CHAPITRE VI
LES MERINIDBS.
Depuis le prise de Maroc (4S69=668) jusqu'à l'avènement des chèrifs
à Fex (45I^0=:9S7).
On peut fixer utilement les jalons chronologiques sui-
^nts :
J.-G. Hég.
les Merinides à Maroc 4269 =668
La branche des Merinides El-Ouatès
succède.. . U70 «8T5
les cherifs ^ maîtres de Maroc et de
Taroudant se font proclamer sultans
en Afrique 1521 =927—8
le cherif Mohammed, roi de Fez. . . 4 550 =957
Les membres de la famille des Beiri-
llerin sont mis à mort par ordre du
chérif. r . 4552 =959-60
Dynastie des Alhamarides à Gi^enade. . 4 235— 1 492=632—897
SocnsKi des Bem-Varin :
CtiBiLii, li i"A>i-«-aai,x. .... 4îf7 gsgjj
Am«-Tu^ ÔL'^-3Ksr. iiid' ihd-il-Hick. 1 239 iO=fir
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fr**« "* - **^'^ "^"'"•"' 1358 =759
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4„vs?u> ^a*.inm-u. i;» J Abou-Abd-
■ Î-Hiifen.
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^^ ,-. A ..v.«.u-e Tin*. .... J37t 5=77j .H ...■•.■ -■- "Ji tJSi— 3=78*, t,)^'-..i-.(iiauidii. dï» tl'Abou-Ifel- 4^««h liK i' Vbvu-.Ui Oour, fili
J.*€* Hé§« ,
fils d'Abou-Einan 4384 =786
taccr, fils d'Abou- 1-Abbas. . . 438* =786 bec Mohammed^ fils d'Abou-*!-
fils d'Àbou-'l-Hacen 4386 ^88
Abbas^ pour la seconde fois. • . 4â87 =789
irès, filsd*Abou-l-Abba8(l).. . 4393 =^96
lîd ;..... 4*09 «it8f4— fl
yacoub ' . . 4446 «49
lah 4423 =817
ûde Es*Cherif (étranger à la dy- '
I du même nom] 4470 =875
eikhOalès. . 4470 =875
Ded ebn-Saîd 4501 =^06~ 7
ebn-Mohammed.. . < . . 1530 =936—^7
ned ebn-Ahmed el-ELazeri^ ou
- US HERUflDES JCSQITA 1*ATËVE1IHIT DB U BRAKGHE DIS )ATÈS (4470-87^). COMMENCEMENT DE rOCCUPAMN PORTU- AD MAROC (i41S-l818).
1-Youssouf Yacoub ebn-Abd-el-Hak, après avoir I la puissance almohade, désigna son fils aîné pour riCier. Comme il représentait lui-mèmé une branche I de sa famille, ce choix souleva des mécontentesuivis d'une révolte qui se soutint dans le Rif, chez imara. Abou- Yacoub Youssouf, lils du khalife, obli-
.de Slane, Introduction à Ebn-Khddnun^ p. 34. A la fin du le, Ebn-Klialdoun nous fait défaut. Les dates suivantes apparaux règnes merinides; mais ellr» ne marquent pas toutes avec A précision Tavénement de ces princes.
gcm ks rebelles serrés dus Aloodan, petite forteresse i rowst de CenU, i dcmuder gitee :iSri=«69). Pluâeiiii des Merinides conqiroiiiîs dans cette abire, leçurent l'iih lofftsatîoQ de pesKr en Espagne pour sertir eontre les mft* ddes : aosâ Toyoos-noos depuis ce temps jnsqa'i la diuie de Grenade, la dynastie dTbn-el-Ahnier oo El-Amar »sistêe d'une garde afiriGaine commandée par des officks
En I371-âc=07O, le soltan Taconb mardia de Ra fV Tlemcen aTec une aimée où Ton distinguait les corps deb milice dirêtienne et des arcbers Ghoi. D avait i se fei^ de la diversion opme contre lui par les Abd-el-Ouid, ta moment où il fusait le siège de Maroc. TaghmoraGen fat battu dans la plaine d'Oodîda, sur 1Ts1t« et fl n'opén si ntraite en bon ordre que grice i la bravoure de sa mflke cbrêtienne dont le cbef perdit la vie. Hais Yaooub, «prii avoir rainé Oudjda, fit en vain le siège de Tlemeen; 3 l'abandonna pour revenir à Fez.
Peu après, en f 283=d67i, fl s'empara de Tanger, d'ûè fl \ envoya contre Ceuta son fib Abou-Yacoub, qui la réduisit à payer tribut. Ces deux places, dont les Merinides appréciaient rimportance aussi bien que les Almobades, avaient tour à tour proclamé les Hafsides, les Abbassides et leur pro* pre indépendance durant le cours de ce siècle [i]. Le sultm ^
(I) EbD-Khaldoun, IV, p. 58. Conde, Ut. M. ch. 9, p. 566. Les il* hamarides de Grenade deriennent tributaires de Castille, en 4245,8t par suite, ils combattent les Maures, de concert arec les chrétiens; mais cette vassalité leur pèse ; ils en méconnaissent souvent les oblige Iftoos. Appuyés sur les Africains, ib tâcberont de s\ soustraire, et, mai' gié les divisions intestines qui les affaiblissent encore, ils coosenreroo* •a moÎDt Grenade jusqu*en 4 49S .
(t) Eba-Khaldoun, IV, 66, dit que Yaeoob regardait Tanger eooi0«
ermina enfin la conquête du Magreb-el-Acsa tout entier par I prise de Sidjelmessa sur le Beni-Abd-el-Ouad, en aoûtept. 1274c=673. Le siège de cette ville dura un an, et il st fameux par l'usage de l'artillerie que les Merinides semlent y avoir employée. « Arrivé dans le voisinage de la ille, dit Ebn-Khaldoun, Yacoub dressa contre ell^ ses maliines de siège, telles que catapultes, balistes et l'engin à en qui lance du gravier de fer. Cette mitraille est chassée lors de l'âme-de la pièce par le moyen de la poudre enflamdée dont la propriété singulière opère des effets qui rivalisent vec la puissance du Créateur. »
En 1275=673, revenu de Sidjelmessa à Tanger par Maroc, ialé et Fez, Yacoub, heureux de pouvoir enfin combfittre es chrétiens, envoya un premier corps d'armée en Espagne, t il débarqua bientôt lui-même i Tarifa. tJn traité de paix (vec Yaghmoracen le rassurait sur sa frontière de l'ouest, ie sultan prit pour base d'opération Algésiras et Tarifa [o'El-Faldh, fils d'Ebn-el-Abmer, émir de Grenade, lui rvait donné pour prix de son concours. Durant les six mois p'il passa en Espagne, il fit beaucoup de mal aux chrétiens hns la région de Séville et du bas Guadalquivir. Rentré Ml Afrique, il apprit que le gouverneur de Maroc avait détroit les derniers représentants de la famille almohade dans es montagnes de Tinmal, et il consacra le temps de paix kmt il jouissait à la construction de Fez la Neute (1276= 174) et d'une citadelle à Méquinez.
Les deux années suivantes 1277-78=676-677, Yacoub lœrroya en Espagne contre Alphonse X de Cas tille, et il
I def de la plaine par laquelle il fallait passer pour alteindreX^uta. Ions avouons ne pas reconnaître cette plaine dans la configuration du Gloire entre les deux villes.
ajouta aa territoire mérinide la principauté de Halaga, lui fut cédée par une famille rivale des Alhamarides de G nade. Uémir grenadin, craignant de n'être bientôt luiH9i< qu'un simple vassal, forma une ligue contre le sultan a Yaghmoracen, souverain de Tlemcen, et avec le roi de C tille^ Alphonse X. Le sultan l'apprit a Maroc, où il était venu en i 278=677 . Il s'en inquiéta d'autant plus que Mal avait été livrée à l'émir alhamaride, et qu'Alphonse as geait Algésiras par mer et par terre. Le pape Nicolas avait ménagé la paix entre la France et l'Espagne, pouri le roi de Castille pût déployer toutes ses forces contre Merinides, dont la péninsule avait tout à craindre. Yacoul rendit donc à Tanger, et bientôt ses forces maritimes o centrées à Ceuta et a Tanger se portèrent au secours à\ gésiras, sous là conduite de son fils. Les chrétiens eflri levèrent le siège et se retirèrent sur Séville, heureux d'i tenir la paix (1279=678). La marine africaine paraît b équipée dans cette circonstance; les marins sont armés cuirasses et de cottes de mailles; ils combattent avec l'i et le sabre. Ebn^Khaldoun dit que la flotte chrétienne oo posée de quatre cents voiles fut en partie détruite avant \\ trée des Africains au port d'Algésiras. Les deux maii étaient en état de se soutenir l'une contre l'autre. L'Ang avait aussi la sienne, et vers ce temps les navires Pierre III remportèrent une victoire dans le détroit sur oc des Merinides (1).
Yacoub, occupé à réprimer des révoltes au sud de Bfan aurait voulu recommencer la guerre en Espagne où Alphon assiégeait dans Grenade même l'émir alhamaride , préo demfmcnt son allié ; mais il en était surtout empècbé p
(0 Ebù-Khaldoun^ IV, 104, Gonde et Mariana> liv. XIV, p. ».
[es dispositions iiostiles d'Yaghmoracen , contre lequel il lut marcher en 1281=679, par Fez et Tasa. L'ayai^t mis en fuite sur les bords de la Tafna, il le serra dans TIepacen pour donner le temps aux Berbères de FOuarenseris, ses illiés accoutumés contre les Âbd-el-Ouad, de se retirer au sein de leurs montagnes; puis il revint par Fez à Maroc.
