‹ Description et histoire du MarocChapitre 40 sur 50 · IM · texte numérisé non relu

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las giniiâCNis de oette Tille et de Tangw,

inettre le nége defant 068 places. Dim ten de MoB^

l-aii llfOS, de smiirsiidre Aloaiv Kelw ma Hulieu.d^iine

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Anflla. L'ennée suifsnte^il réwrit pourtaiit i brtler dsM

le imère de LinUdie cm i y eqptoiwphisieiiÂiMTiras^eiitn

autres des eanvelles. portugaise prises par des eonaim

Tétooan, qui troaraieiit li imabri (I).-

Progrès des Portugais^ — Emmanud, pourxéalifeer spa plan d'eztensioii, voulut d'abord occuper plusieurs pointa du littoml an midi : les ports demer, plùsfiMâles idéEeBdm et ^ ttvitaillMP, prenaient bieutât d'ailleurs une inqportanm eommerciale, et il semblait dangereux de oommettrepréoM^ turément une armée i. l'intérieur. Il fonda MoMOffm^ oa CastiUo Real en lS06::i942 et l'entoura de bonnes flKtificatiens. Elle menaçait au nord Aisemmour et au d^ Safi,qp s'étaient aAramdiies de la domination des Merinides.

Safl fut prise dès l'anuée suivante. ËrigéO' en r^ubUqoe par la famille des Beni-Fariions^ qui l'enleva an Merinide En-Nacer Abou-Chentouf (?), elle devint une petite racnardiièsousAbd-^r-Rhanum, membre de cette famille et assassin du gouverneur Amedui. Mais il fut lui-même assassiné par des conjurés dont les chefs, Ali ebn-Guedmoi et Yahia ebn^Tafout, reçurent du peuple le commandement; et AU vint i Lisbonne demander le secours d'Emmanuel contae le parti d'Abd-er-Rhaman: Le roi l^accorda, mais a la condition qu'on donnerait aux chrétiens un fondouk avec porte, sur la mer et une tour pour, leur sûreté. Diego Asamboac, gouverneur de Mazagan, Garcia de Melo, qui avait des caravelles sous ses ordres, se ' rendirent donc à Safi. Ali

(4) Manhol ncoate ces faits d'armes en détail, p. S07j SIO^ S30.

manifesta de la défiance envers les Portugais; ils noué* teai alors desintrigues qui leur firent un parti dans la place» et ils s'en rendirent maîtres. Ali fut chassé et se réfugia à Targa,àdix lieues d'Azemmour; mais Yahia^ d'un caractère moins intraitable, alla s'expliquer devant la cour de Lisbonne et il en revint avec le titre de général de la campagne. H contribua beaucoup en cette quitté, les années suivantes, i rendre tributaires du Portugal le Doùkkala, une partie des provinces de Haha et de Maroc, et il battit des troupes me* rinides de Fez et les cherifs de Haha et du Sous. Niino Fer^ nandès d'Atayde, gouverneur de la place, l'avait pour Ueu" tenant. Ce ne fut pas sans peine qu^ils parvinrent i dominer le pays. En 15i0, Safi supporta même un siège où les Ber^^ bères et les Arabes perdirent six mille hommes. Us avaient de l'artillerie ; mais la place reçut des renforts du Portugal et de Madère; les juifs même qui, dans ces circonstances^ ont coptunie de se tenir cois, pour invoquer le bénéfice ùè la neutralité quel que soit le vainqueur, furent forcés de concourir à la défense. Atayde reprit ensuite l'offensive avM . une nouvelle vigueur, au point d'aller enlever des prisonniers jusque sous le canon de Maroc, hardiesse qui lui attira le blâme de plusieurs.

Santa €ruz^ au cap d'Aguer, fut acquise vers le même temps que Safi i la couronne de Portugal. Ce n'était qu'un fort en bois, élevé par des négociants portugais pour le commerce et la pèche. Mais le roi la fit agrandir et -solidement fortifier, de sorte que la garnison soumit au tribut la contrée environnante.

Azemnumr^ voisine de Mazagan, convenait au rbi de Portugal, qui Tavait rendue tributaire. Les marchands chrétiens qui l'habitaient lui en révélèrent la faiblesse, et Jean de Menesès, gouverneur d'Ai^illa, lui leva secrètement le plan

des embouchures de TOued-Kous, du Sebou, du Boa-Be> greg et de TOum-er-Bia. Sidan ou Zejam, parent de Mo* hammed, roi merinide de Fez, fils et successeur de Sill Cheikh, vint fort à projpos offrir ses services i Emmàanel pour le mettre en possession d'Azemmour. On^vait lieu de se défier de promesses de ce genre, dont les Maures ne sont pasavares. Celle^i obtint quelque créance. Juan de Menéses, qui avait l'expérience de là guerre d'Afrique, met ih voile de Lisbonne, et, le 12 août 1308=914, fraiîchissanth i barre de TOum-er-Bia, il assiège la ville avec plus de 2,000 i arquebusiers et arbalétriers, et 400 chevaux. Sidan était entri i dans Azemmour, qu'il devait trahir et livrer. Mais les habi* i tants résistent, jettent au fleuve des fascines enduite! de i goudron et enflammées, pour brûler la flotte ennemie; et I'ob i apprend que Sidan, trahissant au contraire les chrétiens,! i pris en main la défense de la place, . en y mettant pour ooih ii dition qu'il en aurait la souveraineté. Les Portugais furat t| obligés dé se rembarquer et hdssërent plusieurs natim | échoués dans la vase du fleuve. )

Siège d'Arzilla. — Le roi de Fez, Mohammed, ne pouvait | voir tranquillement tant de portes ouvertes sur ses états; il i avait d'ailleurs été prisonnier en Portugd, et il conservi^ i sans doute parmi les souvenirs de son enfance, plus d'une « menace lancée contre l'Afrique. Voulant donc commencer i à rejeter les chrétiens dans la mer, il assiégea au mois d'octobre Arzilla et l'environna d'une armée formidable. Le long de la plage, il masqua de l'artillerie avec des gabions plans de terre, pour empêcher l'entrée du fleuve, et il fit saperks remparts, que les arbalétriers tenaient dégarnis en écartant les assiégés. La ville fut prise et la garnison de 400 hommes seulement se retira dans la citadelle sous les ordres du gouverneur D. Vasco Coutino. Heureusement, Jean de HenesèSi

averti i Tanger de celte situation critique, arriva par mer, entra dans le port i la faveur de son artillme qui répondait i celle des Maures, et, débarquant sous un nuage de fumée, enfonça l'ennemi d'un côté, tandis qu'une sortie des assiégés de la casbah faisait diversion de l'autre. Il peut ainsi ravitailler la citadelle ; mais le siège dure, les mines s'approchent des contre-mines, lorsque arrive une escadre généreusement envoyée de Gibraltar et de Jerës par Ferdinand de Castille, sous les ordres de Pierre de Navarre et de Ramire de Gusman. Elle canonna le camp du Merinide. Mohammed mit le feu i la ville et se retira sur Alcasar Kebir.

Accord de l'Espagne et du Portugal.— Emmanuel, ému de reconnaissance envers Ferdinand, offrit aux deux oflSders qui avaient secouru Arzilla des sommes considérables, qui furent noblement refusées. En remerciant le roi de Castille, il avait laissé percer quelque plainte de ce que l'Es* pagne venait de prendre le P^non de Yelez. En effet, l'an 1494, aux conférences de Tordesillas, qui réglèrent les diflScultés soulevées entre les deux couronnes au sujet des conquêtes dans les Indes orientales et occidentales, on avait aussi statué^ au sujet de l'Afrique, que les Portugais garderaient le droit de conquérir le royaume de Fez, et les Espagnols celui de Tlemcen ; mais on n'avait point déterminé la ligne de démarcation entre ces deux royaumes. De sorte que Ferdinand put répondre que le Pegnon de Yelez, ayant, en 1S06, un souverain indépendant, il s'était cru autorisé à prendre ce nid de pirates qui, d'ailleurs, eût été un fardeau inutile pour le Portugal. 11 s'offrait du reste à le restituer ri Emmanuel le voulait. Mais on convint que le Pegnon de Yelez resterait à l'Espagne, et marquerait la limite de ses conquêtes au couchant de l'Afrique : haute et chrétienne politique, ^trop souvent oubliée entre les princes; noble fra-

teraité, ^ontles Espagnols offrent en 15il tin nouvel exemple, lorsque Rodrigue Bassan et d'autres oflSders de la flotte de Béranger d'Olms, chargés de garder le détroit et de èhasser les corsaires, volent au secours de Tanger assiégée par le sultan Mohammed. On allait en venir à un assaut, préparé par Tartillerie et les mines, que les Marocains faisaient jouer alors mieux peut-être qu'aujourd'hui, lorsque l'arrivée des Espagnols les obligea à lever le siège (1).

