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— in —
roche, des améthystes et sans doute d'autres pierres précieuses. Les marbres veinés se montrent d^ns bien des en-* droits i la surface du sol, parmi les cailloux et les roches que roulent les torrents.
Les montagnes sont généralement couvertes d'une épaisse couche de terre végétale. Le sol cultivable le plus ordinaire est formé d'argile et de sable, sur des stratifications calcaires. Le sable est souvent quartzeux et mêlé de feldspath; l'argile, en certaines localités, contient tellement d'ocre rouge, que la couleur se communique aux productions du sol, àla cire, à la gomipe et à la laine elle-même. Ce phénomène s'observe, par exemple, dans un district de la province d'Abda, nommé, à cause de cela, Bledr^l-Ahmeur , ou le pays rouge. Les eaux thermales ne manquent point au Maroc, mais elles attendent que la civilisation vienne les reconnaître, les analyser et les employer. U y a, qon loin de Tanger, des spurces ferrugineuses.
Nous voudrions pouvoir assurer.qu'il existe des mines de charbon de terre sur plusieurs points de l'empire. On Ta dit en particulier pour le Djebel-Andjera; mais ce sont de timides affirmations, et feu Âbd-er-Rahman a défendu loute recherche à cet égard.
n y a eu autrefois des pêcheries de corail dans les parages de Ceuta.
§ 2. — RiGNI VÉGÉTAL.
Le Maroc est largement pourvu de bois dans les pays montagneux, et il «y a de grandes forêts même dans les plaines. Il parait être mieux boisé, plus vert et mieux arrosé que TAlgérie. L'aspect de la partie septentrionale rappellerait plutôt la province de Constantine que celle d'Oran.
irtm-nm qu'on y attelle deux bœids oaden cfaenn; c ot plutôt un iKKuf, un ine ou un cfaefil. Noos j anM» m m 4n» et une cbévre, et aussi un ine et une TÊftht^ oa an iae et une femme : ce dernier cas s'est {M^ésenlé à dos yniz mAme en Algérie : Froh! pudar. Le chameau sot pour le la* iiour. Les sillons sont peu profonds et trës-sânés. On ne s'occu|)e pas d'enlever les cailloux. L'amàu^;eiDeiit des terres consiste simplement a y semer durant deux ans da blé et du sorgho^ et i y laisser croître l'herbe pour la pilure la tniisiJ^nio année. Malgré cette précaution, U terre s'appauvrit et la cendre de la paille que Ton brûle après la mois- Min no suflll pas i son amendement. On défriche alors de nouvelles broussailles en y mettant le feu ; mais aprè^ deux ou trois n^coltos où la terre se montre d'une extrême fécondité, ollo perd do son énergie. Le Bédouin allume alcurs un nouvol inoondio dans les broussailles du voisinage et y (iunNporto Htt tonto \ ou le Berbère abandonne le champ faligué de prtMluirtv pour ouvrir des sillons dans des terres depuis longtonips nêgligt'os. Il en résulte qu'il n'y a jamais qu*unt« tr^H-faiblo partie des terres arables mises en culture. \h\ n^ste, elles sont en général si fertiles qu'elles rapportent iiMilgiv tout, luiilgrt'^ des prootnlés capables de lasser la Providetu'e, <le vingl-oinq à trente fois la semence qu'elles re- O^ivent* Le MaitK' |M>urrait nourrir aisément le double d'habitanlH et livrer encore à Texportation autant de céréales (|u'il en (Huisonune : il ^utlit do dire que le sol, là où il est, |mr exeeptiou, un |Hm mieux cultivé, rend souvent scnxante, t|UAlit^-vingt!(, tvnl fois le gmin qu on lui confie.