Des circonstances fort inattendues le firent passer en Espagne pour la troisième fois, et à la prière d'Alphonse luimême. On sait que ce roi, pour arranger Tépineuse affaire les enfants de La Cerda, ses petits-fils, dont la France ^puyait les droits, voulut donner à l'un d'eux le royaume le Jaen, en fief de Castille (1). Mais Don Sanche, second fils l'Alphonse, s'opposait à ce que Ton accordât cette part, à ies neveux; il se mit en révolte contre son père, fit alliance ifec le Portugal, TAragon, Témir de Grenade, de sorte pe le malheureux Alphonse se vit forcé d'implorer le sultan nerinide contre un fils dénaturé. Il envoya sa propre cou- QDne à Yacoub et sollicita par une humble lettre l'appui .'Alphonse de Gusman, seigneur de San-Lucar, et général kns l'armée duMaroc, oùil s'était retiré, aprèsavoir eu quel- [ues démêlés à la cour de Castille. Yacoub arriva de Maroc . Algésiras (1282=681), mû par le seul désir d'être utile à IB père infortuné, si l'on en croit une lettre qu'il écrivit à Ulippe le Hardi, roi de France (2), mais plutôt par l'espémoede mettre à profit les tristes dissensions des chrétiens. 1 édioua devant Cordoue que Sanche défendait, et le retint outefois dans une inaction favorable au roi de Castille.
(I) Ferdinand de la Gerda^ (ilis atné d* Alphonse X et gendre de saint mm, était mort en 4S75, laissant ces deux enfants, qui furent firustrés il la couronne par leur oncle Sanche IV .
(I) Biblioth. imp. mss.
Avant de rentrer en Afrique, il fit la pm avec 1 émir de Grenade, qui lui rendit Malaga.
L'exconimunication dont le pape Martin FV avait frappé Sanche et ses partisans achevait de ruiner sa cause, lorsque Alphonse mourut. Sanche IV prétendit hériter^seul du trône et dé tous les fiefs mouvants de la couronne de Castille. De guerre lasse, l'Espagne se rangea sous sa bannière, et Yacoub effrayé de cette union , débarqua pour la quatrième fois en Espagne, â Tarifa, en 1285^=684. Il volait à la défense de Tislamisme , qui eût été bien plus menacé si l'Espagne et la France, au lieu de se diviser au sujet des enfohts de La Cerda, s'étaient réunies, selon le vœu d'Alphonse X, dans son testament, pour conquérir toute la péninsule. Alphonse X croyait cette alliance capable d'entraîner la ruine de l'islamisme, et sans doute cette pensée l'inspirait quand il léguait son royaume à la France, au cas ofi tes enfants de La Cerda mourraient sans postérité.
Yacoub assiégea Xérès de la Frontera, tandis que divers corps d'armée, dont l'un était commandé par son fils Abou- Yacoub Youssouf, faisaient d'immenses razzias sur les rives de la Guadalète et du Guadalquivir. Sanche évita de commettre en rase campagne sa fortune avec son armée. Lesprovisions du sultan s'épuisèrent devant Xérès, et il conclut une paix qui lui coûta deux millions de maravedis ou dirhems, environ 1,200,000 francs. Mais il obtint la restitution d'un grand nombre de livres qui avaient fait partie du butin enlevé par les chrétiens dans les guerres avec les musulmans, et il les donna au collège de Fez. La mort le surprit à Algésiras (1286=685).
Abou- Yacoub Youssouf succède à son père. Il fait la paix avec D. Sanche et avec Témir de Grenade, auquel il remet toutes ses forteresses en Espagne, ne gardant guère qu^Al-
gésiras et Tarifa. En /^frique, il eut i comprimer plusieurs révoltes sérieuses^ l'une entre autres contre les MakiL qui s^éiaient retirés dans le Dràa. Le sultan franchit l'Atlas par le pays des Heskoura, au sud de Tedla et à Test de Maroc, et bientôt les remparts de Sidjelmessa, de Maroc et de Fez se garnirent des tètes coupées aux rebelles (1287=686). Peu après éciâta la guerre entre lésMerinides et les Âbdel-Ouad de Tlemcen; Il y avait entre les deux familles des haines traditionnelles qu'Othman, fils et successeur d'Yaghmoraoen, ralluma dans le cœur d'Youssouf en refusant de lai livrer un traître. Youssouf ne fit du reste que ravager le territoire.de son ennemi jusque sous les murs de Tlemcen (1290=689). En f29=:69(M, il guerroya en Espagne où D. Sanche avait rompu la paix. L'alliance' entre le roi de Castille et celui d'Aragon, Jaymell, avait fortifié la marine chrétienne, qui disputa d'abord avec succès le passage du détroit. Les armements continués en Galice et en Biscave par le Génois Bent où Benoit Zacharie, amiral de Castille, hâtèrent le retour de Youssouf en Afrique. Ebn-el-Ahmer, rémir de Grenade, toujours prêt à rompre ou à contracter les alliances, selon ses craintes du moment, s'unit à D. Sanche, pour expulser définitivement les Merinides de l'Andalousie ; mais le roi de Castille ayant refusé de lui remettre Tarifa, prise en 1292=691 , après l'incendie des navires marocains du détroit, par Bent Zacharie, il vint en Afrique et obtint de nouveau l'amitié d'Youssouf au prix de Honda et d'autres forteresses qui furent données aux Merinides. Il tenta vainement de reprendre Tarifa, avecl'aide de D. Juan de Castille, qui, en révolte contre son frère Sanche IV et expulsé de Portugal, était passé au Maroc, au service des Merinides. La place fut défendue par D. Ferez de Gusman, que nous avons vu autrefois lui-même dans^ l'armée maro-
eadne. Il laissa froidement égorger son fils, pris dans une sortie, plutôt que de rendre Tarifa en trahissant son devoir. Ebn-el-Âhmer rachetad' Youssouf les places merinides4'£^ pagne, et D. Sanche pût dire en mourant (1S95) qu'il avait chassé les Africains de la péninsule. Les Musulmans s'en consolèrent en le vouant aux flammes étemelles (1).
En 4295=694, Youssouf prépara la guerre contre l'émir de Tlemcen, allié aux chrétiens d'Espagne; mais il ne passa la frontière que l'année î&uivante^ et il échoua au siège de Nedroma. Ayant peu après refoulé Othmandans sacapitak, il le tint bloqué quelques jours et revint à Fez. Nouvelle expédition en 697c»il298. « Arrivé sous les murs de Tleincen , il entoura la ville de son armée ainsi que lé halo entoure la lune, et il braqua sur elle une de ces arbalètes énormes dont la portée est si extraordinaire et auxquelles on donne le nom de coz-ez-ziar^ arc à caveçon. Quelques ingénieurs et un grand nombre 4 'ouvriers furent employés à construire cet engin dont les matéris^ux faisaient la charge de onze mulets. La ville résista néanmoins et Youssouf revint à Fez (1298-99^698). »
Au printemps de 1299==698, il reprit le chemin de Tlemcen et commença le fameux siège durant lequel les merinides se rendirent maîtres de presque tout le Magreb-el- Aousat, jusqu'au delà d'Alger. Quelques villes de la côte, llostaganem, Arzeu, restèrent seules aux Beni-Zian. Aussi lesHafsides de Tunis et de Bougie, les mameloucks baharites souverains de l'Egypte, les chérifs de la Mekke envoyèrentils des ambassadeurs pour saluer le sultan merinide. Tandis que ses troupes faisaient la conquête des provinces, Yous-
(4) Pero no se goro mucho tiempo... que poco 'despues le llevo Diof attjssirao a gehanam. (Gonde.)
souf bloquait Tlemcen où Othman était renfermé ; et pour mieux dteraalassiégés'tout espoir, il transformation camp i Touest de Tlemcen en une ville ceinte de haute;» murailles et de tours carrées. Il y éleva des palais, une mosquée superbe» des bains, et la remplit d'une telle magnificence qu'elle parut éclipser Fet et Tlemcen elles-mêmes. Gn lui donna le nom de Tlemcen la 'Neuve ou d'El-Mansoura, la Victorieuse (1).
La persévérance d'un blocus étroit réduisit les assiégés à un état de soufirance épouvantable. Ils en vinrent à manger de la chair humaine. Othman mourut pendant le siège en 1303-4=703. Son^fils, Abou-Zian Mohammed, lui succéda et alla bientôt le rejoindre dans la tombe. Abou-Hammou I Moussa prit la place de son frère, et il était sur le point de rendre la ville après huit ans et trois mois de siège, durant lesquels i 30,000 personnes vivaient succombé, lorsque le «dtan merinide fut.assassiné par un de ses esclaves. .
Alors Abou-Thabet Amer, petit-fils et successeur désigné d'Youssouf, rencontra: un compétiteur à Mansoura même, dans la personne de son oncle Abou-Salem. Il fit aussitôt savoir à l'émir de Tlemcen, qu'il lèverait le siége^ s'il parvenait avec son secours à entrer réellement en possession de l'autorité souveraine. Abou-Hamou alla trouver Abou-Thabet sur la montagne voisine de Mansoura et fit alliance avec
(4) Ruinée depuis par les Abd-el-Ouad, sauf FeDceinte des remparts, nn minaret, que Ton peut comparer à la Giralda, et une -partie des muniUes de la mosquée qu'il domine. Mansoura offre encore dos débris d'an caractère grandiose, et dont la contemplation nous a causé une impression profonde. En présence de telles ruines, on ne peut nier que ces dynasties africaines ne fussent véritablement riches et puissantes.
