‹ Description du Royaume Thai ou SiamChapitre 23 sur 96 · BU ROI · texte numérisé non relu

BU ROI

gouvernement de Siam est despotique dans la force dij terme ; le roi y est craint et respresque comme un dieu ; personne n'ose le der en face ; les courtisans, quand ils assistent idience, restent prosternés sur leurs genoux yirs coudes ; quand Sa Majesté passe quelque tout le monde se jette à terre, et ceux qui ne aient pas risqueraient bien d'avoir les yeux s par les archers qui précèdent et qui lancent droitement des boules de terre avec l'arc qu'ils ent toujours bandé.

Les titres du roi sont très-emphatiques ; on rappelle chào-phën-din^ le maître de la terre ; chàoxivit le maître de la vie ; phra-maha-krasaty Tauguste grand empereur, etc. Il est en effet le maître de tout le pays, car il perçoit lui-même tous les impôts, et il congédie sans façon tous les habitants d'un endroit s'il lui vient fantaisie de prendre leur terrain pour y faire une pagode ou autre chose; néanmoins, il les dédommage en partie des frais de déménagement. Il n'est pas permis de le nommer par son propre nom ; il faut le désigner par les titres rapportés ci-dessus ou d'autres semblables, autrement on serait mis en prison. Voici quelquesuns des noms du roi actuel avec la traduction en regard :

Phra : bat, somdet.

Phra : borom, inthara.

Malia makut.

ThèpbajaphoDg.

YoDgsadiisara krasat.

Nikarodom borom.

Maha chakraphatira\a.

fiorom thammamika.

Maha raxathirat.

Pbra : chom klào ju hua, etc.

Les pieds divins, l'excellence.

L'auguste, le parfait, le suprême.

La grande couronne.

Descendant des anges. Descendant des anciens rois.

De la dynastie éminentissime.

Des grands et puissants rois.

Qui a la justice parfaite.

Le grand empereur.

L'auguste sommet qui domine, etc.

ÂSiam, la couronne est héréditaire; maisFalaé de la famille royale ne succède pas de droit; le roi

Srcau du |iremier roi, représPDlant la couroni^e |>yi'Bmi<litP el IcB iiaraïols royaux k étaçei.

ftla faculté de choisir son successeur. A la mort de son père, le prince qui est déclaré roi est amené 30 grande pompe au palais ; il va laver le corps du ï)i défunt, après quoi les autres princes et tous les Dandarins lui font serment de fidélité. La formule lu serment contient les imprécations les plus teribles contre les traîtres; elle est lue, au nom de bus, par le premier ministre, et ensuite chacun a boire un peu d'une eau qui est dans un grand lassin d'or, sur laquelle les bonzes ont récité des èrmules imprécatoires et dans laquelle on a plongé e cimeterre du roi. Au jour fixé pour le couron* lement, toutes les maisons sont illuminées par des internes et ont, en dehors de la porte, un petit nfèl garni de riches soieries, de fleurs, de cierges^ liroirs et cassolettes où l'on brûle des parfums ; a se livre à la joie, aux jeux et aux comédies. Ce* Hidant le chef des astrologues trace les noms du ôuveau roi sur une feuille d'or, l'arrose de parims, la roule, la met dans un tube d'or qu'on ren* erme dans une boîte d'argent incrustée d'or; alors leuf mandarins, tenant chacun un chandelier à crois bougies, font neuf fois le tour de cette boite ^n balançant leurs chandeliers; après quoi, les tarâmes ou astrologues font retentir leur conque,

battent le gonggong et le tambour. En ce moment le roi entre dans la salle, donne des habits jaunes aune centaine de talapoins, remet au chef des talapoinsun cierge allumé; on apporte l'idole appelée l'idole de la Victoire, devant laquelle le roi se pro* sterne ; puis il revêt un langouti de soie blanche brodé d'or, monte à un trône où deux prioces viennent l'asperger d'eau lustrale ; en outre, lei brames lui présentent des conques remplies d'eao lustrale dont il s'arrose lui-même ; il change de lao* gouti et en revêt un de soie jaune brodé d'or. Peu* dant ce temps-là, les brames font sonner la conqne et jouent des instruments. Ensuite le roi passe dam une autre pièce, monte à un trône octogone su^ monté d'un parasol à sept étages ; huit brames sont assis à distance autour du roi, qui a la face tournée vers l'orient; le brame assis vis-^à-vis prononce une formule de bénédiction en bali et lui vene dans la main un peu d'eau lustrale dont le roi boit un peu et il se frotte la face du reste. Puis le prince se tourne vers le sud, et la même cérémonie se répète jusqu'à huit fois à chacun des huit points de l'horizon. De là, le prince va à un autre trône à quatre faces, s'assied sur un lion en or, le visage tourné au septentrion ; un vieux brame chante un

