‹ Description et histoire du MarocChapitre 25 sur 50 · POPOB ET 1IE8VEE · texte numérisé non relu

POPOB ET 1IE8VEE

§ î*\ — DIMISTIB R MmUX.

L'industrie au Maroc est stationnaire dans ses procédés, peu variée dans ses produits, et resserrée dans son activité par les entraves opposées au commerce. Elle est station^ naire dans ses procédés : ils sont aujourd'hui les mômes qu'avant l'expulsion des Maures d'Espagne ; on ne signale ni perfectionnements importants ni inventions nouvelles. C'est un phénomène vraiment étrange que cette stagnation ou ce recul dans la barbarie qui caractérise les peuples momifiés par les fausses religions et enveloppés par les bandelettes de fer du despotisme. Avec peu d'outils et des moyens tout primitifs, ils exécutent, c'est vrai, des ouvrages remarquables; ils le font avec ime habileté d'autant plus grande que les procédés sont toujours les mêmes, les modèles toujours invariables *. armes, tissus, broderies, cuirs, poteries, vêtements, sont aujourd'hui ce qu'ib étaient il y a quatre

siècles, il y a mille ans, deux mille ans. Mais il serait inutile de chercher le progrès : la religion hébète le musulman dans Tordre le plus élevé des idées *, elle consacre un despotisme politique qui achève de comprimer l'activité intellectuelle à tous les degrés , et ^industrie s'en trouve paralysée comme' tout ce qui dépend de Tinitiative personnelle ou des relations sociales. Sans doute, à défaut d'un génie propre et de l'initiative des indigènes, le Maroc pourrait emprunter à l'Europe quelque chose de ses progrès industriels ; mais les mêmes préjugés repoussent et maudissent la civilisi^tion chrétienne tout entière : ses principes, dans l'ordre moral, ses fleurs et ses fruits dans l'ordre matériel.

L'industrie marocaine est peu variée dans ses produits, parce que les populations restent immobiles et renfermées dans le moule étroit où la religion et la politique les retiennent. Les besoins ne varient pas et ne se développent point ; la richesse publique va toujours diminuant. Comment donc l'industrie, dont la mission est de pourvoir aux besoins des peuples et de leur apporter le nécessaire et le superflu, multiplierait-elle ses genres de produits P Elle ne peut répondre à un appel qu'on ne lui fait pas.

Son activité, quoiqu'elle s'exerce dans un cercle étroit, ne donne qu'une médiocre quantité de produits, à cause du peu de développement de la richesse publique et des lois et règlements qui gênent le commerce intérieur comme l'exportation. Le gouvernement ne comprend nullement les vérités les plus élémentaires de l'économie politique, et à plus forte raison est-il éloigné d'en poursuivre les déductions jusque dans les détails les plus minutieux de la vie privée, où se résolvent tant d'importantes questions sur les rapports de production et de consommation : voilà pourtant es profondeurs qu'il faut sonder sous peine de voir se réa-

User, dans la fortune publique, la sentence de rÉcriture sur les richesses de Tàme : qui spernit modica paulatim decidet. Nous croyons indiquer la source réelle du mal ; elle n'est pas, comme en Algérie et comme elle fut trop longtemps en Espagne, dans les préjugés et le dédain pour le commerce et rindustrie. Les Bédouins ne sont pas assez nombreux au Maroc pour y faire prédominer le mépris du marchand de poivre et Ton y comprend Vhidalguia sans le parasitisme ni l'oisiveté. Ajoutons des faits particuliers àces considérations générales.

§ 1 — mouSTRis.

Toutes les femmes savent filer la laine et fabriquer le halk. Sous toutes les tentes on confectionne ce tissu élémentaire, antédiluvien, qu'il faut conserver à moins d'en revenir à la pagne ou à la ceinture de plumes, ce que le climat ne comporte pas. On ne se sert pas toujours dé la navette pour mêler la trame à la chaîne; nous avons vu des métiers perpendiculaires d'une simplicité aussi primitive que possible et où la trame passée à la main était serrée ensuite par l'ouvrière avec une sorte de fourchette. Le haïk n'est qu'une longue pièce d'étoffe dont le corps et la tête peuvent être enveloppés de manière à présenter les draperies les plus nobles et les plus artistiques (fj. H y en a de laine grossière, mais aussi de laine très-fine, ou de laine et de soie, d'une blancheur éblouissante. Si les Berbères et les Arabes n'em-

(4) Les femmes du Maroc relèvent le bord du haïk pour cacher leur visage et ne laisser paraître que les yeux. C'est ainsi que dans la Ge^ nése, Rébecca lève son voile, non pour découvrir son visage, mais au contraire pour le voiler aux regards d'Isaac : A^ illa tolîens cita pal- /rum operuit se. (Çh. XXIV.)

ploient guère que les étoffes de laine blanche ou simplement rayée, les Maures, en revanche, recherchent la variété et réclat des couleurs, surtout dans les vêtements de luxe ou de fête. Toutefois, les tissus dont la couleur n'est pas unie n'offrent guère d'autre dessin que les raies : elles sont faciles à exécuter et c'est d'ailleurs un goût très-ancien : les frères de Joseph lui portaient de la jalousie parce que Jacob lui avait donné un haîk rayé (i).