V. Brosselard, dans son beau travail sur les inscriptions arabes de
îkmceo, a très-bien décrit ol-Mansoura. (Voyez la Beime africaine,
î* année, juin 4869, n* 17.)
lui. Âbou-Salem voyant son parti diminuer s'enfuit du eôté de Nedroma où il fut tué, et Abou-Thabet entra dans Hadsoura. Les promesses faites aux Beni-Zian furent ponctuellenient remplies, et le sultan merinide, après avoir mis i mort des princes de sa famille qui rinquiétaient, revint i Fez en l'an 1^7=707. Cette mesure ne l'empêcha pas d'avoir beaucoup de révoltes à réprimer. Il dut même envoyer son vizir pour reprendre Maroc sur le gouverneur Youssouf ebn-Âbi-Elad, qui s'y était déclaré indépendant (1306=707), et il mourut i Tanger en 1308=706^ au moment où il s'avançait vers- Ceuta, pour enlever cette place, qui avait été livrée en i 306=705 i l'émir de Grenade Ebn-el-Ahmer cl- Makhloué. La Ville de Tétoiian avait été construite par ordre* d'Abou-Thabet, pour aider à bloquer Ceuta. Le corps du sultan fut conduit à Chella, et y reçut la sépulture près de celui d'Youssouf, que l'on y avait transporté de Tlemceni
Abou-'r-Bia, successeur d'Abou-thabet, fit la paix avec l'émir de Grenade et jouit d'abord des douceurs du repos. En 1309=709, il recouvra Ceuta, qui s'était lassée des Andalous; mais ce ne fut point un sujet de guerre avec l'émir trop menacé par les succès de Ferdinand IV, successeur de Sanche. Le sultan mourut et fut enterré à Tasa, où il terminait, en 1 31 0=7i 0, la répression d'une révolte sortie de Fez.
Abou-Sald Othman, fils du sultan Abou-Yacoub, fut proclamé à Tasa; il comprima un mouvement au delà de Maroc, contrée fertile en insurrections, fit une guerre de razzia sur le territoire de Tlemcen qui avait donné asile à des rebelles (1311-5=714), et commit, en 1315-6=715, l'imprudence de composer avec son fils cadet Abou-Ali Omar, qui s'était proclamé indépendant à Fez, en lui accordant la souveraineté de Sidjelmessa.
Omnr^ fils'd'une es&Iave chrétienne, organisa très-habilement son petit royaume, soumit le Tôuat, le Sous, le Drfta, Taroudant et menaça Maroc, dont il s'empara effectivement Fan 1332=^722: Âbou-Sald rencontre son fils çur.rOunjier-Bia et le rejette dans le Dran. Omar regagna Sidjelmessa non sans peine, i travers les précipices et des chemins affreux. Son père l'y poursuivit et eut encore la faiblesse de lui accorder le pardon.
Ceuta, depuis qujelques anné^, avait été soustraite aux Merinides. Le Wèli ou gouverneur d'Almeria, Soliman Abou-'r-Bia, s'en était emparé avec le secours de la flotte d'Aragon, commandée par Gilbert de Gastel-Nuovo(130jB= 709), et cette place se trouvait depuis 1316*7=^716 gou- Yemée par la famille Âzefi; qui autrefois y avait exercé la méAe charge. Abou-Sald la reprit en 1327-8=728, et fit fortifier principalement TAcho.
Il mourut en 1331=:731, au moment oàil venait dé conclure une alliance avec les Hafsides de Tunis, que les Abdel-Ouadites de Tlemcen mettaient à deux doigts de leur perte. Cette alliance fut scellée par le mariage de son fils Aboul-Uacen Ali, avec une princesse hafside.
Aboul-Hacen alla lui-même assurer par un traité ^es bonnes dispositions de son frère Abou-Ali-Omar, qui régnait comme on l'a vu à Sidjelmessa; puis il marcha contre Tlemcen, tandis que le bafside Abou-Yahia Abou-Bekr opérait du côté de la Kabylie. Mais il fut obligé de suspendre cette expédition pous aller assiéger dans Sidjelmessa Omar, traître à sa parole. Malgré les secours venus des Abd-el-Ouad, Sidjelmessa succomba après un an de siège, et Omar, ramené à Fez, y fut étranglé (1333=733). Abou-Malek, fils d' Aboul- Hacen, reprit aux chrétiens Gibraltar dont ils s'étaient émigrés en 1309=709, et le gouverneur Vasco Ferez se retira
en Afrique, pour n'avoir pas à rougir en Espagne de la honte d'une capitulation (i).
Aboul^Hacen put alors reprendre la guerre contre les B^ni-Zian en faVeur des Hafsides. En 133=3735, il partit de Fez. Nedroma, Oudjda tombèrent en son pouvoir, et taâdis que ses troupes soumettaient le Magreb central jusqu'au delà- d'Alger, il s'installa d^ns Mansoura comme autrefois k sultan Youssouf et serra étroitement Tlemcen, qui fut prise d'assaut après deux ans de siège ^l'^mai 4337=737). Les détails conservés par Ebh-Khaldoun montrent que les Africains et les Européens pratiquaient alors l'art des sièges i peu près de la même manière.
« Autour de la capitale abd-el-ouadite, Aboul-Hacen tira une ceinture de murailles et un fossé. Derrière le fossé, il posa ses catapultes et autres machines de guerre, et sur le bord antérieur, il construisit plusieurs tours dont duh cune avait en face une des tours de la ville. Du' haut de ces édifices, les archers merinides lancèrent des traits sur les archers abd-el^ouadites, et les obligèrent à s'occuper uniquement de leur propre sûreté, pendant que les assiégeants bâtissaient d'autres tours plus rapprochées de la ville et assez élevées pour en dominer les remparts. De cette manière, ils poussèrent en avant leurs ouvrages jusqu'à ce que leurs dernières tours couronnèrent la contrescarpe de la place. Les combattants se trouvèrent enfin tellement rapprochés, qu'ils purent se battre du haut de leurs tours à coups d'épée. On fit alors avancer les catapultes, et on les tira sur la ville avec un effet prodigieux (2). »
(t) Les divers récils d'Ebn-KhaldouD, de Conde, de MariaDa, etc.^ ne peuvent pas se bien concilier sur les faits de cette époque au littoral andalou.
(2) Trad. de Slanç, IV, tU. '
L'efBpire .ziaiiide était complètement anéanti. L'émir Abou-Tad^ avait ' succombé en défendant l'entrée du Mécbouar. Aboul-Haoen enrôla les Béni Âbd-el-Ouad sous sesdnqpeaux, et les dispersa de tous côtés dans ses vastes États. Cette famille ressuscitera toutefois à Tlemcen, par Tavénement d'une branche cadette, en i 34&=zJA9.
Aboul-^acen.qui, en 1335=735-6, avait envoyé une ambassade Avec des présent^ au roi de.Çastille, Alphonse XI, pour obtenir la continuation de la paix (1), était maintenant en mesuré de recommencer le djehad. Son fils, Abou^ Ualek, envoyé à Fav^nce en Andalousie fut tué en 1339=: 4&-740. Mais son corps, enlevé par les musuhnans; fut transporté à Chella. Le sultan réunit à Ceuta cent na- Tires, d'autres disent plus. d(3 deux cents, tant du Magreb (pe de l'Ifiikia, et cette flotte remporta d'abord une brillante victoire navale sur Geoffroi Tenorio, amiral de CastiUe. Mais la Providence se prononça contre Aboul-Hacen, près de Tarifa, sur les bords du Rio Salado (oued Acelito), où il rencontra l'armée d'Alphonse XI, de Castille, renforcée par les contingents de Portugal. La flotte d'Aragon fat témoin de la lutte. Au moment d'engager la bataille, le Français Hugues leva, selon l'ordre du pape, l'étendard de la crpix, en »gne que les chrétiens allaient se battre pour la cause du Christ. Us remportèrent une victoire comparable à celle de NavasToIosa. Aboul-Hacen s'enfuit par Gibraltar à Ceuta ; l'émir de^Grenade vers sa capitale; et Alphonse expédia au pape le cheval du sultan, plus de vingt drapeaux et d'autres précieux trophées (1340=740). C'est en vain qu' Aboul-Hacen essaye de paralyser les chrétiens à la suite de cette victoire, en envoyant des secours en Espa-
(M Mariana, XVI, n. 48.
gn^.Sa flotte est battue par les flottes cfarétiemi binées, sous les ordres du gèQois .Gilles BoccaiM Algésiras succombe en 1342-3=743, après un tàa où l'on déploya toute la science ncùlitain^ de Tépo^ Le Siiltan tourna ses vues ambitieuses du côté de et il prit pour prétexte d'une guerre contre le Omar, fils d'Âbou-'Yahia Aboù-Bekr, l'ayénemen prince au trône, contrairement à la volonté de son laissa le gouvernement du Magreb à son fils Aboi (1346=747), et se rendit maître en peu île temps di dé Cairouan, d-El-Mehdia , en un mot de VUÂ entière. Mais ayant blessé par la rigueur de son adaj tion les nomades arabes, il détermina une insurrepi lui fit essuyer un grand désaatre près de Cairouan» vit contrfdn t de chercher un asile (1 348c=497) . Ce fut un signal du démembrement de son empire : Con^ Bougie proclamèrent les Hafsides, les plus doux des mans qui aient gouverné en Afrique; l'émir Aboo4 déclara indépendant à Tlemcen , et déjà Mansour, 1 bou-Melek et pétit-^ls du sultan, avait agi de mèmi En juillet 749=1348^ les deux émirs se livrèrent près de Tasa et Abou-Einan, vainqueur, fut bientôt session de Fez et du Magreb-el-Acsa. Mais les Béni ^
Ouad, qui avaient fait partie de l'armée d'About alors renfermé a Tjunis, choisirent pour chef Othnu Abd-er-Rhaman, descendant d'Yaghmoracen, et n
(4) Levàntaron los xristianos grandes maquinas y torrea à para combatir la ciudad, y los mushimes las destruiao con pie liraban desde sus muros y con ardientes balas de hierro que 1 eon trônante nafla que las derribaba y hacia gran danoêi campo. (Conde, p. 4 06, Paris, 4 840.)
Dt sur Tlemoen, qui leur ouvrit ses portes. Ds s'y itallèrent en s'alliant ayec Abou-Einan, auquel ils proreat de repousser Aboul-Haœn s'il essayait d'entrer au greb.
