‹ Description et histoire du Château d'ArquesChapitre 3 sur 6 · Rob. Wace, Roman de Rou, vers 8600 et suiv · texte numérisé non relu

Rob. Wace, Roman de Rou, vers 8600 et suiv

tagenet se disputent sous ses murs le duché de Normandie ; ce dernier n’y entre qu’après un an de siège et la mort de son commandant, Guillaume Lemoine, tué par une flèche. En 1193, Philippe-Auguste, projetant la conquête de la Normandie, se fait livrer le château d’Arques par le faible Jean sans Terre, et le rend par traité à Richard Cœur-de-Lion, en 1 196. Il l’investit en 1202, et lève bientôt le siège h la nouvelle de la captivité du jeune Arthur de Bretagne, tombé entre les mains de Jean sans Terre. Lorsque enfin toute la province est conquise, le château d’Arques est la dernière forteresse qui se rend au roi de France (1204).

Le château d’Arques n’a plus qu’un rôle effacé dans l’histoire des deux siècles qui suivent. Le seul document qui le mentionne durant cette période est un compte manuscrit des travaux qui y furent exécutés de 1365 à 1380. Au nombre de ces travaux figure la reconstruction de la grosse tour de la polerne et du pontqui la relie au plaîeau extérieur \ Nous voyons également dans celte pièce que l’étage supérieur du donjon se terminait dans l’origine par des tourelles couvertes de plomb, lesquelles devaient être les échauguettes pour abriter les défenseurs.

Au commencement du xve siècle, le château d’Arques prend de nouveau une part éclatante à la lutte de la France et de l’Angleterre, et en subit les vicissitudes ; mais, toujours imprenable, il n’ouvre ses portes aux Anglais ou ne rentre sous la domination du roi de France qu’après la soumission de toute la province. Vers les dernières années de ce siècle, il subit d’importantes modifications pour l’approprier au service de l’artillerie à feu.

On construisit en B (voyez le plan) une enceinte bastionnée

1. Ordonnancement d’un compte de trente et six francs d’or pour transport de matériaux destinés d la maçonnerie des ponts neufs et à la porte du chastel d’Arques (Bibliothèque nationale).

DU CHATEAU D’ARQUES

flanquée de quatre tours, disposée en avant de l’ancienne entrée, pour battre le plateau situé en face, du côté du nord, et empêcher un assiégeant d’enfiler la cour du château au moyen de batteries montées sur ce plateau, qui n’en est séparé que de 200 mètres. En même temps le troisième étage du donjon fut converti en plate-forme et muni de bouches à ^eu. Ces dispositions nouvelles devaient, comme nous le verrons tout à l’heure, contribuer d’une manière décisive au succès de la bataille d’Arques.

Pendant les guerres de religion, Arques s’était déclaré pour la Ligue; les Dieppois, qui tenaient pour le parti du roi, cherchèrent à s’emparer du’ château. Après plusieurs tentatives infructueuses, leur gouverneur, Aymar de Chaste, désespérant de l’enlever de vive force, eut recours à la ruse. Des soldats, déguisés en matelots et cachant des armes sous leurs vêtements, se présentent au château pour y vendre du poisson. La sentinelle, sans défiance, les laisse passer ; à peine entrés, ils se jettent sur la garnison surprise, la désarment et prennent possession de la forteresse au nom du roi. Après le meurtre de Saint-Cloud, Henri IV, contraint de s’éloigner de Paris, se porta sur Dieppe, où il fut reçu avec enthousiasme. Un de ses premiers soins fut d’armer le château d’Arques de plusieurs pièces d’artillerie, dont il confia le service aux bourgeois de Dieppe ; puis il attendit le duc de Mayenne qui marchait contre lui avec 30,000 hommes. La rencontre eut lieu le 21 septembre 1589. Henri, dont la petite armée ne dépassait pas 7,000 hommes, s’était établi dans un camp retranché, près d’Arques, et dominait la vallée marécageuse et coupée de ruisseaux dans laquelle Mayenne allait imprudemment s’engager. La nature du terrain ne permit pas aux ligueurs de déployer leurs troupes et de profiter de l’avantage du nombre. Une trahison faillit cependant devenir fatale au roi. Les lansquenets de Mayenne, s’étant approchés des re-

tranchements royaux, se mirent à crier qu’ils étaient protestants et qu’ils venaient se rendre au roi. On les aida aussitôt à franchir le fossé, quand tout à coup ils se retournent contre ceux qui les ont, introduits, tuent ou font prisonniers tout ce qui se trouve sous leur main. Quelques-uns de leurs chefs pénètrent jusqu’au roi et lui crient de se rendre. Le désordre fut si grand pendant quelques instants, que, Henri, désespéré, demandait à grands cris « s’il ne se trouvait pas en France cinquante gentilshommes pour mourir avec le roi » ! Tout était perdu en effet, si Henri eût commandé à des troupes moins aguerries, et si Mayenne eût poussé plus vivement son avantage. La lenteur de ce dernier permit au roi et à Biron de rallier leurs gens et de chasser les lansquenets des retranchements qu’ils avaient surpris. En ce moment, le brouillard, qui avait couvert pendant la matinée le champ de bataille, s’étant dissipé, les canonniers placés sur les murailles du château d’Arques purent enfin distinguer l’ennemi et envoyèrent dans les rangs de la cavalerie de Mayenne quatre volées d’artillerie qui, selon l’expression de Sully, « y firent quatre belles rues». Les ligueurs, empêchés par ce feu plongeant de tenter de nouvelles approches, se retirèrent en désordre, et le roi, resté maître du champ de bataille, écrivit le soir même ce billet si célébré : « Pends- toi, brave Crillon! nous avons combattu à Arques, et tu n’y étais pas1. »

A partir de cette époque, le château d’Arques ne figure plus dans l’Histoire, et, bien qu’ayant encore un gouverneur, reste sans destination et sans entretien. Dès 1668 on n’y fait plus aucune réparation. En 1753, on commence à en arracher les pierres ; en 1771, les habitants d’Arques sont autorisés à l’exploiter comme carrière.

1. Deville, Histoire du château d’Arques. — Henri Martin, tiistoire dé France, t. X, p. 184. — Poirson, Histoire de Henri IV, t. I.

DU CHATEAU DARQUES.

Le 10 mai 1793, ce qui restait du château fut mis aux enchères et adjugé pour la somme de 8,300 livres. 11 passa depuis entre les mains de différents propriétaires, et appartenait en dernier lieu à M. Jules Reiset, à qui l’État l’a racheté en 1869, sur le vœu exprimé par la Commission des monuments historiques.

De ce bel ensemble de constructions que nous montre en— . core le plan de 1708, le vandalisme du siècle dernier ne nous a laissé que des ruines. Deux parties de la forteresse primitive offrent seules aujourd’hui un reste de conservation : le donjon et l’entrée principale. Celle-ci possède encore ses trois arcades, distantes d’environ 3 mètres l’une de l’autre et anciennement munies de herses ; elles portent quelques fragments des murs du premier étage. Au-dessus de l’une de ces arcades, le dernier propriétaire du château a fait incruster un. grand bas-relief de marbre représentant Henri IV à cheval avec celte inscription :

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