Les petits' garçons se mettent à fumer dès l'âge de cinq à ùt \ ans ; les filles et les femmes ne fument pas, mail mâchent le tabac avec l'arec. Les cigares dont on fait usage sont du tabac très-fin , roulé dans des feuilles de bananier ou dans la pellicule mince des feuilles de palmier. La majeure partie des gens de distinction fument dans une petite pipe métallique à long tuyau. La plupart des Chinois et bon nombre de Thai font usage du tabac rouge découpé extrêmement fin et çréçaré avec de l'huile

je pistache de terre qui lui donne un goût plus kux et parfumé*

Les Thai prennent des bains deux ou trois fois 3ar jour; tantôt ils se plongent dans l'eau, tantôt b s'arrosent le corps en commençant par la tête, des ablutions fréquentes sont très-salutaires et enletiennent chez eux une grande propreté. Us Rangent tous les jours de langouti et exposent régulièrement leurs habits au soleil. Les poux et les ^ces sont inconnus chez eux ; dès l'âge de puberté Jb s'épilent la barbe ; ils pommadent leur chevelure A soignent si bien leurs dents, qu'on ne trouve fersonne parmi eux qui ait l'haleine fétide. En un Kot, on peut dire qu'ils sont très-propres dans «ors maisons, dans leurs habits et dans leur pertonne.

Quand une femme est près d'accoucher, on l'éftblit dans une chambre, à part, où elle se couche Uôté d'un feu ardent. Dès qu'elle a enfanté, le Kmveau-né est lavé avec soin et la mère ne quitte JUA le feu pendant deux ou trois semaines ; si vous lemandez : Où est donc madame une telle? on nms répond : Elle est au feu. Il est difficile de i^expliquer cette singulière coutume dans un pays A il fait si chaud ; cependant tout le monde est

persuadé qu'elle est indispensable, et il faut passer par là. Les femmes allaitent leurs enfants non pas cinq à six mois , comme en Europe, mais jusqu'à deux ans et même trois ans, tout en leur donnaat à manger du riz et des bananes. Dès Fâge de tro» ans, les enfants savent nager ; on les rase presque tous les mois pour fortifier leurs cheveux ; quand ils sont parvenus à Tâge de quatre ou cinq ans, on leur garde sur le haut de la tête un toupet rond et long , qui ne se rase qu'à Tàge de puberté chez les filles comme chez les garçons. Jusqu'à cette époque, les enfants des deux sexes n'ont d'autres occupations que de s'amuser et se divertir avec leurs camarades. Quand le temps est venu de raser le toupet à un enfant, c'est une grande fête dans la famille; on envoie des présents en fruits et gâteaux à tous les parents et connaissances qui sont conviés pour la fête. Ce jour-là , l'heure favorable s'annonce par un coup de fusil ; les talapoins récitent des prières sur l'enfant et lui lavent la tête d'eau lustrale ; les plus proches parents rasent le toupet à l'enfant qui est décoré de tous les ornements et bijoux qu'on a pu se procurer ; l'orchestre joue des airs joyeux ; tous les conviés arrivent , font leurs félicitations au jeune tondu, et chacun dépose

Josepli Xr-m et Pranfois Kèi), jeanes Siamois amenêg en FrW par monseigneur Pïllegoix, en 1&5S

»our lui une offrande en argent dans un grand >assin d'or ou de cuivre. Cette collecte, qui monte [uelquefois à plusieurs milliers de francs, devient 3 profit des parents et sert à remonter leurs afaires. Ce jour-là il y a table ouverte dans la fa- Qîlle ; on mange, on boit, ou fume, on mâche le létel, on joue aux cartes ou aux dés. Les riches ont en outre jouer la comédie et prolongent la ète deux ou trois jours. Quand le roi fait cette cérémonie pour son fils, il fait élever une montagne hctice^ avec un sentier pour parvenir au sommet )ù Ton dresse un pavillon. Au jour fixé, on organise une procession composée de mandarins, de soldats et de plusieurs centaines d'enfants de outes les nations qui sont à Siam, dans un brilaot costume et tenant en main des fleurs de nym- )h8ea. Le jeune prince, chargé de colliers et de )racelets d'or, est porté sur sa chaise au son des iistruments. Le cortège étant arrivé devant les appartements du roi , le prince va se prosterner ïQx pieds de son père, qui le prend par la main et ^ conduit dans le temple où sont déposées les ^ndres de leurs ancêtres. Le jeune prince se prosterne et les adore ; ce qu'il répète trois jours ■^nsécutifs. Le quatrième jour, on lui coupe le

toupet dans le temple des ancêtres; il reYétvn langouti blanc au lieu du rouge qu'il portait; après quoi la procession se dirige vers la montagne factice ; le prince s'y lave dans un bassin qui est au bas, puis il monte au pavillon avec quatre grands seigneurs pour y accomplir quelque cérè* monie superstitieuse dont on garde le secret.

