SOI
nmerce, nous mentionnerons un i if nuit beaucoup au mouvement o analyse. Il prête aux négociants {>as d'eux qu'ils remboursent imméc pour des marchandises importées ou . f fuit des remises d'impôts. Mais pourquoi s faveurs ? Est-ce pour venir réellement en •gociants ? Nullement. C'est pour les avoir à sa 1. et les empêcher de crier, quand il les frappe de uulions excessives, extraordinaires. Il dissimule son me de rapine envers tous, sous des couleurs de générosité envers quelques-uns , et quand il a muselé ainsi les plus influents, il a moins à craindre les doléances de la foule. Ainsi faisait Âbd-er-Ràhman.
Depuis vingt ans, grâce aux mesures les plus inintelligentes et les plus barbares, le copimerce intérieur languit, l'importation a diminué d'un tiers et l'exportation peut-,être.des deux tiers. En 1840, la somme des échanges avec la France s'élevait à- près de 10 millions; elle n'atteint pas aujourd'hui 4 millions. Mais nous avons tort de dire mesures inintelligentes, car le gouvernement savait ce qu'il faisait, et il allait droit à son but qui est d'éloigner les Européens, et de tenir ses sujets dans la pauvreté et dans l'isolement, pour les opprimer avec plus de facilité. Voilà ce qu'il ne faut jamais perdre de vue , si l'on veut comprendre quelque chose i letat et à l'histoire du Maroc contemporain.
Commerce avec l'Europe. — Nous présentons quelques tableaux comparatifs,pour que l'on puisse apprécier l'importance des relations commerciales entre le Maroc et les puissances chrétiennes. Mais ces tableaux sont impai faits; ils laissent de câté la contrebande qui, à l'importation, égale peut-être pour l'Angleterre un quart des valeiu*s déclarées.
Ea ini. 1 CBSn das les pom de ciniferf . nesamt fnnriMr 3.87D inMrmiT. et fl en est sorti 98. portant 5M& tijwngiMi i . Les importations fîneni étafavcs à 3.96O.CO0 fimcs . les exportations à 3.024,000. La France importa pour i^.TOO Crânes; eOe exporta pour f iS.âOO. Les tîssasde coton fieunient à Timportation pour 1,930.000 francs : la France n'en aiait foonii que pour 12,700 francs.
En iS3d, les Ammmia eu lent le taUeau saîrant :
Tanger. .
1,614,000 fr.
f, 048,000 fr.
Tétouan. .
Lirache. .
Rabat . .
Casablanca.
Mazagan
M«>gador. .
9,1 15,000 fr.
8,38i,000fr.
La navigation, en 1830, a employé 877 navires et 51,135 tonneaux , sortie et entrée réunies. Pays de provenance et de destination :
Angleterre . 6f2 navires. 33,685 tonneaux.
France. . . 157 18,089 Espagne. . 49 1,889
Portugal. .32 2,129
Turquie. . 14 1,840
Autres pays. 13 l,5îo
La somme des échanges de rAngleterre, eette même année, monte à plus de 1 1 ,000,060 francs ; la France atteint 5,000,000 francs, l'Espagne 428,000 francs. L'importation se compose de tissus de coton et de laine, de soie écrue, de sucre et de café ^ de métaux, de céréales. Les principaux articles d'exportation sont la laine, les peaux de chèvre et de veau, les fruits, les sangsues et la gomme.
En i8o3, Mogador exporte pour 5,608,000 francs, et importe pour 4,984,000 francs. A l'importation les tissus, en majeure partie anglais, figurent pour 2,200,000 francs. A l'exportation, les huiles représentent 2,172,000 francs; les amandes, 1 ,347,060 francs ; les gommes de Maroc ei du Soudan, 81 0,000 francs; les laines, 666,000 francs, et les peaux brutes, 282,000 francs.