Ijh nuMSMHi est gtnièralement tardive. On y coupe avec den fauoilleot u^aladnntes le blé tr\>p mûr, et seulement auihMbKMiHde I epi, atiu ik' ne |^s rêtxdter autant de mauvaises h«Hr)ies qui> de blo. Loei^ aninviux foulent le grain sur Taire en
que la liqueur «it fermenté, ils se plongent dans une brutale hrresee. D y a peu de temps, des Juife obtinrent Tautorisation de faire du vin et ils suivirent les procédés espagnols; On a pu Jalors se convaincre que le Maroc rivaliserait avec les vignobles nommés tout à l'heure; mais Tordre arriva de renoncer 4 cette entreprise, parce que les Juifs, pressés par Youri êoera famés plus que par la soif, n'avaient pas bu leur vin et l'avaient vendu i des musulmans dont il complétait les orgies. Les Juifs se contentent de préparer et de boire en secret une eau-de-vie extrêmement forte qu'ils tirent de la datte, de la figue et d'autres fruits. Cette dévorante liqueur est bien connue dans les oasis algériennes.
Ajoutez aux raisins les oranges, les citrons, les limons^ les dattes, entre autres les boutoueul, dattes grosses et grasses, propres au Tafilet, et les bausekri, petites dattes dures et fondantes, comme du sucre pur, les deglet-ennour transparentes» les bananes, les grenades, les figues, bs anumdes, les poires, les pommes, les cerises, les noix, les châtaignes, les pêches, en particulier celles dites halilla, TOUS aurez un aperçu très-incomplet des fruits que le pays sert à votre table. Nous n'en, finirions pas s'il s'agissait de ceux que la culture y peut introduire.
Nous ignorons si le sol donnerait, avec des études et. des soins, un tabac estimable. Celui que l'on récolte en petite ({uantité n'est pas agréable et il est capiteux. Aussi l'on ne fume guère le tabac au Maroc. En revanche^ on y fait une prodigieuse consommation de kif. Hélas ! il ne fallait plus ({De cela pour achever d'abrutir les populations.
Le kif est la fleur d'un vert pâle ou blanchâtre du hachich. ta petite feuille pointue de cette espèce de chanvre ne se fume pas, du moins habituellement. Il y a plusieurs manières d'absorber le kif ou de se mettre sous son influence
dans les plaines» où les pâturages occupent d'autant plus d'espace qu'on ne met pas un tiers du terram en culture. On estime que le Maroc possède bien 40 millions de moutons, 10 à IS millions de chèvres, S 6u 6 millions de bœub et de vaches, un demi-million de chameaux et autant de chevaux, deux millions d'ânes et autant de mules. On ne se préoccupe guère de l'amélioration des races et l'on ne prend pas de précautions pour abriter les bestiaux contre ki intempéries de l'air et Ijss épizooties qui en sont trop souvent la conséquence. On observe que dans le Hagreb les lain|9s noires ou brunes sont plus rares qu'en Espagne, que les taureaux, comme les sangliers, sont d'un caractère plus doux qu'en Europe, et que si les chiens jie 4eviennent ja«. mais hydrophobes, les mules, en revanche, sont quelque** fois prises d'une sorte de rage; elles se mordent eUej^ mêmes, çans pourtant que leur morsure paraisse conununî» quer aucun virus rabique. Soit pour le croisement €^ raméliomtion des races, soit pour la multiplication des su* jets, l'art pastoral est, comme l'agriculture, stationnaire ou même en décadence au Maroc, et bien des progrès seraient aussi fructueux que faciles à réaliser.
n faut plutôt regarder la chasse comme moyen d'arrêter les ravages des bêtes féroces et nuisibles, que comme ressource pour l'alimentation. Les chiens ne sont pas formés a clKisser, ou du moins c'est très-rare. Mais les Berbères poursuivent le lion et les animaux les plus redoutables; ils les attaquent parfgis avec intrépidité; le plus souvent, ibles prennent dans des fosses au fond desquelles on met de la viande et dont l'ouverture est dissimulée avec de l'herbe et des roseaux. Les chasseurs, qui tirent la panthère du haut des arbres, où ils l'attendent au passage, se munissent d'une hache et d'armes blanches pour le cas où elle essaye
fément, comme lorsqu'on se toH à disttnee dans une vitre bossuée. Le délire va plus loin et change totalement la physionomie et le costume des assistants, en un mot, la face de tous les objets qui environnent les hachaichin. A rocca- 8k>n, nous n'avons pas eu le courage de suivre jusqu'à la fin ces dégoûtants symptômes ; les éclats de rire pbuâlsés dans cette ivresse nous faisaient encore plus ihal que ceux que Ton entend aux hospices d'aliénés, et nous nous sommes dérobé i ce spectacle d'hommes effaçant en eux artificiellement la raison. N'est-ce pas être témoin d^une sorte de sacrilège?