Odui-ci, en effet, se mit en mesure d'agir aveo son fils •Naoer. Il s'embarqua pour Alger tandis que ce dernier \tmt dans le Zab, fit naufrage sur les côtes de Kabylie unira j non sans peine, dans un fragile canot. Son fils t de Biskra le rejoindre. Tandis que le hafside El-Fadl r oilevait Tunis et y rétablissait sa dynastie (1350= 0, leâ deux Merinides s'avancèrent d'Alger sur 1e Chélif. s En-Nacer fut tué par les troupes d'Othman, qui rélit à llemcen, et le malheureux Aboul-Hacen, rejeté m le désert, se dirigea vers Sidjelmessa, qui se prononça m faveur et contre son fils Abou-Einan. Chassé encore Sidjelmessa, par l'approche de ce dernier, il arriva, par cbemins impraticables de lldraren Dran, à Maroc, où le reçut à bras ouverts. Il s'avança sur TOum-er-Bia ir livrer bataille à son fils, mais la fortune le trahit à nedghaTSt, où il faillit perdre la vie. Réfugié dans les ntagnes du Miltzin, il y termina son étrange odyssée en 11=752. La mort le surprit au moment où il venait de donner i son fils et de lui transmettre l'autorité soui^ne.
àbou-lplinan donna la sépulture à son père, à Chella, et il dara la guerre aux Abd-el-Ouad de Tlemcen, Aboull-Oihman et son frère , Abou-Thabet. Il réduisit de «veau Tlemcen et tout le Magreb central, y compris Bou- B et le Z^, à l'autorité merinide (1352z=:753). Hais ce fut mie autre expédition, l'an 1357=757, qu'il enleva Gonsmtme, et que Tunis, menacée à la fois par sa flotte et ses troupes de terre, fut abandonnée par le hafside Abou-Ishak
ebn-Âl)ou-Bekr, et son chambéUan Ebn-Tafragum. Menacé par des complots et entouré d'une trop faible armée , fl jugea prudent de revenir à Fez, sans être même allé jusqu'à TuniS) dont la garnison merinide s'enfuit par mer, au
retour des Hafsides.
Des conjurés, qui youlaient porter au trône Es-Sàld, de préférence à tout autre fils du sultan, étranglèrent, dit-on, Âbou-Einan , atteint déjà d'une maladie mortelle. Hais Es-Sald n'eut qu'un règne court et malheureux, sous la tutelle d'EkHacen ebn-Omar. Tlemeen fut enlevée aux Merinides par Âbou-Hammou II Moussa, descendant d'Taghmoracen (1389=760). Ebn-Omar envoya une armée qui la reprit ; mais cette armée proclama elle-même comme sultan le Merinide Mansour ebn- Soliman, et revint au Hagreb, laissant Âbou-Hammou rentrer à Tlemeen. Tandis que Mansour assiégeait, dans la ville neuve de Fez, Es- Saîd et son régent, l'émir merinide Âbou-Salem-Obrahim, fils d'Âboul-Hacen qui était demeuré, en Espagne depuis la mort de son père, nouait des relations avec le roi de Castille, Pierre le Cruel (1), et entreprenait de soulever le Magreb en sa faveur. D vint sonder le terrain sur le litloral à l'ouest de Maroc; mais il ne le trouva pas sûr, et alla débarquer chez les Ghomara. Ceuta, Tanger, se donnèrent i lui. Mansour, abandonné, s'enfuit à Badis, et Ebn-Omar livra lui-môme Es-Saïd. Abou-Salem se trouva ainsi maître de Fez et du Magreb (1359=760). Les forteresses merinides d'Espagne l'avaient déjà proclamé.
De Badis on lui envoya Mansour, qu'il mit à mort , et il se débarrassa par le même procédé des Merinides dont il
(4) Voir Muratori, Rerum Ital. script., t. XIV, Villani , liv. Vîïl, cil. 100, cl t. XVII. Georges Stella, Annales G ermenses, ad an. 1355.
doutait le plus Tc^position : il feignit de le^ baBiur, en
spagne, et les fit jeter à là mer.
Mohammed V ebn-el-Âhmér, émir de Grenade, renverse
I son trône par son frère Ismaôl, vint se réfugier à Fez, es d'Âbou-Salem, qui lui devait de la reconnaissance, et iccueillit avec autant d'éclat que d'affection (1359=760). BS troupes africaines l'aidèrent, avec celles de Pierre le rael, à rentrer trois ans après dans Grenade. Abou-Salem reçut, en 1360-1=^762, d'un roi nègre, de ellî, des présents, parmi lesquels on remafrqua beaucoup 16 girafe. Pour le dire en passant, les Merinides échannrent plus d'une fois des ambassades d'amitié avec des souirains noirs, circonstance qui dénote une certaine facilité ) communication entre le Maroc et l'Afrique centrale. L'éternelle hostilité entre les Beni-Merin et les Âbd-elnd conduisit encore Abou-Salem à la conquête de Tlem-
II en 1360="761. liais T^ene fut qu'un épisode r Abouunmou, qui avait évacué sa capitale, y rentra bientôt, et m signa la paix. Abou-Salem. rendit aux Haisides CoAsntine et Bougie.
En 1361=762, il se vit obligé d'abandonner Fez, où son hre, Tachfin, fut proclamé, pour la forme, par un ambi- »x, Omar ebn-Abd-Allah, auquel il avait laissé prendre 9p de crédit^ et qui fut aidé dans l'exécution de ses prots par le caïd de la milice chrétienne, Garcia, filsd'Anliio. Poursuivi dtfns sa fuite, il eut la tète tranchée par un Idat de cette milice. Omar et Garcia tramèrent immédiament l'un contre l'autre, et 11 y eut dans Fez une santnle journée, où Garcia et une partie des soldats chréms furent massacrés.
Omar soutint un siège dans la ville neuve contre Abd-elilim, fils d'Abou-AIi-Omar mis à mort par son frère
Âboul-Haceu, ainsi qu'on l'a dit, en 1333=733(1). Âbdel-HaUm se trouvait à TIemcen, où il était venu de Grenade, appelé par les Abd-el-Ouadites, toi^ours heureux d'avoir un rival à opposer dans l'occasion aux sultans de Fez. Repoussé par Omar, il se retire à Tasa. Les Merinides du parti d'Omar étaielht mécontents de ce qu'il avait conféré le titre de sultan à Tachfin, presque idiot. Afin de les calmer, il le déposa et le remplaça- par Âboul-Zian Mohanuned, petitfils d'Aboul-Hacen, qui fut appelé de Grenade en Afrique (1361=763).
Abd-el-Halim , après une nouvelle et vaine tentative dirigée par ses frères sur Héquinez, se retira avec eux de Tasa à Sidjelmessa. Omar partit de Fez pour les y attaquer. Une rencontre allait avoir lieu à Tazoutet, près du col de rAUas qui met en communication le Tell et le désert (2), lorsqu'one convention reconnut les droits des deux partis dans leois états respectifs. Une révolution intérieure mit Abd-el-Moumen sur le trône de Sidjelmessa, à la place d'Abd-eL-Balim (1 362=764), qui fit alors le pèlerinage de la Mekke et mourat au retour. Omar profita de ces divisions pour envoyer Masoud, son principal appui, renverser Abd-el-Moumen.
Les années suivantes furent troublées par des divisions profondes dans l'empire. Omar fut amené à assassiner le sultan Mohammed, pour échapper lui-même à son mécontentement, et à lui substituer Abd-el-Asiz , fils d'Abool- Hacen. 11 dut aussi reconnaître Tindépendance d'un autre ambitieux, Amer ebn-Mohammed, qui, jouant à Maroc le même rôle que le sien à Fez , y gouvernait au nom des
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(2) M. de Slane regarde comme probable que ce col est celai dé Debdou entre Gucrsif et la Moulouïa.
}rmces merinides, Abôul-FadI et Âbd-el-Moupien, déchus lu trône de Sidjeltnessa. Mais Abd-el-Asiz eut assez d'élergie pour rendre au pouvoir son prestige et son unité. Il it assassiner Oinar sous ses yetix, et anéantit la famille de » ministre (1367=768); il s'empara de Maroc surAbou- ^adl, qui avait assassiné Âbd-el-Moumen, et le mit à mort. Uner ebn-Mohammed mourut aussi au milieu des tortures, iprès avoir été fait prisonnier dans les montagnes des Hinata, où le sultan Tavait poursuivi et assiégé malgré les leiges de lliiver, qui du reste fermèrent au fugitif la route la Sous (1370=771). Tandis qu'Âbd-el-Asiz déployait cette Igueur au Magreb, il envoyait à Mohammed V ebn-el- Juner, émir de Grenade, une flotte et des secours qui l'ailèrent à reprendre Algésiras sur les chrétiens affaiblis par sors divisions intestines. L'émir fit ruiner la place.
Le duel entre les princes merinides et les Bem'-Zian de lemcen recommença en 1370=:771 . Appelé par les eùnemis e ces derniers dont il avait en maintes occasions constaté le iftuvais vouloir à son égard , Abd-el-Asiz marcha contre Jx>u-Hammou II, qui s'enfuit dans l'Est, livrant sa capitale. •e Merinide rattacha tout le reste du royaume à ses propres tats. Mais il mécontenta des tribut arabes auxquelles Aboulammou avait fait des concessions de territoire, et des roubles se manifestèrent sur divers points du Magreb cenrai. n fallut même rejeter dans le désert Abou-Hammou ui^ venant du sud des Zibans, menaça Tlemcen. A la mort 'Abd*el-Asiz, les Merinides, fatigués sans doute par ces ifiicultés sans cesse renaissantes, retournèrent à Fez, et Jbou-Hammou opéra la troisième restauration de la dynastie bd-el-ouadite, en renversant un rival que les Merinides vaient intronisé à leur départ de Tlemcen (1372=774).