antique de bénédiction et se prosterne en offrant 0 royaume au nouveau roi : alors un page vient fffrir le savetraxat (parasol à sept étages, premier Qsigne de la royauté) ; un autre vient offrir les loms roulés dans le tube d'or ; d'autres viennent ;our à tour offrir la couronnei le collier royal garni le diamants, le bâton royal, que le prince met sur sa cuisse droite, et le cimeterre royal, qu'il place sur sa cuisse gauche. Puis on lui offre huit sortes d'armes : le javelot, la lance, l'arc, Tépée, le poi-' goard, le sabre, la canne à épée et le fusilt Alors Sa Majesté dit à haute voix qu'elle autorise tous ses sujets à se servir des arbres et des plantes, de l'eau, des pierres et de toutes les autres substances qui sont dans les limites de son royaume. Un grand mandarin dit : Vos serviteurs reçoivent les 6xcel«> lents ordres de notre seigneur, dont la voix est majestueuse comme celle du lion qui rugit. Le roi répand des fleurs d'or et d'argent sur toute l'as*semblée, puis il verse à terre des eaux de bénédic^ tion pour tous les êtres animés du royaume, pen<» lant que les brames font entendre leur bruyant xmcert de conques, tambours et gonggong. Le roi [yasse dans une autre salle où sont rassemblés les principaux talapoins du royaume ; il nomme leur

chef ou évêque, leur fait des aumônes, et tous k bénissent à Fenvi. De là il se rend à la grande salle d'audience, où il s'assied sur un tapis précieux garni de diamants et de pierreries. Les brames récitent des prières interrompues de temps à autre par des fanfares ; après quoi, un des grands maiH darins s'avance en rampant et parle au roi en ca termes : Le serviteur de Votre Majesté est chargé, de la part de tous les nobles dignitaires du royaume ici présents, de vous offrir nos hommages, en cou^ bant nos têtes aux pieds sacrés de votre glorieuse Majesté, somdet phra-chromklào^ qui êtes notre refuge, qui êtes monté sur le trône garni de diamants, qui êtes revêtu du souverain pouvoir, qui êtes établi sous le savetraxat (parasol à neuf étages)i qui domptez tous vos ennemis, dont l'auguste nom est écrit sur une tablette d'or ; nous demandons de déposer sous la plante des pieds sacrés de Votre Majesté toutes les choses qui sont en notre po^ession et tous les trésors du royaume. Le roi répond : Tous les nobles dignitaires auront désormais la faculté de venir en ma présence, selon leur désir, pour m'offrir leurs services selon les fonctions de chacun ; que chacun vienne sans crainte me présenter ses services. Alors Son Excellence phaja^

phror'klangj ministre des affaires étrangères, se prosterne, offrant au roi les barques royales, navires de guerre, arsenaux, soldats, etc. Phaja" ^phavadi offre les éléphants , les chevaux, les capitales dé province du premier, second, troifième et quatrième ordre avec le peuple qui les habite. Le maître du palais offre le palais et tous les meubles qui le garnissent. Le maître de la justice offre la ville de Bangkok. Le ministre de Tagricuiture offre tous les produits des champs et des jardins. Le seigneur du trésor offre les douze départements des trésors royaux* Après cela. Sa Majesté rentre dans l'intérieur du palais, où deux dames lui lavent les pieds. Les princesses lui font hommage de différents articles à l'usage du soulerain dans l'intérieur de son palais et, entr' autres choses, elles lui offrent des fleurs d'or du poids d'une livre ; il goûte un peu d'une collation de sucreries, après quoi il monte en palanquin et, je-* tant des poignées de monnaie à droite et à gauche, il va au temple de l'idole d'émeraude, fait son adoration, allume des cierges et des parfums; on apporte les urnes d'or contenant les restes de ses ancêtres, il leur offre de l'encens, des cierges et des fleurs et fait faire un sermon sur le mort, puis

rentre dans son palais. La cérémonie du courou^ nement est terminée.