La fumée du kif n'agit pas aussi étiergiquement que cette eoofitore. Elle a néanmoins sur le cerveau une influence analogue et qui se traduirait par des phénomènes semblables, si le fumeur ne se modérait pas ou si l'habitude n'af- CubKssait pas la sensibilité. Nulle part en Orient on ne se livre avec autant de passion qu'au Maroc à la fureur du kit el je ne sais si la préparation du zebibeh, formée à pèû près des mêmes éléments que le màdjoun, ^t aussi violente que ce dernier.
A diaque pas, dans les villes marocaines , on rencontre de ces hommes au regard éteint, à la physionomie hébétée, aux mouvements engourdis, au teint plombé, qui accusent un fange prolon^ de la substance délétère, nommée pourtant l'herbe par excellence, le hachich. Le gouvernement, loin de lutter contre les excès d'une passion funeste à la population presque entière, ne songe qu'à spéculer sur ce chan- ▼re, et à en étendre le commerce, dont il a fait un monopole. Se propose-t-il d'endormir à l'aide de cet opium les fooflrances de ses sujets ? et les Marocains demandent-ils ttitre chose au kif que l'oubli de leurs maux ? Nous ne savons, mais à coup sûr il y aurait lieu de naturaUser'
«a MsTOç le piafcdie tare : « Noie ton chagrin dans le
Le henné, collné sortoat dans le pays d'Âzemmour et de Maiagani est turt en nsage panni les Juives ^nune panni les Mauresques. Le meflleur vient des environs de Rabat L'empereur n'a pas manqué de monopoliser ce produit. Il ne spécule pas seulement sur la vanité des femmes , mais sur les teinturiers d'Europe qui ont besoin de pette poudre.
L'écorce a tan n'est plus demandée en aussi grande quantité qu'autrefois, par le commerce étranger. De novembre a février^ on diarge de glands doux, i la Mamoure, une centaine de milUeis de chameaux qui 1^ tranqiortent aimtérieur. Le miUet, nommé dourra, sert à engraisser les volailles ; et les hommes ne dédaignent pas de s'en nourrir. Il se fait dans les ports des chargements d'amandes, douces et amere$« Le coton croit naturdiemmt , mais on ra recolle peu ; on ne sait pas le nettoyer ni le traiter ; il n'y a pas de machines pour Tépludier. Le pays est propreté It culture du mûrier et des vers i soie ; l'état de décadence où tout languit et se perd ne s'accommode pas d'une industrie qui denuuide des soins, et le Mai oc \n chercher en Orient, par Marseille, la soie qu*il dépendrait de lui de recueillir dans son sein.
Les truffes et particulièrement les truffes blanches, nom* méo$l«r/ks par les Maures et semblables i celles de Piémont les champignons de diverses espèces, figurent parmi les produits du sol.