Les Espagnols au Pegnon se Vêlez et a l'est. — Isabdle la Catholique, mourant en 1504, écrivait dans son testani«it la conquête en Afrique parmi les obligations qu'elle transmettait à s^ famille. Ximenès recueillait le vœu de la reine; déjà son regard d'aigle avait inspecté les côtes africaines, et choisi, avec une pénétration reconnue des hommes de guerre de notre temps, les points les plus propres à assurer une conquête qui, selon ses vues et ses espérances, devait rendre les Espagnols mat très de la Barbarie et Tes conduire jusqu'à Jérusalem. Emmanuel de Portugal écrivait à ce grand hon^me, qu'il se réjouissait de recevoir de ses mains la Sainte Eucharistie au tombeau de Jésus-Christ (2).

On verra bientôt les causes qui firent abandonner cette grande politique, comme celle du Portugal au Maroc, et léguer à notre siècle une œuvre fatale, le renversement de rislamisme en face de l'Europe ; mais le cercle des faits s'arrête pour nous aux frontières algériennes. Laissant donc de côté la conquête de Mers-el-Kebir, d'Oran, de Bougie, nous mentionnerons seulement celle du Pegnon de Vêlez, effectuée le 23 juin 1508=914, dans la simple vue de réprimer la piraterie et d'assurer la liberté de la mer. Les Maures

{{) Mariana, liv. XXX, n. «2; XXVI, 34; XXIX, 63.

(î) AIv. Gomez, Vita Fr. Ximenes, p. 4004, Compluti, 4569.

eatretenaiont une petite garnison sur ce pegnon assez mal fortifié. L'anural Pierre de Navarre s'en empara, y bâtit une bonne tour, creusa une citerne et laissa une faible garnison, avec des pièces d'artillerie, sous le commandement de Villalobos. Cette garnison faisait venir de Vêlez de la Gom^ ou Badis, qui s'élève en face, ce dont elle avait besoin, et, en cas de refus, tirait sur la ville. Le cud El-Man*sour demanda secours au sultan Mohammed pour s'affrandiir de cette servitude. Mais les Africains ne parvinrent pas i déloger les Espagnols, même en battant le rocher avec de l'artillerie, du sommet des deux mon^ignes qui l'avoisinent.

Pm» d'Azemmour. Apogée de la puissance portogaisb. — Les vues du Portugal sur le Maroc étaient plus étendues que celles de l'Espagne, limitées au bord du Rif et portées à l'est de la Mouloula. Emmanuel en poursuivait l'exéeution par la prise d'Azemmour, en 1513-010, au mois de septembre. Sidan, après sa double trahison de 1506, avait craint que le roi ne lui infligeât un juste châtiment. Pour le prévenir, il se reconnut son vassal, lui paya un tribut annuel de 10,000 poissons secs (aloses), et ne perçut aucun droit sur les marchands portugais. Mais il s'attira bientôt la guerre par son mauvais gouvernement. Jacques, duc de Bragance, écarté d'Azemmour par la grosse mer, vint débarquer, à Mazagan avec 8,000 fantassins et 2,500 chevaux, dont 500 bardés de fer, de l'artillerie et des munitions. Le 1*' septembre, il marcha sur Azenunour, et fut harcelé par Sidan, qui avait laissé la défense de la place i son lieutenant, Sidi-Mansour, et tenait la campagne. Ces escarmouches n'empêchèrent pas de commencer un siège ^ en règle. Des 400 navires dont se composait la flotte, plusieurs balayèrent l'entrée de l'Oum-er-Bia, et l'on débarqua

la grosse artillerie, en tenant Sidfm en respect sans accepter une bataille. An début des travaux, Sidi-Mansour fat tué par un boulet et les habitants évacuèrent la ville. Oà l'apprit. par un juif, (fm demanda comme récompense qne l'on épargnât le mellah. Le duc rendit grâces à Dieu dan la principale mosquée, .consacrée sous rinvoeation de TEsprit-Saint. Mais il ^ntint la fougue de ses jeunes officiers qui voulaient marcher sur Maroc, et fit seulement prendre possession de Tit, d'Ahnedine et de quelques vilki abandonnées par terreur. Jean de Menesès, et Rui Baratte réduisirent plusieurs places Tannée suivante, en remootttt le fleuve à une quinzaine de lieues de son embouchure. Sidi Yahia continuait a servir le Portugal, et il pouvait réunir plus de 100,000 hommes sous ses étendards.

La domination portugaise avait donc pris en peu d'ia nées un grwd développement. On en jugerait mal, si Toa le gardait uniquement les ports de mer pourvus d'une gamJMIj chrétienne. Il faut mesurer l'étendue des pays tribi Leur vassalité n'était sans doute qu'un lien faibU assuré; mais elle préparait une occupation que l'avenir elt réalisée, sans l'attrait des Indes orientales pour les Portii* gais, et la force de résistance acquise au Maroc par la reeonstitution de son unité sous la puissance des cherifs. La suzeraineté portugaise n'en prouve pas moins que les provinott «ntre l'Atlas et l'Atlantique subiraient plus facilement peutêtre qu'on ne l'imagine une conquête européenne et toules ses conséquences. Les modifications que la langue mèmei a subies sous l'influence portugaise indiquent des relatioie profondes que le caractère des Berbères montagnards rendit presque impossibles dans le nord.

Si l'on ouvre Marmol, on compte un grand nombre de villes et villages et plusieurs provinces relevant de la coa*

ronne de Portugal et qui lui rendaient annuellement des fanègues de céréales par centaines de mille. Nommons : TAMa, le Gharb, le Doukkala/ le Haha du côté du cap d'Aguer; l'Abda seul lui donnait, par an, mille charges 4e chameaux tant d'orge que de blé, six beaux chevaux el quatre faucons. Elle avait à son service, en dehors des troupes chrétiennes, 16,000 chevaux et plus de 200,000 hommes de pied (1). Les revenus des douanes et les avantages du commerce formaient d'autres sources de richesses que les trésors des Indes et le gain sans mesure de l'échange pratiqué aux pays nègres pouvaient seuls faire abandonner.

§ 3. — ATomnrr des chbrifs vassani; ruine des MERINIDES-OATÈS ;

DA^ADENÇE du PORTUGAL AU MAROC.

On a vu que les Beni-Oatès, Saîd-Cheikh et Mohammed, «o possession du trône de Fez, n'avaient recouvré qu'une petite partie de l'ancien empire merinide. Maroc, Tafilet, le Drèa, le Sous,* des provinces de l'Atlas et du Rif avaient proclamé leur indépendance, ou étaient devenus des fiefs peu soumis au suzerain. Le Portugal enfin régnait sur une notable partie du littoral. Les cherifs de la dynastie Hassani eoinmencèrent alors.à paraître sur la scène.

OaiGiNB.DBS GHteRiFS.-T- A l'aurorc du xvi* siècle et au fond du pays de Drâa, dans le ksar ignoré de Tigpumedet ou Tamougadert, vivait un obscur marabout nommé Hassan ebn- Mobammed, ou Mohammed ebn-Ahmed, et qui se prétendait dierif desc^ddant de Mahomet. Il était de la famille Sidi-

(I) Marmol, I', 343; IL 24, 28,50, 109, 4H, 442, H5, 229, 246. Diego de Torrès, Hist* de$ cherif», p. 4 0.

Saad, dont le chef avait acquis de la fortune en dirigeant les caravanes qui allaient du sud de Maroc à la Mekke; mais cette famille avait été ruinée et dispersée durant les guerres précédentes. Hassan, habile dans la magie et les sciences naturelles, connaissait assez Thistoire de son pays, et il en jugeait assez bien la situation pour comprendre qu'il pouvait aspirer à monter sur un trône, ou du mains à y élever ses enfants. FI avait troiâ fils, Abd-el-Kebir, Ahmed et Mohammed ; il les forma à la vie de contemplation et d'austérités affectées, préliminaire traditionnel de tous les ambitieux musulmans qui veulent subjuguer les esprits, pour s'emparer ensuite du pouvoir, et les envoya en pèlerinage à la Mekke, pour qu'ils rapportassent le titre vénéré de Hadji.