Le lendemain tous les princes, les grandi et lei petits mandarins viennent offrir leurs présenti an nouveau souverain ; celui-K^i y répond ea doih nant à chacun une petite bourse de soiç rouge^ contenant plus ou moins de nouvelle monnaie en argent et en or ; le maximum est de quatre-vingli ticauXy et le minimum de quatre ticaux leulement. Quelques jours après le couronnementi le roi doit faire le tour de la cité avec grande pompe» une fok par terre et une fois par eau ; ils appellent cette ce* rémonie lièlnnùang ; toutes les rues de la ville par lesquelles le roi doit passer sont bordées des deux côtés d'une multitude de petits autels richement ornés; ils sont chargés de vases de fleurs, de tableauxy de cassolettes dans lesquelles ou brûle des parfums ; les archers et leurs officiers ouvrent la marche ; ensuite vient l'armée; les mandarinisont montés sar des éléphants, chacun à la tête de son régiment qui a un uniforme particulier et des armes particulières ; l'artillerie estàTarrière-garde, et les soldats qui la composent portent tous l'uniforme militaire à l'européenne, La quantité et la variété des drapeaux est d'un joli effet. Vient en-

wite le corps des musiciens qui exécutent tout le long de la route un bruyant concert ; le roi suit immédiatement, porté sur un trône resplendissant ÏOT et de pierreries, ayantsur la téteune couronne pyramidale garnie de pierres précieuses et de dia* mants; son costume est composé d'une ample veste, (l'une ceinture et d'un langouti, le tout en soie riche à fleurs d'or, avec des souliers garnis de joyaux de diverses couleurs. D'une main il tient son cim^ terre, et de l'autre il puise avec un gobelet dans un grand vase d'or rempli de petite monnaie dont il wgevge la multitude prosternée sur son passage. H jette aussi quantité de billets qui représentent la valeur d'un éléphant, d'une maison, d'une barque^ d'un jardin, etc.; ceux qui peuvent attraper ces billets n'ont qu'à se présenter devant le trésorier général, et ils reçoivent à l'instant la valeur des objets mentionnés dans les billets. A la suite du roi viennent les princes de la famille royale, en costnme riche, mais burlesque, portant des chapeaux de différentes formes ornés de plumets et de panaches; ils suivent en cavalcade avec leur nombreux cortège et ferment la marche.

La procession par eau est bien autrement belle ; ce jour^à le cortège du roi se compose déplus de

soixante mille hommes distribués dans des banom magnifiques de quarante à quatre-vingts coudés de long, lesquels sont montés par soixante à cent rameurs; la proue de chaque ballon représente dei animaux gigantesques et fabuleux dorés splendKJ dément. Tantôt c'est un dragon, tantôt un croco* dile ou un serpent monstrueux, un poisson énorme, une licorne, un éléphant, un tigre, un lion, un aigle garuda^ un jak ou géant, le fameux singe guerrier hanuman, etc., etc. La richesse des dé^ corations, la variété des costumes, la marche majestueuse de ces ballons splendides, Taffluencedei spectateurs tous en habits de fête , le bruit dei rames dorées, les cris simultanés des innombrables rameurs, les sons bruyants de mille instrumente de musique, tout cela forme un spectacle des plus

curieux et des plus divertissants qu'on puisse imaginer.

Le roi sort très-rarement, et presque toujours en ballon ; comme il est défendu sous peine de mort do toucher sa personne sacrée, dans le ballon qu'il monte il y a toujours un certain nombre de cocos vides, liés ensemble, qu'on lui jette pour se soutenir en cas qu'il tombe à l'eau. Quand il va par terre, il monte un éléphant superbement

snharnaché^ ou bien il est porté par une dizaine dl'homines robustes dans un palanquin doré et Ofarni de rideaux de drap d'or ; il est toujours précédé et suivi par plusieurs centaines de satellites IMrtagés en plusieurs bandes, dont les uns tiennent des arcs, les autres des lances, des hallebardes, des sabres et des fusils.

Le respect pour le roi est tel que non-^ulenent on se prosterne en sa présence, mais encore toutes les fois qu'on passe devant le palais, il faut* se découvrir, et tous les rameurs des barques qui passent devant le pavillon royal en avant du pahis sont obligés de se découvrir, et de se mettre à genoux jusqu'à ce qu'on Tait dépassé ; ceux qui manquent à la consigne, sont ou fustigés ou condamnés à une forte amende. Les chefs qui tiennent un parasol sont tenus à le fermer ou au moins à le baisser du côté opposé au palais ; des archers armés d'arcs pour lancer des boules de terre se tiennent toujours en faction dans le pavillon par où le roi descend au fleuve, afin de faire observer la règle.