Le hk\ lorge. le sorgho ou doMrra, le mais, le riz, les C^>*e$^ les poischiches. les pois, les lentilles, toutes sortes de légumes, le lin. le safran, le sésame, le millet, l'anis, la coriandre^ la canne à sucrv répondent admirablement à la plus Wgi&re cultuiY. La canne i sucre, autrefois répandue
dans le Magreb, y fui introduite par les Arabes, (piiVimportèrent aussi en Espagne, d'où elle passa aux Canaries et de là aux Antilles. Le fenouil, le tournesol, le pyrèthre, lu, coloquinte, le câprier, l'alpiste viennent d'eux-mêmes, surtout dans les provinces méridionales. Entre les fruits sau^ ▼âges, nous citerons la jujube ou lotus, la baie du lentisquc, la pistache; le gland doux, savoureux comme la châtaigne, la figue de BaiiMurie, l'arbouse, les mûres de roiice^ la caroube. La flore du Maroc renferme, sans nul doute, beaucoup de plantes médicinales; mais elle n'est pas mieux oonnne ipie les autres branches de l'histoire naturelle do cette contrée. Autour des villes maurescpie?, s'étendent les hnertas d'une intarissable fécondité. Aux arbres fruitiers do toutes espèces se mêlent la rose et le jasmin. Mais que par^ lé-je de fleurs? La culture des fleurs suppose un certain degré de civilisation qui n'existe plus au Man>c. Heureusement la terre est là toujours prête à répondre au tmvail de l'hoDune, et, comme dans la fable de La Fontaine, c'est le fonds quimanque le moins.
, § 3. — ttGRB IHIHAI.
La faune marocaine est extrêmement riche. Le lion habite les solitudes boisées; cependant il est rare dans la partie la phis septentrionale de l'empire. Le sanglier pullule; les Européens qui organisent des parties de chasse le tuent ptr douzaines. On ne prend pas la peine d'emporter les victimes. L'ours, Iliyëne, la panthère, l'once, le chacal, le re^ mrd, la gazelle et d'autres antilopes se rencontrent dans les régions qui conviennent à [leurs espèces. Les singes no sont pas rares et ils donnent leur nom à l'une des montagnes du détroit. L'on prétend que ceux de Gibraltar com-
muniquent avec la côte d'Afrique par le Bouterrain qui s'ouvre au sommet de ce rocher et qui formerait tunnel sojus la mer entre les deux rivages.
Le céraste, la vipère i cornes, les couleuvres, les scorpions sont multipliés, surtout dans ce^rtaines localités, et n'infestent pas tout le pays. Les sangsues, qui sont trèscommunes, fournissent à l'exportation.
L'autruche, dont la dépouille, les plumes et les œufs sont des article» de commerce, les cigognes, objet d'un respect religieux, les flamants, les tadornes, les cangas, les poules d'^u, les bécasses, les perdrix, les canards, les cailles, les éperviers, les aigles, toute la gent volatile que nous voyons en Algérie peupler les bosquets et les bois, tournoyer au-dessus des abîmes de l'Atlas,. s'abattre au bord deç fontames et sur les sebkas, traverser les plateaux sahariens, toute cette armée subsiste au Blaroc, et provoque sans cesse le fusil du chasseur.
. Les. vols de cangas sont immenses et ressemblent de loin à une bande de nuage. Sur les laCs, les flamants et d'autres échassiers sont quelquefois si nombreux que la Surface de l'eau disparaît comme sous un voile blanc et rose. On nourrit au Maroc beaucoup de poulet, dont plusieurs espèces sont d'une grosseur remarquable.
Les chevaux et les mules sont de premier ordre pour les qualités physiques et morales, s'il est permis de s'exprimer ainsi. La race chevaline est moins déchue qu'en Algérie pour les formes et la taille. On sait quels admirables traits la caractérisent. Nous nous rappelons que dans d'horribles défilés, après avoir descendu ou gravi des montagnes presque à pic, nous étions tentés de regarder si vraiment nos chevaux n'étaient pas des hippogriffes à jarret d'acier. Les bonnes et infatigables mules ne courent pas, elles voient.
L'àne est commun au Bfaroe; c'est le bourriquot d'Algérie, le souffre-âoqleur parmi les serviteurs de l'homme. Il y a beaucoup de chameaux dans le Sud, où s'assemblent les grandes caravanes ; et l'on . distingue parmi eux le méhari, ce coureur étonnant que Teiqpédition du général Marey i Lag^ouat, en 1844, a fait connaître aux Français. Le sloughi, qu'on dirait le ficére du sleug^-hound écossais, veille nuit et jour i la garde des tribus. Dans les vastes pà^uragei et aux flancs verts des coteaux se déroulent sans fin les troupeaux errants de chèvres et de brebis aux précieuses dépouilles. Presque rien n'est changé depuis Virgile.