A leur retour, les deux plus jeunes^ Ahnied et Mohammed, se rendirent à Fez, sur l'ordre de leur père, et ils s'insinuèrent si bien dans l'esprit du sultan merinide, Mohammed el-Oatès, qu'il donna une chaire de professeur à Ahmed, Taillé des deux frères, et nomma l'autre précepteur des émirs, ses enfants. Us ne tardèrent pas à se mêler d'affaires politiques et à donner des preuves d'un zèle religieux et d'un patriotisme exaltés, au sujet des progrès que faisait le Po^ tugal du côté do Safi et d'Azennnour. Moulé jNacer, frère du sultan Mohammed, semble avoir pénétré leurs vues ambitieuses, el il s'efforça d'inspirer de la défiance au khalife à leur égard. Mais ils allèrent en ([uelque sorte faire leurs preuves dans des razzias du côté dt^ Tanger, et Mohammed crut devoir les autoriser à prêcher le djehad dans le Doukkala, où ils promenèrent leur étendard au son des tambours et des flûtes guerrières, excitant partout le plus vif enthousiasme. Ils arrivèrent à Maroc, auprès du roi Nacer Bou- Chentouf, qui était parent et nominalement vassal du sultan de Fez. Nacer les accueillit très«bien. C'était en 15140920.

Femand d'Atayde, gouverneur île Safi; Pedro de Sousa, gouverneur d'Azemmour ; les cid Yahia et Mimouu, chefs indigènes au service du Portugal, vinrent justement alors &îre des razzias sous les murs de Maroc. Les cherifs, sortis contre eux avec les troupes de cette capitale, ne purent empêcher leur retraite. Il était facile de voir que ces excellents prédicateurs étaient de mauvais ofliciers; mais les Africains ■'ont jamais supposé qu'il en pût être ainsi. . Taroudant^ capitale des cherifs. — Les deux cherifs allèraoi rendre visite à leur père, dans le Dràa; ils durent se fiîciter enseinblc de la tournure des affaires et se concerter four l'avenir. Les pieux visiteurs affluèrent auprès des déieoseurs de la religion, qui annoncèrent le dessein d'expul- Kr d'abord les chrétiens du cap d'Aguer. Le Draa et le Sous obirenl i'achour pour le djehad, et les deux frères arrîvèmt à Taroudant, bourgade demi-ruinée, à travers une coniiée qui n'était plus gouvernée que par des cheikhs. Ils s'aliirent i cette aristocratie et se portèrent sur Santa-Cruz ; Biis ils n'osèrent l'attaquer et se bornèrent a enlever par sorprise un petit château voisin, confié à des indigènes tributaires du Portugal. On ne manqua pas de voir dans un Ut aussi insignifiant une marque éclatante de la divine misvoa des cherifs, et ils se hâtèrent en consé([uence de faire irocls^mer leur père émir et de prendre les titres de gouverneurs du Draa et de Taroudant. Ils s entourèrent d'un corps iecayalerie, se présentant comme des lihérateurs,*unermis- Ut leur renommée, châtiant ({uelques chefs de tribus ttoies des chrétiens. Taroudant, agrandie et fortifiée, devint lenr capitale, sans qu'il y parût et sans que personne en prit lie l'ombrage. Les cherifs avaient soin de gagner les petits theikhs des alentours par des honneurs et des bénédictions. (161fr=922).

Pour tranquilliser Maroc et Fez, ils écrivirent à Mohammed et à Bou-Chentôuf que'Taroudant était une siïnple base d'opérations contre le cap d'Aguer, et qu'ils serviraient de cette place la cause commune contre les infidèles. N'ignorant pas que désormais leur marche, suspecte à plusieurs, les exposait à échouer, ils se fortifièrent sans perdre de temps. Ahmed fit un voyage dans le Draa pour accroître te nombre de ses partisans et il en acquit jusque dans le Touat.

Les CHERiFS à Tednest. Lutte dans le IIaha et le CmEDMi. Lescherifs, dès la fin de 1516, parcoururent le Haha et assujettirent les Mezouars ou Maures alliés des chrétiens; puis ils prirent Tednest, d'où ils menaçaient Azemmour et Safi. Leur père, l'émir Hassan, eut à peine le temps de s'y installer : car Femand d'Atavde et Jean de Menesès accoururent de ces deux places précédés d'Yahia ebn-Tafout, qui battit les cherifs et ouvrit ainsi le chemin de Tednest abandonnée. La suzeraineté du Portugal fut rétablie dans cette région. Hassan mourut vers ce temps, et l'on transporta son corps à Tigoumedet, sa patrie. Lopez Barriga, lieutenant d'Atayde, et Jean de Menesès, gouverneur d' Azemmour, continuèrent à guerroyer contre les cherifs. Ils s'emparèrent d'Amagôr ou Amgour, au nord du cap d'Aguer, et le cherif Ahmed eut beaucoup de peine à s'échapper, tandis que les habitants se jetaient des remparts dans les précipices, où ils périrent au nombre de 800, pour ne pas tomber aux mains des chrétiens : lugubre épisode qui s'est renouvelé à la prise de Constantine, dans les abîmes du Rummel. Barriga défit encore les trois frères cherifs réunis pour piller les Arabes alliés de la province de Chiedma. Mais les vaincus se vengèrent par la prise d'Alguel sur Sidi- Bou-Chime, ou Bou-Djema, cheikh ami des chrétiens, et par une victoire sur Lopez Barriga, qu'ils obligèrent à le-

ver le siège d'Anega, pour rentrer à Safi (1517=923). Cette dernière affaire coûta la vie à l'aîné des chérifs, Abd^el- Kebîr. Il ne laissait pas d'enfant et n'avait pris qu'une part, en apparence, peu active à l'œuvre de la famille.

Mort de Feh^and d'Atayde, et ses suites. — Le brave gouverneur de Safi, qui exerçait le commandement géné-^ rai sur les possessions portugaises du sud, accueillit des bruits répandus, comme on le croit, par la ruse des chérifs contre la fidélité de Yahia ebn-Tafout. Il en reçut une visite, et on trouva te Maure nanti d'armes avec lesquelles il aurait pu accomplir le dessein qu'on lui prêtait, d'assassiner Femand poqr s'ériger eh souverain. On envoya l'accusé se justifier à Lisbonne. Atayde, pendant son absence, voulut punir lui-même une révolte des Ouled-Amran, et il emmena prisonnière Voto, femme dé leur caïd, Abencliamot ou Ebn-Chama. Celui-ci se jeta sur les chrétiens avec la fureur du désespoir, tua Femand de sa main, dispersa les soldats à travers des douars, où beaucoup trouvèrent la mort^ et fitLopez Barriga prisonnier (1).

Ce coup funeste ébranla les tribus vassales des Portugais. Les cheriCs s'avancèrent siu* Santa-Cruz , enlevèrent Toul au cheikh Sidi-Bou-Agaz, mais n'arrivèrent pas au cap d'Aguer. François de Castro, gouverneur de la ville du Cap, maroha contre les cherifs à Touroukouko, et ruina cette ville. On y rencontra des chrétiens génois et d'autres nations, qui faisaieirt le commerce avec des sauf-conduits. Ce Irait n'est pas rare, et l'on remarque souvent, dans les guerres d'Afrique, que les chefs musulmans les plus ennemis des chrétiens savent distinguer les nationalités, et ne

(I) Ce brave fut racheté; mais, en Tan I5!4, il périt dans une sortie» 4 Safi. (Diego de Torrès, p. 56.)

luentpas en aveugle quiconque, n'a pas leur religion, lly a donc ici un sentiment du droit des gens, entretenu peut^ être par Vintérôt, mais plus fort que le fanatisme.

Yahia ebn-Tafout se lava de tout reproche à la cour de Lisbonne, et il revint avec le titre de capitaine général des Maures alliés. Il ût rentrer plusieurs tribus sous la dépendance du Portugal; mais soit déflancè, soit jalousie résultant d'une rivalité de pouvoirs, Nuno de Mascarenas, successeur de Fernand d'Atayde au gouvernement de Safi, paralysa l'action du chef indigène. Yahia fut d'ailleurs a^ sassiné peu après, et probablement parle soin des cherifs, tandis qu'il faisait une visite de condoléance à un cheikh de ses amis, dont le frère avait perdu la vie en combattant Moulô Édris, seigneur de l'Atlas, du côté de Tedla. Ce fut un nouveau malheur pour le Portugal, qui vit pâlir son étoile, tandis que celle des cherifs se levait sur le royaume de Maroc.

Le CHERip Ahmed, roi de Maroc et de Taroud.iîh', — L'ambition des cherifs s'enflammait à mesure qu'ils voyaient disparaître leurs plus redoutables adversaires. En 1529= 935-0, ils écrivirent au roi de Maroc, Nacer Bou-Chentouf, dont l'état ne comprenait guère que cette capitale et sa banlieue, pour le prier de concerter a\ec eux une expédition contre Safi. Leur désir fut accueilli, et ils vinrent à Maroc, où une intime hospitalité les mit à même d'ôterla vie à En-Nnrer par le poignard ou le poison. Le peuple proclama, de gré ou de force, Ahmed, Tatné des deux frères, roi de Maroc et de Taroudant. Mohammed eut le titre de vice-roi. L'armée des cherifs, arrivant sans retard, consolida les faits accomplis. Cependant, pour ne point avoir sur les bras le sultan de Fez, Mohammed Oatès, suzerain du Maroc, ils s'empressèrent de lui envoyer des présents et de

s'engager comme fidèles vassaux. Faible, imprudent où aveugle, El-Oatès sanctionna lelir criminelle usurpation

Mais que se passait-il au sein du'royaufne de Fez, tandis que la puissance des cherifs croissait ainsi dans les Contrées méridionales?