C'est après et quelquefois avant la cérémonie de la coupe des cheveux que les parents envoient leurs garçons à la pagode pour apprendre à lire el à écrire. Là, ces enfants servent de rameurs et de domestiques aux talapoins qui, en retour, lew partagent les aliments qu'on leur offre, et lew donnent chaque jour une ou deux petites leçoni de lecture; tout le reste du temps est employé i se promener , à badiner et à s'amuser. Il est de fait que sur cent enfants qui ont passé huit ou dii ans à la pagode, il n'y en a pas vingt qui sachenl lire et dix qui sachent écrire quand ils sortent de ces monastères diaboliques. L'éducation qu'ib J ont reçue consiste surtout à avoir appris la paresse, la corruption des mœurs et mille fables absurdes. Ce n'est pas assez d'avoir été domestiques des talapoins, la religion bouddhiste exige (p^ ces enfants se fassent ordonner bonzes, au moins

pour quelcpie temps, afin, dit-on, de payer la dette de reconnaissance aux pères et mères. Us supposent que le mérite acquis par cette ordination est assez puissant pour tirer les parents de Tenfer s'ils viennent à y tomber. C'est pourquoi personne n'est exempt ; les fils du roi, eux--mémes, doivent passer par la pagode et se faire ordonner talapoins pour quelques mois; du reste, libre à chacun de défroquer quand il veut. Ceux qui craignent d'être employés aux corvées publiques ne se pressent pas de quitter l'habit jaune ; d'autres attendent qu'ils aient amassé un petit bien-être, au moyen des offrandes des fidèles et du prix de leurs sermons, pour sortir du monastère et aller se marier; un Ifès-petit nombre se fixe dans les pagodes par goût de l'étude et surtout pour y jouir des agréments qu'on y trouve.

L'éducation des filles consiste à savoir faire la cuisine et la sauce piquante , à faire des gâteaux, enrouler les cigares et les feuilles de bétel. Trèspeu savent coudre, ce qui n'est pas étonnant dans un pays où les vêtements sont tout simplement des pièces d'étoffe sans coutures. Elles vont chercher fe bois ; elles cueillent les légumes et les fruits, puisent Feau , battent le riz et aident leur mère

dans les soins du ménage. Tous les matins, assises respectueusement devant la porte, elles distribuent l'aumône aux talapoins qui passent ; trois ou quatre fois par mois, elles vont offrir des fleurs i l'idole, des présents aux bonzes; et, rassemblées dans une grande salle ouverte, elles entendent le sermon en répétant : Satul satul (C'est trèsbien ! bravo ! ) Les filles du peuple sont de bonnes ouvrières; elles aident leur parents dans la culturc des champs ou des jardins, et font le commerce avec une petite barque qu'elles mènent très-habilement.

Les enfants ont beaucoup de respect pour leun parents, ce qui vient peut-être de ce que les père et mère ont un pouvoir absolu sur leurs enfants jusqu'à ce qu'ils soient établis; ils peuvent les battre, les mettre aux fers et même les vendre comme de vils esclaves. Dès qu'une famille a des dettes qu'elle ne peut payer, elle vend un ou plusieurs de ses enfants pour se libérer; voilà pourquoi plus on a d'enfants et plus on se croit riche. Dans la classe pauvre, la plupart des filles sont vendues à ceux qui les demandent en mariage; elles ne sont pas regardées comme esclaves pour cola, mais bien comme épouses légitimes.

La nature étant très -précoce dans les pays diauds, on marie les enfants de bonne heure, ordinairement de quinze à dix-sept ans ; cette mesure est très-sage, car si l'on diffère trop, les jeunes filles se laissent débaucher par les jeunes gens et s'enfuient loin du toit paternel avec leur amant. Après avoir vécu ensemble un mois ou environ, le couple fugitif revient et se fait reconduire au logis par des personnes de considération ; la fille demande pardon à ses père et mère ; le jeune homme, mani des présents ordonnés par les lois, à savoir: des langoutis, des bassins, des cierges et des fleurs, se fait présenter aux parents de la fille , se prosterne trois fois en demandant pardon, et les per- Kmnages qui l'ont introduit entrent en pourparlers, offrent telle ou telle somme; bien lot le mariage ixt conclu. Si les parents refusent, il faut avoir recours à la justice qui arrange elle-même le mariage. Ces échappées de tilles, avec leurs amants, Kont chose très-commune et ont pour cause la cupdité des parents qui voudraient attendre des occasions plus avantageuses de marier leurs enfants.

Quand le père et la mère songent à établir un de leurs garçons, il faut qu'ils envoient un ou deux personnages faire la demande aux parents de

fil :.*r.vi- :-* *k Tz^nsi^^-ti^'i -tutimn ia£X&>i&àdes î

:W.#>>...^. tp'iis ^çoriîtrc: ÂÂai niijfc. Sur une • '{ï\:At harToe. bien paToiâee. oa disçofie d€S lansro>iti^ précieui. des écharpes de soie, des^iasa 'l'or ou d'argent, contenant des fruits, de Tarée (X du hjét^l : au milieu de la barque sont plaoés, par /;tage. des giteaux de forme pyramidale, teints d^.-H plus hfîlles couleurs. On oi^anise une sorte de pror!#;ssion sur la rivière au son des instruments; jr; [>n';U:ndij, accompagné de ses parents et de ses nrriis, va porter ces présens chez son futur beaup/;rr;, oij Irss parents de part et d autre étant ras- H(«riihiï;H, on conclut le mariage; on compte la dot (In IVïpoiiHe, on règle tout et on fixe le jour delà nom. Avant cotte époque, le fiancé est tenu de se rniro bAlir, sur le terrain de son beau-père, une priilc* nuuKon qu'il habitera un mois ou deux avant (lo pouvoir enunoncr sa femme où il voudra. La nom HO r<»IM)ro chez le père et la mère de la fille; il y a uuihI(|uc, comédie, jeux divers et surtout pnuui foHtin qui dure jour et nuit. Il n'y a pas de

danse, car elle est inconnue à Siam. La plupart da temps ie mariage se fait sans aucune cérémonie religieuse ; cependant, quelquefois, avant que k fête ne commence, on invite les talapoins à venir faire des prières et arroser le couple d'eau hstrale.

