A»M1S1ST&AY1«S ET JCSTICE
cde que prMcnccat « «mmi k» |«fs mmlnuB. Auàessuf» do Chent du vinr. ém ■■■être des dbim étrati- IDms. se Iroirnmt les nrlas. les eaiA<L dNiTemeors de nlies ou de pnniiiee?. ks dheîkks. à h l^le de frtrtkms de tribus ou de bourjade< peu importantes. D y aurait donc ici plutôt matière à une étude morale qu'à des observations sur un système administratif particulier au Maroc.
Si nous en croyons des plaintes et des témoignages unanimes, on ne decou\Te du haut en bas de Téchelle administrative que la cupidité, l'injuslice, l'exaction et le vol. Des méfaits, dignes des galères en pa)*s chrétiens, sont Cfmime autorisés au Maroc, par la coutume ancienne et universelle. L'honnête homme est difficile à rencontrer. Un paclia honnête homme ! c'est le cygne noir de Juvénal :
Rara avis in terris nigroquc timillima cy^no.
Son premier devoir est de s'enrichir. L'impôt fixé par
1 empereur est-il de cent mille francs, le pacha double la somme et reçoit des chélkhs deux cent mille francs. Les cbelkhs à leur tour ont augmenté de 30 ou 30 p. 0/0 le total exigé d'eux ; en sorte qu'au lieu de 100,000 fr., le menu peuple en a payé 330,000. Il y a une sorte de convention tacite entre les déprédateurs pour étouffer sous l'amende et le bâton la plainte qui tenterait de se produire. Supposez que les réclamations arrivent au sultan, l'oti n'y gagne rien. Le sultan fiait rendre gorge dans le coffre impérial au pacha pillard) et il le remplace par un autre d'autant plus affamé qu'il n'a pas encore eu l'occasion de yivre aux dépens d'autrui. On comprend que le gouvernement se repose sur ses agents du soin de pourvoir à leur traitement. Il donne 75 fr. par moifl au ministre des affaires étrangères résidant à Tanger; le pacha de cette ville reçoit 20 ducats, 50 fr. ! C'est' à peu près ce qu'il leur faut pour acheter l'eau nécessaire pendant une semaitie (i).
11 est fiicUe aux pachas de retenir une part des impôts qu'ils perçoivent en nature pour le sultan. Le beurre, les volailles, les bestiaux, le mitîl, les cadeaux ou eiuUa des quatre grandes fêtes musulmanes sont entre leurs mains; ils savent seuls ce que l'on a donné; ils convertissent en arpent ce qu'ils croient ne pouvoir expédier en nature, et ils n'envoient réellement que ce qu'ils veulent. Les amendes qu'ils infligent et limitent arbitrairement sont une autre
(I) Dieu nous garde d*incrimioer les deux personnages qui jouissent actueUement de ces titres à Tanger! Il leur est bien permis de s'oublier eui-mémes pour ne songer qu'aux intérôls de l'État. Il y a sans doute aussi^ en dehors du traitement fixe^ quelques ressources éventuelles d'un caractère légal. Nous voulons dire seulement que des traitements si minimes semblent consacrer ou provoquer les exactions et les dilapidations que Ton reproche aux agents du pouvoir.
terres suffisantes pour son entretien. La solde du fils jus*q4j'à Tàgc de seize ans s'élève à la moitié de celle du père; elle est la même, quand le jeune homme est en état de porter le fusil. Les immeubles de la femille sont inaliénables, et le gouvernement ne peut les saisir, tant que subsiste la progéniture mâle. Ces makhzenis forment la garnison des ports de mer; ils sont janissaires ou chaouchs des consulats. Le service de courriers, de guides et protecteurs des voyageurs européetis procure encore à une partie d'entre eux des bénéfices notables. Nous ne pouvons pas dire de combien d'hommes ce makhzen est conq)osé. AMogador, les deux tiers de la population musulmane lui appaitiennent; il entre pour moitié dans celle de Safi et compose presque entièrement celle de Casablanca. Temara, entre Casablanca et Rabat, n'est qu'une colonie militaire. Les makhzenis de Tanger viennent du Rif. A Maroc et à Rabat, ils sont de la rnce belliqueuse des Oudaïa, de la tribu El-oud-Dilii. Abd^ cr-Rahman, père de l'empereur actuel, inquiété par l'esprit remuant de cette tribu, ne put l'atTaiblir qu'en la divisant. Il en envoya diverses fractions à Maroc, à Rabat, a Casablanca, et repeupla les environs de Fez avec des gens tirés de ces dernières villes. Mais il toléra dans Fez les principaux de la famille, parce qu'elle est un rameau du grand arbre des chérifs.
