‹ Description et histoire du MarocChapitre 38 sur 50 · LES CHRÉT1L\S SOIS LES ALSOSAVIDES · texte numérisé non relu

LES CHRÉT1L\S SOIS LES ALSOSAVIDES

Quoiqu'on ne puisse préciser jusqu'à quel point la réunion de l'Afrique et de l'Espagne sous la mi^me aulorilé almoravide favorisa rimniigration des chréliens de la péninsule sur le territoire africain, ce fait, on W comprend, s'accomplissait sans beaucoup de peine, ([u'il fût conseillé ou commandé, soit par la disette d'un côté du détroit, soit par les suites de la guerre, par la volonté des princes ou par d'autres causes. Il se produit parfois d'une manière notoire.

et Ton peut à peine considérer ce déplacement comme un

exil.

AU ebn-You8souf, dont la résidence iut habituellement à MaroCy s'^Tiropnait complaisamment de chrétiens. Il leur confiait de hauts emplois et les rapproclint le plus de sa personne (1). tJne telle confiance et ime' telle sympathie s'expliquent : réiliiir:kvait pour mère une dirétienne, Romaica, et une garde d'étrangers l'exposait moins au péril des conjurations.

En 1435, les Mozarabes ou chrétiens mêlés aux Arabes d'Andalousie, espérant mettre i profit la rivalité des Almoravides et des Almohades, déterminèrent Alphonse V^ d'Aragon à envahir le territoire de Grenade. Après cette expédition, les Almoravides transportèrent en Afrique les Mozarabes qui n'avaient pas suivi Alphonse dans sa retraite. Les mauvais traitements et les fatigues ont sans doute causé la mort d'une partie de ces chrétiens; mais d'autres ont survécu et sont restés au lieu de leur exil. Plus tard, au un' siècle, on verra s'établir au Maroc des missions et un evôché qui ne seront plus un mystère. Les derniers Almoravides eurent môme, avant les Almohades, des milices clirKicnncs sous leurs ordres, comme on le remar([uera tout à I lieure, dans la lutte d'Abd-el-Moumen contre Tachfin eln-Ali, entre la Moulouïa, Tlemeen et Oran. Ces milices provenaient sans doute des communautés chrétiennes mozarabes, plus encore que des aventuriers abordant en Afrique, a la faveur des établissements de commerce fondés princi-

(I; Hali dilcxit cos (christianos) super omncs homines oricntalis c'-ntis suœ. Nam quosdam fecit cubicularios sccreli sui, quosdam verô oillcnarios et quingenlarios cl ccutcnarios, qui prscranl militise rcgni iui. {Chron. Adelfonsi Imp., p. 360. Florci, t. XXI.)

paiement pir les^iépublkiaes itafiennes et les Catalans sur plusieurs points du littotal.

jikucun document historique ne nous autorise à dira (jue les évéqœs dont il est fut mention en Afrique au xi* siècle étendaient leur juridiction ou exerçaient leur ministère jusque sur le Ihgreb-él-Acsa. Le pape saint LéSn IX témoigne qi^'il en restait encore cinq en 1(^ ; mais les bits qui se révèlent à cette époque semblent n'avoir' pour théâtre que la région de Carthage (1). Il en est de même de ceux qui

appartiennent au pontificat de saint Grégoire Yff. L'Afrique alors n'ayant plus que deux évéques , il était impossible à Servandus, élu à Tévèché dWppone , de recevoir dans ce pays la consécration épiscopale suivant les formes canoniques. 11 fut envoyé i Rome pour y être sacré par le pape ; mais les lettres écrites par saint Grégoire à cette occasion se taisent sur la situation de FAfrique occidentale (2),

Au temps des Almoravides se rapporte la conversion du rabbin juif Samuel de Maroc au christianisme. Cet apologiste de la religion de Jésus-Christ porte communément le surnom que Ton vient délire : Samuel M arrochUanus. 11 est né à Fez et occupa un rang distingué dans la synagogue de Sidjelniessa , comme le suppose le titre de son livre De adtentu[3lessiœ quem JudiJti temere exspectant, imprimé en loâ3. 11 y est qualitiê Magisfer synagogœ quœ est in SubjulmetUa. in regno JUarockiano.

Cet ouvrage, destiné a montrer l'accomplissement des pn^phêties messianiques dans la personne de Jésus-Christ

1.1 ^ NuQC à tuA fraterniUte, dit saint Léon i Têvéque Thomas, audimus quicque vii episcop*» supewsso ^zi îoti .KÎric^.^Patrologic, tome CXUII. col. 7tS.>

«4 Fatroio^. tomeCXLVllK co!. 450.

dénote une connaissance remarquable de la Bible et du Coran. D fut traduit poiu* la première fois de Tarabe en latin en 1339, à Paris, par le dominicain Alphonse Bonhomme. Samuel se convertit à Tolède en 1085, Tannée même où Alphonse VI fit la conquête de cette ville (1).

Rien jusque aujourd'hui ne nous éclaire suffisamment sur rétat des chrétiens au Magreb-el-Acsa pendant le règne des \lmoravides. fieurs communications avec l'Europe sont inconnues ou insaisissables. Nul peuple baptisé ne leur donnait la main ; le roi de Castille n'avait fait qu'une promenade en barque dans les eaux du détroit (2), et le bruit de l'attaque dirigée par les Génois, en 1115, sur les Baléares, soumises aux Almoravides, fût-il arrivé jusqu'à eux, il n'aurait pas retenti comme signal d'affranchissement ou présage d'une utile protection. Le temps n'était pas éloigné cependant 6ù la papauté réchaufferait sous son aile ces enfants infortunés de la grande famille chrétienne.

(1) L'ouvrage de Samuel est iuséré dans la Patrologie de Migne. (t) «Ali eu la playadel mar hizo labrar una barquilla de que se valiô para pesear alli, como para cufnplir un voto.» (Gonde^liv. III^ c. 29.)

CBIiniE T.

L» fiêbes «isaCtfs pocmal gnkr ici k lecteur :

J.-C: Hégire.

ttvt 4Tk»>ToaBat, le MdUL . . . Il» =5»

AiétMKnt «riM-<^)kajKa.. ... 1130 = 5ii

iêclin et in ieixLesiBn»mefit ie Teni*

pû« 4Im.^èJrie 1212 =609

CamméncoDfSBi de !i hitte i^rec le$ Men-

nides. IÎI6— 7 = 613

Prâe de Fes par les Mêriaides. . . • I24S— 50 = 646— "! Prise de Mahx et triomphe dêdnitif des

Mérimdes. 1269 = 668

Aboa-Zekeria; l'uo des BeuHRif;^ qui se

succédaient ta ^^uT^mement de llfiri-

kia^ sous l'autorité de» AloMbades, se

déclare indépendant , et commence la

dmastie des Uialifes Almcliades-HaC-

J.-C. Hég.

sides^ dont les Merinides reconnaissent

d*abord la suzeraineté 43^— 9 =: 6S6

aghmoracen ebn-Zian^ gouverneur de Tlemcen^ pour les Almohades^ se déclare indépendant et fonde la dynastie des Beni-Zian ou Abd-el-Ouadites^ ri- Taie de celle des Merinides 4235 — 9 = 633

Voici en outre Tordre de succession des Almohades, selon le tableau dressé par M. de Slane :

J.-C. Bég.

M)d-el-Moumen 4128 =522

Abou-Yacoub Youssouf^filsd'Abd-el-Mou-

men 4430 =624

Abou-Youssouf Yacoub-el-Mansour^ fils

d'Abd-el-Moumen 4463 =558

Mohammed-en-Nacer^filsd'Ël-Mansour. . i484 = 580

Youssouf-el-Monstancer, fils d*Ën-Nacer. H 99 = 595 Abd-eWuahed-el-Makhlonê, fils d'Yous-

souf. ,424 4 = 614

El-Adel, fils tf El-Mansour 4224 =620

Yahia, fils d'En-Nacer. ...... 4224 =621.

Akou-'l-Alâ-Idris-el-Mamoun , fils d'El-

Blansour 4227 =624

Abd^l-Ouahed er-Rechid, fils d'El-Ma-

œoun. 4228—9 = 626

Ali es-Saïd, fils d*EI-Maimoun . ... 4232 =630 Omar el-Morteda, arrière-petit-fils d'ALd-

el-Moumen 4242 =640

Abou-'JAlà-Abou-Debbous, arrière-petitfils d' A bd-el-Moumen . 1266—9 = 665—8

— 3i2 — § i«r. - LES ALNOHADIS, JUSQITA U BATAILLE DES HATAS DE

La nombreuse et puissante tribu des Masmouda vivait i temps immémorial dans les plus hautes montagnes de 1% las, au sud de Maroc. Au début de Tinvasion musulmanflj elle avait opposé aux Arabes une vigoureuse résistance, il son caractère était demeuré indomptable, même après Tas ceptation du Coran. Aussi était-ce pour la contenir, que 11 Almoravides avaient fondé le camp et la ville de Maroc. " Masmouda ne pouvaient voir d'un bon œil un établ qui menaçait leur indépendance, et il est naturel quele vement révolutionnaire, sous lequei iCS Almoravidesont flrij combé, soit sorti de leur sein. Cette révolution s'opère fli| déplacer autant que les précédentes les masses de poprii tion berbère, parce que les Masmouda fixèrent dans ki pays même le centre de l'empire almohade, qui absorbait deuxMagreb,rifrikia et le midi de l'Espagne.

Sous le règne de Talmoravide Ali ebn-Youssouf, Mollir med ebn-Toumert , fondateur de la secte des Almohade^ commence ses prédications.

Né dans une tribu masmoudienne, il avait fait, jeune »■ core, le pèlerinage de la Mekke, visité Baghdad et amassédM trésors de science dans ses relations avec de célèbres docteurs. Il en reçut Taustère principe d'après lequel les do^ trines primitives de l'islam doivent être admises sansaucflil controverse de la raison.

Il revenait d'Orient par le nord de l'Afrique, en prèditfif au péril même de sa vie, la pureté de la foi et la réformedai mœurs, lorsqu'ilreftcontra, prèsde Bougie, un jeune hommfi Abd-el-Moumen, dont il fit un disciple et qu'il attacha à «■

ibd-el-Moumen était d'une famille distinguée de àteau situé sur une montagne non loin des emle la Tafna; d'autres le disent né d'un pauvre ricant de soufflets de forge.* Il avait étudié à se rendait en Orient, lorsqu'il associa sa desle d'Ebn-Toumert. Suivant une autre version, pies de Tlemcen l'avaient envoyé directement leur, dont la renommée leur était déjà parvenue, nander communication de ses lumières, imert traversa l'Ouanséris et Tlemcen en se renlinez. Ses prédications lui attirèrent de mauvais

de la part du peuple de cette dernière ville. 3 laissa point ébranler, car, se rendant à Maroc, ace de faire des remontrances i Ali-ebn-Yousme et de blâmer en face et publiquement Soura, '^mir, parce que, selon l'usage des femmes almoe paraissait dans les rues le visage découvert, ence de légistes, le réformateur les confondit par n ; mais il passa ensuite à Aghmat pour éviter uites. Il n'y trouva pas un meilleur accueil et dut ans les montagnes des Masmouda, où son crédit

de jour en jour. Il bâtit une zaouia au milieu de ( Hergha, dont il était originaire, et il se livra (de piété et à l'enseignement (1121 -22=515). ires préparèrent les esprits à le recevoir comme i réformateur de l'islam et restaurateur de l'Unité, ir les prophéties musulmanes. Il se fabriqua de le généalogie, qui rattachait sa famille à Ali et à it le Mehdi doit descendre, comme on l'a vu prét. Lie moment venu, il demanda aux tribus mas7 s , Hergha , Hentata , Tinmal ou Tinmelel, etc., mir, lui et la doctrine qu'il leur avait enseignée

dans de siTUits tnilés composés en boiière. 0 reçut àm pfaisîeais ébfds le serment de fidélité^ nomma ses partimiu El'Mamhaeim^ oo Afanohades, c'est-i-dire Unitaires, et il fiit prodamé le MAài^ oo le Dirigé, titre réservé an res« taoratear attendo, sdon les prophéties.