Les personnes riches et les grafids prennent plufleurs femmes ; mais la première, avec laquelle ils Mit fait la cérémonie du khan maky est toujours Rgardée comme la seule épouse légitime. Us Tap* pdlent la grande femme, tandis que les autres ent la dénomination de petites femmes. C'est la ifraie maîtresse de la maison : elle et ses enfants héritent de tous les biens du mari, tandis que les petites femmes et leurs enfants n'ont droit à riea autre chose qu'à ce que le mari leur a donné de la main à la main, ou à ce que l'héritier veut bien kir donner. Pusieurs personnes riches ont deux femmes : les mandarins en ont jusqu'à douze, les princes jusqu'à vingt, trente, quarante et au-delà; le roi les compte par centaines. Du reste, la plupart de ces femmes sont entretenues dans les parlais plutôt pour le faste que pour la débauche , et mériteraient plutôt le nom d'esclaves ou servantes, puisqu'elles sont soumises à la grande femme.

Le mariage n'est défendu que dans le premier degré de parenté; les princes s'unissent trèsHsouvent à leurs proches parentes pour ne pas s'allier i des familles d'un rang inférieur. En général, lei i ménages sont assez heureux; cependant ledivoroi j n'est pas une chose rare, surtout parmi le peuple* ; Quand la femme exige un écrit de divorce, le mari ne le refuse guère, parce qu'il serait presque toujours forcé par les juges à le donner ; alors il rend sa dot à sa femme et ils se partagent les enfants en cette manière : la mère a le premier, le troisième et tous les autres en rang impair ; le mari a le second, le quatrième et les autres en rang pair. S'il n'y a qu'un enfant, c'est pour la mère.

Un mari a droit de vendre une femme qu'il a achetée, mais non pas celle qui aurait apporté une dot. Si le mari contracte des dettes avec le consentement de sa femme, celle-ci en répond sur sa liberté ; dans ce cas, le mari peut la vendre pour se libérer. Au contraire, si la femme n'a pas connu les dettes du mari ou si elle n'y a pas consenti, elle n'est pas responsable. En général, les femmes siamoises sont bien traitées par leurs époux, elles ont beaucoup d'ascendant dans le gouvernement de la famille , elles sont honoYfees» , eV\^s Yw;Y8«fc\\\. îi>®fc

grande liberté et ne sont pas reléguées dans do sombres réduits comme en Chine ; elles paraissent en public, elles vont au marché, font le commerce, rendent A reçoivent des visites, se promènent aux ^pagodes , en ville , à la campagne, et n'ont rien à jouter de la jalousie de leur mari. Il n'y a de .malheureuses parmi elles que celles qui tombent dans l'esclavage.

Pour comprendre ce que c'est que l'esclavage à Siam, il faut savoir que le taux légal du prêt à in- :térét s'élève à environ trente pour cent; une famille qui est dans le besoin est obligée d'emprunter i usure, et comme ordinairement elle ne trouve pas de quoi payer les intérêts, dans peu de temps h dette double, triple, et le créancier, en vertu de la loi, prend la femme et les enfants pour esclaves. Leurs services sont réputés tenant lieu des intérêts de la somme due ; si le mari ou des parents viennent payer la dette , le maître est obligé de rece- Toir la rançon et de lâcher ses escla^ves. Ceux qui ne se plaisent pas chez leur maître , ont la faculté d'aller prendre de l'argent chez un autre et de changer de maître en payant leur rançon au premier. Du reste^ les esclaves sont en général traités ^rec beaucoup d'humanité et leur sotV. ^ÙV ^fc

comparer à celui des domestiques en Europe. Lei 1 s maîtres emploient leurs esclaYes aux services do- li! mestiques , à ramer, à cultiver des jardins ou dei | J champs, et quelquefois à faire un petit Cbmmem dont le gain revient au maître. Les esclaves sontli principale richesse des maisons riches ; les uneiefi ont de cinq à dix, d'autres de dix à ^ingt; qud* qucs-unes en possèdent jusqu'à quarante, diH quantc et au-delà. Terme moyen, le prix de chaque esclave est de 100 ticaux ou 300 francs. Il arriie souvent que les esclaves prennent la fuite ; quand ils ont une caution, le maître met la main surb répondant ; mais s'il n'y en pas, il faut faire bien des voyages et des recherches pour rattraper la fugitifs qui , une fois repris , sont mis à la chaise sans miséricorde. Voici un spécimen de contrat de vente d'esclave : « Le mercredi , sixième mott) « vingt-cinquième jour de la lune de l'ère 1211) «( la première année du Coq, moi, monsieur im «t le mari , madame kôt l'épouse , nous amenons c< notre fille ma pour la vendre à monsieur ludi^ « si pour 80 ticaux , pour qu'il la prenne à son « service en place des intérêts. Si notre fille m « vient à s'enfuir, que le maître me prenne et f( exige que je lui trowe k ^euue ma. Moi, mon-

I sieur mi , j'ai apposé ma signature comme I marque. »

r Je ne crois pas exagérer en disant que les escla^ves llbnt au nmins le quart de la population de Siam ; b Chinois sont presque tous ou marchands ou ■uiteurs ; un petit nombre d'entre eux sont pé« peurs ou batteurs de fer. Quant aux Thai propre- ■ent dits, les uns sont employés du gouvernement, |ps autres s'adonnent au commerce, mais le plus jî^d nombre cultive les jardins et les champs de lii. Ces laboureurs sont robustes, endurcie à la Ugue ; ils ont beaucoup à souffrir pendant les |inq à six mois de leurs travaux, mais aussi ils se dédommagent bien et emploient les six autres •ois de Tannée aux jeux, aux fêtes et à toutes sortes de divertissements. Le commun du peuple est pmvre, sans cependant être réduit à l'indigence ; or, à Siam, on ne voit personne demander l'an*mône, si ce n'est quelques familles lao amenées en captivité. La plupart des Chinois qui, tous les ans. Irrivent par milliers, parviennent à acquérir une jpetite fortune ; les uns retournent en Chine et les autres s'établissent à Siam. On ne voit pas de for-^ time colossale; on appelle riche ceM c\\x\^os&^^^ m âaâ ou quintal d'argent (4,000 \\c»v«l w.