Désastre a la Mamouiib. — Depuis que les Portugais Si'é^ taient rendus n^l très d'A2emmour(1513=:^919), le roi Enimanuel avait essayé de bâtir une forteresse à rembotichure du Sebou et une autre sur les ruines d'Anfa. Là Mamoura, élevée sur le fleuve par Yacoub el-Mansour, à feible distance de rOcéan (1), avait été ruinée par Sàïd Oatës. Antonio de Noragna^ depuis comte de Linares, reçut mission de la rebâtir, et il fit voile avec' i 200 vaisseaux, grands et petitSi plusieurs caraques, 8,000 hommes de combat, sans compter les matelots, les artisans et des colons. Déjàune palanque, ou fort en bois, avait été hiontée et entourée d'un fossé sur un point plus rapproché de TOcéan que l'ancienne Mamoure, lorsque Nacer Oatès, qui commandait dans Méquinez, vint traverser les travaux, suivi bientôt de son frère Mohammed, sultan de Fez.Noragna envoya au-devant d'eux un corps de troupes pour s'emparer de six pièces de canon qui précédaient avec la cavalerie. Les Portugais les ;rameilaient en effet; mais, pressés par la cavalerie merinîde, ils se déban^ dèient aux approches du fort, se rendirent au cri des Maures rtfogiés d'Espagne qui leur criaient : « Rendez-vous et vous aurez la vie sauve! * et ils perdirent tout l'avantage de la journée.

L'ennemi coupa ensuite avec son artillerie les communtcations entre le fort et la ville, coula un gros navire portu-

(1 ) Page 4S, lire : forteresse du prince almohade» et non pas meri-

gais, embossé à l'entrée du fleuve, et détermina ainsi les chrétiens à se rembarquer. Plus de 4,000 hommes périrent dans le désordre de cette opération, naufragés, noyés i la nige ou massacrés. Le projetconçu pourÂnfa était devenu inexécutable. Tel fut le malheur causé par la peur de qudques soldats. « On a remarqué dans les guerres d'Afrique, dit Marmol, que lorsqu'un bataillon chrétien demeure séné sans flotter ni se désunir, il résiste fort bien aux Maures, qui lâchent le pied sitôt qu'ils trouvent de la résistance; mais sitôt qu^il y a là moindre ouvert^re) il est rompu. » Arrivés le 24 juin 1515=921, les Poi'tugais se retiraient k 10 août.

Sur le détroit, à Ceuta et à Tanger, il y eut vers 1S14 diverses affaires assez, graves. D. Pedro de Menesès, gouTH^ neur de Ceuta, fit plusieurs sorties, dans l'une desquelles il porta la terreur jusqu'à Tétouan,«u point que de riches htbitants émigrèrent. Il reçut à Ceuta deux fils du caïd Ali- Barrax. Le sultan de Fez, Mohanmied, faisait aussi to courses de son côté poiu* ôter aux chrétiens l'envie de TiBquiéter dans sa capitale. On a vu les cherifs préluder parées courses au rôle qu'ils voulaient jouer.

Les Espagnols perdent le Pegnon de Vêlez et I^ça.— En décembre 1522=i929, Villalobos, frère du commandant du môme nom, que Pierre de Navarre avait chargé en 1508 de garder le Pegnon de Vêlez, perdit cette place par sa ttiute. Cet officier aimait Fargentà l'excès. Il accueillit dans le fort deux £aux monnayeurs africains et affidés du caïd de Velei, pour mettre à profil leur coupable industrie. D'accord avec un soldat qui croyait avoir à se venger de Villalobos, séducteur de sa femme, ils poignardèrent celui-ci et ouvrirentaux gens de Vêlez la tour qui dominait la forteresse. Après le mas* sacre des Espagnols, le caïd fit construire une autre tour ofi

peu plus bas et couvrit la porte par un fossé dans le roc. La piraterie déploya son activité dans ces parages jusqu'à la reprise duPegnon en 1564. Ksaça fut livrée aux rifainsde Te* bout, en 1334, par des soldats mécontents qui assassinèrent le gouverneur Louis de Chaves, et couronnèrent une abominable trahison par l'apostasie. Les rifains rasèrent cette petite forteresse.

Progrès des gherips au Maroc. — Tous les moyens étaient bons aux cherifs,que nous avons laissés à Maroc en 1529= 936, pour étendre leur domination. Des-tribus arabes, se faisant la guerre au nord de cette ville, invoquèrent leur appui et obtinrent des promesses. Les cTierifs les regardèrent se battre; ensuite ils tombèrent à la fois sur les deux partis épuisés et revinrent chargés de butin dans leur capitale. Ahmed, qui avait le titre de roi, se souciait peu du tribut promis au sultan Mohammed. Il lui envoya une douzaine de mauvais chevaux et de chameaux délabrés, qui ressemblaient plus à une insulte qu'à un tribut. Mohammed se plaignit; mais il mourut miné par le chagrin, avant d'avoir pu obtenir aucune satisfaction. Son fils Ahmed-Oatès lui succéda. C'était un élève de Mohammed, le plus jeune des cherifs. Il écrivit à son ancien maître, en le ménageant autant que possible, qu'il se contenterait d'un faible tribut de la part d'Ahmed. Fortifié par des alliances avec Moulé Edris, Abennadou et Moulé Farès, chefs indépendants de l'Atlas, le roi de Maroc répondit que sa dignité de cherif était inconciliable avec la qualité de tributaire, et qu'il engageait le sultan de Fez à combattre avec lui pour la foi s'il ne voulait encourir la colère d'Allah.

Bataille de Bouagouba, entre le sultan Ahmed et les CHERiPS. — Le sultan indigné se mit en marche avec 20,000 chevaux, 2,000 arquebusiers et arbalétriers et 1 2 pièces de

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santons, parmi lesquels était Sidi-AbdaUah ebn-Cessi. Ces marabouts se rachetèrent çnsuiteà très-haute rançon.

Nouvelles guerres entre les cherifs. Mohàmbied a Maroc. Après le siège deSafi, Ahmed, qui regrettait les concessions faites à son frère, déclara le traité rompu. Mohammed, roi dé Sous, marcha contre Ahmed et le fit prisonnier^ ainsi que son fils Bou-Hassan ou Bouazpn, et il revint avec eux à Taroudant. Moulè Sidan, fils aîné du roi de Maroc, ramena dans cette capitale les débris de leur armée ; puis il envoya sa propre femme à son oncle Mohammed, pour négocier la délivrance des illustres captifs. A peine revenu a Maroc, au prix d'un nouveau traité qui sanctionnait entre les deux rois le partage des conquêtes, Ahmed le déclara Bul et la guerre recommença. Le 19 août 1544 = Djoumada I, 951, Mohammed remporta une grande victoire sur la route de Taroudant à Maroc, et à sept lieues de cette dernière capitale, qui lui ouvrit ses portes. Ahmed s'était égaré dans la fuite au milieu de la nuit ; quand il vint frapper à une poterne de la casbah de Maroc, il apprit que son frère en était maître, et il courut se réfugier à la zaoùia de Sidi- Abdallah ebn-Cessi. Ses fils, Moulè Sidan et Moulè Bou- Hassan, allèrent demander une alliance au sultan merinide de Fez, qui la leur promit. Mohammed sentait pourtant ce que cette lutte avait de regrettable et de dangereux. Il accepta une entrevue que. lui proposèrent Sidi-AbdaUah et les gens do la zaouia. Elle eut pour résultat de déterminer Ahmed à se retirer provisoirement au Tafilet, avec promesse de rentrée prochaine dans ses états, et d'une révision du testament de son père Hassan, que des conquêtes nouvelles permettraient de modifier, pour la satisfaction des deux frères.