Fez et Maroc fournissent les étoffes de soie, les ceintures, les foulards, les halks de femme , les turbans de luxe, les vaporeux tissus de soie pure, ou mêlée d'or et d'argent, gracieux souvenirs des vieilles industries d'Espagne et d'Orient.

Les broderies en fils des mêmes métaux décorent les babouches, les coussins, le corsage des robes, les harnais luxueux et d'autres ouvrages de drap ou de cuir. Quand on regarde les étoffes de près, on s'aperçoit que les plus belles, même les boulaouafij tissus de soie grége, venue du Levant, ne sont pas d'ordinaire assez serrées, les fils ne sont pas de force égale entre eux ni tordus également dans' toute leur longueur, et l'on abuse de la gomme en apprêt. Cependant la fraude, les apparences trompeuses^ le clinquant ne ravalent pas l'industrie marocaine comme la nôtre, pas plus dans les étoffes que dans aucune autre branche de l'industrie. Les produits valent ce qu'ils paraissent valoir et leur solidité n'est pas plus apparente que réelle.

Fez et Maroc sont les principaux centres de fabrication des étoffes. Les bonnets de laine rouge, dont la finesse se rapproche quelquefois de celle du velours, sortent presque tous de la première de ces villes , dont ils portent le nom.

(«) Genèse, XXXVII, 3.

Là aussi on prépare les fils d'or, et il y a un grand nombre d'orfèvres , lapidaires et joailliers qui savent battre les métaux précieux, tailler, enfiler, enchâsser les pierres fines, selon le goût des Maures. Dans Tempire, les juifs se livrent assez volontiers à cette industrie, où la fraude est facile, surtout par les alliages des métaux et Tignorance d'une foule de clients . Mais le rit malékite a des règlements somptuaires qui limitent beaucoup la production de lorfévrerie. Dans le moyen âge chrétien , Ton a des exemples d'une législation analogue, mais d'un caractère purement civil. Ces prescriptions religieuses n'ont pas directement pour but, au Maroc, de ménager la distinction des rangs, ou d'empèeher la riiine des familles ; c'est en vue d'inspirer à l'individu quelque idée d'humilité et de mortification que la loi prévient les excès du luxe et de la vanité, du moins chez les hommes. Un pieux Marocain ne se vêtira ni d'or ni d'argent; à peine se permettra-t-il la soie. Pour la prière , il ôtera tout vêtement qui serait brodé de ces métaux précieux : il quittera même sfii montre , si elle est d'une semblable matière. Le législateur dispense la femme de ces sacrifices, soit qu'il les juge au-dessus de ses forces, soit qu'il veuille adoucir par là le triste lot qui lui est départi dans la société 'musulmane.

Déjà nous avons parlé de la fabrication des armes (1). Les fusils viennent la plupart de Tétouan ; les armes blanches, de Fez, Méquinez et du Sous. L'armurier, comme l'orfèvre, peut donner une idée de la pauvreté des moyens avec lesquels les ouvriers marocains obtiennent pourtant d'assez beaux résultats. Les outils sont grossiers, les ressources de la mécanique à peu près inconnues. Un orfèvre colporte

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avec soi toute sa.boutique ; il met dans un sac enclume, soufflet, marteaux, limes, creusets. Il travaille assis par terre ou à genoux , et tandis que d'une main il présente au feu le métal, de l'autre il manœuvre le soufflet, simple peau de bouc plus ou moins . mal cousue et fixée à un pieu.

