‹ Description et histoire du MarocChapitre 10 sur 50 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

tOPOGEAPHIE.

§ f. - L*ATLAS.

Le squelette du Maroc est dessiné par les chaînes de l'Atlas, dont le point culminant est le Miltzin, qui s'élève à SO kilomètres au sud de Maroc et à une hauteur de 3,457 mètres au-dessus de la mer. La chaîne principale se nomme Idraren-Drânn ; elle va du sud-ouest au nordouest. Les chaînes secondaires et leurs ramifications sans nombre, non-seulement déterminent les principaux versants et bassins du Maroc, mais, en se prolongeant vers l'est, par TAlgérie et la régence de Tunis jusqu'aux monts Gharian dans la régence de Tripoli, elles constituent la région montagneuse renfermée entre la Méditerranée et le Sahara, comme une île entourée d'une nappe d'eau et d'une nappe de sable : c'est le Magreb ou l'île d'occident des géographes ainbes.

La principale dialne secondaire du grand Atlas, au Maroc, est celle qui se détache vers les sources de la Mouloula et de rOum-er-Bia, remonte vers le nord, puis fait un

coude vers Touest, en donnant naissance au Rif. De là, les deux versants nord et sud déterminés par le grand Atlas, et la subdivision du .versant nonten deux versants secondaires : celui de la Méditerranée et celui de l'Océan.

Entre les Cordillères <pii naissent de ces grandes lignes, sont des vallées tortueuses et d'immenses plaines accidentées, assez soumises elles-mêmes à la pente des versants pour que les sebkha ou marais salants n'y soient ni aussi nombreux ni aussi développés*qu'en Algérie.

Cette régularité de la pente ei la hauteur des montagnes favorisent la formation des rivières et augmentent leur volume d'eau. Les rivières du sud ont un cour» plus long, mais leurs eaux diminuent davantage ou disparaissent en été; celles du nord ont plus d'eau et la conservent mieux, mais leur cours est moins développé (1).

Le grand Atlas pousse ses ramifications vers le désert dans le djérid, tMhdn sablonneux et impropre à la culture, en dehors du rayon des oasis ; en plongeant vers l'Océan, il produit au contraire le terrain fertile et mamelonné du sahel. Le Tell, qui embrasse toute la région des montagnes, des plaines et des collines où réussissent les céréales, est d'une étendue bien supérieure à celle du djérid. En Algérie, le djérid occupe la moitié du territoire 7 au Maroc, il n'en prend pas le tiers ; car l'Atlas se projette beaucoup plus au sud et ae laisse à la région saharienne que l'Oued-Guir, le Tafilet et xine partie de TOued-Draâ.

Quant à sa constitution géognostique, on n'a pas les éléments nécessaires pour en juger si ce n'est par analogie avec celle des chaînes algériennes. Or, le grand et le moyen Atlas paraissent formés d'une roche de quarte et de mica

(() Rcnou.

sur laquelle repose un calcaire de sédiment inférieur dont les couches ont été relel4és par un soulèTcment. On. comprend dans le moyen Atlas les montagnes du Rif et du détroit. Au grand appartiennent les cordillères du* sud. Les formations du petit Atks, que Ton circonscrit entre Bougie et les sources du Chélif, présentent, comme base, des schiste&^t des gneiss classés dans les terrains de transition; les schistes renferment de beaux marbres, du grenat et de ranthradte. Au-dessus est le lias, calcaire bleu où les couches marneuses se mêlent à celles de calcaire compacte. Puis viennent les terrains de sédiment supérieur, fonnés de grès et de calcaires grossiers, qui constituent les collines entre les trois Atlas et probablement les plateaux sahariens. Enfin , les terrains d'alluvion, marnes argileuses et cailloux roulés, recouvrent la plupart des plaines. Les études géologiques constateront jusqu'à quel point ces formations du petit Atlas se reproduisent au Maroc, et si des éruptions volcaniques n'ont pas lancé quelque part, à travers ces terrains tertiaires , comme au cap Matifou , des porphyres trachy tiques et d'autres roches d'origine plutonienne (1).

§ 2.- LE VEBSANT SUD.