2,000 francs). La plus haute fortune du pays (k roi excepté) n'atteint pas le chiffre d'un millionda francs. D'ordinaire, les gens riches devienn gros et graSy ce qui vient probablement de 1' dante nourriture et de la vie molle qu'ils mèn étant presque toujours assis ou étendus sur 1 tapis et leui^s coussins ; aussi le peuple regarde l'obésité comme un signe de mérite et mesure mérite des personnages à la grosseur de leurv Chez un peuple à demi civilisé comme les on ne croirait pas rencontrer tant de politesse et de civilité ; ils ne passeront jamais devant quelqu'in sans s'incliner et lui demander excuse; entn égaux ils s'appellent toujours mon frère aîné, ni sœur aînée ; s'ils parlent à des personnes âgées, ib les appellent mon père, ma mère, mon onde, mi tante, mon grand-père, ma grand'mère ; ce serait une grande impolitesse d'appeler quelqu'un tout simplement par son nom ; au lieu de dire : moi, je, ils disent : votre serviteur, le serviteur de monsieur ; s'ils adressent la parole à des supérieurs, ib emploient ces expressions : moi qui ne suis qu'un cheveu, moi animal, moi votre esclave. Tutoyer quelqu'un serait regardé comme un grand affront; on ne tutoie que quand on est en colère ou qu'on

trie aux esclaves. La politesse exige aussi que les aux se saluent en joignant les deux mains jusl'àla bouche; mais, pour saluer les supérieurs, il it au moins s'accroupir sur les talons, joindre les uns et les élever jusqu'au dessus de la tête en tant : Votre esclave vous salue, le cheveu vous ue, ou bien l'animal vous salue.

Le respect pour l'autorité est exbessif ; quand on voir un supérieur, dès qu'on est arrivé à la porte en vue de la personne, il faut se prosterner et )rer en levant les inains jointes jusqu'au dessus la tète, puis on s'avance, ayant le corps tout xrbé, et on converse assis, les jambes repliées en ière. Mais si c'est un grand mandarin ou un ace qu'on va voir, dès qu'on est en vue, il faut Drer trois fois ; après quoi on s'avance en ramât sur les genoux et les coudes ; on se tient prosné, les mains jointes et la tête baissée, qu'on ne ève que de temps en temps en élevant aussi les lins jointes pour dire khôrab^ seigneur, je reçois s ordres. Voici les expressions qu'on emploie BC les supérieurs : quand on s'adresse aux petits indarins, on les appelle bienfaiteur, père bienteur ; aux grands mandarins on dit : seigneur înfaiteur, seigneur sous les pieds de qui je suis.

monseigneur ; aux princes, il faut dire : moi, poussière de vos pieds augustes, prince, qui pro«|3 tégez ma tète, moi qui suis la plante de vos piedi^ En parlant au roi, on s'exprime ainsi : puissant auguste seigneur, divine miséricorde, moi qui un grain de poussière de vos pieds sacrés, je vos ordres, divin seigneur. En parlant du roi, l'appelle : Tordre divin, le mattre de la vie, maître de la terre, le chef suprême, le grand roi, le divin seigneur qui est à la tête, etc.

Quand on va voir un supérieur, il est du ton de lui porter des présents en fruits, en gâteaui} sucre, thé, chair de porc, poissons ou autres co* mestibles ; ces présents sont placés sur de grande* coupes de cuivre munies d'un pied et d'un coo* vercle conique revêtu d'étoffe de couleur écarlate. Le nombre des coupes est proportionné à la dn gnité ; par exemple, pour aller se présenter devant un chef ordinaire, il faut deux ou trois coupes de présents; pour un grand mandarin, il en faut cinq ou six; pour un grand prince une douzaine, et pour le roi une vingtaine.

Quand on reçoit une visite, il est de règle qu'on invite le visiteur à m&Lc\ieT \ ^^ç^v!. ^\. V^ V^^VaI^ ^uig à fumer un cigare. Bans\es\^o\v\v^^xsïi\w\^^^^^^

arec, on tous sert le thé à la chinoise, c' est-àire dans de très-petites tasses et sans sucre. Si la nte a lieu au moment du repas, le maître ou la tettresse de la maison vous font de Yives instances îMtf manger avec eux ; mais on n'invite jamais à M repas de famille, si ce n'est pour des grandes ites comme un mariage, la coupe des cheveux ou plantation d'une maison. Quand une famiUe At bâtir une nouvelle maison, elle se procure tous i matériaux nécessaires, puis elle invite tous ses trents et amis; au jour fixé, la foule arrive, mui<e de pioches, de serpes^ de couteaux, haches, Ses et ciseaux ; les uns creusent les trous des co* innés, les autres fendent les bambous ; ceux-ci réparent les colonnes, ceux-là la charpente ; c'est ^rt divertissant de voir une centaine d'ouvriers ai s'égaient et s'animent mutuellement* La fadOe pour qui on travaille est toute occupée à faire i cuisine, à préparer les cigares, l'arec et le 6tel, à servir le thé, les gâteaux et Tarak ; tous les iivriers^ accroupis ou assis sur des nattes, mangent :isemble, mais en formant plusieurs groupes ^yeux et turbulents ; après quoi ils se retnettent Il travail et^ avant la Gn du jour, la iaa\^ow^^ wre plantée comme par enchantemenl.