La doctrine almobade, qo'fl avait apprise en Orient, es( crile de la secte des Acliarites oo Adiariens, disdples d'AbooI-Hassan d-Acliari. Ds ense^nent que les attributs de Ken sont distincts de son essence , que la foi saove le musofanan peot-étre de tonte peine, mab cartainement de b damnation étemdle, mèmesHmeort enétatdepédié;qoe llionmie est entre les mains de Dieu comme un instrameBt qui ne peut agir de lui-même, de telle swte qu'S est difficile d'assigner la part de lliomme dans les actes humains (1). Le Mdidi ex^iquait en outre dans un sens allégorique oe^ tains passages du Coran, moyen sdon hn indiqpoisable pour ne pas tomber dans les «reurs anthropomorphistes. Lamoraie, qui du reste n'était pas fondée logiquement sur te dogme^ pas {dus qu'elle ne l'est en général dans l'islamisme, condamnait séTerement certains abus, comme Tusage du vin et le plaisir de la musique.

Ebn-Toumert remporta une première victoire vers l'an 1 ISS - 23=51 6 « contre le gouverneur aimoravide du Sous, qui était venu Tattaquer. Fixé ensuite dans la montagne de Tinmal , il força des tribus masmoudiennes récalcitrantes i se ranser sous sa loi. Pour se débarrasser des dissidents qull pouvait craindre, il usa de subterfuge, les fil déclarer condamnés de Dieu par un de ses affidés qui simula une révélation, et ces malheureux furent immolés dans un massacre qu*Ebn-Toumert appela le Triage. Prenant alors Tof-

(U Sahr«. hUrvémi. éktkehÊTféH €arm, tiad. SoWet, p. 344.

fenaive contre les Lemtouna, a la tète de 40,000 fantassins et 400 cavaliers, il battit deux fois les Almoravides et les repoussa dans Maroc. Âbd-el-Moumen se couvrit de gloire sur le champ de bataille. Le Mehdi mourut en 1128=522 après lui avoir légué le souverain pouvoir ; mais on cacha pendant trois ans une mort qui pouvait éitre un sujet de division ; et lorsque les chefs dévoués des Almohades furent certains que ce péril était conjuré, ils proclamèrent Abdel-Moumen, qui gouverna dès lors en son propre nom (1130=824).

n réduisit sous son autorité le Dràa (1132=527), puis le Guezzoula, où il mil en fuite Tachfin,fils de Témir Ali ebn- Youssouf (1138 — 30=533); en 534, il se dirigea de Tinmal, par les montagnes boisées, vers le Rif, tandis que l'armée almoravide le suivait parallèlement dans la plaine, et il parvint àCeuta qui lui opposa vainement une résistance vigoureuse. Ses troupes grossissaient en nombre durant cette marche triomphante, et Tachfin , devenu émir par la mort de son père, voyait sa puissance diminuer et se démembrer des deux côtés du détroit. Du Rif, Abd-el-Moumen descendit sur les rives de la Mouloula et il se trouva en face de Tachfin, entre Oran etTlemcen. L'almoravide avait reçu des renforts du prince hammadite de Bougie, Yahia Ebn-el- Asiz. Mais Abd-el-Moumen tailla en pièces Tarmée de son rival et le général bougiote Taher ebn-Kebab.

Un corps de milices chrétiennes, envoyé sous les ordres d'Ez-Zobortéir contre les Beni-Snous, fut anéanti par les Almohades (1). Ils se retournèrent encore avec succès contre les troupes hammadites, qui battirent en retraite sur Bougie.

Après avoir livré plusieurs assauts infructueux à Tlem-

(0 Voir au sujet des milices chrélienues^ page 347.

cc% où Tachfin s'étail léfogié. Abd-et-Momnen, i la tète de plus de 100,000 bommes, ÎDircstit Oran. Son iml réosâl i y pénétrer pour diriger lai-mtaie la défense. L'afanoraTide vsmi pris soin d'euToyer i Maroc son fk Ibrahim, qui loi succéda^ el d appder sa floile a Oran. Dix narires armrmnt en effet d'Almeria. Tadifin résista plusîeors mois, et ensuite roulant fuir d*une rille qu'il désespérait de saurer, fl périt en tombant dans un prédpice voisin de la citadelle arec sa jument bien-aimée et sa femme Aziza, qu'il emmenait en croupe. Les cadavres furent trouvés au bord de la mer ; on coupa la tète de Tachfin et, promenée a travers les montagnes jusqu'à Tinmal, elle annonça partout que c en était bit des Almoravides ^li 45=539).

Sbitre de Tlemcm et d*Oran, Abd-el-Moumen, qui avait reçu les hommages de Sidjelmessa^ tourna ses armes contre Fer, laissée sur sa gauche dans sa oiarchede Tinmal vers le détroit, n commença le siège de cette ville, et en laissa fat conduite 4un de ses lieutenants pour se porter de sa persomie contre Méquinez. Bientôt il revint installer un gouverneur a Fez, où les assiégeants a^-aient pénétré ; puis il se dirigea sur Maroc pour y écraser les débris des Aimora>ides.

Il fit la route par Salé qu*il occupa sans beaucoup de résistance. Au printemps de 1146-47=541, il prit Maroc d*assaut, après un siège épouvantable. Les assiégés, réduits presque à l'état de squelettes, mangèrent les cadavres de leurs semblables et périrent au nombre de 200,000, si Ton en croit des historiens musulmans, par suite des maladies qu'engendrèrent des aliments contre nature. Isak, successeur d'Ibrahim, son neveu^ fut massacré ainsi que tous les membres de la famille almoravide.

Suivant une autre version sur la prise de Maroc, les chrétiens andalous qui sentaient dans la cavalerie almoravide,

voyant l'état désespéré de cette capitale et le silence de mort qui régnait dans ses murs, en ouvrirent les portes à Abd-el- Moumen, et Talmohade eut le triste courage de laisser égorger 70,000 assiégés survivants (1).

L'édifice déjà colossal de la puissance d'Abd-el-Moumen faillit s'écrouler par la révolte que suscita, dans le Sous, le salétin Mohammed ebn-Abd-AUab ebn-Houd, et qui se propagea avec une rapidité caractéristique chez les Berbères du Tafilet, du Drâa, de lldràren Dran, et du littoral atlantique. Le rebelle ne réunit pas moins de 60,000 fantassins, avec un millier de chevaux; mais en mai 1147= 541, il essuya, au sud de l'embouchure du Sous , une mémorable défaite de la part d'Abou-Hafs-Omar, lieutenant d'Abdel-Moumen. Celui-ci acheva peu après d'éteindre l'incendie en marchant sur le Doukkala. Ceuta, qui s'était révoltée à la faveur de l'insurrection presque générale du Magreb, rentra dans l'obéissance, et Salé, dont il importait de rester toujours maître, eut ses fortifications rasées (2).

Ces quinze ans de guerre d'Abd-el-Moumen, depuis Tanger jusqu'à Sidjelmessa, du Drâa et du Sous à Tisser et à la Tafna, sont dignes de fixer l'attention des hommes de guerre. L'armée almohade, composée presque entièrement d infanterie, opéra des années entières dans les montagnes, trouvant partout du bois, de l'eau, et les provisions au moins rigoureusement nécessaires.

A la suite de la prise d'Oran et pendant Texpédition contre

(t) Dice Abcn Isa que en estas terribles circunslancias ciertos crisliinos que eslaban en Marruccos , de los Andaluces que scrvian en la câballcria, tuvieron sécréta inlelligencia con Abdclraumcn y concertaroD que le darian entrada en la ciudad por la pueria de Agmàt^ el dia l'iepor lodas partes intcntase escalar la ciudad. (Conde, p 468.)

(i) Ebn-Kbaldoun, Irad. baron de Slane, II, <83.

Maroc, Abd-el-Moumen s'était occupé de pq| delà du détroit la mission illimitée que leâMk transmise. Le démembrement de l'empire ahn<M pelait en ce pays, et plusieurs princes en rftfc saient de s'y rendre. Déjà même Ali ebn-Elça, qu d'Almeria au port d'Oran pour secourir Tacbfl avait de suite trahi sa cause, et, mattre de Cadix réciter la prière publique pour le chef almohadi celui-ci se contenta d'envoyer en Espagne plus de troupes pour agir en son nom, avec le conc< et de partisans. Algésiras, Tarifa, Séville, 2 bientôt flotter sur leurs remparts la bannièn Moumen, et en f f 50 — 5f =545, il reçut à Salé le de seigneurs andalous qu'il avait appelés à lui n moignage de vassalité. La plupart le suivirent à constance qui assurait encore son autorité en Eâ

Au printemps de 11 52^=546, il vint de Mar< mais aucun événement ne l'appelant à franchir ! dirigea une expédition contre les princes han Bougie. L'est de l'Afrique était alors affaibli et c Arabes de la grande invasion, déterminée par h d'Egypte (1). Abd-el-Moumen prit Alger, Boug le prince hammadite Yahia ebn-el~Asiz lui livra et obtint de se rendre à Maroc, d'où il alla finii Salé, dix ans plus tard. El-Hareth, frère d' Yahia de Bdne, ne tenta de recouvrer Bougie que poui Almohades l'occasion de décapiter dans sa pers nier des Beni-Hammad.

Rentré à Maroc, Abd-el-Moumen ayant donn commandements à ses fils, étouffa dans le sang

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tentée par ^ pnrehts d'Ebn-Toumert, le Mehdi, qui trouvaient pesante la condition de sujets. Ensuite, son attention fut ËifiptUlb simultanément sur l'Espagne et sur rifrikia, où la puissance chrétienne se montrait menaçante. Il réunit des troupes à Salé et résolut de marcher contre les Normands de l^cile, qui venaient de renverser les princes zirides à El-Mehdia ou Africa , après les avoir secourus contre le denmr hammadite de Bougie. Le roi Roger II avait successivement pris possession de Tile de Djerba, de Mehdia, de Djidjelli et de l'Ile de Kerkenna, de Tripoli, de Sfax, de Sousa, de Zouila. Il administra les musulmans avec tant d'habileté, qu'il réussit à se les attacher. Par malheur, son fils Guillaume n'avait pas la même sagesse, et une députalion de Zouila était venue solliciter d'Abd-el-Moumen la délivrance de l'Ifrikia.

