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il est soumis à cette épreure ; il s'en tire trois fois avec le même bonheur : il fut ensuite investi de la charge de vizir, à la lettre, porte-faix du gouvernement. On sourit , mais combien de ministres en Europe sont parvenus au portefeuille à meilleur marché !
§ s. — AFPAmES RBâNGtBBS; CORSULS.
Les puissances chrétiennes sont représentées à Tanger par une douzaine de consuls généraux et chargés d'affaires (1). L'avant-demier sultan, Âbd-er-Rahman, diminuait autant que possible les relations de son empire avec l'Europe ; il redoutait les difficultés politiques et il eût voulu presque anéantir le commerce extérieur pour s'isoler davantage. Mais il n'était pas en lui de rompre à ce point les liens noués par ses prédécesseurs, dont quelques-uns entendirent beaucoup mieux leurs intérêts.
On pourra suivre dans la partie historique de cet ouvrage le développement des rapports politiques et commerciaux qu'ils ont entretenus avec l'Europe et l'Amérique. Les premiers traités ne furent obtenus qu'à la suite de relations déjà anciennes et avec des peines infinies, causées par l'orgueil et le fanatisme des sultans ; mais aussi par l'ignorance de la plupart des négociateurs chrétiens, peu au courant des usages et des préjugés marocains. Ils furent généralement précaires et ne se consolidèrent qu'à partir du xvni' siècle. Le Maroc a fondé sur ces conventions régu-
(1) Dans ce paragraphe^ nous prenons les faits tels qu'ils étaient à la veiUe de la guerre d'Italie et de celle du Maroc. A l'heure où j'écris ceri^ les consuls ont évacué Tanger^ sauf le consul d'Angleterre^ et il D*y a plus de Toscane, du moins en fait.
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Les coosiihts d'odî pa^ UMogoors été fixés à Tanger ni sur le littoral exchtsrremeiit : od les voit à Fez, à Safi,^ Têtouao. In Européen, en 1770. ayant, par mêgarde, tué d'un coup d'arme à Cra une TÎeîlle mauresque, Sîdi-Mohammed jura par sa barbe que pas un cbrétien, désonnais, ne mettrait le pied dans cette ville.
Le fanatisme des Maures et de leur gouvernement est une des causes qui ont confiné les consuls à Tanger, en les rapprochant de l'Europe, il est vrai . mais en les éloignant de la personne de l'empereur et du centre de lempire. 11 en résulte une foule d'inconvénients^ la plupart trèsgraves : les consuls agissent par Tintermédiaire de cour-
riers ou d'interprètes, ce qui occasionne des lenteurs et des milènlendus'. Les Chérifs, dont la politique traditionnelle se compose de faux-fuyants et d'attermoiements, ont beau jeu avec des chargés d'affaires tenus à distance. Ils fatiguent et découragent les plus patients comme les plus zélés, d'autant mieux que les cabinets d'Europe n'aiment pas que l'on fasse une affaire à propos de questions de peu d'importance. Il y a bien une sorte de ministre des affaires étrangères à Tanger; mais cet intermédiaire n'est guère propre qu'à embrouiller et à ralentir les négociations, puisqu'il en réfère au souverain et lui expose les questions comme il lui platt et quand il le veut. La France s'est même soustraite à l'obligation d'user de ses services ; car on eut de fortes raisons de croire que certaines dépêches françaises avaient été communiquées indiscrètement avant d'être envoyées à leur destination. Sans doute, un consul peut, en cas de nécessité, se transporter près de l'empereur ; mais alors ce sont des longueurs, des formalités et des dépenses rebutantes. Un tel remède ne guérit pas le mal. L'absence de consuls à rintérieur, dans les capitales de l'empire, empêche la lumière de se faire sur le Maroc. Il reste enseveli dans l'obscurité pour la science, pour l'histoire, pour le commerce, pour la politique elle-même, tant qu'on ne brisera pas les pr(»jugés et le fanatisme qui retiennent les consuls à la frontière. Au début, nous en convenons, les consuls se trouveraient dans un isolement pénible à Fez, à Méquinez, à Maroc ; mais c'est un sacrifice qu'on peut leur demander au nom du bien général, et d'ailleurs la colonie européenne ne tarderait pas à grandir à l'ombre de leur pavillon. Comment les Anglais, si entreprenants, si investigateurs, ont-ils reculé jusqu'ici, eux qui ont des consuls à Mourzouk, à Ghadamès ? N'est-ce point parce qu'ils connaissent
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de l'i-wf Ai Céleste Eafire ; poorfiioî se pnnrien-
pos JQSfià ccBe ém cfaérîf ? Les rusons se fort de pnrt et d'antre, et 3 est «osa aisé d'atteindre Fez que Piékin.