Les magistrats et tous ceux qui sont cons

en dignité se placent sur une estrade et à uq(

taine distance de leurs inférieurs ; ils ont toi

des coussins ou carreaux pour s'appuyer; tan

s'asseyent, tantôt ils se couchent, selon leu

plaisir. Leur posture la plus ordinaire con!

mettre la jambe droite sur le genou gaucb

tenir la jambe avec la main. Le roi, danss

diences journalières, se place sur une haute e

dorée ; les assistants sont prosternés sur un

tapis qui s'étend dans toute la salle. Qu'on ji

la gêne où doivent se trouver cette foule de

darins, qui restent des heures entières pros

sur leurs coudes ! Les Européens admis à l'aw

du roi ne se prosternent pas, mais s'asseyent c

les tailleurs et saluent le roi en joignant les i

Il faut dire, à la louange du roi actuel , qu i

treint pas les Européens aux anciennes étiqu

il les reçoit presque à l'européenne, leur pr

main et leur fait donner des chaises pour s'ai

Les r^isontun peuple léger, gai, ami d(

et des divertissements. Les enfants ont une

de jeux dont la plupart ne diffèrent presque ]

ceux des enfants d'Europe : ils jouent au pi

la cachette, aux barres, au saute-mouton, au

laillard et à la toupie ; ils jouenl aux cauries ou colilles en guise de billes ; une grosse caurie plomïe leur sert de palet ; ils aiment beaucoup faire ittre l'es fourmilions, les grillons et surtout deux pèces de petits poissons très-courageux qui se lisent des assauts fort amusants.

Les jeux des grandes personnes sont le jeu d*élecs chinois, le tric-trac, les cartes chinoises et les te. On voit tous les jours des gens si passionnés mr le jeu, qu'après avoir perdu tout ce qu'ils eit, ils finissent par jouer même le langouti qu'ils Mrtent sur eux. Depuis quelques années, les Ghiois ont établi une sorte de loterie dont ils ont le lonopole; elle se compose d'une trentaine de fiires diverses sur lesquelles on place l'argent qu'on sot, et si la figure sur laquelle on a placé vient à «iir, on gagne'trente fois son argent. Cette loterie it fureur et cause un grand dommage au pauvre euple, qui s'y fait gruger au profit du roi et des hinois. En France, le cerf-volant est l'amusement es enfants ; mais à Siam il n'en est pas ainsi : à ne certaine époque où règne un fort vent régulier lU sud, on voit une foule de gros cerfs- volants qui ébattent dans les airs; de nombreux groupes de eunes gens et d'hommes faits parient les uns

contre les autres, et suivent des yeux tous les me vements des cerfs-volants, en poussant des hm qui font retentir la ville.

De tous les amusements ceux qui les divertis» le plus sont les comédies siamoises, appelées lakh et les ngiu ou comédies chinoises. Qu'on se figi une vaste salle ouverte à tous les vents; au mit de cette salle, des acteurs et des actrices dont ii le corps est frotté d'une poudre blanche, ayant long bonnet pointu, de longues oreilles postich avec des bracelets et des colliers de clinqua chantent à tour de rôle et en mesure, au son ( cliquettes, Thistoire fabuleuse des anciens hér tout en exécutant une sorte de pantomime bizar De temps en temps une musique bruyante se : entendre ; une foule compacte se presse autour la salle pour voir ce spectacle, qui dure ordinal ment un jour et une nuit. Quelquefois les acte mettent des masques grotesques ; souvent aussi, entremêlent la pièce de sales bouffonneries, etc* probablement la raison qui attire tant de mond ce théâtre burlesque. Les 7igiu ou comédies cl noises, s'exécutent sur des tréteaux, et tous les sp< tateurs sont en bas ; ce sont de jeunes Chinois c se déguisent en rois, etv \\eux guerriers barbus

a soldats; leur costume est fort joli; ils tiennent 68 épées, des lances, des hallebardes, des massues t autres armes et, tout en chantant, accompagnés les instruments, ils simulent une guerre, ils se xnirsnivent^ se battent et se tuent (d'une manière feinte), ce qui amuse beaucoup les badauds.

Les Thai ont une sorte de fureur pour les corn* tots de coqs, malgré la défense du roi et l'amende portée contre les délinquants. Quand il y a comliat de coqs quelque part, la foule s'y porte avec empressement; les uns parient contre les autres, de sorte que tout le monde est intéressé à la partie, fui finit souvent par des disputes ; de sorte qu'après «Toîr vu battre les coqs, on finit par voir battre les hommes. Les combats de buffies ou d'éléphants lont aussi très-goûtés, mais n'ont lieu que rarement. Â certaines époques il y a les courses de ballons ou barques qui sont fort amusantes. La lutte, le pugilat, les danses sur la corde, les feux d'artifices et les pièces appelées nang et autres divertissements, accompagnent toujours les grandes funérailles. Toutes les nuits, dans la capitale, on fait jouer les marionnettes ou les ombres chinoises, mais c'est plutôt pour amuser les enfants que les grandes personnes.

Le tempérament des Thai n'est pas très-robuste; peut-être cela vient-il de la nourritun légère dont le plus grand nombre font usage: car, tous ceux qui sont éloignés de la capitak mangent peu de poisson et rarement de la Viande. 11 y a beaucoup de maladies qui ruinent la santé, et cependant on rencontre fréquemment des vieil* lards de quatre-vingts ans; j'ai même vu plusieun centenaires (si toutefois on peut les croire, car bi^ des gens ne savent pas leur âge ou l'ont oublié). Il parait que la population n'augmente que pai l'arrivée annuelle des Chinois; peut-être menu est-elle stationnaire, et la cause en est facile i saisir : cela vient de l'esclavage et de la polygamie; une foule d'esclaves ne peuvent pas avoir de femmes , et une foule de femmes ne peuvent pai avoir d'enfants.