Qoid Ubi pastoret libys^ quid pascua venu Prosequar, et raris habitata mi^alia tecti^? Sœpe diem noctemque et totum ex ordine mensem Pasdtur^ itque pecui longa i& déserta ime uUis H ospitiiB : tantom eampi jaeet : omnia secum ArmantariuB Afer agit, tectamqtie, laremque Annaqae^ amyelsoinque canemi cressamque pharetram.
Vois les bergers d'Afrique et lears coursés errantes : Là> leurs troupeau! épars> aiusi que leurs foyers, Et paissant au hasard durant des mois entiers^ Sqit que le jour renaisse ou que la nuit commence. S'égarent lentement dans un désert immense ! Leurs dieux, leur chien, leur arc, leurs pénates roulants. Tout voyage avec eux sur ces sables brûlants.
(Deulle.)
Disons mieux, rien n'est changé depuis Abraham dont la Genèse décrit tant de fois la smala : Dominus benedixit domino meo valde , magnifieatusque est; et dédit ei oven et bovet, argentum et aurum, tervos et ancillas, camelos et asinoê.
Les sauterelles, nommées djerada, sont le fléau des cam- |)agnes. n y en a de plusieurs espèces. La plus redoutable
çst rouge cl sèehe, plus forte que celle que Von voit en Europe. Elle vient du dés^ au mois de mai, et dépose dans lés champs des myriades d'oeufs qui éclosent en juin et juillet. Ces Nouvelles sauterelles s'assemblent en nombre prodigieux et s'abattent sur les sillons, les arbres et les jardins. Déjà redoutables à la végétation, elles le deviennent plus encore uii mois après, quand elles ont acquis tout leur dévebppement. Elles volent en ligne directe et tellement innombrables que le soleil en est obscurci ; on^ entend de loin le bruit de leurs ailes. Malheur aux endroits où descend
cet effrayant nuage. En une heure, toute Unee de fmuUe et de fruit, toute apparence de vie apra disparu. Les sauterelles continueront leur coursedévastétrice jusqu'icequ'elles rencontrent l'Océan où elles se noient, où bien un changement ^ubit de température, un vent frais les fera périr par millions, et l'air sera empesté de leur putréfaction. Les Maures n'ont pas le moyen de conjurer ce fléau. Tout ce qu'ils peuvent faire, c'est de le détourner un peu et de le rejeter sur le voisin à force de cris, en agitant une étoffe au bout d'un bâton ou en promenant des flammes qui effrayent le nuage vivant. Lorsque enfin la troupe dévorante commence son œuvre de dévastation, ils se consolent, autant que possible, en prenant les sauterelles elles-mêmes, ils les mettent dans des sacs, les salent et les font cuire soit au four, soit dans l'eau bouillante, d'où on les retire pour les faire sécher sur les terrasses. La sauterelle frite dans l'huile n'est pas mauvaise : plusieurs la comparent aux crevettes. On prétend que plusieurs rivières du Maroc sont peuplées de crocodiles ou fréquentées par les requins; mais ce fait ne parait pas être bien constaté (1). Le poisson abonde dans
(4) Hay» Le Maroc, p. 70.
beâucovqp de rivières, mais principalement sur les c6tes des deux mars. Le littoral peut être comparé sous ce ra{^rt i Terre-Neuve. L'Oum-er-Bla donne des saumons ai^entés, le Sebou, des truites et des aloses, nommés ehebbel par les Ibores; rOued-Bebt est tellement peuplé de tortues qu'on le surnomme Bau^-Febroun, ou le Père des tortues. Les an* guilles sont commune^ partout. La baie de Tanger et les c6tes du Gbarb juscpi'au cap Blanc étaient célèlnres cfaei les'Romains par les murènes, les bomards et les bultres que l'on y pèdiait. Les buttres de Tanger sont très-petites, mais d'une exquise délicatesse. La mer procure i foison le rouget, fort apprécié des Maures, qui l'appellent «uIlan-el-Mml ou le rm des poissons, la murène bélène nommée elrtfahy par ccmiparaison avec le serpent, la dentale, le muge, la sole, le turbot, le sarge, le maquereau et beaucoup d'autres espèces.