En septembre 1853, le gouvernement du Maroc interdisait l'importation, jusqu'à nouvel ordre, du sucre, du thé, du café, de la cochenille et du bois de teinture. Il s'engageait d'ailleurs à abolir tous les monopoles sûr les marchandises d'importation, y ^mpris les cinq articles ci-dessus désignés ; mais il demandait un délai de six mois pour que les changements à introduire d^ns les lois des douanes ne pussent causer préjudice aux revenus de l'empereur. A l'expiration de ce délai, il serait établi des droits qui n'excéderaient pas ceux dont ces marchandises étaient frappées avant d'être monopolisées par le gouvernement ; et les droits actuels sur le savon, la poudre, le soufre, le salpêtre, le plomb, lel tabac et les armes de toute espèce, ne subiraient aucune modification. Ces engagements contractés avec l'Angleterre ne furent pas tenus. Dans les premiers mois de 1854, l'exportation de l'huile fut prohibée. On autorisa la sortie des laines et du maïs, mais en les frappant de droits qui équivalaient à une prohibition.
En i8S4, les réclamations n'obtinrent que des mesures partielles. Le 21 septembre, la prohibition de sortie sur rhuile d'olive a été levée pour un an et remplacée par un droit de 3 piastres 1/2 par quintal, équivalant à 54 kilogrammes. La même prohibition a été levée sur les peaux de chèvre et de veau, moyennant des droits élevés ; le tarif de sortie des laines a été réduit de 25 p. 100 et celui du mais de 16 p. 100. Ces mesures n'étaient d'ailleurs applicables que dans le port privilégié de Mogador.
Cette année, le commerce total représenta 16,861, 315 fir. L'année suivante, 1855, il atteignit 30,628,875 francs. Ces chiffres étaient encore insignifiants, si Ton considère ce qu'on eût pu obtenir du Maroc , en mettant fin au système de prohibitions, de monopoles, de restrictions, de tarifs exorbitants, de modifications perpétuelles, de mépris des traités qui désolaient le régime commercial et ne permettaient pas d'engager d'opérations régulières.
En 1856, l'Angleterre conclut, le 9 décembre, un traité qui améliora la situation et qui fut mis en vigueur le 10 avril 1857 après l'échange des ratiiScations. La France et les autres nations qui ont des traités avec le Maroc partagent le bénéfice des concessions faites à l'Angleterre. Car ces traités, et en particulier celui du 1 0 septembre 1844, entre le Maroc et la France, assur/ent en toute chose à cette dernière le traitement de la nation la plus favorisée. Mais il faudrait néanmoins conclure un traité séparé, afin de poursuivre nos intérêts particuliers et d'éviter les mesures vexatoires, les dénis de justice ou les délais désespérants auxquels l'absence de cette base à nos relations commerciales expose les négociants français. En attendant cette désirable convention, nous pouvons profiter des stipulations principales du traité anglais.
Article I. fl y aura désormais liberté réciproque de commerce entre les deux pays. Les sujets anglais pourront résider et trafiquer dans tous les ports du Maroc ; louer et bâtir des maisons et des magasins, acheter et vendre tous lei articles non prohibés.
Article II. Le sultan s'engage à abolir tous monopoles et prohibitions sur les marchandises importées, excepté le tabac, les pipes à fumer (1), l'opium, le soufre, la poudre, le salpêtre, le plomb, les armes et munitions ; il supprimera en outre tous les monopoles des produits agricoles, sauf les sangsues, Fécorce (bark), le tabac et autres plantes à fumer. Article III. Il ne sera perçu d'autre taxe que celle du droit d'exportation.
Article lY. Les transactions seront absolument libres et les Anglais leseffectuerontpareuxi-mémesoupar tout courtier ou agent qu'il leur plaira de choisir.
Les droitsà percevoir sur tous les articles importés n'excéderont pas 10p. 100 de la valeur au port de débarquement, et un tarif spécial est fixé pour les principaux articles d'exportation énumérés dans le tableau suivant à l'art. VII.
DoU. One.
Blé par boisseau fanègue (strike fanega) A »
Maïs et Durra fuU Canega.. 4/* ^
Orge strike fanega. i/i n
Autres grains par cantar . . 4 /'2 n
Farine id. . 30
Alpisle. ......... id. . 12
Dattes . id. . 40
Amandes id. . 35
Oranges, citrons , limons le 4,000. . i%
Marjolaine par^cantar. . fO
Semence de cumin id. . 20
(4) Pipes of ail kinds used for smoking.
Huile .
Gommes.
Henné .
Cire. .
Riz . . ,
I^ine lavée
Laine en suint
Peaux, peaux de mouton et de chèvre. . Peaux tannées^ dites filali, zaouani et
cochinea
Cornes
Suif.
Mules.
Anes. . . .
Brebis
Chèvres
Volailles . . .