Le cherip Mohammed preNd Fez aux MERinmES. — Le

campagne. Les cherifs conduisirent au-devant de lui 12,060 chevaux etâOO arquebusiers. La rencontre eut lieu au gué de Bpuacouba, sur la rivière Nègre (?). On remarquera la disproportion des forces et le manque d'artillerie du côté des oherifs. Ils ne paraissent pas avoir possédé cette arme i kar début, et l'on voit qu'ils .tiennent volontiers la .campagne, s'emparant des villes non par force mais par ruse. Les Me^ rinides, quoique en décadence, avaient donc tme supériorité • marquée sur des adversaires encore barbares. Cependipt Tannée de Fez, coupée en deux au passage de la rivière, fot culbutée dans Toued et le sultan s'enfuit, abandonnant soo artillerie aux cherifs. Le fameux Boabdil ou Bou^Abd-AlIah, le dernier roi de Grenade, que nous avons vu chercher un asile en Afrique, périt dans cette journée, au service dos Merinides. Le roi de Maroc domina dès lors sur le pays de Tedla et le Heskoura, qui est au sud de cette place (?m 1532=^40).

Les cherifs au Tafilet. — Les cherifs passèrent ensuite l'Atlas avec l'artillerie qu'ils avaient prise à Bouacouba, et assiégèrent Tafilet, qui appartenait au cheikh Aman. Os s'en emparèrent après plusieurs assauts et y laissèrent un gouverneur. La contrée se soumit comme une partie de l'Atlas. Mohammed, qui était de fait roi du Sous et de Taroudant, battit encore Moulé Edris, beau-frère du sultan de Fez, sur les frontières de ce royaume, et il revint à Taroudant qu'il embellissait de constructions somptueuses.

Santa-criiz prise aux Portugais. — En 1536=942-3, il alla faire le siège de Santîi-Cruz, au cap d'Aguer, avec son fils aîné, Mohammed el-Arrani. La ville était défendue par Guttiérès de Monroi, qui donna au roi Jean III de Portugal l'assurance de résister, pourvu qu'on le fournit de munitions. Il lui envoya même des caricatures représentant des

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Mohammed. U en résulta une guerre qui aurait pu entraîner la ruine des cherifs, si des marabouts, en s'interposant au nom de Dieu, .n'avaient obtenu entre les deux frères un accord où furent consacrés les droits d'El-Ârrani (1537 « 9^=943-45). .

Evacuation de Safi et d'Azemmour. —^ Ahmed, en 1S39, assiégea Safi aveciOO.OOO hommesparmi lesquels on distinguait des renégats et des Turcs. Les Âtayde et les Barriga n'étaient plus dans la place, et une faible garnison seulement la défendait. Le cherif n'avait qu'un seul canon, et un boulet parti des remparts brisa cette pièce. On en vint à la sape ; mais les assiégés l'arrêtèrent à l'aide du feu, de la poudre et de la poix bouillante, et ils furent ei|fin délivrés par l'arrivée fortuite de navires d'Azemmour, chai^de troupes commandées par le juif Samuel Yalenciano, et qui faisaient des razzias sur les côtes (i). SaS, dès lors, coûtait . au Portugal plus qu'elle ne lui donnait ; son port était mauvais; on ne pouvait que difficUement la secourir; elle est dominée par les montagnes voisines et la province était au cherif. Jean III la fit évacuer. Mais le roi de Maroc la rétablit et y mit garnison. On abandonna aussi Azemmour, dans des conditions analogues, en 1545=952, et l'on concentra les forces portugaises de cette région du littoral à M^zagan. Le cherif Ahmed consentit à repeupler Azemmour et il y fixa trois marabouts, dont la sainteté devait attirer des habitants. Mais le gouverneur de Mazagan vint enlever les

(1) Les juifs ont rauremeot les armes à la maio. Ce n*esi pas incapacité; les talents ne manquent en aucun genre à cette forte race^ et ks ^eiennes guerres, faites par leur nation, témoignent de son courage; mais les lois étrangères les écartaient de la profession des armes et Tesprit militaire disparut chez eux. Au xvi^ siècle, il y eut des corsaires juifs. L*instinctive cupidité éveillait ici la bravoure.

santons, parmi lesquels était Sidi-Abdallah ebn-Cessi. Ces mafabouts se rachetèrent ensuite à très-haute rançon.

Nouvelles guerres entre les chehifs. Mohammed a Maroc. Après le siège deSafi, Ahmed, qui regrettait les concessions faites à son frère, déclara le traité rompu. Mohammed, roi dé Sous, marcha contre Ahmed et le fit prisonnier, ainsi que son fils Bou-Hassan ou Bouazon, et il revint avec eux i Taroudant. Moulé Sidan, fils aîné du roi de Maroc, ramena di|ns cette capitale les débris de leur armée ; puis il envoya sa propre femme à son oncle Mohammed, pour négocier la délivrance des illustres captifs. A peine revenu à Maroc, au prix d'un nouveau traité qui sanctionnait entre les deux rois le partage des conquêtes, Ahmed le déclara nul et la guerre recommença. Le 19 août i54i = Djoumada I,.9ol, Mohammed remporta une grande victoire sur la route de Taroudant à Maroc, et à sept lieues de cette dernière capitale, qui lui ouvrit ses portes. Ahmed s'était égaré dans la fuite au milieu de la nuit; quand il vint frapper à une poterne de la casbah de Maroc, il apprit que son frère en était maître, et il courut se réfugier à la zàouia de Sidi- Abdallah ebn-Cessi. Ses fils, Moulé Sidan et Moulé Bou- Hassan, allèrent demander une alliance au sultan merinide de Fez, qui la leur promit. Mohammed sentait pourtant ce que cette lutte avait de regrettable et de dangereux. Il accepta une entrevue qu^lui proposèrent Sidi-Abdallah et les gens de la zaouiir. Elle eut pour résultat de déterminer Ahmed à se retirer provisoirement au Tafilet, avec promesse de rentrée prochaine dans ses états, et d'une révision du testament de son père Hassan, que des conquêtes nou- Tdles permettraient de modifier, pour la satisfaction des deux frères.

Le cherif Mohammed prend ¥ez aux Merinides. — Le

roi de IbroC) dont la puissance éUât doublée^ se vit assez fort pour déclarer la guerre au sultan de Fez, Ahmed el- Oâtè9. D envoya son Qls Abd-el-Kader assiéger Ustela, dans la province de Tedla, et Ahmed el-Oatès vint la défend». Mohammed, alors, marcha lui-mAme contre lé sultan, et les deux armées se rencontrèrent dans une vaste plaine. .Selon Tusage des Africains, Tannée marocaine s'était for^ mée en, croissant, une pointe commandée par Houle Mesttoud, fils du çherif, et le càld Moum^n , fils d'un renégat génois, lahia ou Mohammed el-Euldj, qui avait en fief Tedsi, dans le Sous. Le cherif attendit, pour donner le signal de lahataille, que le soleil, après midi, fnqppftt le ^sage de l'ennemi. L'artillerie cachée au centre se démasqua, et la déroute des troupes merinides fut si prompte, que l'on ne se hatUt même pas. Le cherif trouva quelque résistance en lace d'un bataillon turc aux ordres d'un I^ san, qui accepta, du reste, son incorjporation dans l'année marocaine. Le sultan dé Fez, et son fils tibu-Bekr (Buker), forent pris au passage de l'Oued^Dema. Ebn-Onzar, gouverneur de Fistela, en apporta les cle& au cherif.

Mohammed admit en sa présence Ahmed el^atès, son prisonnier, etiiluifitconsidérer son malheur comme un châtiment des crimes contre nature qui se commettaient à Fez. Trait de mœurs qui n'est point rare en pays musulman. La femme, trop avilie, ne peut ni fixeïr ni élever le cœur de l'homme, qui veut estimer ce qu'il aime ; et puis Mahomet, le prophète aux passions brutales, a placé la fin de l'homme dans la volupté, même stérile. Enfin, le vice hideux confessé par Ahmed se propage plus facilement là où la femme ne parait point, et où le visage des jeunes gens garde souvent à l'adolescence une délicatesse de traits et un calme qui appartiennent ailleurs à l'autre sexe.

Le cherif se dirigea vers Fez, disposé à y laisser rentrer le sultan, qui offrait Méquinez pour sa rançon. On apprit que le caïd du Rif^ Moulé Bou-Hassan (Buhaçon), revenant de la bataille, avait fjait proclamer sultan Nacer ou Mohartimed el-Kaseri, fils d'Ahmed, à la condition qu'il rendrait la couronne à son père,inis en liberté. Ahmed Tenvoya prévenir d'abandonner Méquinez au cherif; mais Nacer, tout en le promettant, prenait au contraire des mesures pour surprendre lé vainqueur. Celui-ci ravagea le pays et retourna à Maroc avec ses prisonniers chargés de f^rs. EI-Ârrani et Abd-el-Kader, ses fils, portèrent la désolation sur le ter^ ritoire d'El-Kaseri, qui enfin consentit à livrer Méquinez au cherif, et i rendre la couronne à son père (1548= 9ao).