§ 4. — àammÊÊ; tikn ns nwpUDX; aus» n p|cii«
Quelques notions sur l'état des arts . fondamentaux et nourriciers compléteront ce que nous avions à dire des produits naturels du Maroc.
L'agriculture est restée dans l'empire i l'état d'enfance, par l'indolence des habitants, la cupidité et la stupidité de gouvernements qui la grèvent d'impôts excessifs et nejtu permettent pas d'exporter ses produits à des conditions raisonnables. On n'a pas l'idée de la distribution des terres ni de l'emploi des fumiers. Les instruments aratoires sont de la dernière imperfection. La charrue semble dater de quatre mille ans, tant elle est élémentaire et impuissante. Un homme peut la porter avec tout son appareil de traction. Elle a 9 ou 10 pieds de long et le soc en est large. Il est
très-roi^ qu'on y attelle deux bœufs ou deux chevaux ; c'est plutôt un bœuf, un âne ou un cheval. Nous y avons vu. un âne et une cbèyre^ et aussi un àne et une vache, ou un àne et une femme : ce dernier cas s'est présenté i nos yeux même en Algérie : Proh! pudor. Le chameau sert poui: le la* bour. Les sillons sont peu profonds et très-serrés« On ne s'occupe pas d'enlever les caillpux^ L'aménagement des terres consiste sin^ilement i y semer durant deux ans du blé et du soi^ho, et à y laisser croître l'herbe pour la piture la troisième année. Malgré cette précaution, U^ terre s'appauvrit et la cendre de la paille que l'on brûle après la moisson ne sui&t pa^ à son amendement. On défriche alors de nouveUes broussailles en y mettant le feu ; mais aprè§ deux ou trois récoltes 0& la terre se montre d'une extrême fécondité, elle perd de son énergie. Le Bédouin allume alors un nouvel incendie dans les broussailles du voisinage et y transporte sa tente ; ou le Berbère abandonne le champ fatigué de produire^ poitf ouvnr des sillons dans des terres depuis longtemps négligées. Il en résulte qu'il n'y a jamais qu'une très-faible partie des terres arables mises en culture. Du reste, elles sont en général si fertiles qu'elles rapportent malgré tout, malgré des procédés capables de lasser la Providence, de vingt-cinq à trente fois la semence qu'elles reçoivent. Le Maroc pourrait nourrir aisément le double d'habitants et livrer encore à l'exportation autant de céréales qu'il en consomme : il suffit de dire que le sol, là où il est, par exception, un peu mieux cultivé, rend souvent soixante, quatre-vingts, <^nt fois le grain qu'on lui confie.
La n^oisson est généralement tardive. On y coupe avec des faucHles maladroites le blé trop mûr, et seulement audessous de l'épi, afin de ne pas récolter autant de mauvaises herbes que de blé. Le^ animaux foulent le grain sur l'aire en
plein Tent, système qui a rinconvénient. de trop briser la paille lorsqu'elle accompagne l'épi et de lafairesouventi^*' jeter comme fiorurrage par les bestiaux. Les grains, se conservent plusieurs années, s'il le faut, dans les silos ou ma" tamoTÊêj fosses rondes, garnies quelquefois de pierres, de paille et de ciment, mais toujours creusées li oii l'eau. trouve autour d'elles un écoulement facile. Les matamores avoisinent ordinairement les marchés eor rase campagne et les lieux habités. Il serait utile inné Armée guerroyante de savoir les découvrir. Ljies chambres closes, les grands paniers d^osier servent aussi à renfermer les céréales. Qn obiieai la farine par le moulin à bras qui impose aux femmes un pénible travail. Dans les villes, les ânes, les vieux che-* vaux» des ôhameanx même ioument la meule. Les efforts de quelques Européens pour introduire les mbulins à eau-et à vent n'ont pas eu de succès. .