CEufs. . . , ,
Pantoufles
Dards de porc-épic
Ghasoul.
Plumes d*autruche
Paniers. . . . . . . . . .
Graine de Carraway
Peignes de bois (combs of wood). .
Crin, poil (hair), ......
Raisins secs
Ceintures de laine, appelées, karazi.
Tackaout
Toisons nettoyées -
Chanvre et lin
par cantar id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
le 1,000.
par cantar par tête.
id.
id.
id.
la douzaine le 1,000.
le 100.
le 1,000.
par cantar
id.
le {00.
par cantar le 400, par cantar
id.
le 400.
par cantar
id.
id.
DoIL Odc ISO
SO
Le sultan se réserve d'établir des prohibitions de sortie, notamment sur les céréales ; mais en accordant les délais
ks nUiiîae. — Le pmDm woaiwxu pour les droits d' iscL cl UfA eusti se ïroture prmna par h fixjdîoB
Maîâ fl ae fat fass'cjjiguei h pc»lêe dece traitède 1857.
A côté 4e5 ffific^es de /m iradr , oo Toît 1 Angletem leecMuialire ks ■jr^mofries do falac^ da soufre, de ropîmii, dn kif . àc& sJHg^ifw, da plomb, do salpêtre, etc. En Tmîn le Chêrif s^engape à abofir toot oKMiopc^ des produits de l*agricollore , saof les CTirptioiis cooTenues article II', ; il prohibe les blés, les oqges, les laines et paralyse la Tente des
En ▼«€& dn Béaie tiailê jaitide Xn^ , le tarif est oniforme dans tous les ports de Tempire, tant poor les droits de douane fie pour ceux d'ancnge : tke artkksoftkis comttntkm $kaU he applûdMe ta ait tke paris tu the ewRpirt ofMcrùcco. C'est très-lfîen; mais pourquoi reconnaitreau gouTeroement marocain le droit de visite à bord des navires , lorsqu'il suppose qu'ils ont des marcbandisesde contrebande, soit à Tin^ portation, soit à l'exportation? Le commerce en est très-géné. Pourquoi aussi aggraver la pénalité qui frappait la contrelande ? Avant le traité ; il n'y avait dautre peine encourae que la perte de la marchandise ; et en vertu du traité (article XI V^, le contrebandier peut être condamné en outre a one amende égale au triple de la valeur des droits à payer pour les marchandises confisquées, si ces marchandises sont libres. S'agit- il d'articles monopolisés, l'amende peut s'éleler au triple de la valeur même des marchandises. Enfin, le contrebandier qui n'acquitte pas l'amende encourt la prison. N'est-ce pas acheter bien cher les concessions obtenues d'ailleurs ?
Huile .
Gommes.
Henné .
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Laine en suint
Peaux, peaux de mouton et de chèvre. . Peaux tannées^ dites filali, zaouani et
cochinea
Cornes
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Brebis.
Chèvres
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CEufs. . . , ,
Pantoufles
Dards de porc-épic
Ghasoul.
Plumes d*autruche
Paniers. . , . ' . . . . . .
Graine de Carraway.
Peignes de bois (combs of wood). .
Crin, poil (hair). ..... .
Raisins secs
Ceintures de laine, appelées, karazi.
Tackaout
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Chanvre et lin
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Le sultan se réserve d'établir des prohibitions notamment sur les céréales ; mais en accordant
de sortie, 1^ les délais tp
suffisants pour liquider les opérations commencées avant rétablissement de la prohibition. — Le pavillon anglais est assimilé au pavillon marocain pour les droits d'ancrage, de tonnage, et tout excès se trouve prévenu par la Gxation d an maximum.
Mais il ne faut pas s'exagérer la portée de ce traité de 1857.
A côté des principes de free trade , on voit TÂngleterre reconnaître les monopoles du tabac, du soufre, de Topium, du kif, des sangsues, du plomb, du salpêtre, etc. En vain le Chérif s'engage à abolir tout monopole des produits de Tagriculture , sauf les exceptions convenues (article II) ; il frohibe les blés, les orges, les laines et paralyse la vente des coirs.