Le versant sud de l'Atlas comprend les oasis de Figuig et le cours de l'Oued-Guir, le Tafilet, et le cours supérieur de rOued-Draâ, qui après avoir coulé vers le sud prend sa direction à l'ouest vers l'Océan. Il n'y a plus lieu d'y rattacher le Touat, sur lequel les Chérifs avaient autrefois des prétentions.

i . L'OuED-GuiR ET Figuig — L'Oued-Guir sort du même

(\) Maite-BniQ et Lavalléo.

p&té montagneux que la Mouloula , presque à la même hauteur. Il suit un cours diamétralement opposé. En s'avançant vers le sud , il laisse à sa droite le Tafilet, sur sa gauche les Beni-Guil dont certaines fractions viennent aux frontières de TAlgérie; plus au sud, il reçoit TOued-en-Namous, et va se perdre dans les sables du côté des oasis de Touat, après un cours de plus de cent lieues.

Entre TOued-Guiret TOued-en-Namous, qui prend sa source dans Textréme sud de la province d'Orau> se trouvé le pays de Figuig , arrosé par plusieurs oued affluents des deux premiers t Des contre-forts de T Atlas, entre autres le Djebel- An tar, descendent jusque dans cette contrée M y déterminent la direction des eaux. DeSebdou à Figuig, il y a huit grandes journées de marche; douze journées d'Ain- Madhi et environ 100 Ueues depuis Fez (1). Il semble que Ton doit avoir des relations de Figuig avec le Touat; mais la route n'est pas connue.

On attribue à Figuig 2 à 3,000 habitants et moitié moins à Bou-Semroum. L'élément berbère domine.

2. Le Tàfilet. — Au siid-ouest de Figuig est le pays de Tafilet, où Ton compte 365 villes ou ksours, fermés de murs et entourés de terres très-fertiles. Il est arrosé par TOued- Ziz, qui descend des mêmes montagnes que TOued-Guir et va se perdre au sud des oasis, après avoir reçu TOued-el- Ifelah, enrichi des eaux de TOued-Ghis. Tafilet se dirait plus correctement Tafilelt ou Afilelt en supprimant l'article,, et alors on l'interprète Terre des Fileli, tribu qui habite encore le pays et à laquelle appartient la dynastie des Chérifs.

(1) On calcule les journées à dos de dromadaire^ ou à cheval et à dos de rnule^ à raison d'environ douze lieues par jour.

Les haUtants du Tafilet sont à la foii cultivateurs, industiieux et commerçants. Ils ne perdent pas un pouce de terre et sèment du blé pour s'affranchir autant qu'ils le peuvent du tribut m payer au Tell; ils possèdent d'excellentes dattes et ies fruits d'Europe , nourrissent des moutons et des che^ Tiux, et Calnriquent des tapis et de& maroquins recherchés même i Fez : on voit pourquoi le maroquin s'appelle en espagnol TafUete. La population ^ livre aussi au commerce «utre le Maroc et le Soudan. Elle organise les caravanes de chameaux qui se rendent dans l'Afrique centrale sous la protection des Âribs et en rapportent les produits éd!iaiigés contre ceux de l'industrie marocmne et eurô^ péeime.

Elle se compose de Berbères , mais aussi de beaucoup de Nègres libres ou esclaves. Les Juifs, fort maltraités, y vivent dans l'al^ection et une misère apparente qui ne les empêche pas de se livrer avec fruit à l'usure, au commerce de brocantagê et à quelques bas métiers. D y a beaucoup de diérifs parmi les habitants. On y distingue entre autres ceux de la famille de Soliman, qui déshérita ses fils au profit d'Abd-er-Rhaman, son neveu, et père de l'empereur Sidi- Mobammed^ actueÙement régnant. Âbd-er-Rhamaa y tenait ses rivaux en exil. Mais ils cherchent à profiter de la situation critique où est aujourd'hui Mohammed , pour lui reprendre la souveraineté. La dynastie des Chéjrifs a eu le Tafilet pour berceau et c'est de là que son fondateur s'est élancé à la conquête du Maroc (1). De là aussi sont venues des insurrections redoutables qui démontrent, aussi bien que tous

(() Venu de Filai en Arabie^ il donna le nom de son pays àFadja> ville dû il avait fixé son séjour et qui garda ce nouveau nom , depuis le xvr siècle. Les Arabes désignent le Tafilet par lé nom Beled'Eccherfà , pays des Cbérifo.

les détails précédents, Timportance de U contrée. tu point de vue politique et commercial.