Es-Saldn, fils d'Abd-el-Asiz, lui succède; mais il était
très-jeune, et le vizir Ebn-Ghazi prit en main le gouvernement. Ce vizir se brouilla avec Mohammed V de Grenade, qui, dans la crainte d'être attaqué le premier par les Âfiricains, vint assiéger Gibraltar et fit débarquer à Test du Rif un rival d'Es-Sald. C'était un descendant d'Abou-Ali, nommé Abder-Rbaman, du nombre des princes merinides retirés dans l'émirat de Grenade. Mohammed gagna de plus le gouverneur de Ceuta qui, i son instigation, fit aussi ^prodamer sultan Âboul-Âbbas Ahmed, fils d'Abou- Salem, et alors gardé prisonnier à Tanger. Ces négociations amenèrent la cession de Gibraltar à l'émir de Grenade, de sorte que les Merinides n'eurent plus aucune ville à eux en E^fMgne. Ebn-Ghazi se trouva dans une situation des plus critiques, surtout quand Abd-er-Rhaman et Aboul-Abbas, s'unissant contre lui, le tinrent assiégé dans Fez Neuve. Il se rendit;^et alors Aboul-Abbas eut en partage le royaume de Fez, et Abd-er-Rhaman celui de Maroc et Sidjelmessa avec TOumer-Ria pour ligne de démarcation (1374=776). Ebn^hazi, banni à Majorque et nommé ensuite gouverneur de Ksaça, port voisin du cap Tres-Forcas, essaya de soulever une révolte en s'appuyant sur les Arabes du bassin de la Moulouîa. Mais il dut se rendre et fut mis à mort.
Les deux souverains de Fez et de Maroc, dont l'amitié n'était pas sincère, ne tardèrent pas à se brouiller. Abd-er- Rhaman, dans une première guerre, s'empara d'Azemmour, qui fut rendue à la paix. Il se Tétait fait remettre au commencement d'une seconde guerre ; mais Aboul-Abbas s'avança de Fez jusque sous les murs de Maroc. L'intervention de Mohammed ebn-el-Ahmer, émir de Grenade, mit fin à cette lutte. Abd-er-Rhaman, demeurant fort affaibli, Aboul-Abbas l'assiégeaet le tua enfin, Tan 1382—78:4, dans la citadelle de Maroc.
Le vainqueur tomba ensuite sur Abou-Hammou qui avait profité des circonstances pour^s'avancër de Tlemcen sur Tasa. Il prit possession de Tlemcen abandonnée par rémir en fuite vers le Chélif . Mais , en son absence , Témir
de Grenade se prononça contre lui et fit partir pour le Magreb Moussa, fils d'Âbou-Einan, firère d'Aboul-Âbbas et Tun des princes merinides qui vivaient en Espagne. Moussa trouva jun parti jprét à le recevoir, et Âboul- Abbas, délaissé par les siens, n'eut rien de mieux à faire qu'à se remettre aux ma^is de son rival, ii Fez, d'où il fut envoyé à Grenade. Le nouveau sultan mourut peu après (1384=789), et l'on procUma El-Montecer, fils d'Aboul-Âbbas. Mais un autre parti fit venir de Grenade et déclara souverain El-Oualhec- Mobammed, petit-fils d'Abpul-Hacen. El-Montecer, après un commencement de lutte où il n'eut pas l'avantage, con* smtit i aller rejoindre son père en Espagne. Alors Ebn-Maçti, vizir d'Ouathec, se brouille avec Ebn-el-Abmer, auquel il réclamait Ceuta , réuni à l'émirat de Grenade depuis l'entrée de Moussa au Magreb ; Aboul-Abbas, envoyé d'Espagne par Ebn-el-Ahmer, occupe Ceuta, Méquinez, marche sur Fez et assiège la ville neuve , tandis que ses partisans rétablissent son autorité à Maroc. Fez se rendit le Si septembre 1387=789; et l'on mit à mort El-Ouathec comme son vizir Ebn-Maçal.
Souverain du Magreb-el-Acsa, pour laseconde fois, Aboul- Abbas donna la main au Zianite de Tlemcen, Abou-Tachfin, qui disputait la souveraine puissance à son père Abou-Hammpu. Celui-d, selon son habitude, évacua Tlemcen à l'approche des Merinides; mais il fut poursuivi et tué. Abou- Tachfin se déclara vassal et tributaire d'Aboul-Abbas, et l'on fit la prière au nom du suzerain dans toutes les mosquées (1389=791). Mais la mésintelligence éclata entre eux
quatre ans plus tard, et Aboill-Âbbas, à la mort de son vassal, envoya son fils Âbou-Facës occuper Tlemcen, cfui se trouva de nouveau incorporée, avec le Magreb central, à Tempire merinide.
Âbou-Farès, enl393=s796, succède à son père et lusse le gouvernement de Tlemcen à Abou-Zian, fils d'Abou-Hammou. Le successeur d'Abou-Zian, Abou-Mohanuned Âbd- Allah, fut encore détrôné par les Merinides. Les documents nous manquent désormais pour suivre sans interruption le fil de rhistoire intérieure ^u Magreb-el-Acsa jusqu'à l'avénement des Chérifs.V Histoire deê Berbères à^Ehn-IShMotm s'arrête à la fin du xiv* siècle, et nous n'avons pour le xf* que des notions éparses. La rivalité ealre les Merinides et les Abd-el^uad continue d'agiter le pays. Vers l'an i437=S40, le hafside Abou-Farès intervint et refoula les Beni-Merin dans le Hagr^)-el-Acsa -, quelquesTuns restèrent cependant sous la domination du vainqueur, et l'on prétend reconnaître leurs descendants au-dessus de Mascara, dans l'importante kabyla des Merianin. Abou-Farès donna Tlemc^i en fief à la famille berbère des Beni-Ifren. Mais le second de leurs sultans, Abd-el-Moulé, fut dépossédé par les Beni- Zian, qui se maintinrent jusqu'àl-arrivée des Turcs enl5i5= 921 . Les Merinides, en décadence au Magreb-el*Acsa, se soutinrent faiblement à Fez dans la branche des Beni-Oatès; et autour d'eux s'élevèrent de petits états indépendants, qui produisirent la confusion et Tanarchie. Les Portugais et les Espagnols profitèrent de cette situation pour mettre le pied sur le territoire marocain, comme on va le raconter, depuis la prise deCeuta, en 1415, jusqu'à l'avènement des Chérifs au xvi® siècle.
. § 1. — DiCANDIGI DIS «BDIIDIS; BRARGlB DES BKIl-OATiSj US PMTUGAIS n US ISPAdOLS AD lAIOC.
Causes de la . décadence des llERiinDEs. — Des causes diverses ont miné la pui9sance des Merinides. La pépinière des princes de cette famille, ^ vivaient en Andalousie où ils acquirent une grande influence à la tète des Volontaires de la foi^ -suscitait des rivaux aux sultans d'Afrique avec une extrême facilité. On les voit se détacher fréquemment de la cour des émirs qui se succèdent à Grenade sous le nom générique d'Ebn-el-Ahmer, et allumer les révolutions dans le Magreb. Ce fut aussi un voisinage funeste que celui des Abd-el-rOuad ou Beni-Zian de Tlemcen pour les Merinides; et quoique ceux-ci aient eu l'avantage sur leurs adversaires par roccupation réitérée du Magreb-el-Aousat, il serait malaisé de dire lesquels ont le plus souffert de ces guerres suscitées non par les rai3ons de droit, non par aucun besoin social, mais par la jalousie, la haine et Tambition. La faiblesse, de quelques sultans dominés par des vizirs intrigants et avides de pouvoir,, le grand nombre de grinces du sang^ multipliés quelquefois par la polyganûe, la mobilité singulière ou la turbulence de Tesprit berbère, l'action du souverain trop superficielle et dépourvue de racines, tant sous le rapport administratif qu'au point de vue politique, au milieu de populations indifférentes à ses destinées, sont encore d'autres causes qui ont affaibli les Merinides; mais elles sont communes à d'autres dynasties magrebines.
Politique chrétienne. — Or, les chrétiens d'Espagne ne pouvaient pas ignorer cette situfition, et ils devaient comprendre que le moment était venu de mettre le pied sur la côte africaine, pour dominer le détroit et écraser la pira-
terie, qui déjà grandissait à la favear des progrès de h marine açx «ides précédents, pour.i8oler rAndaloûne musulmane et rempècber de reœvoic ces seocnirs qagi loi ani- Taient sans cessed!es nombreux petits ports marocains, pour nettie un terme aux grandes .invasions des BeribAres d'Afrique et, enfin, pour intervertir ^n jour, sH plaisait ilHeu, bs rôles, en devenant à leur tour envahisseurs. -
Les batailles navales, auxquéilesf déji^nous avons assisté, dans le détroit, hprise et Voccupation moméotanée de Ceuta et de Salé «utrefob réalisées, mcourageaient cette p(âitigiie du simple bonsms. En 1400=s808-3,.Hennmdetnn»tamare, joi de Gastille, envoya sa flotte contré Télouan, dès lors nid ^e pirates, et elle.ramraa une partie des habitanb m esclavage.
PaiSB DE Cbotà, en 1415E=8t8.— Dixans plus tard,.JeaDl de Portugal méditait la prise de Ceuta, et il pressa en 1414 les préparatife d'une eqiédition contre cette place paifidtsment choi!Bie.. D construisit des navires; il en fréta en Eqpigne, en Àngletocre et jusqu'en Allemagne. jD prit soin de calmer les inquiétudes du roi de Gastille, qui craignait qde Ton armât contre lui. Deux galères relâchant à Ceuta levèrent sans bruit le plan de la ville. C'est un préjugé fort répandu que les grandes vues politiques sont très-modernes, et Ton a dit que le roi de Portugal avait pour mobile le désir d'ouvrir à ses cinq fils une carrière chevaleresque. Mais il est évident que ce dessein était secondaire, et l'infant D. Ferdinand, dans le conseil de son père, fit très-bien valoir les hautes raisons qui militaient pour l'occupation et la éonservation de la place.