En yertu du même traité (article XII), le tarif est uniforme dans tous les ports de Tempire, tant pour les droits de douane (f»e pour ceux d'ancrage : the articles ofthis convention shall 6e applicable to ail the ports in the empire ofMorocco. C'est (fès-bien; mais pourquoi reconnaître au gouvernement marocain le droit de visite à bord des navires , lorsqu'il suppose qu'ils ont des marchandises de contrebande, soit à l'importation, soit à l'exportation? Le commerceen est très-gôné. Pourquoi aussi aggraver la pénalité qui frappait la contrebande ? Avant le traité ; il n'y avait d'autre peine encourue que la perte de la marchandise ; et en vertu du traité (article XIV), le contrebandier peut être condamné en outre à (me amende égale au triple de la valeur des droits à payer pour les marchandises confisquées, si ces marchandises sont libres. S'agit-il d'articles monopolisés, l'amende peut s'élever au triple de la valeur même des marchandises. Enfin, le contrebandier qui n'acquitte pas l'amende encourt la prison. N'est-ce pas acheter bien cher les concessions obtenues d'ailleurs ?
Heureusement, le traité^ déclaré renouvelable après cinq ans, pose uii antécédent qui permet une amélioration progressive, en rapport avec ce que réclameront les circonstances et les besoins du commerce. H n'en est pas moins vrai que jusqu'à présent il n'a eu que de faibles résultats à l'avantage du commerce en général. La somme des échanges est toujours d'environ 25 millions; tandis que, sous Tempirede la civilisation,elle dépasse 200 millions en Algérie. Et cependant l'Algérie est moins riche que le Maroc ; sa population et son étendue sont moindres de moitié. Quoi de plus péremptoire en faveur de la réforme à obtenir du Chérif?
Il parait que dans les derniers mois de 1859 , Sidi Mohammed a enfin accueilli des protestations rejetées par son père avec une obstination incroyable. Nous ne sommes pas encore édifié sur sa conduite à cet égard , et il ne sera pas hors de propos d'envisager de près, sur quelques points des plus révoltants, le système d'Abd-er-Rahman.
Pour ne pas donner de pain aux roumis, aux cafres , aux ghiaburs , et sous prétexte d'en conserver- davantage pour ses amés et féaux sujets, il a prohibé depuis le mois de janvier 184-1 la sortie du blé , de l'orge et de la farine, que les Marocains vendaient par millions d'hectolitres. Puis les pacbas , persuadés que les agriculteurs regoi^eaient de céréales, ont multiplié les razzias, vidé le^ silos , les matamores, les paniers d'osier, les chambres closes où se conservent les grains ; et le fellah découragé , ne vendant plus rien et dans l'impossibilité de cacher ses moissons comme il recelait les douros d'Europe, le fellah n'a plus ensemencé, il s'est accroupi au bord du champ et il a dit : Mehtouh, c'était écrit ! Et le Maroc, de 1852 à 1856, a mendié du blé en Europe.
A la prohibition de la sortie de l'orge et du blé, nous de-
vons joindre celle qui pesait naguère sur les laines; car elle atteignit surtout l'industrie française , à laquelle elle enlèvait des matières, premières .et de première nécessité. Le Maroc en exportait dans ces derniers temps de 100 à 125,000 quintaux par an. Près des sept liuitiènies passaient en France à des maisons de Paris, de Marseille et de Lodève. Rien ne froissa autant nos intérêts dans la conduite du gouvernement marocain que le décret dont cet article important s'est trouvé frappé. On consignera ici quelques renseignements touchant ce produit précieux qu'il nous tarde l)ien de revok sur nos marchés.
Les laines du &Iaroc se distinguent d'abord en beldia et ourdighia. Les ourdigbia sont ainsi appelées du nom du pays qui les produit, et on l'étend généralement aux laines venant de la montagne. Les beldia , comme leur nom l'indique ^ sont les laines des troupeaux qui paissent dans les plaines voisines de la mer et.des ports dé sortie.
Les ourdighia sont toujours expédiées en sukit; car elles sont destinées aux tissus fins et perdraient de leur valeur à être lavées dans l'eau de mer, qui laisse un peu de sel dans les toisons et en ternit la blancheur. On les distingue en ourr dighia pures ou très-fines et en ourdighia ratba ou moins fines. Celles d'une qualité supérieure vont la plupart à Casablanca et soutiennent le renom du marché de Liverpool. Les plus belles viennent des Beni-Ahmeur. Celles d'une quaUté inférieure se rencontrent plutôt ïi Tétouan.