Quand un Thai est sur le point de mourir, on fait venir les talapoins qui l'aspergent d'eau lustrale, récitent des passages de leurs livres sacrés où il est question de la vanité des choses de ce monde ; et enfin, ils crient et répètent aux oreilles du mourant : arahang! arahang! (qui veut dire: soyez exempt de concupiscence, comme Buddha). Dès qu'il a rendu le dernier soupir, la famille en-

tière se met à pousser des cris déchirants et à faire des lamentations en s'adressant au défunt : 0 père bienfaiteur ! pourquoi nous quittez-vous ? qu'avonsnous fait pour vous fâcher? pourquoi partez-vous

liinsi tout seul? c'est votre faute ; pourquoi avez- TOUS mangé tel fruit qui vous a donné la dyssenterie? nous l'avions bien dit ; pourquoi n'avez-vous fas voulu nous écouter? 0 malheur ! ô désolation! ôinconstance des choses humaines! On se jette aux du défunt, on pleure, on crie, on le salue, lui fait mille reproches d*amitié, et au bout t\m quart d'heure la douleur a épuisé ses accents lamentables; on lave le corps, on l'enveloppe de brile blanche ; on le met dans un cercueil qu'on eouvre de papier doré et de fleurs découpées de clinquant ; on prépare un dais qu'on orne de den«

f telles en papier, de guirlandes de fleurs, de cise^

^hres en clinquant et d'une multitude de petits ' ciei^es. Un ou deux jours après, on enlève le cer- Gml et, au lieu de le faire passer par la porte, on le descend dans la rue par une ouverture pratiquée au mur ; on lui fait faire trois fois le tour de la maison en courant pour que le mort oublie le chemin par oii il a passé et qu'il ne revienne pas tourmenter les vivants; puis on dépose le cer-

fiieil dans une grande barque, sur une eànk surmontée du dais et au son lugubre des dari» nettes; les parents et les amis accmnpagnent b convoi dans plusieurs petits ballons, processiminent le défunt jusqu'à la pagode ofi il doit fiin brûlé. Alors^ les parents découn^nt le cercudlel remettent le corps entre les mains de celui qol, par offîce, est chargé de le brûler moyennant V tical qu'on a eu soin de mettre dans la boudn du défunt. Le brûleur lui lave d'abord le visaga avec de Teau de coco, et si le défunt a ordonné avant sa mort qu'il serait mangé par les vautofli et les corbeaux , il le dépèce et jette sa chair I ces oiseaux de proie qui ne quittent pas les pagodes. Le cadavre étant mis sur le bûcher, oh allume le feu ; les nerfs étant contractés, le mort semble s'agiter et se rouler au milieu des flammes, c'est un spectacle horrible à voir. Quand la combustion est terminée, les parents viennent recueillir les principaux ossements qu'ils mettent dans une urne et les emportent à la maison. Le deuil consiste à avoir des habits blancs et la téie rasée. Les personnes riches font des funérailles qui durent trois jours et même plus ; il y a feux d'artifices, sermon des talapoins, comédies noc-

Immes où figurent des monstres, animaux à têtes l'bommes et hommes à têtes d'animaux ; on lè?e des tentes sur le terrain des pagodes ; on y ^bre même des jeux et des festins.

Quand le roi de Siam est mort, on lui fait ayaf une grande quantité de vif-argent; on lui met t masque d'or et on l'établit, solidement assis, rr un trône percé , au dessous duquel est un

•and Tase d*or ; le vif-argent le dessèche prompment ; tous les jours ou va en grande cérémonie der dans le fleuve la pourriture qui est tombée ins le vase d'or, et, lorsqu'il est bien desséché, on

place accroupi et les mains jointes, dans une tnde urne d'or où on le garde environ un an, «idant qu'on fait les préparatifs de ses funéilles. On envoie couper dans les forêts les plus ands arbres qu'on puisse trouver ; tout le peuple t mis en réquisition pour la construction d'un tafalque colossal et pyramidal, de trois cents eds de haut, qu'on élève au milieu d'une grande aee située au milieu de la ville. Les colonnes,

charpente et le toit de cet immense pavillon rd recouverts de lames de plomb, d'argent et or; tout autour de l'édifice sont disposées des ^présentations (en bois et en carton) de géants ,

d'anges, d'animaux fabuleux, de monstres, de montagnes, etc. Tout autour de la place, on élève des tentes pour le roi, ses mandarins et les tahpoins. Au temps fixé, on processionne en grandepompe, sur un char doré, l'urne qui renferme le corps du roi défunt, on la place sur une haute estrade. Alors commencent les jeux publics, durent sept jours; il y a comédies, lutte, pugiU;^ danse sur les cordes et toutes sortes de diverti roents; le nouveau roi lance des billets et dfli' limons qui renferment de la monnaie d'or d'argent. Ces billets représentent la valeur d' jardin, d'une maison, d'une barque, etc., etc.) ceux qui ont pu les ramasser vont les présente^ au trésor royal et sont payés à l'instant. soir, il y a brillant feu d'artifice, suivi de oh médies funèbres. Enfin, le dernier jour, le roij lui-même, met le feu au bûcher, composé ai sandal et autres bois odoriférants. On ne se sert' pas d'un feu ordinaire pour cette cérémonie, nuÉ' d'un feu allumé par un coup de foudre , que ToD* entretient soigneusement. Les os que le feu nï pas consumés sont recueillis et réduits en poudre; on les mêle avec un peu d'argile et on en forme de petites statues qu'on place dans un temple des-

6 pour cela. Les funérailles terminées, on déit tous ces ouvrages qui avaient coûté tant de ne au pauvre peuple, et la place se trouve vide une auparavant.