Au travail des métaux se rattache encore la fabrication des piafs en cuivre ornés de dessins en creux et d'émaux champ -levés , bleus , rouges , verts et assez grossièrement appliqués. Nous dirons en général que les dessins sur métaux, sur poterie, sur cuir et sur étoffe, qu'ils résultent du ciseau, du repoussoir , du pinceau ou de la broderie , offrent souvent des ornements d'un beau style et qui rappellent, par la pureté du dessin et la cotnbinaison des lignes géométriques , les ornements et en particulier les enroulements gothiques du treizième siècle. Les poteries en terre émaillée se fabriquent surtout à Fez. Mais il y a beaucoup de choix à faire parmi elles, si on veut trouver des dessins qui respirent cette pureté des formes ancienhes. On appelle poteries fines au Maroc toutes celles qui sont vernissées ; elles sont en réalité pesantes et grossières ; leurs formes insolites, la vivacité des couleurs et l'originalité quelquefois barbare des dessins qui les Recouvrent, en font tout le mérite. Vuels de loin, elles produisent de l'effet, elles ont, comme on dit, un cachet. Les azulejos 6u fragments de briques émaîUées qui entrent dans le pavage des maisons et les décorations de Tarchitecture mauresque viennent principalement de Fez, de Tétouan et de Rabat. Les tapis sont fabriqués à peu près exclusivement dans les provinces de Chaouia, Cheadma, Haus, à Maroc, à Rabat et à Casa-Blanca. L'entrée en est prohibée par nos douanes avec une sévérité qui contrarie beaucoup les voyageurs, Du reste les grands tapis sont tou-

jours d'une forme allongée et qui ne convient pas'à nos appartements. Leur mérite consiste d'abord dans leur solidité et la bonté de la laine. Ils plaisent ensuite par les couleurs et les dessins. A voir comment les Arabes assortissent les couleurs et recherchent les teintes vives, il y a lieu de penser que si leur religion n avait pas interdit la peinture, ils auraient été coloristes. On fait un peu de sparterie dans le Rif. A Tétouan, à Rabat et dans d'autres villes où celles-ci envoient leurs ouvriers , se tissent les nattes en jonc de marais que l'on étend comme des tapis ou qui s'appliquent aux murailles contre lesquelles on a coutume de s'asseoir. Le tisserand prépare les fils de la chatne comme pour une toile ordinaire. Il passe ensuite à la main dans ces Qls les brins de paille qui forment la trame. Souvent deux enfants glissent eux-mêmes ces fétus entre les fils, de manière que l'ouvrier n'a plus qu'à serrer le tissu. Le métier est posé horizontalement, à une faible élévation au-dessus du sol. On produit sur ces nattes des dessins variés , au moyen de joncs noirs et rouges , unis à ceux de couleur naturelle. Presque toujours vous y voyez une espèce de candélabre à cinq branches , qui représente une main , dans l'intention de l'ouvrier. Cette main est encore la main préservatrice du mauvais œil, que Ion redoute si fort dans tout le Midi, chrétien ou musulman, et que l'on y redoute depuis si longtemps; car déjà Ménalque disait à Damète :

Nescio quis teneros oculus mihi fascinât agnos*

«< Je ne sais quel œil jette un sort à mes tendres agneaux » (1).

(4) Cette superelitioD n'est pas déracinée à Rome ni à Naplet. A Va-

Les cuirs se préparent dans beaucoup de provinces. Les environs d'Âlcazar et de Méquinez en donnent d'excellents. On les sale avec du sel marin, rarement avec de Talun. On les tanne en faisant tomber le poil au moyen de la chaux et en les mettant dans Técorce du jeune chêne. Les tanneries sont très-nombreuses dans les villes septentrionales et maritimes de Tempire. A Maroc et à Fez, elles ont une trèsgrande importance. On y prépare aussi les peaux de lion et de panthère, au moyen de plantes qui se trouvent dans i'Âtlas et que les Maures appellent tizra et tasaia. "Les peaux de chèvre maroquinées sont toujours dignes de leur réputation. Celles de bouc sont naturellement plus fortes et le grain plus groâ ; celles de chèvre |)lus minces et le grain plus fin. La souplesse dépend de la fabrication. L'on ne saurait trop admirer les peaux rouge-écarlate de Fez, les jaunes de Maroc et les vertes de Tafilet. Elles sont d'un emploi infiniment varié pour les chaussures, les coussins, les harnais, les sacs de toute espèce. Non-seulemeift dans beaucoup d'ouvrages on les pare de broderies ; mais on y Ggure aussi divers dessins, en enlevant .adroitement Tépiderme coloré.

Les fabricants de meubles de Tétouan se distinguent par leur talent à façonner et à peindre les étagères, les portemanteaux, les tables basses et polygonales pour prendre le thé. Us fixent sur le bois l'or en feuilles et des couleurs aussi éclatantes qu'inaltérables. Les arabesques, les arcatures et les moulures de ces meubles ont parfois des analogies intéressantes avec les modèles de l'architecture mauresque la plus fleurie.

lencc en Andalousie, on garde encore l'usage des petites mains d'ivoire, des pattes de taupe et des huppes d'écarlate contre le mauvais œil. Les femmef suspendent ces préservatifs au cou de leurs enfants.

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