Les beldia, moins délicates que les ourdighia, s'expédient lavées. Elles comprennent les iedluvoiiia et les zairia^ ainsi nommées de Jedla et de Zaous, points situés aux deux extrémités du pays lanifère. Si elles proviennnent de la tonte do l'animal vivant, elles sont dites mabcnna., si elles sont spparécs des peaux après le lavage et simplement par lebat-
tage, on les nomme Ibattia; si elles en sont séparées par la chaux, aux tanneries, elles s'appellent deblaghia.
Quand ils réunissent ces laines en suint, les mârciiands les battent pour ep faire tomber le fumierqui emporte alors des morceaux cotonneux 5 on lave ces morceaux et Ton en retire la laine brisée dite berrotMiL Les laines msabbena ne sont autre chose que les beldia les pTus grossières et que Ton emploie aux étoffes les plus communes.
Les acheteurs marocains ne sont pas versés dans la connaissance des laines. Us perdaient beaucoup en les vendant mélangées sans distinction des qualités qui font leur mérite ou les déprécient.
On lie comprend pas qu'un gouvernement, même barbare, soit assez aveugle ou assez ennemi du bien général pour prendre une mesure aussi funeste que celle dont nous réclamons la suppression, non pas transitoire mais définitive. En 1856, l'Europe a payé jusqu'à 22 diicats le quintal de laine ; et bien qu'en 1854 la guerre d'Orient en ait fait baisser le prix, le Maroc retirait encore de s6n exportation des profits considérables. Au lieu de cela, qu'arriva-t-il? Les douats ont de grands troupeaux dont chaque tente possède un certain nombre de tètes. A la vente, les Marocains échangeaient la laine pour de l'argent comptant. Ils achètent pour une partie de cet argent du coton, du sucre, du thé, qu'ils aiment comme les Arabes d'Algérie le café. Au retour du marché, la joier et l'aisance régnaient dans la tribu. Grâce à la prohibition, la laine surabonde, et la production, qui excède de beaucoup la consommation, ne trouve pas d'écoulement. On offre au voisin de la laine dont il ne veut pas, car il est déjà embarrassé de celle qui pourrit sôus sa tente. Leurs petites accjuisitions faites , après I.1 vente des laines, les Marocains revenaient avec le surplus
- fii —
du bénéfice et ils avaient encore de quoi payer l'impôt.
L'argent, sans }a vente, leur manque ) la laine reste; mais l'impôt ne s'acquitte pas en laine. Us ont donc forcément recours à l'usurier, et les voilà placés entre lui et le pacha, comme entre l'enclume et le marteau.
Quel a doQC ici être ici le mobile. d'Abd-er-Rahman? Nous l'avons demandé à l'un des négociants français les plus intéressés dans la question, et nous avons' sous les yeux cette réponse : « Le gouvernement marocain a pris pour prétexte le renchérissement des laines dans son pays pour en prohiber la' sortie; mais aujourd'hui ce prétexte n'existe plus, attendu que les prix sont tombés au tiers de ce qu'ils étaient. L* Angleterre voyait avec jalousie le grand commerce que nous faisions avec le Maroc, Les sept huitièmes des laines, s'exportant en France. 11 y a, deux ans, nous en avions retiré plus de quatre millions de kilogrammes. Vous devez comprendre l'importance de ce commerce pour la France, et je suis tout porté à croire que le consul anglais doit conseiller au gouvernement marocain de maintenir cette prohibition, » H -suffit de livrer ces conjectures a l'attention des lecteurs. On annonce que Sidi-Mohammed a autorisé la sortie des laines.
Les peaux et les cuirs formaient encore une source de richesses pour le pays. Abd-er-Rahman a imaginé un moyen de la diminuer autant que possible. En 1852, il a donné Tordre de lui livrer à titre de contribution toutes les peaux et tous les cuirs; peaux de chèvre, de mouton, de bœuf, etc., toutes sont confisquées au profit du trésor. Le gouvernement conserva donc le monopole de cet article de commerce et il vendit fort cher soit aux tanneurs du pays, soit aux marchands étrangers, des peaux qui ne lui coàtaienî rien. Mais il résulta de cette odieuse confiscation que les
— 2)î — sujets furent pillés sans grand profit pour l'État ; car 1« nombre des peaux diminua ctr^gement. L'Arahe n'avait aucun intérêt à les co^iserver et à les ménager ; souvent elles arrivèrent entre les mains du sultan dans un tel état, que les marchands d'Europe lï'en voulaient plus ou n'en donnaient presque rien. Marseille açlietait annuellement pour 7 à 800,000 francs de peaux de chèvre à Mogador ; elle n'en tira pas pour 400,000 francs.