.es Thai observent tous les huitièmes et quintes jours de la lune croissante, aussi bien que El décroissante ; ces jours-là, ils s'abstiennent grands travaux ; il vont à la pagode adorer de, offrir des comestibles aux talapoins et en- Ire le sermon dans une grande salle ouverte, s ces jours-là, qu'ils appellent jours saints, la le et la chasse sont sévèrement défendues. On rouve ni chair, ni poissons frais au bazar ; les revenants sont condamnés à l'amende et resnt du rotin par dessus le marché. Ils ont en e^ durant le cours de l'année, plusieurs jours \tes civiles ou religieuses, qu'ils célèbrent avec de pompe : VSongkran; c'est leur nouvel an, tombe ordinairement dans leur cinquième » ; on le célèbre pendant trois jours ; ce n'est cette époque que le peuple apprend des astro* es, si l'ange de l'année monte un tigre, un f, lin ours, un cheval, une chèvre, un dragon uelque autre animal. S"" Visakhabuxa, le quinle du sixième mois; le roi envoie en grande

pompe aux talapoins des comestibles et autres tt fraudes, parmi lesquelles se distinguent des flea de nymphœa et des petits paquets de bois odorift rant, pour curer et nettoyer leurs dents* 3"* JtefaMi le sixième de la lune du sixième mois ; on nommi un roi précaire, qui jouit pendant trois jours di prérogatives royales (le véritable roi reste enfeM dans son palais). Il envoie de tous côtés ses noi breux satellites, qui font main basse sur toutl qu'ils rencontrent ; tout ce qui se trouve au baai ou dans les boutiques non fermées est confiH que ; même les navires et les jonques, qui arrivMl dans ces trois jours, appartiennent à ce roi pié caire et il faut les racheter. U va dans un chanf situé au milieu de la ville, et trace quelques it Ions avec une charrue dorée ; puis, va s'appojl contre un tronc d'arbre, place son pied droit é le genou gauche et se tient debout sur un id pied, ce qui lui a fait donner le nom de M cloche-pied. Pendant ce temps-là , on étale à riz, des haricots, des patates et autres légaotfi puis on amène une vache et on examine qoéà est la chose que la vache mangera d'abord ; cett chose-là sera chère et tout le monde se tient po» averti. 4* Khào-vasd^ le seizième du huitièflv

lis; c'est le commencement de la saison des lies ; tons les talapoins vagabonds doivent ren* r dans leur pagode respective et s'adonner à la idication; c'est comme le carême des Thaï. Sat^ le dernier jour du di&ième mois ; c'est à te époque qu'on fait des gâteaux avec du riz ttvean. 6* Kathiriy le seizième jour du onzième M ; pendant huit jours, le roi fait des procès* bs solennelles aux pagodes royales, pour offrir I habits neufs aux talapoins ; le cortège du roi compose d'une multitude de barques magnifies, montées chacune par un prince ou un man-^ rifl et inenées par huit ou dix mille rameurs, t. peuple ne commence ses processions que îkod celles du roi sont terminées. 7* loê-JEatng^ le quinzième jour du douzième mois : ofjudes expiatoires à Fange du fleuve pour lui tamnder pardon de s'être lavé et d'avoir fait ou iédes ordures dans ses eaux. Ces offrandes con- Uoit en petits radeaux de bananier garnis de loges allumés et ornés de fleurs avec des petits tiadarts; on les fait flotter la nuit et ils vont se «rdre en mer. 8** Phàpa, au commencement du loaiième mois : processions nocturnes aux pajodes; une foule de garçons et de filles portewl

des gâteaux et des fruits aux lalapoins endormis. Quand ils ont déposé les offrandes devant portes, ils lancent des briques contre les cell les talapoins se lèvent comme en colère; latroi joyeuse s'enfuit tumultueusement et revient soi, en s'amusant et chantant des couplets reux. 9° Jing-atana, à la fin du quatrième on fait une corde avec de Fherbe chiendent, la fait bénir par les talapoins ; on entoure les railles de la ville avec cette ficelle sacrée et, signal donné par les astrologues, on tire les nons qui sont autour de la ville ; des milliers coups de canon retentissent toute la nuit, et pour effrayer les géants et les démons de la qu'on suppose venir attaquer la ville précisai cette nuit-là. 10** Trut, fin du quatrième moi trois jours de réjouissances pour célébrer la de Tannée par des comédies, des jeux et la boi chère.

Les Thai ont deux ères; l'ère religieuse outo de Buddha^ qui remonte à la mort de Somanor khôdonij et compte aujourd'hui 2397 ans(ons'aO' ^ corde assez à placer la mort de Buddha à la 543" année avant Jésus- Christ). L'ère civile lire son origine d'un ancien roi siamois qui régnait ^

ingkahlôk; elle compte aujourd'hui 1216 ans, et inmence Tan 638 de Tère chrétienne.

L'année est composée de douze mois lunaires li ont vingt-neuf et trente jours alternativement. est pourquoi tous les trois ans on ajoute un mois tercalaire : c'est le huitième mois qu'on double à it effet. Les mois n'ont pas de noms particuliers; 1 dit le premier mois, le second mois et ainsi de lite. Le premier mois commence ordinairement 1 décembre. Il y a deux cycles, le petit et le grand. 8 petit cycle comprend les douze années dont voici s noms : l'année du Rat, l'année du Bœuf, l'an- 6e du Tigre, Tannée du Lièvre, l'année du grand ragon. Tannée du petit Dragon, Tannée du Cheval, mnée de ta Chèvre, Tannée du Singe, Tannée du oq, Tannée du Chien et Tannée du Cochon. Le rand cycle comprend soixante ans ; il est composé û petit cycle répété cinq fois, les années disposées ar décades, comme on le voit dans le tableau qui dit :

Première Décade,

4» année ^ du Rat.

!• — du Bœuf.

3» — du Tigre.

^ — du Lièvre.