A la tête de 100,000 hommes, Talmohade se dirigea dans l'est, en 1159=554, par la route du Djerid, côtoyant le Tell; son armée se divisait en quatre corps, séparés par une journée de marche, afin de ménager les sources et de faciliter le campement. Il soumit le Zab, d'où il se porta sur Tunis. Mehdia fut prise en 1160=555, et les Siciliens eurent bientôt perdu toutes leurs possessions. Abd~el- Moumen les laissa en fief au faible Haçen ebn-Ali, qu'ils avaient dépouillé.

En revenant au Magreb, l'an 1161=^556, il débarque à Gibraltar, où on le reçoit avec enthousiasme. Il fortifie puissamment ce rocher, organise mieux l'armée almohade destinée à combattre Sancho III de Castille, Alphonse Henriquez de Portugal et les princes musulmans qui ne reconnaissent point encore son autorité.

Selon quelques auteurs, il aurait fait lui-même une expédition sur la Guadiana, Oued-Anas, avant de rentrer à Ma-

roc. n quitta peu après cette capitale pour Teni quand il reçut la nouvelle que Grenade avait éb par des chefs musulmans, alliés des chrétiens. Il point en Espagne; mais son armée, commandée pi le cid Abou-Yacoub, entra dans Grenade après une victoire. Alors il fit venir Abou-Yacoub à Maroc c gna pour lui succéder, déshéritant ainsi son autre! Abd-AUah Mohammed, qu'il jugeait indigne ou i de régner. En 1163=558, il mourut à Salé, au mt il préparait une formidable expédition contre les et il fut enterré à Tinmal, près du Mehdi. Son arm tait au camp de Salé 300,000 cavaliers, dont 80,0 ces aux manœuvres , 100,000 fantassins et 400, disent près de 700 navires. Le port de la Mamoure nit 120; Tanger 60, Badîs et les autres ports du ] Ces navires étaient des galères et des transports lands. Mais on sait que les écrivains arabes les pli ne le sont pas toujours quand il s'agit de chiffres. Par ses qualités naturelles, Abd-el-Moumen se premier rang des hommes illustres parmi les mui Il sut favoriser les sciences et les lettres, malgré le de guerres incessantes (1). Comprenant la faibless sultait pour Tempire du peu d'unité administrative commencé a prendre des mesures afin d'y remé plus remarquable de ces mesures fut une sorte de ou d'évaluation en milles carrés du territoire de s pour asseoir régulièrement les impôts. Ils devaient en nature, en défalquant un tiers du terrain, eu é| espaces réputés improductifs. Il améliora enconséq

{h) Un des chapitres suivants est consacré à la qiiesiioi dos sciences en Afrique^ au moyen àgo.

régime fiscal par la suppression de la kebala ou gabelle qui se percevait sur les professions et objets de première nécessité. D sut assurer la sécurité des chemins et maintenir Tordre dans ses armées. Pour distinguer davantage les monnaies frappées à son coin de celles des Almoravides, il adopta la forme carrée avec cette inscription : « Allah rebbna^ MokonuiMd reçoulna^ ElrMehdi imamna. Allah est notre Dieu, Mohammed notre prophète, le Mehdi notre imam. » On trouve cependant des moumenins frappés sous ses descendants et ronds comme les maravédis ; mais ils présentent un carré inscrit dans un cercle.

Le règne d'Abou-Yacoub Youssouf ^ fils et successeur d'Abd-el-Moumen, ne réclame pas de longs développements. Soo importance est plus grande par les événements qui s'accomplissent en Espagne, que par les faits survenus au Magreb pendant sa durée de vingt-deux ans.

Le khalife dirigea sagement les affaires publiques, avec l'aide des princes almohades, ^s frères ^ qui, selon l'usage consacré pour les princes de leur famille, sont honorés du tilre de cid ou seigneur. Bien qu'âgé seulement de vingtquatre ans, il ra^emblait dans ses mains tous les fils du gouvernement, et il embrassait le présent et l'avenir. Il semble avoir eu pour système de changer fréquemment les hauts fonctionnaires de l'État, pour les maintenir plus complètement dans la dépendance,.

En 4164-65=560, il chargea ses frères, les cid Abou- Hafs et Abou-Sald d'une expédition en Espagne, où ils arrêtèrent les progrès d'Ebn-Merdenich, émir de Valence, qui menaçait Cordoue, avec l'appui des rois de Castille et d'Aragon.

En 1166-7=562, il réduisit lui-même à l'obéissance les Ohomara turbulents du Rif. et les mit sous les ordres du

dd Abou-Ali el-Hacen, qui fot installé a Ceuta. Les mtnées suiyanles, plusieurs armées aknohades forent m^ Toyées en Espagne, où la situation s'a^rayaît de jour en jour. Abou-Tacoub, ayant appelé des contii^^ts de ses proTinces de Test, réunit une nouvelle armée i Ifaunoc. Use mit a sa tète, et franchit le détroit en li7i -2=367. Aguerroya en Andalousie et organisa la dffense du payspiodant près de cinq ans, senri principalement par soirCrère Je eid Abott-Hafs. Le plus éclatant résultat obtenu |iar les AhÉohades fut le traité de paix, par lequel les fila d'Ebn-lterdenich cédèrent aux khalifes tous leurs états ; Valence^ Momie, le littoral de Carthagène i Tembouchure -êt^ l'Èbrë eC les Baléares.

Revenu à Maroc, le khalife eut i déplorer la mort de plusieurs membres de sa famille, enlevés par une honible peste. Nous ne savons s'il fondrait mettre à cette époque une expédition dans Test, qui lui est attribuée et dan84aquelle il étouffa une révolte i Cafsa; ville du Djérid tunisien (1175=570-71}. Mais il est certain qu'il envoya sa flotte à rembouchure duTage, pour opérer des razzias sur les rivages des chrétiens, et ruiner leur marine. Son amiral remporta en effet quelques avantages. MaisTamiral portugais, D. Fuas RoupinUo, prou^-a aux musulmans que leur supériorité n'était pas moins contestable désormais sur mer que sur (erre. Deux fois, en 1180 et^llSS, il attaqua Ceuta dont l'importance était bien appréciée. U captura un grand nombre de vaisseaux sur les Maures, préludant ainsi à la conquête d'une place qui devait tomber plus tard (lilo) aux mains des Portugais. Résolu à conduire la guerre sainte en personne, Youssouf convoque les contingents du Ma^reb et de rifrikia, forme son armée à Salé, passe à Fez et a Ceuta, d'où il s embarque pour Gibraltar (1185::^580). De

SéviUe, il se porte Ters l'ouesi; son plan était d'attaquer le Portugal par terreet par mer, et, mattre du Tage et du Douero, de prendre en flanc les clri^tiens' par la Castille et le Léon. Mais il échoua et fut tué au célèbre siège de Santarem, ob les Espagnols reçurent le secours de croisés accourus à la Toix dtt souverain pontife. Sa Sotte se retira, tandis que son âiiii^ê/^enyinm 80,000 hommes, battait en retraite sarSéviOe (13 jmUet li8i=580). Plusieurs versions relatives à la mort du khalife ont obtenu crédit. En toute hypothèse, il ne survécut pas à l'expédition de Santarem. Au siège de cîètte ville, comme à celui de Mehdia par Abd-el- Moumeo, les Almohades paraissent avoir été pourvus de machines de guerre.

Abou-Yonssouf Yacoub el-Mansour hérita de la souveraine puissance de son père, et il reçut à Séville, puis à Maroc, les hommages des princes et des gouverneurs. Pour se concilier Tesprit public, il fit des remises d'impôts, accorda des amnisties et distribua des secours aux pauvres; il augmenta la solde de diverses classes de fonctionnaires et celle des réguliers; il donna un grand essor aux constructions de routes, de ponts, de caravansérails et de zaouias. n fit creuser des puits, élever des tours; il organisa les écoles, aimant à être appelé Tami des lettres et le protecteur des savants. Les premières années de ce règne illustre furent malheureusement troublées par une insurrection partie d'un point d'où on ne l'attendait guère, et elle embrasa comme un vaste incendie les provinces de l'Est.

Vers 1156=5S1, à la chute des Almoravides en Espagne, quelques débris de cette puissante famille s'étaient réfugiés dans les Baléares; et la branche des Béni Ghania en avait gardé le gouvernement en rendant hommage aux Almohades. Mais quand ils apprirent la déconfiture du khalife

passa le détroit, comme si Texcommunicatioa n'eût pu Tat* teindre à travers les mers, et il proposa une alliance à El^ Mansour, qui ne parait point avoir accueilli ses propositions. Sanche ne rapporta d'Afrique que la honte et un cancer que Ton prit pour un châtiment céleste (1).

Mohammed en-ISacer-li-Din-Illah , ou le champion de la religion de Dieu, succède à son père El-Mansour. Il auiaft tout d'abord fait un acte conforme à son pieux surnom m ^ expédiant des navires à Saladin, menacé par une redoutaijle croisade et dont la députation avait attendu à Fez le retour .^ d'El -Mansour pour solliciter son appui (2) . En-Nacer envo ji une armée pour réprimer une révolte des Guezoula dans le ^ Sous, en 1201-1=598, et sa flotte fit la conquête de l'île lia- ^ jorque vêts le même temps. Il se vit obligé de marcher lui- ^ même en 1204-5=601 , contre le fameux aventurier âE ^^ ebn-Ghania, qui avait réussi à reconquérir El-Mehdia,Tums, ^ en un mot, tout un royaume en Ifrikia. L'expédition fol ^ couronnée d'un plein succès et tout le pays, rentra sous II ^ domination almobade. Cependant, on ne put s'emparer d'Ebih ^ Ghania, qui vint inquiéter vers 1209 = 605-6 le gouver- ^ neur de Tlemcen. Celui-ci le refoula vers l'est, dans le désert, où il mourut ignoré.

Rentré à Maroc depuis trois ans, En-Nacer espérait en vain le repos. Des cris de détresse partaient de Séville etde Cordoue, qui voyaient du haut de leurs remparts les troupes chrétiennes ravager les campagnes et menacer l'Andalousie entière.

(4) CoDde, III, 54, p. 647. Mariana, XI, 43.

(2) Ebn-Khaldoun, II, 215, trad. du baron de Slaoe. La lutte des Espagnols et des Magreb'ms musulmans les empêcha, les uns et les autreii de prendre une part notable aux croisades d'Orient. D'ailleurs, les khi' lifats n\Uaicnt pas unis par des liens d*amitié.