A la fin de 1858, Abd-er-Rahman, dJt-on, renonçant à son système de confiscation, le remplaça par un droit fi.\e, perçu en espèces sur les peaux de tous les'animauxabattus. Reste à savoir quel est ce droit et si le commerce a tiré de cette modification de notables avantages. Les renseignements nous manquent à cet égard.
Commerce avec l'Algérk et l'Afrique intérieure. — Dans les premières années de notre établissement en Algérie, toute importation était protiibée par la frontière de Maroc, comme par celle de Tunis. Un décret du 1 1 adât 1853 a déclaré admissibles dans nos possessions, par terre comme par mer, les produits originaires des dei(X pays limitrophes. On échelonna donc des bureaux et brigades de douane pour la surveillance et la perception des droits à la frontière marocaine, l^s taxes ctaienl si fortes que l'échange fut presque nul, du moins le commerce ne s'effectua guère que par contrebande. Un décret du 7 septembre 18o6 révisa tes tarifs ; les produits naturels ou fabriqués d'origine africaine, importés en Algérie par terre, n'ont plus à acquitter que la moitié des droits précédemment exigibles à l'imporlatioa par mer, à la frontière de Tunis , et le quart seulement de ces mêmes droits à lu rionlioro de Maroc.
Cependuit^le mainlieD de ces droi^^ucis suggère en- J>Algéric, les
observations suivantes : « Nemours, Lalla-Maghnia, Seb* dbu, Tlemcen, sont dotés de bureaux où le tarif est le ■Kriodre des ennuis. Les formalités à' remplir par des étranjns, ignorants de notre langue et de nos habitudes admi- BBtratives, exigent des interprètes qui rançonnent ces malieureax à des taux criants. Une multitude de petites charges ibeesBoires aggravent la taxe principale et irritent le maître Ja la caravane, qui se promet bien de ne plus^s'y laisser jraiidre. Pendant des siècles, d'impérieusesnécessités comterciales conduisirent les marchands d'Oudjda, Taza, Fez, fipHg, Tafilet, à Tlemcen que son admirable position féographique avait faite la capitale d'un royaume. Une cafitaie peuplée de cent mille âmes. Les convenances du pèkrinàge religieux pro1ongeai€int le courant des voyageurs à Invers toute la régence d'Alger, qui recueillait les bénéflees d'un transit important de personnes et de marchan- Ifaes. Quand ces voies commerciales et religieuses, coupées fMT la guerre, se rouvrirent avec la paix, la douane s'empressa d'y mettre ordre, parla prohibition d'abord, puis par èes tarifs. Au début , la puissance des habitudes . procura d'assez belles perceptions, at l'on crut à un succès. D'année SB année les recettes baissèrent ; aujourd'hui, la douane ne Ut plus ses frais, tant le commerce du Maroc fuit de jour CD jour un pays inhospitalier. Gomment une administration^ qui ne manque certes pas d'intelligenôe, a-t-ellé eu l'idée, tÎMrt bizarre ce semble, d'échelonner des douaniers sur une longue ligne de désert, tant au Maroc que du côtê^ de la Tuaine et jusqu'au seuil du Sahara. Elle a voulu complaire à fibdustrie française dont les calicots ne pourraient, disaiton, soutenir la concurrence de l'Angleterre, si celle-ci pounit impunément arriver à nos frontière de terre. En vérité^ une industrie mériterait-elle des faveurs, lorsque, ne lui
sui&sent pas la protection dés frais de transport à travers cent lieues de pays et les taxes douanières de Maroc, de Tunis, de Tripoli ? Ou plutM peut-on bien prendre au sérieux une telle prétention d'impuissance P Quel que pût être le dommage, les marchandises d'origine africaine n'y sont pour rien, et elles devraient circuler librement de leur pays d'origine en Algérie et par l'Algérie en Francer. Et quant aux marchandises anglaises, leur concurrence accuse surtout l'état des routes de l'Algérie (1). »
En 1844, il avait été question d'accorder i l'importation de grandes franchises par la frontière algérienne, mais Abd-er-Rahman se souvint que ce serait ouvrir du même coup les ports de mer aux marchandises espagnoles et anglaises, attendu que par les traités l'Angleterre et l'Espagne ont les mêmes droits que les nations les plus favorisées. A quoi bon compromettre le revenu de ses douanes de mer, en. accordant en droit à la France ce dont il est facile dé lui donner la jouissance en fait, par l'absence de surveillance i la frontière de la Moulouïa?