Les consnis gênêranx les plus importants sont ceux d'Angleterre, de France et dXspagne. Les antres oocopent un rang secondaire, ao point de ▼ne politiq[oe. Nnl n'ignore qne rAn^eterre a la prépondérance an Maroc. EDe y dent beaucoup, et on le conçoit. Ce n^est pas seulement pour les avantages de son conunerte; mais pour lapproTisionnement de Gibraltar, qui tire en grande partie ses subsistances de Tétouan et de Tanger, et pour mieux assurer la
(4) Soch consul or consuls shall bc at liberty to réside in any of the seaports or diies of the solUn of Marocco idiich they or the British gorernement may dioose, and find most conTenient for the affairs and services of her Britannic Majesty and for the assistance of British mercbaots.
(2) Le traité français de 1767^ qui règle encore nos relations avec le Maroc porte, art M : « L*empereur de France pent établir dans rempire de Maroc la quantité des consuls qu*il voudra^ pour y représenter sa personne dans les ports dudit empire, y assister les négociants^ les capitaines et les matelots.» La résidence dans les villes de Fintérieur paraît implicitement refusée à nos consuls dans cet article. Mais le traité de 4847 ajoute^ art. 7 : « La France jouira en toute chose et en toute occasion du traitement de la nation la plus favorisée. *
domination qu'elle peut exercer par Gibraltar sur le détroit. Elle serait heureuse, enfin, de soulever contre l'Algérie cet allié au cas d'une rupture avec la France. Aussi ne rougit-elle point de fournir des armes au Maroc en toute oocadon, de le soutenir, au mépris de la justice et de la civilisation, contre les puissances chrétiennes les mieux fondées à lui Caire la guerre. Elle l'a endormi dans la persuasion que, sans la permission du cabinet de Saint-James, aucun peuple d'Europe n'aurait l'audace de l'attaquer; la France lui a donné de cruels démentis; celui qu'elle reçoit de l'Espagne est plus cruel encore. Puisse Sidi-Mohammed ouvrir les yeux et comprendre combien les temps sont changés !
L'Angleterre est représentée par M. John Henri Drummond-Hay, chevalier de l'ordre civil du Bain et ministre du saint Évangile. Il est né à Gibraltar; mais son enfance s'est écoulée à Tanger, où son père était consul avant lui. Après avoir complété ses études à Oxford et fait un court noviciat diplomatique à Constantinople , il revint à Tanger, en 1844 (i), et succéda, en 1845, à son père, qui Tavait signalé à Londres, comme très-capable de continuer son œuvre et de faire prévaloir au Maroc les intérêts anglais. Le nouveau consul, en effet, s'est parfaitement posé à Tanger. Riche et recevant de plus un magnifique traitement, il a une meute et des chevaux, deux cents musulmans sous sa protection, deux villages voisins de Tanger à ses ordres et dont les habitants sont ses fellahs : Souhani et Charf-el'Akab^ dont il s'est réservé les chasses. Ses pouvoirs sont très-étendus. Il peut agir dans bien des circon-
(4) Ccsl alors qu'il publia son livre : Western Barbaiy, its wild triUs and iovage animais, ouvrage plutôt littéraire que scientifique.
nistration des successions vacantes. Cette dernière a un administrateur spécial (en arabe Bounouared)^ nommé par U pacha. Le cadi rend la justice en matière criminelle, civik et commerciale. Les parties peuvent en appeler au cadi d< Fez.
Un medjlès ou conseil composé de dix oulémas ou geQt de loi est sous la surveillance du cadi, qui décide seul de m convocation et nomme le président.
Tétouan renferme environ quarante mosquées. Chaqui mosquée paye son personnel; et le surplus des revenus ei versé à la caisse de la Grande Mosquée. Le cadi seul toucb un traitement sur le trésor impérial. Ce traitement s'élèv à 38 ducats ou 78 francs 94 centimes par mois, indépen damment des actes qu'il passe et qu'il vise en prélevant u droit sur chacun. A la demande du pacha, le cadi est tra de rendre compte de sa gestion et de son personnel.