IV. La quatrième partie et la plus nombreuse des forces militaires du Maroc embrasse les contingents des provinces qui se lèvent A l'appel des pachas. De seize à soixante ans, tous les hoiiimes peuvent prendre tes armes. On annonce que, pour la guerre contre l'Espagne, l'empereur a nommé par chaque tribu un chef militaire chargé d'organiser les hommes disponibles et de distribuer des fusils, de la poudre, des balles. Il est vrai qu'à moins d'être extrémeinent
pftttrre^ tout Marocain possède au moins un fusil et un poignard. Mais cette espèce de landwehr peut-elle être considérée comme corps d'armée? C'est une cohue oh chacun se goureme, dans l'action surtout, comme il peut et selon son caprice.
§ 1. - COlPOSmOR DES CORPS D'ARMÉE.
La composition des corps d'armée ne repose pas sur un fixe et combiné d'avance. L'infanterie, la cavale- , rartilierie se réunissent dans des proportions que Ton pcot attribuer au hasard, à l'imprévu des circonstances. La earalarie domine ordinairement; elle est effectivement plus nombreuse dans les troupes régulières. Le rapport peut changer selon le nombre et l'origine des volontaires ou des contingents de la landwehr qui viennent renforcer l'armée permanente. Les pays de plaine fourniront plus de câvaben; si les tribus des montagnes accourent, ainsi qu'il ar<^ rire dans la présente guerre, l'infanterie doit l'emporter. Mais aucun principe de tactique ne détermine en général Timportance relative de l'infanterie et de la cavalerie. C'est Vignorance des véritables règles de la guerre qui donne le ps à la cavalerie, et l'erreur est favorisée ici par les préjugés qui s'attachent au cheval. Le cheval est en quelque sorte un animal sacré; le cavalier, monté comme le Prophète, est par cela même un hidalgo. L'on conçoit que les .^fabes soient plus spécialement imbus de ces idées; la canierie joue ie grand rôle dans leiirs conquêtes et leurs prodigieuses invasions. Mais le Berbère n'est pas sans subir one impression qui naît des traditions religieuses du mdhonétisnie.
Lorsque Abd-er-Rahman , en 1846 , alla soumettre le
source de fortune. Comme les pachas d'une province en sont presque tous originaires, ils connaissent assez bien l'avoir de leurs subordonnés et y proportionnent les peines pécuniaires dont ils les frappent à la moindre occasion. Enfin, ils exploitent une mine féconde, la nomination et la destitution des cheikhs et khalifas. Le cheikh devient exacteur pour être en mesure de satisfaire Tavidité du pacha ; le pacha destitue le cheikh, quand il le juge bien engraissé, pour le rançonner avec plus d'avantage. Les victimes se taisent. Elles seraient jetées dans une prison d'où Ton ne sort pas sans payer, ou soumises à une bastonnade que le pacha peut rendre aussi* cruelle ^ju'il le veut, pourvu que la mort n^en résulte pas.
Les cadis, juges des questions de propriété, de succes- , sion, de mariage et de divorce, ne sont pas dans une position ^ussi favorable que les pachas pour faire rapidement fortune. On assure toutefois qu'au Maroc aussi, la justice musulmane est souvent une marchandise livrée au plus offrant et dernier enchérisseur. L'adjudication a lieu à huis clos et à voix basse. Les cidels ou notaires ne tiennent pas de registres ; ils écrivent les actes entre débiteurs et créanciers sur de petits carrés de papier, et les notaires signent, mais les parties ne signent jamais. Un acte qui porte la signatui*e de deux adels est valide, ou du moins on peut en |)laider la validité en justice, quoique la légalisation par le cadi soit requise pour l'entière régularité. Le témoignage des deux adels suffira, si leur honneur est d'ailleurs à ral}ri d'une attaque. Or, les Marocains prétendent que ces notaires se rendent fréquemment coupables de faux. Le soi-^disant créancier attend quelquefois la mort du prétendu débiteur pour faire valoir contre ses héritiers le billet acheté aux adels et dont rien ne révèle la fausseté.
Les négociants se plaignent au Maroc de beaucoup de fi-aude sur la qualité et la quantité des marchandises. On obtient difficilement la livraison des marchandises achetées, si une hausse intervient après Taclîat. Du reste, la loi annule le contrat lorsque la variation est de plus de 2o p. 0/0, avant répoque déterminée pour la livraison. Tout agio, tout intérêt, si minime qu'il soit, le rend nul (1). L'emprunteur pourrait légalement retenir même le capital, et le préteur s'entendre condamner à une amende é0àe à la somme prêtée. Il y a des moyens d'éluder la loi. On vend patexemple un sac de métaux divers où la monnaie se trouve mêlée, et l'on rédige le contrat de vente en conséquence.