L'exportation des produits marocains dans la province d'Oran se fait principalement par Fez, Taza et Oudjda^ Fez fabriquant les objets convenables pour le marché de l'Algérie. Ce mouvement commercial doit s'élever à un chiffre qui n'est pas méprisable, bien que trè^-inférieur à celui que l'on seraiten droit d'attendre. La caravane d'automne, composée, en 18S8, de 450 bêtes de charge, valait plus de 300,000 francs; car chaque bête, en la supposant chargée de babouches, c'est-à-dire de l'article à meilleur marché, portait au minimum 750 francs, représenté par trois cents
(0 La question du Maroc , ^r M. Duval. lievue des Deux^Mondts, 45 décembre 4^59.
— fié -
paires de babouches. — Les autres articles sont les halks en soie pure; soie et laine; laine et coton; soie^ laine et coton.
Les foulards de soie pure; de soie^ or et argent.
Les tissus de -soie et or, dont, les juives s'enveloppent la tète et qu'elles nomment oukaia au Maroc et en Algérie.
La soie à coudre, floche et teinte de diverses couleurs pour les Arabes.
Les ceintures en 8oie,jsoie^et or, ox et argent, soie' et laine, laine et coton.
Les cordons en soie pour soutenir les yatagans, cordons soie et laine, ou laine pure pour les Arabes pauvres.
Tissus de coton, dits foutù de Fez, pour négresses et pour mauresques à l'intérieur des maisons.
Tapis en pure laine.
Beaucoup de bracelets de mains et de pieds, debaleche et kholkhalj çtt or et en argent.
L'argent vient des piastres à colonnes, et Tor, du Soudan : cet or est plus fin que celui des bijoux d'Europe.
Les poteries de Fez.
Les azulejos ou xelaidj^ carreaux de faïence peinte;
Les parfums, entre autres le bois de santal^ dit âoud-eikomari et qui en brûlant répand une odeur semblable aux parfums mélangés du mu3C, du citron et de la rose.
Des gommes odoriférantes ou encens.
Le takahout, teinture noire de Tafilet, provenant d'une gale de la mimosa.
La terre saponaire ou ghaçoul\ on l'envoie par mer au nalnrcl; il serait trop lourd en cet état pour la caravane; on le purifie donc et on le lave à l'eau de rose.
Le koheul ou antimoine pour noircir les cils et animer lœil.
Le henné, qui sert à la teinture et i la toilette.
Des habillements confectionnés en drap, que l'on passe en partie par contrebande.
Nos relations commerciales avec le Maroc, parla fron-
tîère de la province d'Oran, ne sont donc pas sans importance. Elles s'accroîtront sensiblement, du jour où les réformes que nous souhaitons viendraient à se réaliser. Peu a peu, elles reprendraient, puis dépasseraient le niveau qu'elles avaient atteint avec la régence d'Alger et le royaume de Tlemcen, lorsque la grande caravane de Fez dirigeait les pèlerins du Magreb à la Mekke, par le littoral de la Méditerranée. Notre conquête et la facilité des transports "par mer du Maroc en Egypte ont désorganisé cette caravane, qui se ramifiait dans la régence d'Alger, pour y îaire plus avantageusement l'échange de ses marchandises contre des provisions de bouche, des bètes de charge ou de l'argent, et. convergeait ensuite sur Tunis, par Constantine ouBiskra, pour continuer sa marche vers Tripoli et le Grand Caire.
Les relations par caravanes se maintiennent encore avec l'intérieur de l'Afrique, avec Tombouclou et le Soudan, les grandes tribus du Beled-Mouselmin et des Aribs, les Touaregs et la Nigritie ou la Guinée, Beled-el-Gnaoua, selon les dénominations usitées aujourd'hui au Maroc.