^SS7 i fit prêcher le djehad en Espagne et e le ^çrandpape Innocent III, fidèle aux t~siége, pacifiait les princes chrétiens et [) cùtp la croisade à l'Europe en faveur d'Al- I giliilOt (lu christianisme g^pelé à un duel K«>lennelle rencontre de la croix et da OToiss Navas de Tolosa, au nord de Jaen, , 14 safer 609 de l'hégire. L'islam n'avait e mis sur pied une Armée aussi formidable. it plus (le 500,000 hommes rangés sur cinq Berhéres , les Maures , les Andalous , les Udes réguliers, nègres et blancs et les voloiltaires 1 de toutes les parties de l'empire, au nombre ),000, tant cavaliers que fantassins. En-Nocer avait a principale force nu centre; mais il commit une faute , marcher d'abord les volontaires, qui furent cul- I par les Castillans et les chevaliers de Calatrava. is qu'une aile ennemie, formée par les Andalous, fuyait I désordre, les chrétiens portèrent leur effort prind droit à la lenle du khalife; elle s'élevait au centre dW croissant, dessiné par des chaînes de fer et un mur de iuces. La rupture des chaînes fut le signal de la déroute pour les musulmans ; le reste de la journée ne fut plus 911'un massacre. Les historiens portent de cinquante à cinq ttat mille hommes la perte des musulmans. Ce sont les étrivains arabes qui ont le plus enflé les chiffres. Quoi qs'il en soit, la bataille des Navas de Tolosa, nommée par les musulmans A'Bisn-el'âqvab, du château de l'aigle, ou plutùt El-àquab, la punition, marque une ère nouvelle dins les fastes de l'histoire et en particulier dans le destin des Almohades, dont elle commença l'irrémédiable déclin. U démembrement du khalifat par la révolte des gouvep*

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^ '. ---•'•-:'-^i.-ji.:Lfr.i::!^ t^çza. L\ izs, mais, prince ef-

'i'ilA^-^t-, \ m. ;. î>. Fir-5. i**5. R:n.-îL:ber,t. XVII, p.333.

réminé, livré aux plaisirs corrupteurs, il laissa le gouveroement aux mains des chefs almohadés. On conçoit qu'il en résulta partout un aCTaiblissement du khalifat. Une tribu appelée à de hautes destinées, les Beni-Merin, qui menaient la vie nomade entre Figuig et la. Mouloula, commencèrent à faire des razzias dans le Tel, en s'avançant jusqu'au Rif. En 4216-17=613, ils y remportèrent sur les troupes almohadés une victoire qui les mena jusqu'au pays de Fez» sous la conduite d'Othman. Celui-ci obligea Taza, Fez, Méquinez à lui payer tribut. La sécurité ne régnant nulle part, on acceptait le conquérant comme un protecteur. El-Monstdncer mourut à 21 ans, épuisé de honteux excès et tué par une vache furieuse, tandis qu'il s'amusait à conduire un troupeau dans les pâturages (1224= (80).

Son oncle, Abou-Mohammed Abd-el-Ouahed-eF-Makhlouè, frère d'El-Mansour, lui succéda. Abou-Mohammed Abd- Allah, neveii du nouveau sultan et gouverneur de Murcie, prit le titre de khalife et le surnom d'Elidel, ou le Juste, et on l'acclama presque aussitôt en Afrique qu'en Espagne ; car Abd-el-Ouahed fut déposé et étranglé par le corps des Almohadés, après huit mois de règne. El-Adel, étranglé lui-môme à Maroc, trois ans après, laissait à son frère El-Mamoun, qui se fit proclamer à Séville, un empire lacéré par les insurrections. Tandis qu'on reconnaissait ce dernier en Espagne, Yahia, fils d'En- Nacer et petit-fils d'El-Mansour, s'installait au même titre à Maroc. La guerre civile régna au Magreb entre les deux paKis. Cependant, quand El-Mamoun passa le détroit et vint à Maroc en 1228-29=626, il ne restait à son rival que l'Ifrikia et Sidjelmessa. Yahia voulut lui barrer le passage, DUiis il fut battu et rejeté au delà de Tinmal, dans le

Miltsm. El-Mamoun avait compris la vraie cause qw engei (Irait la ruine du khalifat : c'était un accroissement progrc sif de puissance dans les chefs et les institutions qui tes péraient l'absolutisme des khalifes, selon la constitut» primitive laissée par le Medhi. Les vizirs, les walis < gouverneurs, les cheikhs préposés aux armées, les conaei 1ers dont se composaient le divan et le medjelës du khaU avaient fini, grâce à la faiblesse de ses prédécesseurs imm diats, par amoindrir l'autorité suprême, et l'on se fàisi peu de scrupule de se débarrasser des souverains p l'assassinat.

Résolu à restaurer le pouvoir, il punit de mort une oei taine desprincipaux Almohades réunis àMaroc, et, pourévil les inconvénients nés de la constitution primitive de sa d] nastie, il ordonna, par un édit général, de supprimer k usages pieux qui rappelaient le Mehdi, flétrit publiquemei sa mémoire et fit l'application de son système despotique.

C'était là une révolution trop radicale pour être accepta généralement dans un empire si disloqué. Aussi, que s passa-t-il? En Espagne, une redoutable insurrection qu avait à sa tète Ebn-JIoud, cheïkh d'origine arabe et d'un famille qui régna deux fois à Murcie sous la suzeraineté di roi de Castille, ruina la puissance almohade en Andalousie

En Ifrikia, le gouverneur Abou-Zekeria, petit-fils de l'ai mohade Abou-Hafs, se déclara indépendant (1230=^1239 627) et fonda la dynastie des Hafsides de Tunis. Yahia s soutint dans le Drâa, le Tafilet et les hautes montagnes d ridraren-Dran. Enfin, Abou -Moussa, propre frère d'EI-Jh moun,fit alliance avec Ebn-Houd et se déclara indépendan à Ceuta. El-Mamoun, déborde par ces soulèvements, march d'abord contre son frère; mais, tandis qu'il presse inutile mont le siège de Ceuta, Yalua en-Nacer fond sur Maroc e

met cette capitale au pillage. EUMamoun accourt pour la reprendre et meurt sur TOum-er^Bia en f ^S32=630. Abou- Moussa livre en même temps Geuta à Ebn-Houd.

Le règned'El-4M[amoun présente des circonstances extraordinaires et qu'il faut observer. Lorsque ce khalife pas^ d'Espagne en Afrique, il obtint, pour faire prévaloir ses droits, douze mille soldats castillans de son allié Ferdinand m. En échange de ce service, non-seulement il avait remis des forteresses d'Espagne au roi chrétien, mais il s'était engagé à bâtir dans la ville de Maroc une église où l'on sonnerait les doches comme dans lés églises d'Europe. Les musuhnans seraient libres d'embraçser le christianisme et, au contraire, l'apostasie du soldat castillan, qui voudrait abjurer la foi, serait déférée au jugement de ses compatriotes. Maître de Maroc, B)l-Mamoun observa ces engagements. Époux d'une chrétienne, il ne parait pas avoir eu foi dans le Coran lui-même; car il publiait qu'il n'y avait d'autre Mehdi que Jésus (1).

Les missionnaires franciscains, qui avaient pénétré au Maroc, pour leservicedes chrétiens, n'avaient pas laisséîgnorer à Rome les dispositions du khalife ; et lorsque le pape Grégoire EX envoya l'évéque Agnellus occuper le siège de Fez nouvellement créé, il lui remit pour El-Mamoun* deux lettres qui dénotent, le désir et l'espérance d'amener ce prince au christianisme^ Ces lettres sont datées du 15 février et du 27 mai 1233; mais on voit par leur contenu que le pape les adressait réellement à EI-Mamoun dont il ignorait la mort; car il rend grâce au khalife de la protection qu'il avait accordée aux chrétiens par le passé. La première lettre n'est qu'une brève démonstration du christianisme, envoyée

(1) Ebn-KhaldouD, II, 236.

déjà par le saint pontife au Soudan de Damas et au khalife c Baghdad. La seconde, spécialement composée pour le roi c Maroc, rappelle des vœux déjà exprimés dans la préd dente.^ Le pape ajoute ensuite : « Plaise au ciel que noti confiance ne soit pas déçue et que votre conduite réalis les espérances qu'ont fait naître en nous votre douceur i votre bonté pour les religieux de notre communion, et e particulier pour notre vénérable frère Âgnellus, évèque d Fez, et les autres frères de Tordre des Mineurs. Ausâ of évéque et ces religieux, qui vous aiment très^sincèremèi dans le Christ, s'efforcent-ils, par un vif attachem^it et n dévouement inébranlable, d'assurer auprès de Dieu et d siège apostolique vos intérêts du temps et de Tétemité. »

En terminant, il engage le khaUfe à embrasser la relîgîo de Jésus-Christ, qui rend ici-bas le centuple à ses servi teurs et leur donne, dans l'autre vie, un royaume impéris sable. « Quant à nous, conclut-il, nous vous accorderoo en ce cas de plus grandes faveurs pour l'accroissement d votre gloire et de votre magnificence. Si vous veniez, m contraire, à préférer d'être l'ennemi du Christ plutôt qu son ami, nous ne souffrirons point, comme c'est notre de voir de ne le point souffrir, que les . fidèles du Christ soien engagés à votre service (1). » Ces lettres ne purent être remises à El-Mamoun ; mais elles contribuèrent sans doub

(4) Cette lettre et d'autres qui seront mentionnées dans la suite ■ trouvent au BuUarium magnum et dans les Annales des Frères mioear de Wadding. Mais les historiens ecclésiastiques n'avaient pu en biei apprécier le caractère et la portée^ par le manque de lumières sur le affaires intérieures <le Tempire almobade. J'ai tâché de réparer un pec cette lacune dans une notice intitulée : Les évéques de Maroc soui /a derniers Almohades et les Beni-Merint et insérée dans la Revue êfth caine, f année, 4858, n*" \t et suivants.

à concilier aux chrétiens marocains Tesprit de son successeur.

Du reste, ils ont d'abord payé cher les concessions dues à EI-Mamoun, lorsque la capitale fut saccagée par Yahia en-Nacer. Les franciscains, qui s'y étaient établis dans des circonstances que nous rapporterons (1), furent massacrés avec un très-grand nombre de fidèles des deux sexes (2). Une chronique assure qu'après leur mort une éclatante lumière brilla soudain dans le ciel, à la stupéfaction dés Sarrasins ; les cloches de l'église sonnèrent d'elles-mêmes et Ton entendit un écho du concert des anges qui célébraient le triomphe des confesseurs. Les moines immolés dans cette fatale circonstance se nommaient Léon, Hugon, Dominique, Jean et Electus. Ils sont inscrits le 16 septembre au martyrologe des franciscains (3). Heureusement, les partisans d'El-Mamoun réussirent à replacer promptement sur le trône de Maroc son fils Abd-el-Ouahed er-Rechid. Ils entrèrent dans cette capitale à la suite d'une victoire remportée sur Yahia. La mère d'Er-Rechid, qui était chrétienne, avait encouragé les troupes par la promesse de sommes d'or, qui furent en effet levées sur les Marocaitis. Le khalife ne pouvait que protéger les chrétiens, dont le ^ng, d'ailleurs, avait coulé pour sa cause et celle de son père. Aussi verrons-nous le siège épiscopal de Maroc définitivement fondé sous son règne.

Toutefois Er-Rechid, après avoir rejeté Yahia au delà

(l)'Yoir le paragraphe consacré aux chrétiens sous les Almohades.

(2) FueruDt alii quinque frâtres minores cum maxima muUiludine cbristiaDorum utriusque sexus decoUati. (Marc de Lisbonne, Chronic* Uinor., pars ï, c. 39.)