Abou-Sald, émir merinide de Fez, était un jeune homme plongé dans la débauche et sans nul souci des chrétiens. Sala ebn-Sda, gouverneur de Ceuta, doué au contraire de
beaucoup d'énergie, prit ses mesures pour la défense aussitôt qu'il eut vent du péril. Malgré la peste.qui éclata dans lis** bonne, malgré la mort de la reine et une éclipse de soleil, funestes présages au vulgaire, le roi mit à la voile le 26 juillet 1415 et découvrit alors seulement son projet à son ar-mée. La flotte comptait 230 navires et portait 50,000 hom* mesy chiffre sans doute exagéré. Une tempête la disperse en face de Ceuta, et Sala, se croyant délivré, congédié 5,000 Maures qui faisaient du désordre. Mais les bâtiments se rallièrent et, la' veille de l'Assonïption, l'entrée du port ftit forcée, tandis que les Maures se jetaient du côté du château o& l'on avait fdnt de préparer une attaque^ On se battit dans les rues^. A la nuit; Sala s'enfuit à cheval par la porte de Fez. Les infants Pèdre, Edouard et Henri se distinguèrent parleur bravoure, et, le lendemain, ils furent armés chevaliers dans la principale mosquée convertie en église.
Le moine Jean Xira prêcha sur ce texte imité de César : Veniy vidi etDeusviçit, et le roi remit à ses. fils les épées que leur mère Philippa leur avait données en rendant, le dernier soupir.
On dit que le comte de Barcelos, depuis duc de Bragance, transporta en son palais de Barcelos six cents colonnes de marbre et d'albâtre, enlevées au palais dé Sala. Don Juan conGa la place au brave Pedro de Menesès, qui, fiyant en ce moment un bâton d'oliVier sauvage à la main, répondit : « Je me charge avec ce bâton dé tenir en respect toute la canaille maure. » Cette, branche d'olivier se voit aujourd'hui à Ceuta dans la main de Notre-Dame d'Afrique, patronne de la ville. Devenue comme un signé de commandement, elle lui fut offerte en 1744 par D. Pedro de Vargas Maldonado, alors gouverneur, qui mit sous laprotection de la Vierge la place ravagée par une horrible peste. Ses succès-
► Il 11
seurs opt reçu par ce symbole l'investitore du ment, idms il est resté sous la garde de Notre-Dame.
Nous entrons ici dans des détails que le cadi^ de ce livre ne comportera que rarement. Mais il faut dire, au moins d'une manière générale, que si les expéditions espagnoles ou portugaises en Afrique ne sont pas exemptes de tout désordre moral, non plus que les garnisons des places conquises, on y remarque toujours un caractère religieux^ qui bit honneur aux deux nations et qui expliqué en partie leur succès comme il distingue leur histoire. Saint Jacques et ses cavaliers blancs est passé avec elles de la péninsule en Afrique, pour les soutenir à l'heure du combat: et c'est en mémoire de ces marques d'une insigne protection que la cavalerie de Geuta , réunie en confrérie de San lago, célèbre chaque année la fête de l'apôtre et conduit son imagé à la procession du Corpus Domtnt.
Le roi de Portugal quitta Geuta le 2 septembre. Il dressa le plan de nouvelles fortifications et d'un camp retrandié pour 6,000 fantassins et S,500 chevaux, qui devaient former la garnison de la ville. Le pape concédait une taxe sur les biens de TÉglise pour couvrir les frais de cette occupation. D. Pedro reçut Tordre de ne pas s'engager à Tintérieur du pays; et il se borna aux simples sorties, qui furent toujours heureuses.
Révolution au Magreb. — L'inaction d'Abou-Saïd souleva Topinioii contre lui en Espagne comme en Afrique. Ses possessions espagnoles furent absorbées par Témirat de Grenade, sauf Gibraltar, où il envoya son frère Saïd. Mais celui-ci fut assiégé par Témir de Grenade, qui s'empara de sa personne et de la ville, et l'emmena prisonnier. A Fez, on se révolta contre Abou-Saïd et on le massacra, lui et plusieurs de ses fils. L'anarchie troublait tout l'empire. L'émir de
Grenade eiivoya Sald pour rétablir Jie trône merinide; mus Sald rencontra un adversure redoutable dans son frère Yacoub, et la lutte continuant entre ces deux princes, le Magreb demeura sans souverain. En 14â3, un fils.qu'Âbou- Sald avait eu d'une chrétienne, et que sa mëi^ avait sauvé en se rendant à Tunis, Abd- Allah, se présenta aux peuples déchirés par la guerre civile. On l'accueillit comme un libérateur; ses oncles Saîd et Yacoub déposèrent les armes à ses pieds, et il régna sagement quelques années. Son gouvernement dégénéra plus tard en tyrannie ; la révolte leva de nouveau la tête et repl(mgea le pays dans l'anarchie.
Établissements a Ceuta. — t Ces événements, ne permettaient guère de chasser les chrétiens du territoire de l'Afrique. En 1418=821, une attaque par terre et par mer fut dirigée contre Ceuta par les Africains et l'éipir de Grenade ; elle échoua devant la résistance de l'infant D. Henri, qui se jet4 dans la place. Les Portugais continuaient à y compléter leur installation. Un petit ermitage, qui était sous le vor cable de Saint Jacques, fut transformé, ran.l420=823, en monastère franciscain, et le pape iaccorda l'érection, même en vue de la prédication aux infidèles (1).
L'année suivante, Ceuta, où nous avons signalé la présence d'un évêque, en 1267, fut érigée en égUse primatialc d'Afrique par Martin Y, et le titre conféré au frère Aydomar d'Orléans, évêque de Maroc. Cette translation, comme on le verra en son. lieu, n'abolissait pas le siège de Maroc où
(4) . . . Ac cupiat idem dax, sicut asserit, pro defensipne et augmento catholic« fidei^ ac reductione infidelium et aberrantiuni circumjacen- Uom populorum, ipsum eremitorium in monasteriom et conventum fratmm minorum erigi et monasterii titulo decorari. (Wadding, In regest. pont., p. 332.)
Aydomar eut un successeur; Toutefois, le titre d'église primatiale ne fut pas maintenu à Ceuta, dont Tévèque defint suffragant d'Evora.
Échec des Portugais devant Tanger. — Edouard I, sucéesseur de D. Juan au trône de Portugal, pressé parlés infants D. Henri et D. Ferdinand, de poursuivre la conquête africaine, commencée et facilitée par là possession deCeuta,^^ aux instances de ces princes, grands nialtrés des ordres dà Christ et d'Avis, établis pour combattre lïslanusme àootrânce. Les fustes de Tanger n'incommodaient pas moins les parages portugais et le détroit que celles de Outa, et la prise de Tanger semblait le complément naturel de l'œuvre entreprise en 14i5. Le Portugal n'était pas riche; raison de plus pour donner à là nouvelle expédition le caractère d'une croisade. Don Gomez, prieur de Sainte-Croix de CoTmbrè et légat du pape Eugène FV, apporta de Rome une bulle qai accordait des indulgence^ à l'aumône pour la guerre sainte et encourageait les sacrifices. Edouard, assuré que l'initiative de la guerre contre le Maroc n'avait rien que de légitime (1 ) , fit mettre à la voile pour Tanger, le 1 2 août 1 437= 841 . L'armée, où commandaient les infants, n'avait qu'un cadre de 14,000 hommes, et, par une néghgence inexplicable, la moitié seulement passa sur les navires. Le débarquement se fît à Ceuta, comme base d'opérations, le 26 août, et des tribus de Tintérieur, craignant d'être attaquées, se reconnurent tributaires du Portugal. Le corps expéditionnaire se divisa en deux. D. Henri se dirigea, par terre, contre Tanger, marche que Ton juge maintenant très^ difficile, et le reste de l'armée fut conduit, sur la flotte, au même but. Le 23 septembre, on se trouva réuni devant
(1) Voir p. 110.
Tanger, défendue par environ 7,000 hommes, sous les ordres de Sala ebn-Sala. Un premier assaut reste infructueux des nuées de Maures accourent de l'intérieur; on compterait peut-être 40;000 chevaux et 80,000 fantassins. D. Henri sort de ses retranchements, et refoule plusieurs fois cette multitude. Un second assaut ne réussit pas ; et Ton apprend que les rois de Fez, Maroc et Tafilet s'avancent avec 600,000 hommes de pied et 70,000 chevaux, « nombre prodigieux, s'il est véritable, dit Mariana; mais la renommée exagère toujours » , surtout quand elle traverse l'Afrique musulmane, ajouterons-nous. Henri jugea la retraite nécessaire. Mais elle devint désastreuse, malgré des prodiges de valeur, par suite des renseignements qu'un traître, le chapelain yartin Yieyra, donna aux ennemis. Huit fois les chrétiens turent assaillis dans leurs retranchements. On voyait l'héroïque évèque d'Evora, D. Alvarez d'Âbreu, d'une main frappant de l'épée les infidèles, et de l'autre bénissant ses soldats avec la bulle de la croisade. Enfin, les Maures consentirept à laisser libre l'embarquement, mais à la condition que les Portugais livreraient leurs armes et que Ceuta serait rendue; l'infant D, Ferdinand fut laissé en otage, comme garantie du dernier point. Les cortès ne ratifièrent pas un pareil traité; l'archevêque de Brague fit soumettre la ques^ lion de droit à la cour de Rome , qui ratifia l'opinion des cortès. On était d'autant plus Kbre d'annuler la convention, que les Maures, contrairement à leur parole, n'avaient cessé de harceler l'armée pendant rembarquement.