L'étendue de ces rapports commerciaux, leur régularité et leur ancienneté justifient l'idée que nous avons rapidement énoncée au commencement de ce travail^ en disant que le Maroc est pour l'Europe la principale porte de l'Afrique centrale, porte fermée par la barbarie musulmane et qu'il s'agit d'ouvrir. On conçoit très-bien les avantages qu'il possède sur tout le reste de la Barbarie pour pénétrer au pays des noirs.
Dans l'Algérie, les régences de Tunis et de Tripoli, la limite du Tel s'avance beaucoup moins vers le sud; elle est
bien plus éloignée, de Tomboucf ou que la partie méridionale du Maroc. Le Fezzan se développe^ il est vrai, plus au sud que le Sous et le Tafilet; mais d'abord il est lui-même difBcile i atteindre pour les caravanes du Nord qui doivent traverser le^Djerid- tripolitain; ensuite la région dont il fait partie n'est point comparable au Maroc pour la richesse et la convenance des produits que demande le Soudan. Et enfin, serait-il dans des conditions aussi favorables que le Maroc, ri ne se rattacherait encore qu'au Soudan oriental, et laisserait au couchant un assez vaste champ pour l'écoulement des produits marocains ^t le commerce d'échange. Grâce au Maroc, l'Afrique intérieure à pu se passer de l'Algérie et renoncer aux anciens marchés de la Régence. Elle s'est restreinte aux routes bifurquées vers Ghadamès et le Sous-el-Acsa. Mais supposez ce dernier entre les mains des Européens, il semble qu'aucune évolution ne pourrait dispenser l'Afrique intérieure de nouer des relations directes avec nous.
En conséquence d'informations prises auprèsde personnes intéressées dans le commerce du Soudan et en rapport avec des marchands qui ont suivi des caravanes, nous donnerons quelques détails sur ces expéditions commerciales dont nous avons tant de peine à suivre la mardie, auxquelles nous avons plus de peine encore à nous associer et qu'il serait si désirable d'attirer à nous. Ce n'est pas seulement l'intérêt matériel qui nous anime, mais les aspirations plus hautes du sentiment religieux et de l'amour de la science. Par ces expéditions, l'islamisme a conquis, depuis peu, des millions de sectateurs, et, mourant près de nous, il renaît tous les jours en se propageant dans les profondeurs de l'Afrique centrale où il s'infiltre avec le commerce. Le christianisme devra, là aussi, dans un siècle à venir, compter avec lui.
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Les marchandises apportées par ces caravanes, dont le voyage n'est qu^une foire ambulante, et qui déballent à cha^ que station importante, se troquent çà et là contre des gommes, des nègres, de la poudre d'or, des pitimes et des œufs d'autruche, de l'ivoire (l),du séné etdesdrogues, delà bijouterie en or de Nigritie, de la cire, des méharis^ et quelques tissus qui ressemblent fort aux anciennes guipures où le fil s'enroule autour de fines lanières de parchemin. Mais l'authenticité de ces tissus parait suspecte. Lessalz d'étofie noire dont les femmes ornent leur tête viennent plus sûrelAent du pays des nègres. .
Reprenons 4)uelques-uns de ces articles. Les gommes importées au Maroc par les caravanes sont une espèce de gomme adragante et la gomme blanche du Sénégal. La poudre d'or arrive par quantités considérables ; mais une bonne partie s'introduit en contrebande, parce que le gouvernement s'en empare et ne la paye pas à sa valeur. Le marchand y perd environ 15 p. 100. Les feuilles de séné, dites mcAaran^ proviennent de plusieurs espèces de casse, et sont un purgatif estimé des Arabes. Mais depuis que le purmî désigné sous le nom de médecine noire n'a plus autant de cours en Europe, le séné, qui y entrait pour une certaine dose, n'est plus recherché. Beaucoup, d'autres drogues abandonnées j)ar l'Europe ont gardé leur valeur en Afrique et sont un objet de commerce pour les caravanes. Les bézoards, par exemple, dont le crédit si extraordinaire autrefois est nul maintenant, font encore des miracles au Maroc. Qui lient en sa possession un Jjézoard, brave les poisons et mille maladies. Aussi cette concrétion se vend fort cher. Le bézoard de girafe coûte au moins 300 francs l'once.
(4) Lei éléphants ont disparu du nord de TAfrique.