Quoique le roi de Siam ait un pouvoir despotique et absolu, cela n'empêche pas qu'il a un règlement de vie auquel il doit se cot\{otvc\%t \ ^^^^

glement est contenu dans un li^re intitulé Phra i f ^"^ raxa : monthieraban. Ce livre prescrit Theuie dl lever et du bain, l'offrande aux talapoius (un ta pieux doit distribuer lui-même tous les joun riz aux talapoins ; seulement il ne les salue qu * levant la main gauche à la hauteur des yeux)» I prescrit les heures d'audience pour les mandariiif les heures d'audience pour les princes, le tempi' d'étude des lois et des annales du royaume, k le temps des repas, le moment d'audience à donner à la reine et aux dames du palais; il expose ton les déUts qui peuvent se commettre dans le palaiii et les peines qu'il convient d'infliger aux délin* quants. J'y ai remarqué surtout ceci ; si pendant une audience le roi entre en fureur contre un do ses mandarins, et qu'il demande son épée au page qui la porte, il y a peine de mort pour le page s'il livre l'épée au roi, parce qu'il ne doit pas favoriser la colère aveugle de son souverain, mais il doit lui refuser le glaive, même au péril de sa vie« Les fih du roi sont élevés dans le palais jusqu'à l'âge de douze ou treize ans ; à cette époque le roi les établit hors du palais sous la conduite de quatre gouverneurs, leur fournit quelques centaines d'ea* claves, et leur paie environ trois cents Arancs par

Bois. Les filles restent au palais royal, et sont conlamnées à garder la vii^inité, parce que la poli-* ique du pays ne permet pas que le roi ait un ^fflidre, lequel pourrait abuser de sa haute positon pour trahir son maître.

Les intrigues amoureuses avec la reine, les con*- :ubines du roi ou les princesses sont des crimes de èse-majesté ; la peine pour les coupables est d'être Wipaléset percés de coups de lance ; mais la reine NI les concubines infidèles aussi bien que les prin* cesses coupables sont cousues dans un sac de peau, )il Von met une grosse pierre, et sont précipitées ivantes dans le milieu du fleuve. Quant aux princes oupables on les mène dans une pagode; on les lit étendre à terre, et avec deux gros bâtons de •ois de Bandai, on leur casse le cou, et, après s'être SBuré qu'ils sont morts, on les coud dans un sac A peau avec une grosse pierre au fond, après quoi 3s exécuteurs vont les jeter au miUeu du fleuve : slle est la triste prérogative des personnes du sang oyall

Le roi ne donne que rarement des audiences so-^ snnelles ; elles n'ont lieu que pour les ambassaleurs des cours étrangères, et pour les princes en«« oyôs par les rois tribu tairea pour ottrâV^wXs^^

d'or et (l'argent à leur suzerain. Pour donnef une idée de la manière de recevoir un ambassadeur à Siam , j'extrais ce qui suit d'une relatiof de M. Edmond Roberts, chef d'ambassade États-Unis d'Amérique, arrivé à Siam à la fin mars 1 836, sur le vaisseau le Peacock^ accom de la corvette r Entreprise.

Le 16 avril avait été fixé d'avance pour laréce tion de l'ambassade américaine à l'audience di roi. À neuf heures, accompagné de vingt-dem officiers de l'escadre en grande tenue, M. Roberii s'embarqua dans trois gondoles mises en mouvement chacune par trente rames. Les bateaux avancèrent rapidement au son de la musique. Lei Américains furent étonnés de la foule de spectateurs qui attendaient leur débarquement. Des officiers de police armés de rotins et de bambous, dont ils faisaient un fréquent usage sur les épaules nues des Siamois, étaient constamment occupés! déblayer le chemin devant le cortège.

À l'entrée de la première porte, on trouva une quantité de petits chevaux de selle , caparaçonnas dans le style oriental et accompagnés chacun de deux palefreniers. La scène était aussi nouvelle pour ces animaux que pour les officiers américains.

Ug témoignaient leur impatience en détachant de ri?es ruades dans la foule. Le cortège fut joint en ^t endroit par plusieurs Arabes, Persans et Juifs, 4M1S dans les riches costumes de leurs pays respec- ^. Après un court délai, provenant du choix que bhacun faisait d'un cheval, tout le monde se ^uva monté* Mais à cause du peu de longueur ^ étriers , on avait les genoux presque à la hauteur du menton. On avança, à travers la multitude, jusqu'à la seconde porte, où les officiers durent laisser leurs épées, l'étiquette ne permettant pas de paraître armé devant le roi.