Le pouvoir souverain n'exerce pas de contrôle sérieux sur les administrations, et il en résulte que les populations n'ont d'autre voie que la révolte pour porter leurs griefs jusqu'au pied du trône. C'est le sujet d'une petite guerre avec le pacha; ensuite on compose et l'on arrive à un accommodement; ou bien, comme à Casablanca, en 1857, on résiste jusqu'à ce qu'une députation parvienne au Chérif et en obtienne une parole de justice et de paix. On dit pourtant que l'empereur donne plusieurs fois la semaine des audiences publiques partout où il se trouve et qu'il y reçoit publiquement les plaintes de tous ceux qui veulent lui demander justice. Lt décision ne se fait pas attendre; mais nous pensons que des craintes diverses doivent arrc>ler souvent ceux qui voudraient recourir à ce tribunal. 11 est d'ailleurs éloigné du grand nombre. Les plus pauvres ne sont pas dispensés de faire une offrande au juge suprême, et s'il reçoit du riche l'or, de jeunes esclaves, des chevaux,
(\) On peut consulter sur le prêt, Sidi-Khelil» III, 403 à 497, 583> 584. Le prêt usuraire est absolument (léfcodu.
S 3. — VATÉEIEL DE GUERRE.
U n'y a pa» i proprement parler d'arsenaux au Maroo ; cependant le gouvernement n'est pas dépourvu de toute provision d'armes. Dans les cas exceptionnels comme celui de la j^résente guerre, il distribue des fusils et des munitions aux contingents qu'il appelle sous les drapeaux, liais il a peu d'armes de rechange, > et il compte sur ce que les Marocains sont toujours pourvus de fusils, de yatagani et de poignards dans leur propre demeure. Les réguliers refdh vent leur équipement ; les autres gardent ou prennent las vêtements qui leur conviennent, et ils s'arment comme ili y entendent, avec ou sans le secours du gouvernement.
I4e Maroc n'a pas de fonderies de canons. Sidi-Mohammed, père de Moulè-Yezid (1747-1780), entreprit d'en établir. Il fit venir pour cela des artilleurs et des fondeurs de Constanr tinople ; mais tout se réduisit à une fabrique de bombes qui ne fut pas longtemps en activité, àTétouan. Toutefois les canons ne manquent pas. Les Ghérifs en ont acheté oure^ de longue date, sous la forme de cadeaux, de la part des puissances chrétiennes. Mohammed lui-même acquit de la sorte plus de deux cents canons et soixante mortiers. Il y en a par centaines en bronze, en fonte, en fer, sur les remparti lézardés de Tanger, de Tétouan, de Salé, de Mogador; mais l'approvisionnement en boulets do calibre, les affûts, les artilleurs de routine destinés au service des pièces laissa beaucoup à désirer.
Sidi-Mohammed, actuellement régnant, et son père Abder-Rahman ont acheté en Angleterre des munitions d'artillerie pour des sommes importantes. Ils donnèrent à cet effet diverses commissions en 1858, soit qu'ils prévissent Une
rupture avec l'Espagne, soit qu'ils aient agi par prudence en vue des troubles intérieurs qui ne pouvaient manquer d'éfbter à l'avènement de Sidi -Mohammed. L'Angleterre a obtenu par sa politique de fournir à peu près exclusivement a Maroc les provisions de guerre qu'il demande à l'étranger. Elle y a placé ses fusils à pierre et de rebut ; elle lui vend mmtenant des armes de précision. Les juifs ont introduit qnetques fusils fabriques à Liège sur le même modèle que aux des Marocains ; mais ce conunerce de contrebande n'a pris aucune extension.
D y a effectivement des fabriques de fusils et d'armes \lnidies assez actives auMaroc, particulièrement àTétouan, iFciei i Méquinez. Lé canon du fusil est si long qu'on le preodrût de loin pour une lance. La crosse est courte, maigre et l'épaulement en. ivoire. On lit sur le canon fixé par des anneaux de cuivre ou d'un argent impur des sentences do Coran. L'arme porterait assez bien, si les balles n'étaient pas d'un trop petit calibre. On les fait entrer dans le canon, entourées d'un peu de laine ou de lî/a, chanvre du palmier oam.