(3) Voir ce martyrologe avec les notes du P. Arthur du Moustier, p. 452. Paris, 1653.

de rÂUas, vers Sidjelmessa, ramena les tribus berbères sous son étendard, en rétablissant la doctrine et les institutions du Mehdi, si peu respectées d'El-Mamoun. Cette précaution n'empêcha point de puissantes tribus de donner la main à Yahia, (pii revint assiéger Maroc. Er^Rechid tenta une diversion en allant lui-même attaquer Sidjelmessa ; mais Maroc ayant succombé, il repassa les monts pour rqirendre sa capitale et il y rentra encore, après une éclatante victoire soi son adversaire (1). Puis il tourna ses armes dans la diree tion de Fez, où des tribus reconnaissaient Ebn-Houd, et î reçut en cette ville la tête dTahia, assassiné près de Tan  travers les révoltes qui agitent la fin du règne d'E^ Rechid, mort en 1243=640, on remarque les progrès lenfa mais constants des tribus merinides qui avancent du Figui{ au nord de Fez, par le pays le moins accidenté entre le Bt et le Sebou. Leur chef Mohammed ebn-Abd-el-Hak, suceea seur d'Othman, vint jusque sous les murs de Méquinez, oi Mohammed, petiti-fils d'Abd-el-Hak, tua un officier de b milice chrétienne, après en avoir reçu un coup de sabre qa lui valut le surnom de Bou-Derba ou l'homme à la balafre Nous n'omettrons pas de rapporter un épisode fort intéressant du règne d'Er-Rechid, dans lequel les Européens st trouvent engagés. La république de Gènes faisait avecCeati un commerce très-important ^t elle entretenait des galères dans ces parages, afin de protéger ses navires marchands (2)

(4) Ebn-Khaldoun dit qu*en revenant de Sidjelmessa^ en 1 235-6=633. Er-Rechid traversa rOum-er^Bia. Nous comprenons difficilement soi itinéraire^ à moins que Tennemi n*ait barré le passage ouvert au Sud.

(2) Januenses qui erant in partihus ipsis cum multis navibas et Gum maxima quanlitate byzantiorum (besants de Constantinople) et mercium atque rerum , timoré commoti sunt. (Gaffari, Annales G^

Obligée par son intérêt de défendre Geuta, même contre les vaisseaux des croisés d'Espagne, elle expédia en 1334 "dngthuit galères sous la conduite dé Lanfranc Spinola au secours de la place. Selon la coutume un parent du roi de Maroc en était gouverneur. La république, par ce déploiement de forces, répondait à Tappel du khalife (P). Ce n'était pas sans scrupule qu'elle armait en faveur des musidmans contre les chrétiens; mais elle s'y était décidée après avoir subi la première ragression des croisés. Le khalife avait du reste promis à Gènes de rembourser la moitié des frais de cette expédition. v '

n parait que les circonstances n'amenèrent pas entre les flottes chrétiennes la déplorable collision à laquelle on devait s'attendre. Voyant le péril éloigné, le khalife chercha des subterfuges pour ne pas remplir ses engagements. Les Génois perdirent patience. Après des rixes où le sang coula et durant lesquelles les fondouks et les marchandises des Génois furent incendiés, ils sortirent de la ville et se mirent en devoir d'en commencer le siège (1). Ils envoyèrent en Europe chercher des renforts. Mais, sur la fin de 1335, Gènes obtint une paix honoi*able par les négociations de ses députés Lucius Piper et Ugo Lercarius. La flotte génoise laissa des. navires à Ceuta, et se dispersa ensuite, en se dirigeant vers Tunis et d'autres parties du monde : adgiMSdam ali€u mundi partes^ disent fièrement ses annales.

Ali es-Said, frère d'Er-Bechid hérita du khaUfat et il

menses, p. 471, au t. VI de Muratori, Rerum Italie, scriptores ) (1) Constnixerant trabuchos duoe (sorte de catapulte) in navibus duabus, tenantes ipsam civitatem ad obsidionem cum navibus magnis LXX et cum aliis navibus parvis XXX et cum galeis XX, et cum multis aliis lignis minutis; die noctuque cum trabuchis et aliis machinis ipsam civitatem expugnare non cessnbant.

mnporU d'abord une victoire signalée, a l'Ooed-Tdbak, eDtce Fez et Ta^a, sur les Beni-Merin, dont le chef ou émir Mohammed ebn-Abd-el-Hak fut tué par un ofBder de la milice chrétienne (1244=642). Les Merinides, un instant refoulés, reprirent l'oll^siYesousAbou-Yahia, et, afin de fortifier leur parti en dissimulant leur ambition, ils s'allièrent aux HaCûdes, branche des Almohades, qui régnaient a Tunis et a Bougie. Cest donc au nom des HaCsides qu'ils vont agir : politique d'autant plus habile que les Almohades- HaCsides avaient des partisans de tous côtés et qu'on avait acclamé leur émir Abou-Zekeria dans diverses provinces. d'Espagne et du Magreb. Ce prince ambitieux régnait même sur Tlemcen, dont il avait fait la conquête en i24i -42=639, pour forcer Yaghmoracen, qui gouvernait au nom des Almohades, à reconnaître la suzeraineté des Hafsides. Ainsi les Merinides, tout en ruinant les Almohades du Maroc, feignaient de travailler à la restauration de leur famille, en soutenant une de ses branches plus vigoureuse. Mais ils savaient aussi que, leur prépondérance une fois établie au Magreb, les princes d'Ifrikia ne seraient guère à même de la leur enlever. C'est en appliquant ce système peu loyal qu'Abou-Yahia pénétra dans la montagne de Zerhoun et assiégea Méquinez, qui se rendit en offrant à Témir Abou- Zekeria l'assurance de son dévouement : Abou-Yahia se chargeait de transmettre cette assurance; mais en même temps il s'entourait des insignes de la royauté (i).

L'almohade Ës-Saîd était dans une situation des plus critiques et dont il sentait parfaitement le poids, si Ion en juge par le clair tableau qu'il en fit en adressant à ses ofliciers un appel suprême pour le salut de la dynastie : « Le

(i) ËbD-Khaldoun, t. IV^ p. 35> irad. du baron de Slanc.

51s d'Abou-Hafs, leur dit-il, nous enleva TUnkia ; Ya^morao»i-flm-Ztui, et ses Beni-Abd-el^iiad^ détachèrent enmite de notre royamne la province du Maghreb central et b ville de Tlemcen; ils y proclamèrent même la souveraineté du chef hafside, et lui firent espérer qu'avec leur qppui il pourrait effectuer la conquête du Maroc. Ibn- Soud nous arracha une partie de l'Espagne, pour y faire leconnattre las uprématie des Abbassides ; et, dans une autre lartie du même pays, Ibn-el-Ahmer s'est posé comme parisan des Hafsides. Voici maintenant les Beni-Merin, qui mt soumis les camp^nes du Maghreb, et qui aspirent I posséder nos villes. Leur émir, «Âbou-Yahya, vient de prendre Méquinez, d'y établir l'autorité des Hafsides , et de i'iiTOger les insignes de la royauté. Si nous souffrons da*p rantage ces humiliations, si n^s fermons les yeux sur des événements aussi graves, c'en est fait de notre empire, et peut-être même dç notif religion.(l]. »

La protection que les Almohades accordaient aux chrétiens intéressait au sort de cette dynastie la papauté, d'autiQt plus que les Beni-Merin ne faisaient pas espérer d'tbord la même modération à l'égard des disciples de l'Évangile. Innocent IV, comme Grégoire IX, désirait ardemment la conversion des descendants d'Abd-el-Moumen. Il eût pu venir efficacement au secours d'Es-Sald, chrétien, ne fût-ce qu'en dirigeant vers le Maroc la croisade qu'il préparait alors avec saint Louis. Rome eût travaillé à détourner les puissances chrétiennes de s'allier aux ennemis de rémir, et spécialement aux Hafsides, qui cherchaient des alliances en Europe (2}. On comprendra donc la lettre

(4) Trad. du baron de Slanc, loc, ât.

(!) Frédéric II était ami des Hafsides. (Di Gregorio, Connderaz.

du pape, écrite le 3i octobre i246=:644, et que Lupus, évèque de.Maroc, fut chargé de remettre à Es-Sald. Apr&s iivoir loué et remercié ce prince de la protectîoii cju'il accorde aux églises et à la population chrétienne placée sous son autorité. Innocent lui exprime le désir et l'espoir de. le voir embrasser TÉvangile, s'il consent à examiner sa doctrine, et il poursuit : « Nous aurions alors plus de solKcitude pour vos intérêts, en vous recevant avec distinction au nombre des puissants monarques, et en plaçant votre royaume sous notre protection spéciale et sous la garde da jsiége apostolique. Alors, par l'autorité dont Dieu a investi rËglise, nous arrêterions toute agression de vos adve^ saires (1). Ob! si élevant votre cœur, vous méditiez sérieu- ^ment à la lumière de la raison, combien le nom de Dieo serait glorifié en votre personne, lorsque, revenu à vousmême, ad te revertens, vous entraîneriez dans la même foi la multitude innombrable qui vous suivrait comme son chef, nous n'en doutons nullement ! »

^ Maintenant^ vous dites que vous avez des ennemis cruels et pleins de méchanceté qui s'efforcent de nuire à votre royaume par les ruses et les machinations aussi bien qu'à main armée (2). Les chrétiens, qui savent que la forée

Èopra la storia di Sta7ta, 1. 11^ p. 244^ 271.) Les Pisans veoaieatde traiter avec eux.

(4) Nos quidem de iis quae circa te sunt sollicitius pensaremus, recipiendo te inter magniâcos principes specialem, et terram tuaffl sub spociali protectione ac defensione apostoUca; sedis et nostrce, d^ permitteremus; per potentiam Ecclesiae coUatam divioltus^ te ab a<ivcrsariis tuis altquaodo molestari.

(2) Ces mots : Vous dites , prouvent que le khalife avait écrit ou tait parler au Souverain Pontife , sans nul doute pour obtenir sa protection .

esè moins dans le nombre des soldats que dans la protection du ciel, combattent courageusement contre ces adversaires, dans l'intérêt de la foi catholique et de FÉglise, et poar la défense de votre territoire. Us en ont plus à'une fob triomphé vaillamment. Mais il est à craindre que l'ennemi, par un stratAgème imprévu, ne les suqirenne sans défense en tombant sur eux à l'improviste. »

«Si, ce qu'à Dieu ne plaise l après avoir été massacrés, comme vqus ne l'ignorez pas, sur plusieurs points de votre royaume (I), ils finissaient par être entièrement écrasés, c'en serait fait d'eux et de leurs biens, et il en résulterait pour vous et' votre empire un dommage irréparable. Il but donc prévenir ce péril par un lîioyen prompt et assuré. C'est pourquoi nousprions Votre Royale Sérénité et la pres^ sons instamment, par ces lettres, de désigner un certain nombre dé places fortifiées de son empiré où les chrétiens puissent se réfugier en cas de besoin, et de leur confier quelques ports d'où ils puissent mettre à la voile, si la nécessité Texige ou si l'utilité le demande, et dans lesquels ils puissent rentrer avec des secours promptement amenés pour la défense des biens et des personnes. Votre Sérénité De perdrait point te haut domaine sur ces places. Nous croyons que cette mesure ne serait pas moins avantageuse au Roi qu'aux chrétiens, et qu'elle contribuerait également au bien commun et à l'accroisseitient du royaume (2). »

(1) Prout de ipsis in pluribus parlibus terrae tus strages subsccuta, sicut te îgnorare noa crédimtis.