Le cortège fut reçu dans la salle de justice par le jAajorplii'phatkôsa qui se montra plein d'expanrion. On offrit du thé, du bétel et des cigares, pendant qu'on attendait que le roi daignât faire annoncer qu'il était prêt à recevoir l'ambassade.

A la seconde porte, des files de soldats, embarrassés d'uniformes rouges et verts et portant des armes de différentes sortes, garnissaient, au nombre de plusieurs milliers , les diverses avenues. Tous les fusils étaient munis de leurs baïonnettes, et chaque baïonnette de son fourreau. Les artilleurs étaient armés de larges épées qu'ils se tenaient prêts à dégainer. Des porteui*s de piques et de

massues figuraient égalemeot dans cette po militaire.

A cette porte, la musique du bord fut obligée s'arrêter et d'attendre le retour de Tambassade. cortège avança et eut encore à passer deux poi Le nombre des troupes augmentait toujours près du palais, se tenait un corps armé de bottd et d'èpées. Sur les deux côtés du chemin par le cortège, on avait placé trois cents musiciens} rangés sur deux lignes, lesquels faisaient crier iil^ cessamment leurs hautbois ou retentir leurs tav tams, et produisaient une cacophonie des plié assourdissantes. De temps en temps Tœil surprenait, à travers le feuillage des arbres ou des arbusM plantés dans les enclos, la perspective d'un riche édifice ou d'une pyramide dorée resplendissant ah soleil.

La salle d'audience a sur chaque côté trois entrées ornées de sculptures diverses et de divinités bouddhistes. Des paravents placés en dedans cachent Tîntérieur de Tédifice. Le trône, placé an fond de la salle, a environ six pieds de haut, et est assez large pour qu'un homme puisse s'y asseoir les jambes croisées. Il est d*or ou richement doré , et orné de diamants et autres pierres pré-

9M. 11 y a derrière , sans doute pour l'orneit, un morc^u d'architecture qui ressemble à Miel. Un magnifique parasol, formé de sept uBols superposés et de grandeur décroissant de en haut, ombrage le siège du monarque. De ]ue côté sont six autres parasols à étages qu'on i^osés de manière à former un arc qui sépare (ri de sa cour,

L Roberts et ses compagnons étant entrés par orte du milieu du devant de la salle , et ayant (6 le long du paravent, se trouvèrent en presse de Sa Majesté et de la cour du royaume ThaL ilajesté , gros et gras homme d'environ cinnte ans , était assise sur son trône , les jambes bées comme le dieu Bouddha. Un riche vêtent de drap d'or l'enveloppait. Elle mâchait du û, et lançait de temps en temps sa salive dans \ urne d'or, tandis que de nombreux serviteurs préparaient d'autre bétel et faisaient avec de nds éventails circuler Tair autour de son impote obésité, trônant dans toute la pompe et la gnificence du rang suprême.

i l'exception d'un long espace vide de huit pieds large, devant le trône, tout le plancher était ivert de nobles, de courtisans, de grands du

pays, vêtus de costumes de soie et d*or, sortes ^ longues jaquettes serrées , à basques courtes < ressemblaDt assez, pour la forme, aux ancienne cottes de maille. Près de trois cents personne composaient cette noble compagnie qui se tem tout entière agenouillée et accoudée, la tète il clinée vers le plancher. La salie, n*admetti qu'un demi-jour, permettait aux joyaux de pù^ à leur avantage. Les diamants et les escarbood répandus sur la personne du roi brillaient et éti celaient, lançant dans toutes les directions comi de petits éclairs.

Tel fut le spectacle que la salie et la cour pi sentèrentà Tambassade américaine. Elle mitai sitôt chapeau bas, puis, quand ils se furent avan jusqu'à l'espace libre mentionné plus haut, Américains firent trois salutations ainsi qu'il avait été convenu. S'étant assis sur un tapis, à v assez grande distance du trône, ils durent prem garde de tenir les pieds en arrière , afin que Majesté ne fut point choquée par la vue de membres inférieurs emprisonnés dans des botl car les Américains n'avaient pas voulu consenti laisser leur chaussure à la porte. Après qu'on se assis dans ceti e position très-incommode, on fit ti

^uls siamois. Toute la cour frappa trois fois le lyncher de sa tète, et Sa Majesté exprima sa satis&clion en lançant par trois fois sa salive dans un crachoir d'or, et renouvelant sa bouchée de bétel i de noix d'arec 1

En avant de l'ambassade , on avait étalé une jUtie des présents apportés par M. Roberts, l'en- BDible en étant trop volumineux pour figurer dans Btte occasion solennelle. Immédiatement après ue les saints eurent été faits, on entendit un bas mrmure s'élever derrière le trône. L'interprète xpliqua que c'était le secrétaire du roi qui lisait a liste des présents envoyés par le gouvernement les Ëtats-Unis à Sa Majesté.