Les jardins doivent leur lùagniflcence i la nature. L'irrigation par le moyen des petits canaux et des puits à roue n'est qu'une antique tradition, dont on a bien vouhi faire honneur aux Maures d'Espagne, comme s'ils avaient cour quis sur les Wisigoths un pays sauvage , où la civilisation n'eût jamais passé.
Pour aider à la fécondation du palmier femelle, les Maures secouent au printemps sur ses régimes naissants le pollen des fleurs du palmier mâle, et ils accompagnent cette opéra^ tien d'invocations au Dieu clément et miséricordieux, en le suppliant de gonfler la datte et d'en éloigner les pernicieuses influences des mauvais esprits. Ce chant religieux qui se fait entendre de la cime des palmiers i^épand sur l'oasis une louchante poésie.
La principale richesse des montagnards consiste dans les troupeaux , et la vie pastorale est très-développée même
dans les plaines, où les pâturages occupent d'autant plus d'espace qu'on ne met pas un tiers du terrain en culture. On estime que le Maroc possède bien 40 millions de moutons, 10 à IS millions de chèvres, 5 ou 6 millions de bœuCs et de vaches, un demi-million de chameaux et autant de chevaux, deux millions d'ânes et autant de mules. On ne se préoccupe guère de l'amélioration des races et l'on ne prend paç de précautions pour abriter les bestiaux contre les intempéries de l'air et l^s épizooties qui en sont trop souvent la conséquence. On observe que dans le Magreb les laiHf» noires ou brunes sont plus nunes qu'en Espagne, que les taureaux, comme les sangliers, sont d'un caractère plus doux qu'en Europe, et que si les chiens ne 4eviennent jamais hydrophobes, les mules, en revanche, sont queique^ fois prises d'une sorte de rage; elles se mordent ellesmêmes, çans pourtant que leur morsure paraisse communiquer aucun virus rabique. Soit pour le croisement et raméliomtion des races, soit pour la multiplication des sujets, l'art pastoral est, comme l'agriculture, stationnaire ou même en décadence au Maroc, et bi6n des progrès seraient aussi fructueux que faciles à réaliser.
n faut plutôt regarder la chasse comme moyen d'arrêter les ravages des bêtes féroces et nuisibles, que comme ressource pour l'alimentation. Les chiens ne sont pas formés à cliasser, ou du moins c'est très-rare. Mais les Berbères poursuivent le lion et les animaux les plus redoutables; ils les attaquent parfois avec intrépidité; le plus souvent, ils les prennent dans des fosses ail fond desquelles on met de la viande et dont l'ouverture est dissimulée avec de l'herbe et des roseaux. Les chasseurs, qui tirent la panthère du haut des arbres, où ils l'attendent au passage, se mum'ssent d'une hache et d'armes blanches pour le cas où elle essaye
d'amTer en grimpant jusqu'à eux. Nous ne sitvenfl si U chasse au fiiucon est pratiquée au Maroc, comme elle l'est, bien que rarement, en Algérie. Les cavaliers, au non)bre d'une tingtaine^ forcent l'autruche en la chassant contre le vent.
La pèche n'est pas ex[doitée en grand pour l'exportation^ mais seulement pour l'approvisionnement des ports de mer. Nous censeillons au touriste de se donner le plaisir d'une pèche en compagnie des Maures. C'est à la fois merveilleux et pittoresque, merveilleux dans les résultats, pit^ toresque dans les procédés. Les trente ou quarante hommes et. enfants en guenilles et demi-nus qui attirent à la plage rimmense filet, cadencent fleurs mouvements par une invocation religieuse dite d'upe voix plaintive : RebbiJ Bebbi! Rebbi! disent-ils; et nous nous rappelons involontairement la parole des pécheurs du lac de Génésareth : « Prœctptor! per iotam nactem laèorof^es nt'Atl eepimus^ Maître ! nous avons travaSlé toute la nuit sans, rien prendre. » Les mou** vements se précipitent à mesure que les deux bouts du filet se rapprodient; le chant devient haletant; déjà les poissons frétillent à la surface de l'eau; un marabout y entre jusqu'aux genoux et leur jette une pluie de sable qui arrête leur fuite; enfin les écailles brillent sur la terre à travers les mailles du filet. Vite, des mains nombreuses trient le poisson et le jettent par couches dans les paniers de roseaux : une couche de poisson, une couche de sel, une couche de poisson, une couche de sel. On recouvre le tout de feuilles de palmier nain ; nous chargeons nos mules et trottons vers la ville, avant que le soleil déjà chaud ne porte alleinte au produit de la pèche, commencée par le salai el fedjer, la prière du point du jour.