(i) Expedit igitur ut future pericula festino et coBgruo rcmcdio saccurratur. Quare sercnilatem regiatn rogamus, monemus cl in Damino cum praesentibus litteris excitantes^ quatenus aîiqua loca mu« nila in terra tua, in quibus necessitatis tenipore dicli christiani se receptare valeant, et custodiain aliquorym portuum , per quos, si ur-

Cette dernière et remarquable proposition n'avait nnllemékit pour but de trahir Es-Sald, mais peut-être de faciliter à l'heure propice l'entrée au Maroc d'une armée d'invasion, chargée de recueillir la succession des Almohades qui semblait prête à s'ouvrir. Les communications étaient actives entre les princes chrétiens d'Espagne et le saint-siége. Depuis la conquête de Gordoue, en i236, Ferdinand III songeait i la conquête du Maroc et il mourra en 1251 au moment de l'entreprendre (1). Aucun droit du côte des niusulmans n'empêchait le pape d'y donner la main, si la chute des Almohades entraînait l'extermination ou l'oppression des chrétiens poussée aux dernières limites.

Nous ignorons si la lettre du saint-siége parvint à son adresse. Peut-être demandait-elle l'impossible. Quand on voit El-Mamoun succomber pour avoir ébranlé non pas précisément Hslamisme, mais seulement la constitution du Mehdi, il est permis de croire qu'Es-Sald n'aurait pas réussi i substituer l'Evangileau Coran, quand même il l'eût voulu. Mais les lettres pontificales aux khalifes n'en resteront pas moins parmi ces monuments sans nombre qui témoignent que la papauté, sous le rapport de l'action politique, surpasse en sagesse, en moralité, en intelligence des vrais intérêts généraux de l'Europe et de la civilisation, les diplomaties égoïstes et mesquines qui ont pris sa place dans les temps modernes. Les Almohades devaient mourir malgré les efforts de Rome pour les sauver.

grerfl necessilas, et snaderet utilitas, valerent tcrram egredi et reiotbàre cum iestinato subsùdio pro defeDsione personarum et renuDy retOQto tibi principal! dominio , consignare procures. Hsc autem non minus utililati régie quam eorum pnofeclui credimas expedire. Bu/- /ariiiaiiiiaipiiaii, t. lll>p. ISS.) ' (I) Don Rodr. Ximenis, Ckrtmka dd stmto A«y D. Ferd. IIL

Es-Sald,.i^rès avoir enflammé, comme nous rayons rap* porté, le^ouiage des chefs' almohades qui lui restaient fidèles, sortit de Maroc en i247-8=64â pour marcher omtre leallerinides et. les Beni-Abd-el-Ouad. Méquinez se rendit et [obtint son pardon ; et Yahia députa vers Es-Sald à Taxa pour lemander la paix, qui lui fut accordée (i). Le khalife, ran* forcé par des troupes merinides, mardia vers Tlemceil; maïs il futtuépar lesBeni-Âbd-^1 OuadàTemzezdektau sud d'Oudjda. Son armée rebroussa chemin vers Maroc, sous la conduite de son fils Abd-Âllah. Surprise aux environs de Taxa par les Merinides, elle fut taillée en pièces et son chef resta parmi les morts. « L'équipage du sultan, ajoute Ebu'-Khatdoun, les bagages et les armes des troupes tombèrent au pouvoir du vainqueur ; la milice chrétienne ainsi que le corps des archers Ghozs entrèrent au service des Merinides. » Le traître Yahia se hâta de tirer totit le profit possible d'une catastrophesigrande pour les Almohades, et il établit en peu de temps son autorité sur laMoulouIa, àFez,àTaza,à Méquinez et jusqu'à rOum-^-Bia. Fez se readii à lui, en proclamant la suzeraineté des Hafsides, Tan i248s=d46, août-septembre.

(I) Les historiens franciscains mentionnent^ mais à une date ineeriaine, en 4243, en 4246» Tintervenlion des Frères mineurs pour laéoager une paix entre le roi de Maroc et un de ses adversaires. Trois de ces religieux offrirent leurs services au roi, dans ce but, et Ia proposition fot agréée . Ils réussirent dans leur ambassade et furent assistés, selon la chronique, par un lion qui les accompagna du désert à la ville de Fez, où ils se rendaient. Le lion mit en fuite des Sarrasins qui s*opposaient à leur passage jusqu^à la résidence du roi. Hiaelles que soient les inexactitudes de détail dans ce récit , on voit <)Qê les missionnaires avaient acquis une position fort remarquable 80 milieu des musulpoans. (Wadding, ad ann. 4246. -^ Dominique de Gabernatis,Or5»sserap^icu5, lib. III, § 4.)

Lr nalfaeiir foodût sor hd de tonç eôtês. Le rebdkAE cbo-Yedder Hah mattre da Soas et de Tarouduit. SUjfAr mtsstL dispatêe eotre les Abd-eMKiaa H les Bem-Moîi, échappait illaroc. Ces derniers, firancfaksant rOum-er-Biii s'aSennissaienl sor sa rive gauelie: et Yacoob ebn-Abdki- Hak, socoêdant â son frère Abou-Yahiaen 1238=656, MM d'accomplir comme un testament ses vastes desseins.

En 1 960=658. il prit d'assaut la ville de Saleque les Espagnols avaient enlevée par surprise à son neveu Yacoub ela- Abd'Allah qui, s\* étant déclaré indépendant, avait eu Tiinpnidence d'y attirer le commerce européen pour acheter des armes. « EUIe était fréquentée, dit Léon l'Africain, ptf diverses générations et marchands chrétiens, comme Genevois, Vénitiens, Anglais et Flamands^ parce que là est le port de tout le royaume de Fez. Mais en l'an 660 de Thégire (date postérieure à celle qu'Ebn-Khaldoun a donnée], son malheur voulut qu'elle fût aussitôt prise qu'assaillie par ime armée du roi de Castille, qui Gt vider les citoyens pour la faire habiter des chrétiens, qu'ils n'y purent demeurer

que dix jours, parce qu'ils furent surpris par Jacob, premier roi de la maison de Merin (i). » U poursuivit dans le Rif ce turbulent neveu et fit à cette occasion passer des Merinides en Espagne pour la guerre sainte. Mais son point de mire était Maroc. Une éclatante victoire remportée dans le lit même de TOum-er-Bia, en 126i-^3==060, ne fit que lui en apprendre le chemin. Il parut bientôt que les Almohades voulaient eux-mêmes la lui livrer ; car Abou-Debbous, cousin du khalife El-Morteda, vint à Fez et promit au Merinide de partager avec lui la moitié de ce qui restait aux Almohadei;, s'il voulait Taider i s'emparer du pouvoir suprême. Abou- Debbous s'installa en effet à Maroc, d'où El-Morteda fut chassé (1266=665), pour être ensuite arrêté et mis à mort; mais il refusa de tenir sa parole à Yacoub ebn-Abd-ël- Hak, qui vint alors assiéger Maroc. Yaghmoracen, sollicité par Abou-Debbous, marcha sur les provinces mjerinides de Test pour obUger Yacoub à quitter son entreprise ; il réussit en ce point, mais il fut puni par une défaite essuyée sur rOued-Telagh ou le Za, qui se jette dans la Moulouïa(1267zz 666)1 Yacoub, vainqueur, repassa bientôt TOum-er-Bia; il ravagea le pays des Almohades et les mit au désespoir. Âbou-Debbous marcha enfin à sa rencontre et fut tué non loin de l'Aghfou^^ Le Merinide vit alors Maroc lui ouvrir ses portes et implorer sa clémence, tandis que les Almohades, réfugiés dans la montagne de Tinmal, proclamaient un faptôme de khaUfe, Isak, frère d'El-Morteda, qui fut six ans plus tard livré aux Merinides et décapité. Yacoub, entré dans Maroc (sept. 1269=668), envoya son fils soumettre le

(4) Trad. Jean Temporal. «830, p. 307. Édit. latine de 4559, p. 473. Edit. italienne de Venise, 4 837, p> 60.

Sous, tandis qu'il subjugua lui-inème le Draà ; et il rerint enfin à Salé, maître de tout le Magreb-el-Âcsa. Pour toi Ue de bonheur, il concluait à la même époque une gnifique aHiance avec les Hafsides de Tunis, dont la raineté semblait un nouvel éclat sur les insignes royaux dit Merinides, encore empreints de la bariMtrie du désert, hiam se réalisa, sur les ruines de la dynastie religieuse des Ai>| mohades, Tavénement d'une puissance née d'un mobile tort difféient. L'ambition, le désir d'échanger la pauvreté èà Djerid contre les richesses du Tel, paraissent avoir entratÉ^ les Merfaûdes; tandis que les Mmohades, enfants du ftia* tisme et de l'austérité religieuse, sont enfin tombés pv* le auinque de foi et de moeurs, jpar dé&illance de » ractère.

§ s. —LES GHRiTIENS AU MAROC SOCS LES AIMOBADES; tVtODIS il

FCZn m MAROC.

On a vu des chrétiens indigènes de la Tingitanc traverser la période des invasions musulmanes, celles du gouvernement des émirs, des dynasties édriside et almoravide; 91 se sont confondus avec les chrétiens andalous émigrés oi transportés au Magreb ; et peut-être leur nombre s'est-i accru de soldats européens stipendiés, de marchands fit d'aventuriers chrétiens qui seront restés parmi eux, au M de repasser les mers. Salé et Ceuta, en particulier, étaient fréquentées par les navires de diverses nations de l'Europe, mais surtout des républiques' itaUennes; le commerce miritime était actif, malgré les guerres intérieures ; et si nooi n'avons pas d'archives suivies sur ces rapports intenutionaux, c'est qu'au lieu de consulats permanents, fixés sor

) territoire étranger, on avait alors des consuls de mer qui ccompagnaient les navires et dont la mission était tout i lit transitoire.

A côté de la marine paciGque et marchande, il y avait die des pirates qui pillaient les côtes européennes et capiiraiéot les navire^, sans nul souci du droit dés gens. De à au Maroc des esclaves chrétiens, qui venaient rejoindre 68 victimes des guerres de la péninsule hispanique ; mais le là aussi la présence et les voyages des religieux rédempteors, dont ta fondation correspond' précisément à l'époque o& l'accroissement de la marine des deux côtés du détroit fortait nécessairement la lutte sur les flots, et où le progrès ^ chrétiens au delà de la Sierra Morena pouvait faire conduire plus souvent les prisonniers de guerre au delà do détroit. Enfin*, les alliances commandées par la politique ou la raison d'État entre princes chrétiens, et musulmans, les rivalités et les guerres entre les premiers, amenaient parfois des personnages chrétiens plus ou moins distingués à Fez, et à Maroc même. *

Déjà les développements historiques précédents ont rappdé des faits qui mettent en lumière ce rapide tableau. Il reste à recueillir cpux qui n'entraient pas d'eux-mêmes dans le tissu de l'histoire politique, et dont le récit jette aussi du jour sur les rapports du Magrçb avec l'Europe et l'Église.