Cette formalité accomplie, le roi adressa à I. Roberts plusieurs questions qui eurent à passer MUT la bouche de trois interprètes ou secrétaires, ii'un d'eux était accroupi tout près du trône et ré- )ëtait à voix basse les paroles de Sa Majesté à l'un le ses collègues, placé à moitié chemin de la partie Dférieure de la salle. Celui-ci les répétait d'un ton ncore plus bas à l'interprète qui , accroupi près le H. Robcrls, les lui soufflait dans l'oreille. Les èponses étaient transmises de la même manière.

Au bout de trois quarts d'heure , un son métal-

lique aigu se fît entendre. Un rideau de soie d'or, qu'on tira en travers de la salle devant le trône, et qui déroba Sa Majesté aux regards , annonça que l'audience était terminée* L'ambassade fittrok saints, et toute la cour inclina par trois fois latife jusqu'au plancher.

L'ambassade fut menée ensuite voir le haras dl Sa Majesté : plusieurs éléphants, et enfin la pagode du palais. Le IS avril avait été fixé pour la remise de la copie du traité que venait de ratifier le roi de Siam. Vers une heure de Taprès-midi, M. Robefb fut informé que les barques dorées du roi étaient en vue. Accompagné des officiers en grande tenue et de la musique, il se rendit au bateau de cérémonie, où il trouva le phaja-phiplutt-kH déjà arrivé. Il y avait là trois longs bateaux rîcbfiment dorés, décorés de pavillons, et chacun de cei bateaux était mis en mouvement par cent rames. Les rideaux étaient de drap d'or sur fond écariate. L'embarcation royale, qui portait le traité, formait l'avant-garde. Le traité était dans une botte couverte de soie jaune grossière, brochée d'or. Cette boîte était placée sur un plat d'argent, posé sur un plateau ayant un grand pied de même métal. Au dessus, s'étendait un dais écarlate, ombragé à son

mr par la parasol royal à ^pt étages. Le» uni^ irmes écarlate» des matelots, les coups mesurés e leurs cent rames, les bannières flottantes, la lusique des fifres et des tambours, l'or et l'argent isplendissant au soleil , formaient un spectacle larmant et montraient avec quel cérémonial scru« deux ou conduit tout à la magnifique cour de iam.

Quand la boîte fut enlevée, la musique siamoise t entendre une sorte de mélodie douce et plainye. Le phaîa-^phiphat-kôm porta la botte à [. Roberts , et fit en même temps un salut au ceau royal attaché au traité, M. Roberts l'ayant Bçue, l'éleva par respect pour le roi jusqu'à la bau- Dnr de la tête , pendant que la musique amériaine jouait des airs nationaux, et, la plaçant enoite sur un plateau préparé à cet effet, il la déposa ans la chambre de la jonque de cérémonie ; à UQuit , on leva l'ancre et , remorquée par trois mgues galères, la jonque de cérémonie descendit apidement le fleuve ; dans un jour, on fut rendu bord de la frégate américaine qui stationnait en «hors de la barre de Siam, Dans les audiences solennelles le roi ne fait que ÎQqousix questions à l'ambassadeur )^r ^\^\sv^W.

Comment se porte votre roi? Votre pays esst-il e paix et florissant ? Âvez-vous fait un heureux voyage Quel est le motif de votre ambassade? J'ai donn ordre à mon premier ministre de s'entendre ave vous et de faire réponse à votre lettre de créance Puis il fait donner de l'arec, du bétel et des pré sents précieux à l'ambassadeur et à sa suite, aprè quoi le rideau se tire, la musique joue des fanfiire et l'audience est finie. Tout le temps qu'un amba» sadeur passe à Siam, il est logé et nourri aïo toute sa suite aux frais du roi, qui prépose un A ses mandarins pour cet objet.