Les Marocains se servent peu du pistolet. Comme armes blanches, ils ont le sabre droit, le poignai'd droit, le yatagan à lame courbe. On reconnaît l'imitation in vieilles lames de Tolède, qui ne sont point rares au Maroc. La poignée droite et courte laisse h peine une entrée suffisante à la main. Elle est montée quelcfuefois en corne de rhinocéros. Le fourreau eh bois doublé de cuir rouge est {oitifié a la pointe par une feuille.de cuivre jaune. On trouve aussi des fourreaux revôtus entièrement de cuivre ouvragé. Les lames portent des inscriptionsen écriture arabe ou même berbère; mais celle-ci peut n'être qu imitée par des traits ei des hachures ^ns aucune signiGcation. Quoique la loi
Le gouvcmcment possède des fabriques de pondre, spé-
ddement a Maroc et à Fez; mais il en tolère partout la fa-
trication et la yente. Celte poudre est grossière et salit
. fnmpiement le fusil, circonstance qui, ajoutée à Timper-
(fation générale des armes, assure, en même temps que ïa , iMtique, une immense supériorité aux Européens. La charge le poudre n'est pas introduite au moyen d'une cartouche, ■os versée de la poudrière en bois, suspendue par un cor-
[ doa de laine ou de soie : il en résulte perte de temps et de indre (1). Les balles sont contenues dans un petit sac de Oir à coolisse ou dans la djebira ou giberne d'écorce que |BlBDt d'habitude les montagnards.
S tous déshabillons de la tète aux pieds un cavalier )*éfrivr, voici quelles seront les pièces de son uniforme : le ^oubomiet rouge de Fez, pointu et surmonté d'une houppe Ibw. Le rza, turban qui entoure la partie inférieure du kmet. Le burnous. Le slam, manteau court en laine Baidie. Le hatk, tissu blanc et léger, long de cinq ou six ■êtres, dans lequel on se drape, comme en Algérie. Le kxam, ceinture de laine rouge, quelquefois en soie. Le oftan de drap rouge sur la chemise. Le kamigh ou chemise à kges manches. Le djabad, corset en laine sur la chair. Lo
' amiifl, qui descend plus bas et est aussi plus étroit que le intalon turc ou serouel kandrisa. Les temmag, bottes longues sans semelle, ou, pour mieux dire, tiges de bottes en ■tfoquin rouge. Les belgha mt'a et rekeub ou souliers pour
if) Le général Ros de Olano^ dans une allocution adressée aux hw^ du 3* coq>s de Tarniéc espagnole^ disait récemment : « Réponkm avec nos armes de précision à une infanterie qui ne sait peut-èlrc pu même ce que c'est qu'une cartouche. — Respondamos cou nuestras ^nnas de précision a una infanterîa que no sabe siquicra lo que es cl Cîrt'jfho. «
a accepte do ptorre one dinrre, àm pMk», une d*€ni£i.
Diuis h justice crnÎMlle, fai pane de wnari ae pmit être appliquée sans le coKcntenint de rea^erear, et il fout dire que feu Abd-er-RahmaB a usé modéréiMiit de sa pui^ sance sourefaine sur la vie de tes siqets. Lfiserimesde lèse* majesté, de contrebande ou de T<rf sur les rovenos de l'empereur sont ceux qui entralneai le plus souvent le dernier supplice, n cQ^piste i décapiter le coupaUe, a Fempaler ou à Tengancber, c est-è*dire i le précipiter du haut des créneaux dun rempart sur des crocs ûxés dans le mur et qui arrêtent le corps en le transperçant. Les padias condamnent à la prison, â l'amende et au biUm ou a l'os/U, nerf de bcnif, dont les coups doivent être admnistrés de manière à ne pas causer la mort du patient. Les chaouchs, les soldats font le métier de bourreau, qui n'inspire pas dliorreur chez les iniMMÎltfps iiiiiniartiiunii la soeiété dirétîenne. Pour les femmed^ij^ a une exécutrice des bautes^CBUvres, nommée par éupliémisme ou par antiphrase ort/b ou la tolérante. ♦-
ArLe sultan est libre de satisfaire sa vengeance ou sa cruauté par tous les su||Uces qu'il imagine, et, pour peu que l'on remonte dans lliistoire, on voit que lé génie des souverains du Maroc a été fécond en inventions de ce genre. Ce qui les préoccupe, c'est moins di Mm>i*tionner le châtimeHl à la faute que d'étonner, à^^fjj^'Je peuple et de faire parade de leur omnipotence. nSHpfrs traits des législations barbares ont persévéré au Maroc' jusqu'à notre temps : le rachat de la peine par l'argent, par l'acceptation du prix du sang; le talion; le supplice sjTnbolique ou dérisoire. Ainsi, l'assassin qui a encouru la peine de mort parvient assez facilement à composer avee le fisc et les proches
parents de la victime. On coupe la main au voleur. Mais non, dit Caillé, cette, loi ne s'observe pas, car la plupart des Marocains seraient manchobi. On brûle le musulman apostat sur un brasier qui est l'image du feu de Tenfer. L'adultère est rigoureusement puni ; mais il l'est rarement, parce qu'il doit être prouvé par quatre témoins, qui reçoivent la bastonnade s'ils ne réussissent pas à établir le fait. Le témoignage d'une femme réputée sainte a la valeur de celui d'un homme ; mais le témoignage d'une femme vulgaire n'est pas admis, s'il n'est corroboré par d'autres. Les témoins peuvent être récusés s'ils sont convaincus de s'être enivrésy d'avoir mangé du porc, de s'être parjurés, ou s'ils ont compromis leur réputation par d'autres fautes que la loi et la coutume déterminent (1). Au moyen de l'argent, on se procure aisément de% faux témoins, parce que leur crime n'est puni que.d'une bastonnade ou d'autres châtiments peu sévères.
