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Les bijoux d'or du Soudan et du Bled el Gnaoua ne s'arrêtent pas tous en Afrique ; il en passe en Europe et même en Orient : ce sont des anneaux, des bracelets, etc. La personne qui me donnait ce détail en expédiait alors même pour une somme de 6,000 francs à Livoume.
Régulièrement le bénéfice des caravanes se calcule à quatre cents pour cent. Le chameau qui part avec ISO francs doit revenir avec 600 francs. C'est un énorme gain ; mais au prix de quelles fatigues, de quels dangers, de quelles privations n'est-il pas obtenu ! .
L'empereur ne s'occupe des caravanes que pour percevoir à la sortie 25 francs par chameau chargé de marchandises. A l'importation , il s'adjuge le vingtième sur les esclaves et le dixième sur les marchandises d'une autre nature.
Pour terminer cette note sur les caravanes, observons que le Maroc mérite d'être apprécié, non-seulement par ses richesses propres, mais'^encore sous le rapport du transit pour notre commerce. Et quoiqu'on y importe par les régions sahariennes des articles qui n'ont P<^ ^^^ grande valeur chez nous, il en est assez d'autres que nous pouvons désirer et envier. N'oublions pas- que le Sénégal noua appartient et ne perdons pas de vue que les caravanes de l'Oued-Noun s'y rendent en un mois, sous la conduite des Tajakkants et des Ida, qui peuplent le Sahara occidental. Pourquoi ne pas viser à la réalisation d'un grand plan qui réunirait dans nos mains les fils des relations commerciales entre les divers points de cette corne de l'Afrique? Il ne faut pas trop se hâter sans doute ; mais il faut prévoir et agir.
Les enclaves sont un des principaux articles d'importation par les caravanes. Il semble utile de le suivre à destination : c'e3t une étude de mœurs qui toubhe à des questions
fort débattues en ce moment. L'introduction des esclaves noirs au Maroc a sensiblement diminué depuis quelques années. Cela tient sans doute à un état de paix au sein de TAfrique centrale, plutôt qu'à l'influence des missionnaires abolitionistes encore peu avancés dans leur entreprise. Les causes ^ui multiplient les esclaves et en abaissent le prix sont d'ailleurs nombreuses ^t variables. Quoi qu'il en soit de celles qui régnent aujourd'hui, le nombre des esclaves importés au Magreb né s'élève guère qu'à trois mille par an ; il y a trois ans, il a monté accidentellement beaucoup plus haut. Sur la quantité, une partie meurt de la nostalgie en peu de temps, et le reste dispersé dans l'empire n'en augr mente que d'une manière insignifiante la population, soumise d'autre part à bien des causes, d'amoindrissement.
On importe de préférence les jeunes nègres et surtout les jeunes négresses de huit à dix ans. L'empereur à l'arrivée au Maroc retient pour lui un esclave sur vingt. De plus, il achète le premier cet article et il en fixe arbitrairement le prix. Afin de ne pas subir les conséquences naturelles de cette dernière mesure qui tend à déprécier les esclaves, le marchand ne les met pas Immédiatement en vente. Il consacre quelque temps à les engraisser, à leur apprendre les mots arabes ou berbers les plus usuels. Il ne les maltraite pas; il combat au contraire parles bons procédés la nostalgie et les autres maladies déterminées par l'amour de la famille et de la patrie absentes, par le changement de régime et de climat. D abord tristes et abattus, les esclaves acceptent pleinement ensuite leur condition nouvelle et ils embrassent sans difficulté le mahométisme, sauf à y mêler toutes les superstitions imaginables. Un des moyens les plus efficaces que l'on emploie pour les guérir du mal du pays, c'est la musique. Quelle musique, juste ciel ! Mais on ne dispute pas des
goûts, et de tous les sens Toreille est celui qui a le plus besoin d'éducation. Vite donc! les senoud/on castagnettes de fbr, la (jfialta ou le hautbois, plus perçant qu'une clarinette d'aveugle, le guemeri ou guitare à deux cohles, le rebab ou violon également à deux cordes, les thabl enfin ou tambours do toutes dimensions. Plus le tapage est infernal^ mieux la figure du çauvage s'épanouit. Souvent néanmoins la nature est plus forte que l'art et l'on voit une preuve de cette parole de l'Écriture : « Mu$ka in luetu importuna narratio, la musique aux gens en deuil est comme un discoqrs à contre-temps. » Peut-être la bienfaisante influence delà musique sur lés jeunes noirs amenés en esclavage leur inspiret-ëlle une sorte de reconnaissance instinctive et la vocation ai'tistiqùe à laquelle un si grand nombre d'entre eux se vouent dans la suite.
Un peu d'éducation donne 1)eaucoup plus de valeur a l'esclave.
Le garçon de huit ou dix ans qui arrive, ne sachant rien et soumis aux chances multipliées de maladie et de mort, ne se vend guère qu'une quinzaine de ducats ou une trentaine de francs. Les filles coûtent le double. Dans les mêmes conditions, un homme de vingt à vingt-cinq ans est estime de 60 à 70 ducats. Une femme de dix-huit à vingt ans vaut de 70 à 80 ducats. Elle s'achète plus cher si elle n'a point encore accouché. Les négresses introduites au Maroc depuis un certain temps, qui savent parler un peu et faire quelque chose, valent jusqu'à 200 ducats. Mais lé nègre estimé 120 ducats est un esclave de choix. Les vieux valent 50, 60 francs ou davantage, Selon le parti que l'acquéreur en peut encore tirer.
Les principaux marchés d'esclaves sont à Maroc, à Fçz et à Mogador. Mais on en vend à renchère dans toutes les
villes. Un crieûr précède l'esclave en disant : mamelouk ! mamelouk ! Un amateur se présente , il pgut inspecter l'esclave. Toutefois, selon Sidî Khelil, « Tachetcur serait blâmable de découvrir la poitrine ou les jambes de celui qu'il marchande. » Si donc il a des doutes sur ce qui est caché, on entre dans une maison. Le nègre est parfaitement indifférent sur tout cela ; car si l'oncle Tom n'existe pas en Amérique, il existe encore moins en Afrique.
Généralement l'esclave sert à la maison ; rarement comme fellah. Les usages et la loi musulmane rendent son sort assez doux, n est' regrettable que les esclaves chrétiens n'aient pas joui du bénéfice de cette législation et qu'à titre de mécréants ils soient restés à ladiscrétion du maître. A sa mort, un propriétaire donne souvent la Uberté à son esclaver pour accomplir une œuvre pie. Celui-ci marche en tête du convoi funèbre ; il porte à la main un roseau en travers duquel est placée la lettre d'affranchissement. Cette pièce, d'ordinaire, contient en outre un legs qui lui permet de vivre en attendant qu'il ait trouvé le moyen de pourvoir à sa subsistance. Ou bien la famille du défunt vient en aide à l'affranchi, et celui-ci continue à donner le titre de mou(^, maître, seigneur, aux membres q\ii la composent.
M. Grâbérg de Hemsô a été indqit en erreur, lorsqu'il a cru ([ue Moulé Soliman avait aboli l'esclavage dans l'empire et déclaré qu'en mettant le pied sur son territoire tout esclave devenait libre (1);