Il n'y a point de chancelier à Siam ; chaque mandarin qui a droit de donner des ordres par écril a un tra ou sceau que le roi lui donne. Le roi luimême a son sceau royal qu'il ne confie à personne et dont il se sert pour tout ce qui émane directement de lui. La figure des sceaux est en relief ; on les frotte d'encre rouge et on les imprime sur li papier ; ils ont environ deux pouces et demi dq dis* mètre et présentent des devises grotesques et curieuses. Voici la description des sept principan: sceaux du roi : le premier sceau représente ni éléphant à trois têtes» portant sur le dos un édifie ou /)alaiS; ayant aux deux côtés deux parasols

)pt étages. Le second sceau représente un animal ibuleuî, qu'ils appellent le roi des lions. La deise. du troisième sceau est le garuda, aigle fabueux et monstrueux. Le quatrième sceau a pour leviseTimage deBuddha assis, tenant d'une main me fleur de lotus épanouie et de l'autre une feuille le la même plante. La devise du cinquième sceau sst un ange à cheval sur un géant ou démon. Le sixième sceau représente un ange à cheval sur un lerpent ou dragon et tenant un glaive de feu. La devise du septième sceau est un ange monté sur un lioD et portant une lance.

Disons comment se passent les audiences ordinaires. Sur les dix heures du matin, les mandarins le réunissent d'abord dans une grande salle ouvaie située en avant du palais. C'est là qu'ils se communiquent les nouvelles et qu'ils se concertent nrce qu'il y aura à dire au roi. Chaque mandarin lion secrétaire, qui tient son portefeuille ou livre de notes et rapportp. Un peu avant onze heures, cette troupe de cent à cent cinquante mandarins le rend dans la salle d'audience où chacun va s'asleoir dans sa place respective ; ilschuchottent dou* cément les uns avec les autres jusqu'au moment Où les pages, qui précèdent le roi et portent les in-

signes royaux, entrent dans la salle ; alors toom prosternent, et, dès que le rpi parait, cette Mlll courtisans élève les mains, baisse la tète oootn terre et reste prosternée sur les genoux et lescowla jusqu'à la fin de l'audience. Le roi s'assied louin dais et sur son estrade munie de splendidei ctt^ reaux pour s'appuyer ; pendant l'audience il ]mi la position qu'il lui plait; il mâche l'arec <t! bétel, boit du thé, fume le cigare ou la pipt^î adresse la parole tantôt à Tun, tantôt à l'autre: arrive quelquefois qu'il adresse la parole i prew tous successivement; mais ordinairement, il s'en tient surtout avec les ministres, les interrogeant ce qui regarde leur département, C'est une ri qu'aucun mandarin ne parle, à moins que le ne l'interroge; cependant il y a toujours deux m darins dont l'office est de faire des rapports ai sur tout ce qui intéresse le gouvernementt A heure après midi environ, le roi se lève, la fi des courtisans élève de nouveau les mains ] adorer le monarque qui se retire. Alors la trc des mandarins sort et va se réunir encore à la \ extérieure pour se concerter sur les ordres émi de Sa Majesté, Le soir, à sept ou huit heures, a une uquvçUe audience qui n'^t pas générale ; i

t le conseil des ministres; les grands princes ent et prennent part à cette audience de nuit, lie se prolonge quelquefois jusqu'à n^inuit. De le roi (^qnne encore une ou deu^ audiences dncesses et aux dames du palais pour arran* îi différends et les affaires qui surviennent dans [nmense sérail»

roi qui vient de mourir il y a quatre ani fait établir, dans une salle proche du palais^ •Qs tambour que pouvaient venir frapper tous quf avaient des placets» requêtes et réclama* à offrir au roi. Chaque fois qu'on frappait cd oqrj un page venait prendre le placet, qu'il it immédiatement au roi ; mais cette louable ution est tombée en désuétude par l'abus [ en faisait et surtout par la méchanceté et ice des pages qui, ennuyés de ce service inlode, se mirent à rançonner les pauvres dia*« batteurs du tambour; maintenant on n'en plus,

r a un mandarin gouverneur du palais ; il a ^ ordres plusieurs miUiers de soldats, qui sont à venir faire la garde à tourde:rôle ; ils sont bues par groupes à toutes les portes, dans les f aux allées et dans les salles extérieures ; il y