C'est par erreur que les Almohades sont accusés d'avoir déraciné entièrement le christianisme en Afrique (1). Il n'y t peut-être pas eu au Maroc de puissance moins hostile aux

(I) Morcelli lui-même a dit : Cœterum jQomen ipsum chrislianuin in Africa et Teleris Ecclesiœ vestigium omne saeculo XII delctum est, Alnohadiim secta dominante post Almorabilanim cœdem. {Africa christiana^ 1. 1, p. 32.)

chrétiens que cette dynastie. Du reste, Aixl-el-Houmoi savait que les chrétiens lui avaient ouvert -les portes do Maroc, en 1146, et il désirait augmenter le nombre de ceux qui servaient dans son année. Â la prisede Hehdia surlea Siciliens, l'an 1 1 60, il eût voulu s'attacher les vaillaDts d^ , fenseurs de cette place: maïs ils n'agréèrent pas ses prop»* , sitions (1). Youssouf, 61sd'Abc(-el-Hoiimen, en 1167, cm* ^ dut avQc les Pisans un traité de paix, de navigation, etis , commerce, par l'intermédiaire de leur consul Cocoo GiiÊ, ^ qui vint de Bougie à Ceuta^ puis & Maroc, oà le khalifela -^ accord^ la remise de captifs pris i- la suite d'un naafn|B ^ -sur les cdtes barbaresques; il ne songeait point à troaUv ^ les relations commerciales antérieurement établies entM ^ l'Europe et les Hammadites de Bougie; il traita lui-mêM avec Gènes en 1 167, puis avec la Sicile i laquelle, selon IK Gr^^rio, il aurait même reconnu des droits à un tribut sur Tunis (3). Pour ne citer qu'une des lettres qui lui Turent adressées d'Europe, Ubaldus, archevêque de Pise, lui écrivait en 1183 : • Nous, vos très-fidèles amis, nous a cions et aimons votre alliance et votre amitié au-desa»4j toutes les autres (-1). ■ En 1190, Yacoub el-Mansour, Qlsd'Youssour, ramensdc

(i) Uuratori, Am 14 60. On peut voir dsDS les Collaiidiitef, u (^ juio, p. i47, commeot Abd-el-Houmea ^iraita le marchand piua Bettivegos, & Tunis et à Hebdia. Édition de Veoise.

(1) F&Ducci, M, p. 47 et 49.

(3) Consider. sutla storia délia Sieilia, l, p. 601 . Selon GUimutt- Dio Summonle, Caniillo Tutiao, Guitlaume H aurail repris Afrio ■ MehdiaanrYouasouf; de là le traité de Païenne. (PietroGiaiiDaK,t.llr p. S6, 64.)

H) Biblioth.de l'Ëutle des Chartes, S* série, t, V, p. 1 39. Pièn lù^ des arnhivr.s de Florence, où nous en avons vu d'aotres anâlogoet.

ta guerre des Algaryes treize mille femmes et enfants, dont une partie sans doute était chrétienne et augmenta le nombre des ^disciples de l'Évangile au Magreb (1).

Lt lutte des Almohades coiitre les princes chrétiens d'EsjÊgae compromettait beaucoup moins qu'on ne serait porté i le croire les sujets mozarabes. Ces khalifes ont eu assez de kn sens et d'humanité pour ne pas faire retomber leur coKre, sous prétexte de solidarité, sur les chrétiens inoffaisiis de leur empire.

Cest pourquoi saint François d'Assise put raisonnable- ■oit penser à une mission au Maroc. Son ordre était i pane fondé (1208) qu'il tournait déjà ses regards vers ce pys, dont la conv^^on lui tenait particulièrement au eoenr : « O Tingisl TingtsI soupirait sans cesse le saint homme, oppressé par le zèle, 0 detnefita Tingis ! 0 Marro- Amml Marrochium, illusa civitas ! » Arrêté en Espagne fm la maladie, au moment où il se dirigeait vers le Maroc, eonfier à ses disciples la mission que la Providence jpermettait pas d'accomplir lui-même. Du reste, la ^qu'il leur avait donnée convenait très-bien à des misen pays musulmans (2). C'est à elle, à l'esprit de hu saint fondateur, fidèlement transmis d'âge en âge, que Toii doit les heureux résultats obtenus par les franciscains, f(mr la conservation de la foi au cœur des chrétientés pla-

ît) Gonde, partie 111% ch. 54, p. 505. Paris, 1840.

(%) On peat voir sartout les chapitres, 4 4, 45 et 46 : De euntibus in- ^Saraeenos, Les franciscains ou frôrês mineurs recurent plus tard fa dispenses sur des points secondaires ; mais au fond leur règle est ^ propre à les faire voir d*un bon œil par les musulmans : elle comloandela pauvreté extérieure, eu même temps que Tcsprit de pauvreté, ramonr des humiliations, Tesprit de pénitence et do sacrifice.

çées SOUS le joug des musulmans en Asie, en Europe ^^ Âfri(iue.

En 1219, deux troupes de missionnaires partent pçfur l'Afrique avec la bénédiction de saint François. L'une se rend en Ifrikia où gouverne Abou-Mohammed, le Hafsidl^; l'autre, au Maroc, où règne le khalife suzeraiii, Youssoufel-Mostancer.

Les frères Élu et Gilles, Ekctus et JEgidius^ arriyent i Tunis et se^ mettent à prêcher ouvertement le christianisme. La population, soulevée contre eux par un marabout, faillit les tuer, et les chrétiens en résidence à Tunis se hâtèrent de les ramener au port de là Goulctte pour éviter de grands malheurs. Gilles s'éloigna des villages barbaresques ; mais il parait qu'Élu réussit à sa fixer dans une ville du littoral où il. fit des conversions secrètes. Toutefois il mourut martyr, et l'on ne voit pas que cette mission franciscaine primitive ait rien fondé (1).

De leur côté, arrivaient à Maroc les autres disciples de saint François, ayant à leur tète Bérard de Carbio, du coin0 de Narni et qui savait l'arabe. Ils venaient de Séville avec d'autres chrétiens, parmi lesquels se trouvait un chevalier castillan, Ferdinand de Castro. Celui-ci les présenta à l'infant don Pedro de Portugal, qui avait fui la vengeance de son frère Alphonse, après une conspiration. Don Pedro était alors un des principaux officiers de l'émir. Les chrétiens du faubourg El-Bora le regardaient comme leur chef. Les franciscains furent sans doute enhardis par la présence de coreligionnaires qu'ils voyaient libres et honorés. On comptait en effet parmi eux dés personnages de distinction. Là s'étaient retirés, l'année précédente, Ferdinand et Gonzalès

(1) Wadding, t. I", p. 304 et suivante».

de Lara, désespérant d'enlever à Ferdinand UI le trône de Castille. Youssouf-el-Mostancer ne songeait point à iwjoiéter ce^ chrétiens.

Mais» contre l'avis de don Pedro, Bérard et ses compagnons attaquèrent publi(iuen;ient Mahomet. L'émir qui re^r^ trait à Maroc, f regum mausoleis^ en fut témoin, et il donna Tordre de conduire les missionnaires à Ceuta, d'où ils s'embarqueraient pour l'Europe. Don Pedro fut chargé de fournir une escorte;, mais les moines s'échappèrent en route et revinrent à Maroc. Alors l'émir les fit jeter en prison sans aucune nourriture.

Vingt jours s'écoulent et les religieux ne sont pas morts. On croit que le ciel les venge par une épidémie et une sécheresse qui désolent la contrée. Ils sont de nouveau conduits au rivage de la mer. Nouvelle fuite et nouveau retour au Maroc. Cette fois, don Pedro prend sur lui, dans l'intérêt commun des chrétiens, de fermer la bouche aux missionnaires en les gardant à vue, sans manquer pourtant de certains égards envers eux. Mais un jour, ils trompèrent cette surveillance ; et leur audace à réfuter le Coran fut punie, au commencement de 1220, du plus cruel martyre. Don Pedro eut beaucoup de peine à recueillir les restes de leurs corps ; et il en confia la garde à son chapelain, Jean Robert, chanoine régulier de Sainte-Croix de Colmftre. Cette dernière circonstance est à remarquer, puisqu'elle révèle la présence de prêtres au Maroc. Les franciscains n'y apportent donc pas les premiers la croix, comme on le dit généralement.

n est à observer, en outre, dans les détails que j'ai rapportés à dessein, que les franciscains sont condamnés non pas précisément parce qu'ils sont chrétiens, mais parce qu'ils ont publiquement combattu le mahométisme. C'est

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encore une distinction trop négligée de nos liistorien Enfin, si Ton y regardé de près, on verra que le terrîb Miramolin agissait moins peut-être selon ses inclinatioi personnelles que sous la pression de la loi musulmane et d fanatisme de ses sujets. Gar^ au témoignage des écrÎTail qui ont rapporté le martyre des cinq- missionnaires, il autorisa lui-même la fondation d'un évêché à Maroc, à la coii£tion que le titre en serait donné aux disciples de saint Frttt* çois(l).

Ainsi, pour en finir sur cette question de Tintolérance dei Almohades, il faut, si Ton veut être dans le vrai, se tenir «i garde contre deux opinions extrêmes : Tune qui suppose kl chrétiens bannis ou condamnés à mort sans aucune distinction -, l'autre qui les fait respirer, sous l'autorité d'émirs trètcléments, l'air d'une pleine liberté. La vérité est qu'ils JQUÎfr saient seulement du droit de pratiquer la religion, sans trof d'éclat et sans aucune propagande auprès des musulmansj encore ce régime n'était-il pas garanti contre les caprictt de la tyrannie et les soulèvements de la foule. On ne doit pas oublier, enfin, que la condition des Zimmi ou des sujcù non musulmans, mais qui croient aux Écritures, Ehl-el-Btab, fut partout et toujours chez les musulmans une condition d'infériorité. Elle rendait la- masse des chrétiens méprisable aux yeux des croyants (2).

(0 Wadding, I, p. 354. Toutefois, Mohammed-en-Nacer étant mari en <M4, et Tévôché de Maroc n'ayant été créé qu'en 4233, je doute qM le pape ait connu tout de suite cette bonne disposition de Témir, si taot est qu*il Tait eue réellement.

{t) On lit dans la vie du sultan d'Egypte^ Melek-en-Naeer Mohammed ebn-Kalaoun^ par Isbak, qu'un Magrebin assistant au divao de ^ prince se leva par honneur à l'arrivée d'un secrétaire coiffé d'un tart^a^ blanc. Le Magrebin le croyait musulman. Sachant ensuite qu'il était

Le peu de succès des premières missions franciscaine^, loin de décourager les frères mineurs, enflammait leur^èle, ou plutôt ils considéraient comme le plus beau succès de cueillir les palmes du martyre. Aussi, dès 1221, selon l'opinion la mieux fondée, Daniel de Belvederio et ses autres compagnons se rendent .à Ceuta, où les premiers,ârrivés attendent les autres en évangélisant les marchands pisans, génois, marseillais, et la population chrétienne de la ville.