Le moyen le plus simple de faire connaître l'administration des villes, c'est d'en offrir une pour modèle , car elles sont organisées à peu près sur le même type. Prenons par exemple Tétouan.
Au-dessous du pacha se trouve le hakem, commandant de place qui est chargé en outre de recouvrer le sekka ou lachour des tribus relevant du pacha. Il verse les sommes perçues au trésor, dont le pacha est le premier amin ou administrateur. Le pacha dresse à chaque fin d'année un état des recettes et dépenses de son territoire, et envoie ces comptes à l'empereur.
Le cadi chargé de la justice et du service du culte surveille les mosquées, leur personnel, les notaires et Tadmi*
(1) Par exemple, d' «avare oriaato in piedi. n Graberg, p. f06.
nistration des successions vacantes. Cette dernière a un administrateur spécial (en arabe Bounouared)^ nommé par le pacha. Le cadi rend la justice en matière criminelle^ civile et commerciale. Les parties peuvent en appeler au cadi de Fez.
Un medjlès ou conseil composé de dix oulémas ou gens de loi est sous la surveillance du cadi, qui décide seul de sa convocation et nomme le président.
Tétouan renferme environ quarante mosquées. Chaque mosquée paye son personnel ; et le surplus des revenus est versé à la caisse de la Grande Mosquée. Le cadi seul touche un traitement sur le trésor impérial. Ce traitement s'élève à 38 ducats ou 78 francs 94 centimes par mois, indépendamment des actes qu'il passe et qu'il vise en prélevant un droit sur chacun. A la demande du pacha, le cadi est tenu ^e rendre compte de sa gestion et de son personnel.
Le mahteceb remplit des fonctions analogues à celles des maires et des commissaires de police en France. Il est chargé de surveiller les boucheries, les boulangeries, les poids et mesures, les marchands de comestibles, les essayeurs d*or et d'argent, les bijoutiers et les orfèvres, les cordonniers, les ferblantiers et en général toutes les industries. A lui de taxer le pain, la viande et les fruits. Il a plein pouvoir de punir les délits par contravention, selon les usages du pays, principalement par la bastonnade, le malrak étant un des pivots de Tordre social au Maroc. Au mahteceb revient encore la pohce des marchés. Il y en a six grands :V le Souk^ ou, selon la prononciation du Magreb extrême, le Sok ez-Zera, marché des grains de toutes espèces. Ils se vendent à Valmovd, dont la contenance est de vingt litres. 2*" Le Sok el-Fham, marché au charbon et pour le bois et la paille. On vend a la charge. 3® Le Sok
Kahha, marché pour Thuile, le savon, le miel, le beurre, les fruits secs, etc. Il y a une mesure de 80 kilog. ; mais rhuile se vend par kolla, mesure de 20 kilog. 4^ Le Sok el- Djadj^ marché aux poules, et pour les œufs, le beurre frais et le sel. On vend au détail. Le sel se vend à Talmoud. ë"" Le Sok Gauma^ marché aux bestiaux. Ordinairement le mahteceb assiste aux transactions de ce marché, afin de fixer en conséquence la taxe de la viande. 11 consulte quelquefois pour cela les syndics de la corporation des bouchers, et il fait de même à l'égard des syndics de la corporation des boulangers, pour la taxe du pain. &" Le Sok el-Hout, marché au poisson. Le petit se vend par livre, d'après une taxe ofiicielle ; le gros se traite de gré à gré.
Indépendamment de ces grands marchés auxquels se rendent les gens de l'intérieur, et qui se tiennent les dimanches, jeudis et vendredis, il y a de petits marchés per-^ pétuellement ouverts dans les quartiers musulmans pour les objets de première nécessité. Enfin, d'autres ont lieu la veille des fêtes de l'islam. Toute denrée qui entre au quartier juif est assujettie à un droit monopolisé par l'empereur.
isàfms ^m.