Captivité du B. Ferdinand. — Ferdinand fut donc sacrifié pour la patrie ; car on ne put obtenir son rachat , ni qu'il fût échangé, même pour le fils de Sala. Victime héroïque, honorée du culte des Bienheureux dans l'Église, il s'immola (le bon gré pour une si sainte cause. On peut lire au recueil
des BoUandistes, la navrante, mais admirable histoire de sa
captivité et de celle de ses compagnons, dont Ton a été an
biographe (1). Il fut conduit d'abord à Ândlla, où moont
son confesseur, Gilles Mendez, qui fut epterré dans Téf^
des chrétiens (2). Livré à un officier merinide, Lazanqdi
parent du roi de Fez, Abdelacan, filsdeBucard (voilà ce qui
deviennent trop souvent les noms musulmans sous la plmM
des chrétiens, et réciproquement), le prince fut traîné iFei;
mis aux fers et aux travaux forcés, sous le bâton des gpr-
diens des esclaves jeté^ dans une matamore où la vennni
le rongeait, ainsi que ses dévoués compagnons, dont le Mt .
Tafiligeait plus que le sien. Il mourut le 5 juin i443.1iflf>
raqui donna Tordre d'ouvrir le cadavre, de le saler et dj
mettre du musc et du laurier; car il eût voulu le conserff^'
pour le vendre au Portu^l; mais les compagnons duprioA-
recélèrent ses entrailles, comme des reliques, dans le nrir
de la prison, et le corps fut suspendu aux créneaux de FeL
Quelques gouttes de sang tombèrent sur les yeux d'un Mviii
aveugle; il recouvra aussitôt la vue, se déclara chrétien, flt
souffrit le martyre pour Jésus-Christ (3). Plus tard, lesoi-
sements du B. Ferdinand furent rendus au Portugal m
échange de deux femmes de Moulé Cheikh, faites prison- '
nières à la prise d'Arzilla, par Alphonse V (1471); on ha "
déposa au monastère de la Bataille de N.-D. de Belea, (A '
déjà ses entrailles avait été transférées en 1451, par ba ^
soins des captifs remis en liberté. Lazaraqui, son bourreao, *
cruel persécuteur des chrétiens, périt misérablement, Van *
(1) Voir Jean Alvarez, t. I de juin^ le 5 de ce mois, apud BoH.
(2) Prope urbem vero slabant mulieres plurimas, cum christitfit indigcnis et mercatoribus Genueosibus, quos inter etiam aiiqai Caitellani. (P. 569.)
(3) D. Diego de Torrès, Hist, des Chéri fs, ch. 104, p. 485.
obiUant A|)d-el-Houmemn, seigneur d'une voulait surprendre la forteresse (1).
UM B8-Sb6HRBR^ '— L'échec devant Tanger ne M la politique portugaise. En 1458=862, Al* Portugal avait préparé un^ flotte de 1<80 voihoounes, pour une croisade provoquée par le IQ contre les Turcs. La croisade n'ayant pas i utilisa ces forces contre l'Afrique. Il attaqua lier, nommé aussi Ksar-Masmouda, point qui XNnmunicii^ons par le plus court passage du Sbarquement fut difficile, et les Maures défente les alx>rds de la ville avec de Tartillerie et lifice. On arriva ppurtapt aux remparts, et l'on édielles et la sape, sans beaucoup de succès^ it Mai» l'infant D. Henri pointa un gros calion Nt Caible qui s'écroula au premier coup, et. les »yant la brèche, capitulèrent. La ville fut livrée oiir,, 19 octobre, et la mosquée dédiée aussitôt ie Conception. Le roi conQa la défense de la douardde Menesès, fils du comte de Villaréal. lement assiégée, au mois de décembre, par le t Moulé Abou-Hacen, le premier capitaine de B Maures y échouèrent encore Tannée suivante, lante-trois jours d'attaque, avec de l'artillerie 98 Bans nombre (2). .
Tahger et chez les BEiUnAzÀFOu (1464:::=868). et Henri UI de Castille se concertèrent quel-
iqnod babebat dictum Graceloy. . . caput babitantium
m. (Boll., p. 687.)
f IW. IV, p. 235. Mariana, XXII, d. 99. Léon , UI ,
que temps après pour attaquer simultanément Grenade 4 l'Afrique, de manière à empêcher la coalition de leurs afe versdres. l^e roi de Portugal fit voile pour Âlcasar-jS^ ghrer, d'où il envoya la flotte contre Tanger, sous les ordi^jj de Louis Hendez de Vasconcéllos, tandis que le f rino6 ¥é^ dmand se dirigea par terre sur cette place. L'assaut par caladè édboua, et l'on ne trouva point; panni lès a$si( les intelligences sur lesquelles on comptait. Ferdinand sa retraite sur Ceuta. Le roi alla ensuite faire une Ai et des razzia du côté d'Arzille; mais une tempête W de se rembarquer. Revenu i Ceuta, il entreprit de la montagne des Beni-Àzafou; il y courut de .très-( dangers, et perdit D. Edouard de Menesës, sans avoir, tenu de résultats en dédonunagement. Cetto^.cami commencée au mois 4e janvier 1464=868, parait échoué en partie à cause de la mauvaise saison, sur sur les flots.
Prise d'Anfa.-^ L'infant D. Ferdinand prit sa en i468s=872-3. Il fit voile avec cinquante navireB: 10,000 hommes. contre Anfa, ville florissante alors, et tituée en petite république, grâce à la décadence des B^id Marin. Elle envoyait ses corsaires aux embouchures à Tâge; ses insolences lui attirèrent un rude châtiments plutôt une destruction totale. Ses habitants s'enfuirent^ Rabat et ailleurs , quand ils virent la flotte portugaiM Ferdinand n'y laissa que des monceaux de ruines, sur loi quelles Léon ^Africain ne put s'empêcher, peu après, 4 verser des larmes (1). Dar-Beida ou Casablanca, qui sVl lève à la place d'Anfa, doit son importance a Tavant-dei nier empereur de Maroc.
(!) Descript.Africœ, lib. III^ c. 3. p 464.
vPmsb d'ârzilla et occupation de Tanger, 1*471=876. — La posilion d'Arzilla, plus rapprochée, plus facile à garder 3t qui se reliait mieux à Ceuta et à Lisbonne que celle l'Anfa, fixait l'attention du roi de Portugal. Pour s'en emparer, il -profita de la guerre civile allumée aU royaume de Fez. Le sultan merinide, Abd- Allah , dont le règne avait légénéré en tyrannie, fut assassiné par Un habitant de Fez, ipi portait le nom de Gfaérif, et prétendait descendre direeCement de Mahomet. Les partisans de la victime se sou^ levèrent contre l'usurpateur, et, parmi eux, on distinguait Hoolè Sald Cheikh, de la famille merinide, mais de 16 bfanche des Beni-Oatès. Il quitta son commandement de la légion d'Arzilla, et mit le siège devant Fez, d'où il fut re^ poussé, n investit de nouveau cette capitale j lorsqu'il ap* prit que l'usurpateur avait envoyé des fofces pour soumettre le pays du côté de l'Oum-^NBia. Le moment était favorable aux vues d'Alphonse, qui avait fait reconnaître la ^ place é'ArziUa, par le marin Vincent Simoens. La flotte portugaisede 306 nayires jeta l'ancre le 16 août; elle portait. 30,000 hommes avec de l'artillerie. La brèche fût ouverte eu peu de jours et la ville forcée, après une vive résistance des Maures, dans une mosquée et ' à la Casbah. Plus de 2,000 furent passés au fil de l'épée, et 5,000 réduits en esdanige. On érigea une mosquée en église, sous le titre de N.-D. de l'Assomption, et te roi y arma chevalier son fils D. Juan, agenouillé devant le cercueil du comte de Marialva, qni était tombé en héros. Moulé Cheikh arriva trop tard au secours de la place, et il fit une trêve avec Alphonse, pour retourner au siège de Fez, dont il parvint enfin à chasser le chérif, qui s'enfuit à Tunis. La trêve assurait à Alphonse, outre la possession des villes prises, le tribut des villages aux environs. Moulô-Cheikh rendit alors au Portugal, en
;, prisa Ar-
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JBHpi'à Tangor, Foitugais fv .sfHx. . -je. a sf^ dBK mi LsriTéedelev «^ Biâiam^ uwimiiB t^Hi, JLpàcmse eovoji :^ .X .jc itf JnoHBr. 4 PRadcr possessioD. D «Rir :aeniiasifr .our phs tard, etca iiwna .,L ,3na?H -la .e «laiM. ^<:!ini»vie!MBt-Yiiioentde .^liiiiiiiK' i\ iisiasMe our * «mpirr m àece épisoopiL
^se X oa: !ijamMr arginL—u se repraît. TalutâAlcuffi!^ * '^rsiMit . .ur*ana^ -ït '.e ium i|a'fl prenaiide -nirikfr^H- ^ ï<rt>-;^ tfiui ^e Màgmpuur ér$ copiai. Ltf -L^ e '••rruciL rrrmi *ia* -or> .e lire «Je rob de deçie^
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fc:^' :•'■'* t^-»:*- ai* e T»! ie F»?2. les Portugais, on • -.-r?**- ..-:-:. r^-"-;. ^ruTiiKir ^Hir nmi^uillitê par des ex- , "ir :» -1- ' /M^- .r> ir'iiLaL.^^ urôuîeates el insouoùses. 1 •-1 -•*• =.>^,;— i. r ^--:*k.'rTwiEr'ieLeuta saccagea Targact ; i.cni-»* '-ui- -iir^ •:! .'uua rrua ju boni du Louccûs, *? »-. p»''=>î"ri-.;. t-w nbu> ie> eaviroQS d'Anfa et de 7«ry.»- ".n it* jiiirvut lit j«juipier >ur la répression par le
' ^'w k\i: itt-m-'i 3uh:-j -i 'ait la peu plus lard, eo 4477, aloi? a;*» w ^-.--'-iji. » .--. ani;i: ûi àL' .uruder Jiins El-Djexira, îlol d"
sultan de Fez, Moulé Sald Cheikh, assez occupé de soutenir sa propre autorité. En 1490=895-6, il fit, i lf( tète^ de 50,000 hommes, une expédition contre les Zenata dee montagnes appelées Matagara par Marmol, et situées' i Test de Fez (i). Il essuya une défaite. Son fils obtint plus tard de ce pays le tribut d'un panier de raisins par feu.