Le dimanche de Pâques, les missionnaires communient tous ensemble, sortent du quartier des chrétiens, entrent sans permission dans la ville musulmane et y prêchent con^ tre Mahomet. On les conduisit au roi (1) qui, voyant leur tonsure, pensa qu'ils étaient fous et les fit emprisonner. Ds écrivirent alors àHugon, principal prêtre des Génois et à deux moines, Tun franciscain, l'autre dominicain récemment arrivés à Ceuta de l'intérieur du pays : « Nuntiatum fuit ante regem nomen Christi et confessum per nos, quod non est in aito vera saltis etprobatum perveras rationes^ medianie in^ terprete, cor dm sapientibus régis. » Le roi, ne pouvant obtenir d'eux une apostasie, ni même les réduire au silence, les fit décapiter. Leurs reliques furent déposées honorablement au Fondouk des Marseillais, m alfondega MaaiUm^ «mm, puis au quartier des Génois, m tnco GemietMÎum, et

chrétien, il détermina le snltan à distinguer les Zimmi de FÉgypte par la couleur des turbans /comme ir était d*usa^e au Magreb. Ce trait est <ie la fin du xiii* siècle ou du commencement du xiv« . Noweiri nous apprend qu*à la môme époque les chrétiens magrebins étaient bien plus homiliés que ceux d'Orient. Les premiers ne pouvaient monter ni chevaoi ni mulets. On les écartait même, par esprit de religion, des fonctions publiques. (Journal asiatique. Y» série, t. V, p. 393 et 493.) La conduite des émirs a varié sur ce dernier point. (4) You880uf-el-Moslancer

niers, in carceribus et locis a\iis (1). Â (juei pouvait tçnir cette recrudescence de wà^np^^^ envers les chrétiens? Peut-être à la propagandf^ JtcÀléè^vec trop de bruit par les nouveaux venus, àTétrangeté de leur costume qui éveillait l'attention des musulmans, au retentissement qu'avait eu le martyre des premiers missionnaires. U semble d'ailleurs que le pape fait plutôt allusion à des émeutes populaires qu'à ractipn directe du pouvoir souverain ou des magistrats. Les chefs musulmans ont rarement pris le soin de refiréner le fanatisme dé la populace.

n est évident qu'il ne s'agit pas ici des émirs Abd-el-Ouabed el-Makhlouè, El-Adel ebn-el-Mansour, puisque, de leur temps même, s'établissait a Maroc le couvent de Saint^cMalie (2). Les troubles qui agitèrent leurs règnes ont pu ^aflonner des souffrances aux chrétiens. Des tribus en révolte

jravagèrent, sous le règne d'ElrAdel, les environs de Maroc et la province de Doukkala, au nord de cette capitale (3).

&i i233=630-i, le pape Grégoire IX établit un siège épiscopal à Fez dans la personne d'Agnellus. Ce.fait, qui lemblait inexplicable et que des historiens paraissent passer lOQS silence à cause de cela, ne nous étonne plus mainte- Bint que nous connaissons le caractère des khalifes El- Mamoun et Er-Rechid. Le zèle des franciscains pouvait et devait préparer cette mesure. On est porté à croire que jusque-là, et antérieurement à la mission franciscaine, le

(\) Voir le BuUarium magnum j t. III, p. 244, Rome^ 4740.

(S) Domin. de Gubemaiis, Orbis seraph.^ lib. III, § 4^% p. 153.

(3} Ebii*KbaIdouD^ traductioa de M. le baron de Slane^ L 11^ p. 233.

Un parent des émirs almohades, neveu du gouverneur hafside de îi&if, fat à cette époque amené au cbristianismc par des dominicains. Il (joitta l'Afrique et se rendit à Rome. C'est du moins ce que raconte on auteur grave : Fontana, Monum. Dommcana, ad annum 4220.

ministëre sacerdotal s'étaitjttDétué au Maroc par les np*

ports avec les chrétienténpJH II estpio*

bable aussi, pour ne pas^n^phileinent ceftain, que 11

liturgie suivie au Maroc étaitialitUrgie mozarabe des dui^

tiens andalous, encore en u^age au xvin* siècle, au Maroei suivant Gramaye (1).

Agnellus, dans une lettre de Grégoire IX au roi de Ml^ roc, porte le titre d'évéque de Féz, Facensi episcopo. Toê^ ■ tefois il paraît que sa résidence fut à Maroc; au moins At j moment qù Fez se trouva sérieusement menacée par-tal] Merinides qui la prirent en 1249-^50=647, peu après II j mort d'Agnellus. Effectivement, lorsque Innocent lY, 6i j i9h|p643-4, donne Lupus pour successeur^ Agnellus, 1 ] n^Rne que de l'Église de Maroc, et il dit qu'elle est II | seule fille de l'Église romaine dans cette partie de Ti* | frique(2). 1

Agnellus mourut en 1246. Quoique nous n'ayons pu si* . gnaler précédemment que peu de traits relatifs à son ^ttr , copat, il a été sans aucun doute à la hauteur de sa missioiu Le martyrologe franciscain lui rend d'ailleurs un éclitiiit témoignage (3).

Loup Ferdinand Dairr, successeur d' Agnellus, sortait

(4) Cet auleur prétend même que les chrétiens marocains m servalent d*une traduction arabe de cette liturgie , qui remonte, comnH on sait, à TËglise wisigothe et dont on peut voir les monuments dani la Patrologie de Migne. (Grammaye, A fric, illustr,, p. 57.)

(2) Sane Marrochitana Ecclesia sola et unica in partibus ipsis fili* Romanœ Ecclesiœ. (Wadding, t. III, p. 150.)

(3) In Africa , apud Marrochios Beati Agnelli Feziensis episcopii doctrina et muUis virtutibus praeclari. Au 13 septembre. Cett^fonnul* employée pour les confesseurs et non pour les martyrs prouve qu'Agnëllas n*a point été victime du fanatisme musulman •

d'une noble famille. Il avs^it été chanoine à SaragossOv et {Nrieur de Notre-Dame dal Vilar en cette ville. Ayant revêtu l'habit de Saint-François, il fut chargé d'une mission auprès du souverain pontife par le provincial d'Aragon. Il vint donc à Lyon trouver Innocent IV, qui s'était réfugié en France pour échapper à la tyrannie de l'empereur Frédéric H; et lorsque sa mission fut accomplie, Loup demanda au pape la permission de faire le pèlerinage des lieux saints. Innocent lui répondit : « Yade, fili, cencedp tibi quod postulas, dum tamen non ut lupus sed ut agnui pergas. » Ce jeu de mots a induit plusieurs en erreur; croyant que Loup avait changé de nom dans cette circonstance, ils l'ont confondu avec Agnellus.

On apprit à Lyon, sur ces entrefaites, la mort de l'évèque de Fez et Maroc. Le pape, jouant encore sur le nom de £uptu, déclara qu'il voulait conférer à ce moine le siège va^ cmt : « Certè dignitas est alterius quem nuper de lupo feciinus agnum, et ideo dignus est ut de agno Caciamus pastolem luporum (1). » Loup ne prit donc pas le chemin de l'OrieQt, mais celui <iu Maroc. Il était porteur de lettres qm avaient pour but d'amener la dynastie ahnohade à l'Évangile, afin de la sauver d'une ruine imminente. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit à cet égard. Le pape èerivit encore à tous les fidèles répandus dans le Maroc, pour leur rappeler les devoirs à remplir envers l'évèque, dont il fait le plus grand éloge. Il prit soin de le recomman-* der aux gouverneurs de Tunis, de Bougie, de Capsa ou de Ceata, car Lupus avait la juridiction sur toutes ces villes ; et le pape tenait tellement à consolider cette intéressante • Église d'Afrique qu'il la mit sous la protection des autres

(0 Dominique de Gubematis^ Orôts frantiscamm, lib. IH, § K*

Églises et puissaneesiiveraines de la Méditerranée occM taie. Véyéqae reçut des pouvoirs spirituels très-éteoj pour absoudre les cas de conscience réservés au pape et ps donner certaines dispenses; il put accorder i quiconque i courait FÉglise de Maroc lesi indulgences concédées ptfj concile général de Lyon (i2i5), à ceux qui allaient au i cours de la Terre sainte. Enfln il était dispensé de la fii décennale Ad limina apostolorum^ attendu qu'il ne poiii quitter l'Afrique que sous le bon plaisir des Sarrasins wâ quels il était soumis (i). Après dix ans de travaux apostll ques, il vint à Rome et le pape Alexandre IVf à 36 prièraii déchargea du fardeau de son évècbé. Il fit le pèlerinage I Jérusalem et mourut à Saragosse.

Suivant le P. Francisco de San Juan del PuertOi le bti ciscain Conrad de Miliano, d'Ascoli, passa au Maroc an KJ tour de Lupus en Europe. Conrad était accomp^é Al PP. Benito de Podio et Dionisio de Santo Homero. 11 annl catéchisé et baptisé plusieurs milliers d'infidèles, converti i tofce de miracles. Mais il faut avouer que cette légeni présente bien des circonstances invraisemblables. Rappel en Europe par son compatriote et ami, Jérôme d'Ascoli, gé néral des franciscains, Conrad fut élevé ensuite au cardini lat par Jérôme devenu pape sous le nom de Nicolas IV (^

Lupus eut pour successeur Blanchus ouBranchus, doÉ la vie ne nous est pas connue, mais qui paraît avoir gouvend l'Église de Maroc jusque vers Tan 1289. Il y avait à Geuii)

(4) Voir Waddiog et Dominique de Gubernatis, lac. cit. Cam o** vigare Africa non licuerit , nisi do liccutia Saracenorum in quoroa doitainio Tcrsabatur. Wadding, p. 455.

(t) Francisco de S. Juan del Puerto^ Mission historial de Marv^ co^^p. 743. Séville, 4708.

en 1267, un évéque nommé frère Laurent ; mais nous ne sa- Tons rien de lui ni de son siège.

Au début, les principaux chrétiens du Maroc et les religieux missionnaires étaient en possession ^e présenter au pape celui qa'îls désiraient pour premier pasteur du diocèse. Hais depuis la mort de Lupus ce droit de présentation fut iccordé au roi d'Espagne, en reconnaissance des terres que don Sancho donna a l'Église de Maroc, vers Tembouchure du Guadal(iuivir , où furent depuis le séminaire de San Telmo et le couvent de San Diego. L'infant y ajouta une de ses fer-^ mes nommée Torre Blanca.

Outre les moines franciscains, les trinitaires rédempteurs d'esclaves continuent à paraître au Maroc. En 1245, les PP. Ménélas et Rodrigue y rachètent trois cents esclaves; mais dix insplus tard, les PP. anglais, Gilbert et Edouard, y souffrent le martyre. Os étaient restés à Maroc, après avoir envoyé en Europe, sous la conduite du frère Georges, quatre cent MHxante captifs rachetés par leurs soins. Le 21 juillet 1262, les trinitaires anglais Patrice et Willelm furent également brûlés pour la foi dans cette capitale. Ils avaient racheté cinq cent quatre-vingt-dix esclaves , qui partirent avec le P. Jean, l'un des rédempteurs, et ils étaient restés au mi- Bcudes chrétiens, afln d'y exercer leur zèle. Ils convertirent des musulmans, et on les mit pour ce fait en prison. Durant <[umze jours on les laissa privés de nourriture ; mais ils reçurent, disent les historiens de l'ordre, les secours miraculeux d'un ange. Enfin ils subirent le dernier supplice (1).

Les rehgieux rédenjpteurs ne furent pas toujours mis à ^ort comme coupables d'avoir attaqué le mahométisme.

(0 SUfcslre Calvo, liesumen de las prerogativas del Orden,.. y ^ ht varones ilustres que han florecido en e/. III* partie, p. J07 et »oiv. Ptmplona, 4791.

ec i:i^ a la place d esclayes iai CTî rîiTryfe d'Europe. Si Tai^gentseti Li -Kaiec: ^quelquefois victimes de -***it!5i!tat -•: w il .••:'l**r? i^? musulmans avares.

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