Mais le cherif, maître de Méquinez depuis deux mois à peine, vint assiéger Fez, défendue par Ahmed el-Oatès, auquel le cherif Ahmed, retiré au Tafilet, envoya des secours contre son propre frère. Moulé Sidan, chef de ces troupes, voyant que la fortune n'était pas favorable aux Merinides et qu'il portait ombr^ige aux fils du sultan, retourna au Tafilet après quelques chaudes affaires ; le siège de Fez lie fut pas interrompu. Les souffrances des assiégés étaient cruelles. Parle conseil d'un marchand chrétien, Pierre d'Ouedia, et ami du juif AJbraham Cabeça, intime du cherif, Mohammed construisît des maisons en vue de Fez, comme pour imiter Ferdinand lorsqu'il bâtit Santa-Fé devant Grenade, ou Youssouf Mansouria devant Tlemcen. Le faible Ahmed el-Oatès, repoussant la dernière ressource d'une bataille^ vint alors se livrer, lui et son royaume, entre les mains du cherif. On était au milieu de février 1550 = fin de moharem957. Mohammed, octogénaire, épousa Lella Lou, fille du sultan, qui fut relégué dans le Drâa; et les autres mem-

bres de sa ftmille reçurent Tordie de se disperser a lia^, à Taroudantet aflleurs.

. Un peu avant ^è Fez tombât au pouvoir du èhenC, Louis de Lorero, gouyemeur de Maz^gan, essuyait on écfaèc à la suite duijuel (m le remplaça par Alvarès de Carvajd, pir l!'ristan d'Atayde, selon d'autres. 'La bravoure inoontestiîile de Lorero le fit succéder i Pedro de Moiesès, gonverneor de Tanger. Il mourut les armesà la maiD,conUnéten,pipédécesseur, dans une sortie malheureuse. t/>uisdeSilva,DNHnnié à sa place, devait partager le même sort. Le Portug^ n'en était plus à la politique d'Emmanuel H. Les^ découvertes, dont Henri le Navigateur avait donné le signal depuis la 1^ du XV* siècle, s'étaient magnifiquement- étendnes dan» l'A- Crique méridionale el en Asie. Les Diaz, les Yascô de Gama, lè£| Cabrai, les Albuquerque dotaientleur patlSe deridiespossessions, plus fécondes et moins disputées que le Maroc. 0d scboma donc aux pré^idios» qui garantissaient la prépondérance maritime, et on délaissa, sous Jean 01, la pensée devenue irréftlisable de la conquête continentale. '

L'Espagne, depuis un deini-siècle, luttait contre le croissant et pour la liberté de la Méditerranée, mais contre des adversaires plus redoutables que les Merinides , réduits i l'impuissance, et que lescherifs, jusqu'ici sans prétentions i l'égard de TEurope. Elle luttait contreles Turcs, et leur disputait rbéritage des Hafsides et des Beni-Zian. On se souvient,d'ailleurs,queles traités limitaient TactionderEspagne à la longitude du Pegnon dfe Vêlez. Nous exposerons, à l'époque suivante, les principaux faits de la rivalité des Espa- ^ols et des Tui^s, en tant que les cherifs y furent mêlés ou directement intéressés.

4. — U aRISTUHUn 40 liROG SM» UB MUUinMS; US ISGUÎIS CnÉTODIS; LB GMHiCB EDIOPÉIII (l2«f*fSSH=MS-.f37).

L'été<;hé de Maroc. — A la prise de Maroc par les Merilides en i269b=668,réyèché qui subsistait depuis le xin** sièle ne fut pas renversé. Les troupes chrétiennes, formées en ATtie d'indigènes, remplirent sous cette dynastie, un rôle ilus important que sous les dynasties précédentes ; le comaerce européen n'eut pas moins d'activité au Maroc, et lea sclaves pris sur terré et sur mer furent plus nombreul que imais. Or^ ce sont les éléàients qui composaient l'Église de laroc. En 1288x=688,le frère mineur Rodriguez y fut préosé par Nicolas TV, avec le titre de légat du saint-siége, et on a les lettres pontificales qui l'annoncent aux fidèles.,Le «pe recommande aux auxiliaires qui servent dans les t>yaumes de Maroc, de Tunis et de Tlemcen de ne point !andaliser les chrétiens africains qui. m par(t6iM tp^is de- \ni^ et d'inspirer par leur conduite aux musulmans le resctde notre religion (1). En i307=:706-7, le clergé maron reçoit un renfort de missionnaires (S) ; mais on ne peut rre alors la succession des évèques. « Dans les chroniques lianes, dit l'historien de la mission du Maroc, on renconles noms d'évèques de cette ville, mais On ne voit ni s ils étaient, ni s'ils résidèrent en Afrique. » Gramaye ' aussi d'évèques africains au xiv* siècle ; malheureusecet écrivain ne précise rien, et il a le tort de ne pas ler les sources où il puise (3).

Vadding, ad aon. 42%.

rhU serapkicus, lib. 111^ § 5.

iêfion historial de Martuecos ^ p. 4iO^ cl Africa illustrata,

En 1405=808, Diego de Xérès paraît sur le siège de Maroc après révoque Ange, dont On ne sait rien, si ce n'est qu'O fut transféré à l'évèché 4'Aure, iittrîéiMi«(l).Aydomar d'Orléans, présenté à Jean XXIII, par le roi Jean I de Portugal, succède en 1413=816, et il est transféré au siège épiscopal de Ceuta en 1421 =824. Le franciscain Pierre le remplace à Maroc. Le pape Martin V, en 1429=833, donne le titre de vicaire apostolique de Maroc à Martiti de Gardenas, avae charge de gouverner TÉglise marocaine en l'absence de Pierre qui, au mépris des canons prescrivant aux évèqoes h résidence, avait quitté ses ouailles, sans laisser même uA prêtre parmi elles. Martin et un autre religieux s'étaient rendus, par ordre de leur supérieur, au milieu des fidèieB ainsi abandonnés {2).

En 1433=836-7, le frère Barthélémy fut promu au si^ de Maroc, et après lui, en 1449=852-3, Alphonse Pemas» qui avait été créé deux ans auparavant évèque d'Alméria. Le corps de Pemas fut transporté, dans des circonstances que nous ignorons, au couvent des franciscains de Betanzos.

On ne distingue plus clairement ce que devint l'évéché. Le P. Francisco de S. Juan del Puerto dit qu'il y eut au xs^àhcle des évêques de Maroc en dehors de Tordre des frères mineurs, et en résidence à Séville, sans qu'il soit constant qu'ils

(1) Waddiug, ad hune annum. Nous ne savons pas quel était cet évôché, objet de vives discussions, après la conquête d'Oran, entre Ximenès et Louis-Guillaume, qui, ayant le titre d*cvôque d*Aune, t/ipflrtibus^ prétendait s'installer à Cran. (Gomet, p. 4050.)

(t) Ab ecclesia sua Marrochitana, nuUa causa rationabili subsistante et a parlibus etiani Âfricanis, in quibus ecclesia ipsa consistit, pne^itis relictis, nulloque cjus vicario seusacerdote dimisso... per nonnuUos «n* nos se absentavit ab eis et in remotis partibus residens, ad pralatim ecclcsiam redire non curavit nec curât. (Waddiug^ X^ 305.)

aient passé en Afrique. Appuyé sur le témoignage de Zuniga (i), il prétend que la série de ces évèques se perpétua jusqu'en 1566,et'qu'alors l'archevêque de Séville, Fernando de Yaldès, obtint de S. Pie V l'incorporation des biens de l'Église de Maroc, en Espagne, au tribunal de Tinquisition de SéviUe.

Que s'était-il donc passé de si funeste aux chrétiens? Nous ne savons pas tout; mais d'abord, il n'est pas surprenant qu'ils aient beaucoup souffert des révolutions qui accompagnèrent le démembrement de l'empire merinide. Ensuite, parmi les moyens que les chenfs mirent en œuvre pour discréditer et faire tomber les Beni-Merin , ils les accusèrent de favoriser à l'excès le christianisme ; et en IKM, par une conséquence logique, ils bannirent les missionnaires de Mai^c. D. Sébastien de Obregon, qui était alors évèqùe et résidait à Séville, ne put que recommander aux religieux rédempteurs d'assister, en même temps que les esclaves, les chrétiens libres, s'ils en rencontraient ^. Durant ces temps malheureux, il y eut peut-être des émigrations de chrétiens, comme on en voit de juifs aujourd'hui. Sous Jean Y^ de Castille (1900), on signale celle des chrétiens indigènes, appelés farfanes des Goths, et qui habi-' (aient à Maroc le quartier dit El-Bora. Ils reçurent des terres en Andalousie et leur quartier, i Maroc, devint la demeure des esclaves (3).

(4) Atm.de SevUla, en 4660.