Le mahteceb remplit des fonctions analogues à celles d< maires et des commissaires de police en France. Il ei chargé de surveiller les boucheries, les boulangeries, h poids et mesures, les marchands de comestibles, les es sayeurs d'or et d'argent, les bijoutiers et les orfèvres, h cordonniers, les ferblantiers et en général toutes les indus tries. Â lui de taxer le pain, la viande et les fruits. 11 plein pouvoir de punir les délits par contravention, selc les usages du pays, principalement par la bastonnade, malrak étant un des pivots de l'ordre social au Maroc. A maliteceb revient encore la poUce des marchés. Il y en six grauds : 1^ le Souk^ ou, selon la prononciation du Mi greb extrême, le Sok ez-Zera, marché des grains de tout espèces. Ils se vendent a Valmoud, dont la contenance e de vingt h très. 2"^ Le Sok el-Fham, marché au charbon pour le bois et la paille. On vend à la charge. 3® Le 5
EMui, marché pour Thuile, le savon, le miel, le beurre, les fruits secs, etc. Il y a une mesure de 80 kilog. ; mais iliiOe se vend par tolla, mesure de SO kilog. 4'' Le Sok eU I^jj marché aux poules, et pour les œufs, le beurre frais et le sel. On vend au détail. Le sel se vend à Talmoud. 5® Le Sik Gouma^ marché aux bestiaux. Ordinairement le nthteceb assiste aux transactions de ce marché, afin de fiser en conséquence la taxe de la viande. 11 consulte quelfwfois pour cela les syndics de la corporation des bouchers, et il fut de même à Tégard des syndics de la corporation des kmlangers, pour la taxe du pain. 6® Le Sok elrHaut, marché M poisson. Le petit se vend par livre, d'après une taxe oScieile ; le gros se traite de gré à gré.
faidépendamment de ces grands marchés auxquels se Rodait les gens de Tintérieur, et qui se tiennent les di- Bindies, jeudis et vendredis, il y a de petits marchés per-^ pétudl^nent ouverts dans les quartiers musulmans pour bdijets de première nécessité. Enfin, d'autres ont lieu la Teflle des fêtes de l'islam. Toute denrée qui entre au quartier juif est assujettie a un droit monopolisé par l'empereur.
stances sans attendre uïi avis de Londres, par exemple en demandant à Gibraltar des fournitures de guerre ; }f a les coudées franches, surtout quand il s'agit de contre-carrer la France et de remporter sur elle. Il peut chasser, incarcérer pendant un an les sujets britanniques. Mieux que personne au courant des affaires du Maroc, il en parle et en écrit facilement la langue, immense avantage qui lui a permis de débattre et de rédiger en téte-à-tète avec Mohammed-el- Khetib les derniers traités anglais, sans le secours* d'aucun interprète. C'est par le choix de tels hommes, par la fixité qui les retient toute une vie à leur poste,- que l'Angleterre gouverne habilement ses intérêts.
La France n'a certes pas manqué au Maroc de représentants capables ; mais avec quelle rapidité se succédèrent durant ces dernières années MM. de Castillon, Jager- Schmidt, Prosper Bourée, Léon Roche, De Châteaux ! N'y a-t-il pas de graves inconvénients à enlever les consuls à leur poste, quand ils commencent à en bien connaître et'à en dominer les difficultés ?
M. Drummond-Hay a complètement à sa dévotion Mohammed-el-Khetib, le ministre des affiiires étrangères du Maroc. L'union entre eux est si intime que le consul anglais demeuré à Tanger, seul de tous les représentants européens, depuis la déclaration de guerre de l'Espagne, remplit bénévolement auprès du ministre un rôle que les Espagnols ont assimilé à celui de drogman ou de khodja (I ).
{{) On lui attribue, avec toute apparence de fondement, divers documents officiels signés d'El-Khetib, et qui ont rapport à la guerre actuelle; nous citerons entre autres la lettre qui lui fut censée adressée le 4 •'décembre 4859, par le ministre, avec invitation de la communiquer aux autres puissances européennes. Ce bizarre procédé diplomatique
, pas été mieux accueilli que la substance même de la lettre
El-Khetib est un ancien épicier de Télouan : il avait une pacotiHe à Gibraltar, où il a fait, du commerce, ainsi qu'à Gènes ; il épousa une riche veuve d'un marchand de Tétouan et fut nommé administrateur des douanes de Tanger. Sidi-bou-Selam ben-Ali, alors ministre des affaires étrangères, eut à se louer de ses services. El-KJietib fui récompensé en héritant de cette haute dignité. Esprit étroit, bien au-dessous des circonstances actuelles, il n a jamais eu d'autre mérite que celui de subordonner toute sa volonté aux vues de l'agent anglais et de tenir Abd-er-Rahman dans l'ignorance de ce qui se passait en Europe.
n est une chose qui parait regretiable dans la position des agents consulaires : c'est leur résidence forcée au mellah des juifs. Moins sensible que la France sur les affaires de ce genre, où il n'est pas question d'argent, l'Angleterre permet d'arborer son pavillon dans cette enceinte réputée dégradante ; mais on n'y voit jamais flotter le pavillon français (i) ; on ne saurait croire combien cette abstention est satisfaisante pour le sentiment de notre dignité chrétienne et nationale.
destinée à réfuter le mémorandum espagnol sur les causes do la guerre.
(I) Nous le disons au moins pourTclouan.
CBiniK^.