ïm uurnuL Tr^ifr Jft^ ' t jwmmia iff Cnnêe s*est
.sr & »^3u»9«^ i.' uikHTS m^rvrMde. il scmbfe. «s effet, Uks^ i&UHeun«> .irrr^iBsaaKtsh «runsarai àer pm^Eê» dau ce nu fc nofiuTr A ;r? fl^ ft -MMm?. Ci&( f ibuni h loi du iljrâtti m ifr 2 .sstm^ TOime, for .e Chimi impoie â tous 4t^ £.âii^ nusuoKaiy ^^uiiai^ iDe <n«ruî jîioiiadiML. dêi lors me s ^îr*-^^ y^i\ -«rr* •«ivr^^^jnïif mît -fwir Af <uccês
in*' i a Uvtt* •» i -«i n^-^ip^ rs nitv??!!^ iviîc un zèle ûijxt^ i m*" ii;>i* uiv^ suiiu* rue a 'imuib^Ci^^a de 1 isîun. I.t>un»^. t-^ 7".:* -i> >^ n- t^ -i-u^ 'tiir^ e< puis Jespoi«ut*v *• t*^ H'inuui:t'ki> ai 1^ ^.a*i*ne!ic .i?s pius iihlo- ".It*v uw 'Il iui>v;* iiiatjnt*r Us îanient i>oc dû ^ mniiinier i ■•»n>iîiut»«* /» t iv^^Miuw^i* «'Uî?^ leî' eletnenls
snrsiils Ix^ ifeeme jptit^>.iiuMdi€«iWil le
nombre d'hommes dont l'empereur de Maroc peut disposer* I^ chiffre de Tarmée permanente est mal connu. La le¥ée des contingents extraordinaires dans les provinces n'est pas appréciable, puisque Ton ne sait pas le nombre total des habitants ; et puis, beaucoup de tribus n'obéissent qu'autant que cela leur plaît. Toutefois, si l'on suppose une guerre de religion ou le fanatisme est généralement excité, en présence de laquelle les divisions particulières s'effacent, et qui tire les esprits de leur indifférence à l'égard des affaires politiques, il est à croire que les GhériCs réuniraient aisément cent cinquante et même deux cent mille hommes. C'est ce que la guerre actuelle avec l'Espagne nous montrera, si elle dure (i). On distingue parmi les forces militaires :
I.. Les bokhari ou la garde noire. Cette milice compte aujourd'hui, selon les uns, une dizaine de mille hommes ; une vingtaine de mille, selon les autres. Elle forme la garde du sultan et a son quartier général a Méquinez. Les bokhari sont une création de Moulé-Ismaël (1672-1727). H réunit des nègres épars dans ses États, où Moulè-er-Rechid, son prédécesseur, les avait introduits en grand nombre ; il les enrégimenta et les exerça aux manœuvres de cavalerie. Son expédition dirigée en 1690 contre Tombouctou, et les communications qui se multiplièrent entre le Maroc et le Soudan facilitèrent l'entretien et l'augmentation de cette garde. Les Chérifs avaient en elle un corps dévoué, qui n'avait d'intérêt que le leur et que rien ne pouvait entraîner dans
(1) Le Times prétend savoir, par la voie de Mogador, que les tribus ont déjà fourni en ce moment, pour la guerre contre l'Espagne^ 4iJ00 cavaliers et ^^Gj'lOO fantassins (15 décembre). Le Maroc doit avoir au moins 500,000 hommes en état de porter les armes, si Ton comprend à ce titre le sixième de la population mâle. Mais il n'est pas donné aux Chérifs de les réunir tous pour une cause commune.
les partis berbères souvent révoltés. Mais cette milice, que l'on peut comparer aux mamelouks, devint elle-même turbulente i>ar excès de force, depuis la mort de Moulé'* Ismaêl. Moulé-Abd-AUali (1729-1747), sous lequel elle comptait 50,000 hommes, en avait pourtant réduit le nombre. Il sacrifia des détachements livrés a des tribus insurgées et les remplaça par des légions soudoyées, tirées des tribUs ellesmêmes. Ces légions étaient comme des otages sous la main du chérif ; et la diversité de leur origine, leurs mutuelles préventions les mettaient dans l'impossibilité de s'entendre pour agir contre lui. C était le principe « diviser pour régner, » poussi' plus loin que dans la seule opposition de la garde noire aux berf)ères.
Sidi-Mohammed (1747-1789), fils de Moulé-Abd-Âllah, voyant que l'entretien des bokhari était encore une charge très-pesante pour lempire accablé de calamités, licencia une partie de ces troupes. Elles constituent de nos jours, malgré leur affaiblissement^ une force redoutable au milieu de populations dénuées de toute connaissance stratégique. Plus exercées du reste à la fantasia qu'aux manœuvres sérieuses, elles n'auraient pas de chance de succès contre les armées disciplinées et savamment conduites des nations européennes. L'audace et la férocité qui caractérisent les soldats nègres ne suppléent pas à la tactique.