(1) Gramafe dit* mais tuivant son habitude, lam ciUr d'autorité : Anno 4543^ cura data et venit administratio MauritaQÛe triplicis et dioceseonqus in eis sunt. (A/h'ca illustrata, p. 56. Tournai^ 4622.)

(3) Marmol» t. 11^ p. 54. Sandoval, Vida y échos del emp, Carlos V, t. II, p. 9S4. Anvers^ 4^S4. Les FarCanes étaient excellents cavalier». Le roi Jean périt dana un tournoi où il voulut s'eiercer avec aux.

Pourtant H est certain que ni les guerres eiviles, ni les guerres avec les chrétiens, h'empéehërent entièrement ceuxci de voyager au Maroc ou d'y résider, même au délmt des conquêtes des cherifs, soit dans un intérêt dé commerce, soit pour le rachat des esclaves : deux points que nous allons toucher successivement.

Le gomuergb. — Dès le xiii* siècle, les relations commerciales subsistantes entre le Magreb-elrAcsa et des nations européennes se régularisèrent par des traités. Capmany l'établit pour Barcelone et TAragon ; Lûnig pour Venise, aa XIV* siècle; le statut de Marseille^ rédigé de 1253 i 1255, applique ses règlements au commerce de Ceuta, vel CepU^ vél Bogie; Pise traite en 1358=759 (1). Ces traités, sans nui doute, furent précaires, mais ils n'étaient pas indispensables pour le maintien des rapports de commerce. Il est mtane i observer que le régime basé sur des conventions diplomatiques, régulières et durables, ne sera sérieusement inauguré ail Maroc que dans la seconde moitié dû xvu* siède, et par jdeux ou trois nations seulement : la Hollande, rAngleterre et la France. Durant les deux siècles précédents, les relations se perpétuent en général sous la garantie de la bonne foi et de l'intérêt réciproque, les droits s'acquittent selon les traditions et les usages reçus. C'était à peu près les mêmes qu'à Tunis et Bougie ; le point principal est le droit de 10 p. 100 levé par le gouvernement sur les marchandises étrangères; la liberté et la sécurité sont assurées aux négociants, et le droit de naufrage aboli. Mais cette dernière stipulation, souvent renouvelée dans les traités

(4) Capmany^ Memorias istœicas sobre la marina, etc., de Barcelona, t. IV, p. 7^82. Lunig, Codex diplom. liaUœ, U I, col. M 48. Baude, Algérie^ t. 11, p. 449, 456. - ,■"

conclus avec les Africains hafsides, n'était sans doute pas toujours respectée sur les côtes du Rif ni même ailleurs.

Les marchands chrétiens ont leurs fondouks ou magasins fermés de murs et ainsi séparé^ des quartiers musulmans, dans les principaux ports de mer du Magrd>-el-Âcs|i. comme sur le reste du littoral africain de la Méditerranée; mais tandis qu'ici le commerce européen reste confiné à la côte, au Maroc, les négociants et les rédempteurs d'esclaves pénètrent dans l'intérieur avec autant de facilité qu'on le faisait en Asie. Cela tient sans doUte i deux causes, principales : a la présence- des populations chrétieimefi dans Tintérieur du Maroc, puis à la situation des capitales, assez éloignées de la mer pour n'être point suffisamment desservies par le commerce européen, si on l'avait retenu sur les côtes.

On le voit donc, à Maroc, installé près de la douane, là où les afiifldres sont le plus actives ; a Fez, où il a sçs bazars et ses hôtelleries près de la grande mosquée de lu vieille ville; a Tafilet, où il achète le maroquain et l'indigo, et tait concurrence aux marchands de Barbarie, tandis qu'aujourd'hui nous ne sachions pas qu'un Français libre ait seulement vu le Figuig, à Taroudant, où il achète les dépouUles d'autruche, le sucre de canne, l'ambre et les dattes, et où il possède un fondouk, des apparten^ents confortables, rafralchia par des eaux vives ! au cœur du Rif, où il achète les cuir9 et la cire, dont les Portugais firent connaître la valeur et l'emploi aux Berbères du Haba ; là enfin d'où la guerre aurait dû, ce semble, l'expulser : n'avons-nous pas vu, en 1517, les Portugais du cap d'Aguer faire prisonniers,

(4) Mannol , t. Il, p. 35, 60, 464, S45, 289, et 111, Sî. A la suite, Diego de Torrès, p» 454.

Alger.En 1313 ou 1321=718-721, GuiUermoGiraldo, prieur du môme ordre a Barcelone, et le célèbre prédicateur Claude de S. Romans racbetërent à Maroc 236 esclaves, parmi lesquels un chevalier, D. Juan, qui était sur le point d'apostasier et d'épouser une princesse merinide (1). Les trinitaires anglais, Nicolas Firmy et Silvestre furent pendus à Maroc le !•' août 1326=726 (2).

Le roi de Castille, en 1338=738-9; envoie au sultan merinide, Aboui-Hacen, dont il avait reçu peu auparavant ^me ambassade, le docteur Jean de Luca de laMerci, et ce religieux brise les fers de 116 esclaves, qui rentrèrent i Sévilleea procession solennelle (3). Vers 1342cs742-8^ le tiinitaire Domingo Pardo rachète à Fez ISO captifs. Le sultan vojant quelle tristesse le consumait, parce qu'il jie pouvait, Ciute d'argent, en délivrer un plus grand nombre, lui en fit remettre SO autres, dont le religieux paya plus tard la rançon (4}.

Les provinces de la Merci de Castille et de France affranchirent 258 de ces infortunés à Maroc et a Fez, en 1402= 804-5, par les soins des pères Juan de Herrera et Bernard Ârenys. Durant six mois de séjour à Maroc, en 1406, les religieux de la Merci, Denis de Mendoça et Séverin de Paris, qui fut empalé et brûlé à Alger dix ans plus tard, rachetèrent 104 captifs et convertirent un grand rabbin, qui revint avec eux en Espagne. De retour à Fez en 1411 , Séverin déii-

(4) Remon^ Historia gênerai de la orden de Nuestra Senora de k Merced, 1. 1, p. 3Î4, 3o8. Madrid, 4618.

(2) Calvo, Resumen de las prerogativas...de laSS.TrinidÊd...y de los varones que florecieron^ etc., 3* partie, p. 209. Pamploua,

(3) Hemon, p. 389.

(4) Francisco de la Vega, Chronica de la provinda de Céstilla,** de la SS. Trinidad, t. 1, liv. 3, ch. 9. Madrid, 47ÎO.

Tra encore i40 esclaves, mais sans rintervention du sultan il eût été mis à mort comme coupable d'avoir prêché publiquement rÊvangile. Â la fin duxiV siècle, Julio del Puerto, du même ordre , avait été martyrisé à Fez pour cette nd^ son (1). Le trinitaire portugais Gomez Martinez, qui mourut ea 1431 , après onze rédemptions renfermant ensembleâ984 esclaves, exerça sans nul doute sa charité au Maroc (2). En 1447=^1 , les pères de la Merci, Louis de Sarmiento et Barthélémy de Ségovie, ramenèrent 18& prisonniers de Maroc et de Fez à Séville ; et leurs confrères, Alphonse de Valverde et Dominique de Séville en rachetèrent 124 a Maroc, en 4450=854 (3).

Les trinitaires français, Pierre Beucard et Jean Le Yassear, en 1490=896-7, délivrèrent 204 esclaves dans Vempire merinide (4). A la fin de xv* siècle (1498=903-4), le trinitaire Michel de Contreras, confesseur de la reine Léonore, femme de Jean II de Portugal, usait de sa haute influence pour créer et propager, dans le royaume et dans les villes portugaises d'Afrique, la confrérie de la Miséricorde, dont les aomônes étaient consacrées au rachat etau soulagement des esdaves (5).

Diego de Gayangos, trinitaire du couvent de Burgos, devenu provincial de l'Ordre, envoya à Fez, l'an 1519^^925, quatre religieux qui rendirent 500 captifs à la liberté et resr tèrent eux-mêmes en gage pour 1000 ducats. Us se livrèrent alors à des travaux apostoliques qui produisirent la conversion de quelques infidèles et soulevèrent contre les

(4) RemoD, p. 444, 450 et dernières pages du t. I. (î) Calvo, loc. cit.

(3) Remon^ t. H, liv. 4 4, p. f8.

(4) Table€tu... des rédemptions,,. Paris, 4785» in-4*.

(5) Galvo> loc. cit.

rédempteurs la colère dès marabouts. Le sultan Mohammed eUOatës sauva les pères du dernier supplice et les jeta dans une prison, pour ne pas perdre l'argent qu'il en attendait. Diego de Gayangos paya leur rançon, en faisant vendre les vases sacrés de la province et du collège de Salamanqae. Peu après, les moines du même ordre, Antonio de Paz et Pedro de Vittbria, allèrent à Maroc oh tégnait encore Naoor Bou-Chentouf, et en ramenèrent des centaines de captifs (1).