Terminons par quelques mots sur le prix de certains ob-
jets qui donneront un aperçu du bon rtarehé de la tié 'malérièDe au Màh)c.
La valeur des terrains à bâtir varie beaucfoûp , selon les villes; à Tanger, ils coûtent fort cher. Mais on a pour 200 francs par hectare un jardin irrigable et planté d'arbres. Les terres de labour ^payent 100 francs environ, les sept ou huit hectares, et beaucoup moins à' l'intérieur du pays. Un touriste quelque peu avisé se donnerait pour 2 ou 300 francs le plaisir d'être propriétaire au Maroc ; propriétaire à Tanger , par etemple , d'un petit Éden dont la valeur décuplerait et au delà, dans le cas de la conquête européenne.
La vie matérielle est aujourd'hui à bon marché, bien qu'on se plaigne, comme partout , que les denrées ont sénsiblenfient renchéri depuis peu. Les rares aubergistes européens des ports de mer, et les juifs qui ouvrent leur maison aux étrangers, fournissent le vivre et le couvert pour 8 ou 6 francs par jour, et l'on n'est pas plus mal traité au Maroc que dans les hdtels des petites villes de France. Le blé coûte de 4 à 8 firancs l'hectolitre , à prendre au silo. Voici des prix que nous avons mis en note au souk de Tanger :
Viande de boucherie vendue à la livre de 780 grammes : le bœtif, 28 ou 30 centimes-, le mouton , 32 ou 36 centimes (i)/ tl est défendu d'abattre les génisses, pour ne pas nuire à la reproduction. Poules de moyenne grosseur, 7 ou 9 firancs la douzaine. Cflufs, le cent, en moyenne 1 fir. 78à 2 fr. Le beurre lirais, la livre de 780 grammes, 88 à 70 centimes. De mars à juin , le prix baisise.
Le gibier n'est-pàs dans le commerce. D'adroits chasseurs indigènes se chargent pourtant d'approvisionner les Euro-
(4) Les prii de Tanger doivent être des plus éleTés^ à cause de la présence des Européens et de l'exportation pour Gibraltar.
péens. Ds vendent un canard ou une perdrix 40 centimes. Le lapin ne coûte guère plus, et un beau lièvre le double. Le sanglier necoûte'que la.peine d'aller le chercher là où le plomb l'a tué. Il ne faut pas croire que TÂrabe aurait fait parler la poudre pouûr un èochon sauvage, haUouf-eUrhaba, en d'autre vue que d'arrêter ses ravages. Lé roumi lui rend service s'il veut bien enlever l'animal trois fois immonde. La diair de poro est hnpore de sa nature, et en cas de nécessité pressante , selon Sidi-Khelil , xm doit lui préférer la charogne ou chair de toute bête morte , quelle qu'en soit l'espèce. La loi ne permet pas aux Magrebins de manger la chair des animaux carnassiers. Elle interdit aussi celle du mulet, du cheval, de l'àne domestique, du chien et du chat. Mais on vend sur les marchés de la viande de chameau , et il n'est pas rare de. voir, parmi Les caravanes, des dromadaires chargés de membres tout sanglants d'autres dromadaires écorchés. Ce trait nous a toujours semblé des plus pittoresques. La bosse du jeune chameau n'est pas À dédaigner; mais cette viande à besoin d'être relevée par l'assaisonnement.