^ — du grand Dragon.

6« année, du petit Dragon.

7« — du Cheval.

8» — de la Chèvre.

90 — du Singe.

10« — du Coq.

Va

DewHime Décade»

4'* année ^ du Chien.

t* — du Cochon.

3* — du Rat.

4« — du Bœuf.

fi* — du Tigra.

6* année j du Lierre* !• — du grand Dragon.

«• ^ du peut Dragon.

9« ^ du Cheyal.

4(H ^ de 1» Ghèrr».

Troiiiime Décade.

4'* année I du Singe, î* — du Coq.

3« — du Qiien.

4* — du Cochon.

6« — da Rat.

6« année I da Bœuf.

7« — du Tigre.

8* — du UiTra.

9* — du grand Drigoi.

40« ^ du petit Dragon.

QuatrUme Décade.

4r«année| du Cbeyal.

î* — de la Chèvre. 3« •* du Singe.

4« — du Coq.

6« — du Chien.

6* année, du Cochon.

T — du Rat.

«• — du Bœuf.

9» — du T<gr6.

40* — du UèYre.

Cinquième Décade.

4 re année, du grand Dragon.

!• — du petit Dragon.

3« — du CheviU.

4« — de la Chèvre, 5* — du Singe.

6« année, du Goq.

7« — du Chien, ge — du Goohon.

9« — du Rat.

40« — du Bœuf.

Sixième Décade.

4'* année, du Tiïçre.

2« — du Lièvre.

3« — du grand Ornî^'oij.

4« -^ du petit Dragon.

5« — du Cheval.

6« année, de la Chèvre.

7« — du Singe. 8« — du Coq.

9* — du Chien.

40« — du Cochon.

On voit par ce tableau qu'au bout de sohante n le cycle doit recomiuencer de la même tna* \ète, Tannée du Rat étant la première du cycle ; lais je me suis aperçu que la manière actuelle i compter les années n*est pas tout à fait d'acïtd aTcc le tableau ci^dessus; d'où je conclus le probablement ce cycle aura été modifié en irtîe.

Les Thai ne comptent pas par jours mais par dits : quelle nuit est-ce aujourd'hui? combien ut'ilde nuits pour aller à telle ville? Ils comptent iin:te nuits de la lune croissante, et quatorze ou linze de la lune décroissante. Les noms des jours mt absolument les mêmes qu'en latin : le jour du )leil, le jour de la Lune, le jour de Mars, de Merire, de lupiter, de Vénus et de Saturne. Cepenint les noms de ces planètes sont tout différents d'origine sanscrite. Voici comme on compte les Bures du jour et de la nuit r depuis le lever du »leil jusqu'à midi on compte six heures ; depuis lîdî jusqu'au coucher du soleil on recompte enore six heures; depuis le coucher du soleil jusqu'à leuf heures, c'est la première veille; depuis neuf leores jusqu'à minuit, c'est la seconde veille ; demis minuit jusqu'à trois heures du matin, troi-

sième veille ; et depuis trois heures jusqu'au lever du soleil; quatrième veille. Chaque veille est composée de trois heures, l'heure est divisée en dix to, le bat en six nathi ou minutes.

Il y a de la monnaie d'or ; mais elle n'a pu cours; la monnaie d'argent est ronde pres^ comme une balle, et munie de deux poinçons oi sceaux du roi; la plus grosse pièce pèse et vautt francs; la suivante, appelée bat, 3 francs; la tmsième, appelée sông-salûng, 30 sous; la quatrièmei appelée salùng, quinze sous ; la cinquième, appelée fuang, sept sous et demi ; douze cent cauries ou pe* tites coquilles équivalent à un fuang. Ces cauries (dont la valeur n'est pas fixe), tout embarrassantes qu'elles sont à compter, à porter dans un panier, ont cependant leur avantage ; car avec douze cenli cauries, la personne qui va au bazar peut acheter en menu cinquante ou soixante espèces de corne»' tibies, ce qui serait impossible avec nos sous et même nos liards. Quatre ticaux font douze francs ou une once siamoise ; vingt onces ou quatre-vingts ticaux font une livre d'argent ou 240 francs, cinquante iivresd'argent valent 12,000 francs. Dansles provinces éloignées de la capitale , le roi permet de faire des monnaies en cuivre, et même en ma-

es vitreuses ou en émail de diverses couleurs. 16 plus petit poids s'appelle hûriy il pèse quate-^nq centigrammes ; c'est la cinquième partie fuang, qui pèse deux grammes et vingt-cinq tigrammes ; le salùng pèse quatre grammes et ]uante centigrammes, le ia^ dix-huit grammes; *dng quatorze cent quarante grammes ; le cali livre chinoise, qui est aussi fort en usage, ne e que la moitié de la livre siamoise, et par contient sept cent vingt grammes ; le hab ou quintal 3 soixante-douze kilogrammes ou cent livres chises ou cinquante livres siamoises. < ^a toise, appeléeva, équivautjusteàdeux mètres,

se divise en quatre coudées ; chaque coudée le cinquante centimètres, et se divise en deux pans; l'empan se divise en douze pouces, le tce en quatre kabiet. Vingt toises ou va font un (quarante mètres) ; cent sèn font quatre mille ;res, environ une lieue d'Europe ; quatre cent

font un j6t ou lieue siamoise de seize mille Tes. Les mesures de capacité sont le khanan ou 0 légalisé qui équivaut à un fort demi-litre, gt khanan font un thang ou petit boisseau; |[t-cinq khanan font un sat ou grand boisseau ; tre-vingts sat ou cent thang font un kien ou un

char, La plupart du temps ces mesures, n'étant pu étalouDées, favoriseat la fraude et sont une source intarissable de disputes entre ies acheteurs et k veodeurs.

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