Les bokliari doivent leur nom, dit-on, au célèbre théologien Bokhari, l'auteur du Djami el Sahih ou Recueil exact, dont nous avons parlé précédenmient (1). Chénier, qui était consul de France au Maroc vers la fin du siècle dernier, dit que le livre du commentateur, sous les auspices duquel MoulO*lsnm(^l consacra ses premières légions, est déposé
t) Voy^i p, Hl.
sous une tente au milieu de l'armée comme un gage de Gdé* Hté et un signe de ralliement pour les troupes. Le corps des bokbari ne se recrute pas seulement parmi leurs enfants, mais aussi parmi les esclaves nègres affranchis et parmi ceux que les caravanes amènent du Soudan. Plusieurs de ces derniers appartiennent à Tempereur, qui les revendique en payement de droit d'entrée.
II. Le nicham ou ordre nouveau. Sidi-Mohammed, l'empereur actuel, s'est occupé, pendant le règne de son père Abd-er*Rahman, d'organiser une petite armée sur le modèle de nos turcos et des réguliers d'Abd-el-Kader. Il choisit, dans cette vue, des enfants de grande tente ou de bonne famille au sein des villes, et il leur donna un uniforme qui rappelle celui des turcos ou des zouaves. Sévère pour la discipline, il obtenait des résultats assez remarquables sous ce rapport ; mais il ne i^ussit pas 9 éveiller l'esprit militaire, et ce qui le découragea plus encore dans son entreprise, ce fut la dépense qu'elle entraînait, la difficulté de payer régulièrement la solde, contre les usages du Maroc. Il négligea de pousser plus avant l'exécution de son dessein. On assure que le nicham n'est guère que d'un millier d'hommes, commandés par un officier égyptien, et qu'il compte plusieurs renégats. Le Maroc semble donc impuissant pour une œuvre que d'autres États musulmans ont su réaliser.
m. Les colonies militaires du makhzen. Il y a au Maroc des colonies militaires composées de familles enregistrées, et dont les enfants mules servent de pèi*e en fils. La solde est de 30 onces par mois pour les cavaliers et de 15 onces pour les fantassins : 30 onces aujourd'hui valent à peu près 7 fr. 50 c. Outre cette solde ou raleb, irrégulièrement payée, des avantages considérables sont garantis à la famille militaire; elle est exempte d'impôts et possède des
terres suffisantes pour son entretien. La solde du fils jusqu'à Tàge de seize ans s'élève à la moitié de celle du père; elle est la même, quand le jeune homme est en état de pofter le fusil. Les inuneubles de la femille sont inaliénables, et le gouvememetit ne peut les saisir, tant que subsiste la progéniture mâle. Ces makhzenis forment la garnison des ports de mer; ils sont janissaires ou chaouchs des consulats. Le service de courriers, de guides et protecteurs des voyageurs européens procure encore à une partie d'entre eux des bénéfices notables. Nous ne pouvons pas dire de cotnbien d'hommes ce makhzen est conq)osé. AMogador, les deux tiers de la population musulmane lui appartiennent; il entre pour moitié dans celle de Safi et con^se presque entièrement celle de Casablanca. Temara, entre Casablanca et Rabat, n'est qu'une colonie militaire. Les makhzenis de Tanger viennent du Rif. A Maroc et à Rabat, ils sont de la race belliqueuse des Oudala, de la tribu El-oud-Dilii. Abd-^ er-Rahman, père de l'empereur actuel, inquiété par l'esprit remuant de cette tribu, ne put l'affaiblir qu'en la divisant. Il en envoya diverses fractions à Maroc, à Rabat, à Casa* blanca, et repeupla les environs de Fez avec des gens tirés de ces dernières villes. Mais il toléra dans Fez les principaux de la famille, parce qu'elle est un rameau du grand arbre des chérifs.
IV. La quatrième partie et la plus nombreuse des forces militaires du Maroc embrasse les contingents des provinces qui se lèvent à l'appel des pachas. De seize à soixante ans, tous les hommes peuvent prendre les armes. On annonce que, pour la guerre contre l'Espagne, l'empereur a nommé par chaque tribu un chef militaire chargé d'organiser les hommes disponibles et de distribuer des fusils, de la pondre, des balles. Il est vrai qu'à moins d'être extrêmetnent
pauvre, tout Marocain possède au moins un fusil et un poignard. Mais cette espèce de landwehr peut-elle être considérée comme corps d'armée? C'est une cohue où chacun se goureme, dans l'action surtout, comme il pçut et seloti son caprices.
S î. - COlPOSmOH DES CORPS D'ARMÉE.