Les Espagnols a Melilla et Ksaça. — L'Espagne était vis-i-vis du Iforoc dans une position semblable i celle du Portugal, et il est naturel qu'elle, ait songé à prendre aussi ses sûretés en Afrique, puis, embrassé des projets en rapport «rec l'étendue de sa puissance. Ferdinand Y et Isabelle ayaient réuni par leur mariage les couronnes d'Aragon et deGastille, lorsqu'ils envoyèrent Je duc de Médina Sidonia^ eo 1481 ou 82=:886-7, contre Melilla, dont les barques insultaient les chrétiens et les côtes même de l'Espagne. Les haUtants menacés recourent au roi de Fez, qui, en guerre «fec un de ses parents, émir à Tlemcen, ne put leur enwj&r que 500 hommes^ Alors ils se retirèrent dans les montagnes, en laissant la ville a demi ruinée. Le duc fit i^parer les brèdies, bâtit une citadelle, et sa famille garda la place en fief jusqu'à la fin du x\f siècle où elle revint i la couronne. A cette époque, les gdères pouvaient entrer, quoique difficilement, de la mer -dans le lac salé, qui est voisin de Melilla. Les marchands chrétiens venaient au moyen âge ecHBmercer en ces parages, et Ton péchait des huîtres à perles dans la baie.
Le duc entra aussi sans coup férir à Ksaça ou Casarès, petite ville voisine, fréquentée des Vénitiens, et dont la terreur avait chassé les habitants. Il y mit une garnison.
Pkbi M GuziAK. Les MMB4KIBS n U8 IU1P8 EN Afuoob. k la waèneéfoqpit s'engagetit la d»iiîfa« passé du duel huit fms aècobére qui allaîl se temmier par l'extinctiôii totale de la piàsBure mosyiiDaiie dans la péninsule. L'émirat de-Gre- ■ade «si dédiiré par la guerre civile, et les cris dé détresse partis de \lalnpa qui succombe en 148^7=892, évdU^t a peine les échos du Maroc, dont eUe n'a reçu que. de faibles secours^ Feidinand écfaai^ une partie de ses prisoiiniers contre des escia^es retenus en Afrique, et cent Africains enipoyésà Borne y reçoîieal le baptême et entrent dans la garde pontificale J). Les deux émirs, Ez-Zagfaal et Es-Segfarer, qui se disputent une souferainelé agonisante, n'ont pas le courage de se réconcilier. Le premier rend les derniers drtNts de vassal que le roi de Casiille fan avait lusses et va mourir au Magr^ obscur et déshonoré. Abou*Âbd-Âllah es-Seghier BoahdiT rend Grenade leS janvier 1482-i Rabil, 897, aux couditioBS suivantes : Les mosalmans auront la vie sauve. Ceux qui voudront rester siqets du roi de Castille jouiront de la liberté civile et religieuse. Quant & ceux qui préféreraieai passer en Afrique , on les conduirait avec leurs richesses sur les points de la côte qulls auraient choisis. L'émir recevait en tief une vallée du royaume de Murcie. Mais dégoûté plus tard de l'existence, Boahdil passa en Afrique et mourut à la bataille de Medjez Bacouba. au service de son parent Moulé Ahmed, roi merinide de Fez. en guerre avec le roi de Maroc.
Nous sommes en présence d'un événement qui eut de grandes conséquences pour le Maroc en particulier. Les Morisœs ou Maures restés en Espagne sous la domination chrétienne, vinrent en très-grand nombre et «uccessivemenl augmenter la population africaine, soit par émigrations voloo-
(4) Coode et les principales histoires d*Espagne.
taîres, soit par suite des mesures d'expulsion, dont ladernièipt et la plus générale nous reporterait jusqu'à Philippe m, en 1610=i 018-9 (1)^ On n'a point i ei^aminer ici les causes de l'expul^on.des Maurisques et de celle des juifs d'Espagne et de Portugal, non plus que les résultats de cette mesure i l'intérieur de la péninsule. Ce qui est certain, c'est que des hommes d'État, pleins d'amour de la patrie, et bien plus ra* marquabïes par le génie politique que par l'excès du zélé religieux, ontcru devoir trancher çiinsi, pour la nation espBr gDole, la question de sa propre e^dstence : to be i^r not to be. Car l'esprit de révolte qui couvait ou éclatait au sein des populations musulmanes, leurs relations avec l'Afrique et les trahisons préparées par des convertis hypocrites étaient en eSet pour elle un incalçulahle danger, ime pei]pétuelle menace. Quoiqu'il en soit, deux faits se produisent cm Afrique comme conséquences de la prise de Grenade et de l'immigration des Maures : l'arrivée, surtout dans les villes de la c6te, d'une population nouvelle, industrieuse, parlant l'espagnol et l'arabe,. et dont les travaux ont rendu des cités et des campagnes florissantes; puis. le développement de la piraterie activé par la haine de ces nouveaux venus contre les chrétiens et contre les Espagnols en particulier, par la iacilité des descentes et des pillages en Andalousie, où ils nourrissaient des intelligences ; enfin, par le mauvais accueil (|ue ces proscrits trouvaient en Afrique et qui les forçait à chercher fortune au milieu des hasards de la mer (2). Les Magrebins distinguent encore de nos jours ces émigrés
{^) Outre les décrets de Jean et Emmanuel de Portugal, citons ceux ie Ferdinand, en 4502, de Charles-Quint, 4525, de Philippe II, 4666 eM570.
i^) Gomez de Lozada, Escuela de Trabajos, p. 329.
des Arabe» d'Orient; ils les appellent El-Andeless. Beaucoup arrivèrent en 1499 et 1502, à roccasion de là révolte des JUpujarras, qui fut soutenue par les Gandules appelés d'ifrique (1). Charles-Quint leur accorda rembarquement sur ses navires au port d'Estepone, à la condition qu'ils paye- <ndent chacun dix ducats pour leur rançon et le passage. Mais n'anticipons pas, et venons aux premières mesures qui suivirent la prise de Grenade; elles concernent les juife.
II fut avéré que les juifs avaient entretenu des intelligences secrètes avec Içs Maures durant le siège de Grenade, pris un masque de conversion pour mieux trahir l'État, pratiqué l'usure sur une vaste échelle, soudoyé les assassins de l'inquisiteur Pierre d'Arbuesa, massacré devant l'autel à Saragosse ; et on leur laissa le choix entre le baptême ou l'exil, avec le droit d'emporter la valeur de leurs biens(2). Deux ou trois cent mille, selon la commune estimation, passèrent en Afrique par Cadix ou par le Portugal. Ici plusieurs s'arrêtèrent à la condition de payer par an huitécus d'or : le roi Jean II ne leur avait d'abord accordé qu'un délai; mais Emmanuel, son successeur, adoucit ses décrets. En 1496, ils prirent un caractère plus rigoureux et qui dépasse les bornes des maximes chrétiennes. Les infortunées familles îsraélites périrent en grand nombre sur les chemins du Magreb, et les Berbères assouvirent Sur elles leur soif de luxure et de cupidité. Fez, Salé, Tétouan sont du nombre des villes qui recueillirent d'abord un plus grand nombre des émigrants juifs et musulmans.
Télouan. — Cette dernière ville fut donnée par le roi de Fez au caïd El-Mendani ou Almandariqui, la relevant après
(1) Mariana, liv. XXIX, n. 3î.
(2) Mariana, liv. XXVI. Le doct. Héfélé, Le ccardinal Ximenés, de
environ un siècle de ruine, en fit une principauté et4a tran»^ mit à sa descendance. AHié i Âli Barrax, cald de Chéchuan^ il fit beaucoup de mal aux chrétiens. Ges deux petitsprinces inquiétèrent Ceuta et Melilla; ils capturèrent des navires et Ton compta plusieurs milliers d'esclavies dans leurs possessions. En 1495=900-1, ils ravagèrent les plaines d'ArziUa jusqu'aux portes de la ville. La garnison secourue par celle de Tanger leur tua un millier d'hommes en rase campagne et les dispersa.
Politique d'Emmanuel de Portugal. — Ces attaques fai* saient comprendre à Emmanuel II les inconvénients d'uiie occupation restreinte et contribuaient à élargir sa politique* En 1'496,' le pape Alexandre, pour encourager le dessein d'une grande guerre, accordait des indulgences, non*seu^ lement aUx soldats, mais à ceux qui donneraient deux réauz pour les hôpitaux et les temples des villes conquises (1). Le roi, de son côté, ajoutait aux revenus des gens d'Église eii Afrique, le dixième des redevances payées par les Maures. Jean HI, Sébastien et ses successeurs se promettaient « de ranger ce pays d'Afrique sous bonne discipline et religion chrétienne, le peuplant de saints personnages, qu'ils entendaient renter, pour prêcher aux plus dévoyés du chemin qui conduit i la salvation de nos Ames (S)^ » Emmanuel n'agit pas immédiatement, et il ne reçut guère que de fâcheuses nouvelles les années suivantes.
En 1501 =fin de 906, une armée de débarquement fiit vaincue sur la plage de Mers el-Kebir (3), et en 1502, le roi de Fez, dégagé par l'expiration de la trêve d'ArziUa, battit
(h) Raynaldi^ ad hune ann., n. 28.
(î) Joachim de Centella», Les Voyages et C(mquétes des rois de Por^ M, p. 38. Paris, 4578.
(3) Léon Fey, Hùt. d'Or an, p. 56.