en a qui ne font que rôder de tous côtés, tenant un sabre, un arc, ou simplement un rotin ; par ko* nomie, on ne leur fait pas porter le costume militaire. Outre ces gardiens du palais, ii y a encore six régiments de tamruet ou satellites, qui font tour à tour le service du palais et se tiennent préh à exécuter les ordres du roi; ce sont eux qui font la police dans la capitale et aux environs : ils vont en troupe saisir les voleurs, les malfaiteurst les fin meurs d'opium et tous ceux contre qui est laneè un mandat d'arrestation. Dans l'intérieur du pa* lais il n'y a qu'une centaine de pages qui sont, à proprement parler, les serviteurs du roi ; ils tieih nent ses insignes royaux, lui servent le thé, le t^ bac, l'arec et le bétel, lui font la lecture, tiennent ses comptes et ses registres ; il se sert d'eux pour aller surveiller tous les travaux publics, pour poif* ter des ordres aux mandarins et faire différenb achats d'objets européens. Ces pages sont tous dei jeunes gens de bonne mine, âgés de seize à vingtquatre ans, fils de mandarins que les parents offrent au roi pour son service. Il y a deux catégories de pages : les uns ne quittent pas le palais ; les autres ne sont tenus qu'à deux ou trois heures de service par jour. Quand ces jeunes gens sont de-

lus hommes faits, le roi leur confère une dignité sou moins élevée, selon le rang qu'occupe leur •e.

Les appartements qu'habite le roi sont peu aires et peu ornés; ce sont comme des magas où est entassée une foule de choses curieuses, ices, lustres, cristaux , horloges de tout genre, les de porcelaine, statues, boites à musique, buf- %en laque de Chine et du Japon, armoires do-* %, meubles précieux d'Europe, curiosités disses, etc., etc. On dit qu'il n'a pas de chambre à acherfixe; il dort tantôt dans une, tantôt dans le autre, et cela par esprit dé défiance» parce i-il craint que, si on savait le lieu de son repos, telque traître ne vint attenter à ses jours. Le roi de Siam est très-riche, ce qui est facile à beevoir, quand on sait que toutes les taxes et ipôts viennent s'engloutir dans son trésor ; ajou** E à cela les présents et les tributs des rois et des rDçes qui dépendent de son empire et le produit I mines d'or, de cuivre et d'étain qu'il fait exciter à son profit. 11 est vrai qu'il a aussi de andés dépenses à faire , car c'est lui qui paie les inces, les mandarins et les soldats, sans compter entretien dispendieux de son grand séta\\« Ow d\V.

— Moque, selon un antique usage, le roi possède un tri« sor particulier auquel il ne doit pas toucher, si co n'est dans les cas extrêmes, et le successeur ajoiita toujours à ce que son prédécesseur a amassé.

Quoique le roi de Siam entretienne un grand nombre de femmes, il n'en a cependant qu'unà qui soit regardée comme sa femme légitime et qû ait le titre de reine. Ce n'est pas la coutume qiM le roi demande pour reine une princesse d'une nation étrangère ; mais il choisit une princes do royaume qui, le plus souvent, est sa proche parente, ou bien une princesse des Ëlats qui lui Bont tributaires. Le palais de la reine est attenantes lui du roi ; il consiste en plusieurs grands bàti« ments élégants et bien ornés. Ce palais a una gouvernante, dame âgée et qui a la confiance dn roi. C'est elle qui est chargée de tout ce qui pon« cerne la maison de la reine ; au moyen d'une cen^ taine de dames qui sont sous ses ordres, elle exerça une surveillance exacte sur la reine elle-même et sur les concubines du roi, qui sont des princesiai de diverses nations ou des filles de grands manda*

que Ittxtn pères ont offertes au prince ; elle imande en outre environ deux mille femmes ou les filles employées au service du palais. La vemante de la maison de la reine est encore rgée de veiller sur les filles du roi et sur toutes princesses, qui sont comme cloîtrées et ne peut jamais se marier. Toute cette troupe de [mes passât leur vie dans la triple enceinte de ttôù elles sont enfermées, et ne peuvent sortir î rarement pour aller faire quelques achats ou ir aller porterjdes offrandes aux pagodes. Toutes, pk la reine jusqu'aux portières, reçoivent leur Ide du roi, qui les entrelient, du reste, avec McOup de luxe et de générosité. On dit que, 08 la troisième enceinte, se trouve un jardin délais: et fort curieux ; c'est un vaste enclos qui otient en miniature tout ce que Ton trouve en ind dans le monde. Là, il y a des montagnes stices, des bois, des rivières, un lac avec des its et des rochers, des petits vaisseaux, des barques, l ba2ar ou marché tenu par les femmes du pals, des pagodes, des pavillons, des belvédères, des irtues et surtout des arbres à fleurs et à fruits apartés des pays étrangers. Pendant la nuit, ce jarin est illuminé par des lanternes et de?> \^\'s^.tç^.^\

c'est là que les dames du sérail prennent leur et se livrent à toutes sortes de divertissements se consoler d'être séquestrées du monde.

Page 1