La composition des corps d'armée ne repose pas sur un système fixe et combiné d'avance. L'infanterie, la cavalerie, rartilierie se réunissent dans des proportions que l'on peut attribuer au hasard, à l'imprévu des circonstances. La cavalerie domine ordinairement ; elle est effectivement plus nombreuse dans les troupes régulières. Le rapport peut changer selon le nombre et Torigine des volontaires ou des contingents de la landwehr qui viennent renforcer l'armée permanente. Les pays de plaine fourniront plus de cavaliers; sî les tribus des montagnes accourent, ainsi qu'il arrive dans la présente guerre, l'infanterie doit l'emporter. Mais aucun principe de tactique ne détermine en général Timportance relative de l'infanterie et de la cavalerie. C'est 1 ignorance des véritables règles de la guerre qui donne le pas à la cavalerie, et l'erreur est favorisée ici par les préjugés qui s'attachent au cheval. Le cheval est en quelque sorte un animal sacré; le cavalier, monté comme le Prophète, est par cela même un hidalgo. L'on conçoit que les Arabes soient plus spécialement imbus de ces idées; la cavalerie joue le grand rôle dans leurs conquêtes et leurs prodigieuses invasions. Mais le Berbère n'est pas sails subir une impression qui naît des traditions religieuses du niàho-
métisme.
Lorsque Abd-er-Rahman , en 1816 , alla soumettre le
Doukkala révolté, il avait, au jugement de témoins qui ont vu défiler son armée, 30,000 chevaux et 10,000 fantassins. Â Isly, on comptait environ 25,000 cavaliers, 10,000 fantassins et 11 pièces de canon, qui n'eurent pas le temps de faire plus d'une décharge : c'étaient là les troupes marocaines; car les 15,000 fantassins du Rif, qui regardèrent de loin la bataille, n'entraient pas dans la composition de l'armée.
L'artillerie de campagne peut d'autant moins concourir à la guerre dans une proportion rationnelle, qu'elle cornprend à peine trois ou quatre batteries, manœuvrées principalement par des renégats espagnols. Ils ont plus d'adresse que d'instruction; mais ils jouissent d'une grande réputation au milieu d'une-armée barbare. Ils sont exactement payés, sans doute parce que l'on considère leur service comme d'une valeur hors ligne. Les artilleurs musulmans, qui font partie de la garnison des villes, sont dépourvus de science théorique et pratique : ils ne se livrent à aucun exercice, à aucune expérience de tir, soit par économie de poudre et de projectiles, soit par effet de la torpeur qui paralyse toutes les forces vives du Maroc. Les pièces de canon que Ton remarque en très-grand nombre dans les villes, principalement sur le littoral, sont pour la plupart démontées, abandonnées et à demi ensevelies dans le sable.
Les différents corps, les goums et les contingents des provinces ont une musique guerrière. Le tambour frappé comme notre grosse caisse, la ghaita ou le hautbois aigu et perçant forment le fond de l'orchestre. La mesure fortement marquée par le tambour, les modulations rapides et peu étendues que le hautbois répète sans fin, en venant se reposer longuement sur les mêmes notes, l'intensité tou-
jours la même des sons les plus stridents, la continuité des phrases sans pauses et sans soupirs, étourdissent un Européen et lui laissent le tintouin dans Toreille; mais cette musique exalte Tardeur et soutient le courage des Marocains, mieux que ne le ferait notre Marseillaise^ à laquelle ils n'entendraient rien. Il y a cependant aussi dans Tannée des Chérifs une musique de réguliers renégats, qui récemment se trouvait en garnison à Tanger, où elle jouait des airs populaires espagnols, tels que la Jota aragonese ou Los Toros del Puerto.
Durant la guerre actuelle avec l'Espagne, il est probable que Sidi-^Mohammed, conseillé par des Européens, tâchera de remédier à la vicieuse composition de ses troupes. Il ne peut guère y introduire que certaines améliorations plus ou moins importantes. L'on assure qu'il a mis la main à Tœuvre pour la création d'une garde à pied, à laquelle il a donné 2,000 carabines de précision. Mais il lui faudra du temps pour opérer de sérieuses réformes et réaliser un progrès considérable. Les Chérifs ont fait preuve d'une incroyable impéritie, en ne comprenant pas qu'ils devaient s'attacher à lorganisation d'une infanterie puissante , attendu qu'ils guerroyaient presque toujours dans les pays de montagnes où la cavalerie perd ses avantages et une grande partie de ses moyens.
Le commandement en chef est ordinairement confié à un frère, à un fils ou à quelque proche parent de l'empereur, si ce dernier ne commande pas en personne. Les corps particuliers sont sous les ordres de pachas, de caïds-kebar, de mokhaddem, de caïds et de cheikhs.