Tafikt, ville par elle-même san» importance; n'était pas, quand y passa René Caillé, le séjour du gouverneur chargé de maintenir la puissance impériale. D résidait à Reasant, l'un des ksours du voisinage, parmi lesquels on cite Seffalata, EI-Ferkh, etc. De Tafilet, il y a plusieurs communications traversantes par le grand Atlas. La principale route se rend à Fez en dix jours par le bassin de TOued-Ziz, au-dessus duquel on traverse la grande chaîne, puis la plaine d'Outàte où la Mouloula prend sa source, enfin le pays des AU- Youssi. Plusieurs comptent environ dix jours de Tafilet à Blaroc, ce qui semble trop peu; et de dix à dix-huit jours jusqu'au Touat, selon l'itinéraire que l'on prràd et le point du Touat où l'on veut aboutir. Tebelbet est le point intermédiaire le plus important. On pense que les ruines de Sidjelnuêsa sont très-voisines de Tafilet, si tant est que Tafilet ne lui ait pas succédé. Cette ville, dont il n'est plus question depuis le XVI' siècle, adisparu dans des circonstances que l'on ignore(l). Elle avait été fondée par la tribu berbère des Zénètes , et portu le titre de capitale.

3. L'Oued-Draa. — L'Oued-Dr&a se forme des eau^ delà grande chaîne Idraren-Drann par deux rivières principales dont l'une descend des montagnes au sud-est de Maroc en coulant de l'est à l'ouest et dont l'autre sort du pâté montagneux qui réunit les sources de l'Oued- Ziz, de la Mouloula et de rOum-er-Bia. Ces deux rivières se rencontrent au pied

(4) Ce fut du temps des Mérioides. Léon rAfricain dit : « MariDonim régis filio fuit recugçrata. Posthaec commota erga principem dissentione regeque interfecto^ oppidum Segelmessa destructum remaositque in banc usque diem incolis vaciium (p. 406^ Tiguri^ 4559). Elle existait encore à la fin du xiv* siècle. (Ibn-Khaldoun, iv^ p. 449.)

du Djebel-Saghrerou et confondent leurs eaux qui descendent, alors directement au sud, Tenace d'une cinquantaine de Ueues. Là, l'Oued-Dràa tourne brusquement à Touest pour aller se jeter dans l'Océan, après un nouveau cours d'une centaine de lieues. Vers le coude que l'on vient d'indiquer., ses eaux et les grandes pluies d'hiver forment dans

la saison le lac Ed-Debaia qui se dessèche en été et que le

labour transforme en ime riche plaine de céréales. On attelle à la charrue le mulet ou le chameau.

Le cours supérieur du Dràa suit une étroite vallée, trait d'union entre le Tell et le Sahara; on y cultive le froment et l'orge. Il y a beaucoup de puits qui servent à l'arrosage des jardins et dont l'eau se tire d'après l'antique et simple système ^e la bascule. Le bois est. rare , sauf le palmier dattier, l'une des principales richesses du pays.

Lespetitscentresdepopulationetleszaouia^ nombreuxdans la vallée supérieure, le sont beaucoup moins dans l'intérieur de la^ province, où Ton signale Akka et Tata comme centres de marchés importants et points de réunion des caravanes de rOued-Noun et du Sous pour le grand désert. Du Maroc pour gagner leTouat, on préfère la route de Drâa à celleduTafilet.

Au sud du Dràa sont les tribus nomades des Tajakants, des IdaouBellal et des Aribs. Le pays est pauvre; ses ressources consistent dans les dattiers et dans les chameaux qui servent au transport des marchandises au Soudan et en rapportent les produits. Les chameliers rendent, s'ils peuvent, leurs pénibles voyages un peu plus fructueux, en ajoutant une petite pacotille à celle que les négociants leur confient.

Page 1