L'ordre de la Merci rivalisait de dévouement. Antonio de Cisneros, député de Castîlle,et Matëo de Cordoue pour l'Andalousie venaient àMarocetàFez en loi 7-933, et rentraient ' prooessionnellement à Séville avec 109 esclaves; en 1589= 9i8-6, Garcia de Menesès en délivrait 89 d'un rang distingué, à Tétouan et à Fez ; et quand déjà les cherifs régnaient A Maroc, en 1243=980, Gabriel de Andrada et Isidore de Séville passaient de Fez au nouveau royaume et rendaient 1S6 captifs à la liberté (2).

Ce serait peut-être ici le lieu de parler des traitements que Ton faisait subir aux esclaves, des usages et des mœurs des corsaires et des renéfrats, de la manière dont les rédempteurs procédaient à l'accomplissement de leur sainte mission ; mais ces notions générales ne seraient pas propres au Maroc, elles s'appliquent à toute l'Afrique septentrionale, surtout depuis raccn>issement de la piraterie par rétablissement des Maures chassés d'Espagne et des régences turques: les tH*umeurs de mer fraternisaient et se rassemblaient à AltftT, à Tètouan, à Salé. Nous renvoyons le lecteur aux ouvrages spéciaux, tels que ceux de Haedo,Gomez deLozada,

\) Fninri:50o de l« Vega, loe. cit.

,i^ Remon, t. II, p. IS4.

Dan, etc. L'époque suivante et la page qui va dore ce chapi» tre fourniront d'ailleurs quelques traits do ce tableau (i). 11 est certain que les nations chrétiennes, l'Espagne et le Portugal, réduisaient les musulmans en esclavage, comme ceux-ci le faisaient des chrétiens.: Mais on ne se jouait pas de la vie des esclaves en deçà comme aii delà du détroit. Alors méiçe que les formules du droit romain auraient prévalu dans la péninsule, l'esprit de l'Évangile, plus fort que ces formules, n'eût pas-permis de traiter le captif comme une chose, rei; mais la loi gothique avait adouci la loi romaine, et, en 4090, le Fuero de Jaca, allant plus loin, enjoignait de traiter humainement et de nourrir convenablement fesclaVe sarrasin s les Partidaà d'Alphonse X le Sage défendent au' maître de tner, de mutiler, de frapper rudement, de traiter cruellement ses esclaves ; ils peuvent se plaindre au juge d'une infraction à cette loi, et le juge les vendre à un mattre plus doux, au profit du premier*. La captive recouvre sa liberté par le mariage avec son maître. Au xiv^ siècle, les ordonnances de Catalogne et d'Aragon, pour les navires en course, ordonnentd'avoirsoin des Sarrasins malades: « Serviciais devenpensar de Ts Larrahins malalts e de Ts malalts de la nau. »- Gardons-nous d'accepter les assertions légères qui assimilent la conduite des peuples chrétiens envers les esclaves à celle des musulmans. S'il est vfai que les Âlmo^^ hades et les Merinides ne donnent guère envers les captifs chrétiens les exemples de capricieuse tyrannie et de cruauté si communs de la part des cherifs,- il est certain pourtant que ces esclaves n'avaient pas autant que les musulmans.

(h) J'ai tâché de réunir les principaux traits de ce tableau dans le livre publié à Tours, chez Marne, sous le titre de Soirées algériennes, 1859, nouvelle édition.

chei nous, la triple proteetioii de la loi, jdea BBONin pubU^m et du caractère da pouToir. -

Martoi de I^Ltn. -— Déjà Von a dté les noms de ida- Murs martyrs, . sous les précédentes dynaatieB. Un bke ooiddior, Martin de %K>lète^ vam à Fea en 18aQb=036-7, rétasait à s'introduire à la cour merinide et ne dusimida pas son dessein de travafller à la conveiwm des nfflwilmans. Moulé Brahûn, beau-eftire du sultan, ami et proteetenr des dirétiens, essaya vainement de L'en dissuader. Le Hunne xàh tînt des conversions ^ flhrent du bruit, et les raUiins juifii, qu'il avait confondus dans des contrôversjBS en piéaenoe do ailtan Mohammed, Taccusirentde conspiration et de magie diabolique. Martin, pour anéantir la prenûkecaliMnnie, entra publiquraient et devant la cour dans un bûd^ aident; ily resta quelque temps à genoux, tandis que les dhrétiei priaient Dieu d'éelairar lêa infidèles, etUen sortit sain et sauf . Mais, i ce moment, ilfuttuéd'uncoiqidelanoeetper une tuile qu'on lui lança. B paratt que les juiis avaient représenté au roi ce mirade comme une nouvdle preuve ^ magie (1).

TaisTAïf d'Atâtpb. — Un autre martyre, non moins raourquable, fut celui de Tristan d'Âtayde, i Maroc. C'était un Maure qui se disposait à recevoir le baptême et auquel on avait donné le nom du gouverneur de Mazagan, successeur de Lorero, en 1548. Le catéchumène était dans cette place au service des Portugais. Telle était sa hardiesse qu'il pénétrait aux marchés de Maroc et jusqu'au mechouar, où le cherif rendait la justice. Pris enfin dans une razzia, il Ait traîné devant le juge, refusa d'apostasier et fut condamné i avoir la tète coupée. L'exécution eut lieu au souk, et on lui

(I) Diego de Torrès, p. 4S6.

nicha lentement le col pour qu'il eût encore le temps d'ab- "er. Mais prenant dans la main son sang qui commençait ïouler, il le versa sur sa tète en disant : « 0 Jésus, je me [ifie en votre miséricorde, et puisque je n'ai pu être bap- B, j'espère que vous recevrez mon sang pour baptême. » s Maures commencèrent à le maudire et les enfants à lui er des pierres. « Pour nous qui assistâmes au supplice-^ D. Diego dé Torrès, nous en rendîmes grâces à Dieu. » ;uit vers 1550=957.

Tristan aurait été crucifié, selon la coutume du pays, si le nrif, peu auparavant, n'avait aboli ce supplice, i la prière s marabouts. Ds avaient observé que les chrétiens saluaimt croix des suppliciés, en mémoire de JésusrGhrist, et cru narquer que le ciel, en conséquence, refusait la pluie i{|la

On ne trouvera guère moins digne d'admiration Alphonse rez deSaavedra, fils. du comte de la Gomère etd'unemauique, sa captive. Le cherif Mohammed l'avait réduit en ^lavage, en violant un sauf-conduit, pour se venger des iirses qu'il était venu faire du côté du cap d'Âguer, depuis Canaries. Le noble ci^tif porta durant vingt-six ans. des ilnesqui pesaient plus de 70 livres, et il refusa constamrùi d'obtenir, au prix de l'apostasie, sa liberté, un grand nmandement et la main d'une fille du cherif. Il gagnait vie à faire de la passementerie mauresque, et il imposait ous le respect. Mohammed le fit venir de Maroc à Fez, rès la conquête de cette ville, où il mourut dans les fers (2). Des jours mauvais se levaient au Maroc pour le christiaone; le peu de liberté qui restait dans le nord sous l'au-

4) Diego de Torrès^ page 409. Le crucifiement^ chez les AfricAins^

'ait dans Salluste.

[%) Diego de Torrèt, p. 436.

^n»p nvn?!iV I ,i:: .lif^juiraiire à larrivet d^ rh^nf* i>u\-ci rK cr'^'iv iii*n* rva< mauvais que K» chn/tien ;rîrM' ^i ; M. mai* il< n.» 'i«iirHî**ni pa^ de nïissionnaire:? ei ^rrr.:- <ai«it a la ceW-riti. ?. :»» la mes-e Le P. Fernand «le r.:^niTf^m. mlemp(Hur --iMjnol. au courant des affaires du Majppb. fut consulte, vr^r? 1 5W. par les jésuites portu^^i? Juin .Nunez Barreto. depuis patriarche irÉthiopie. Louis «Gonzalez de la Camara et Icnacio Voîrado, sur les moven* (!•* riMUiHlier à une M funeste >iluati(»n. Contreras les en;:aj»»aâ ne |»as cheiTher inutilement le martyre, à se fixer au M.ir^\ mais en ijualitê de nilempteurs. sans faire aucune pnr^pacande compromettante pour les esclaves, dont ils soulsu^ raient la misèn». Osrelipieuv passt»n»nt, en effet, de Ceuta il Têtouan où ils restèrent plusieurs années, d'autant plus fa'.'IeiiH^iit que les cherik n y régnaient point encore. Iky tJFvnt riuelTues nicliats pour être tolén-s. En lS6f}=673-l. un de leurs conWres, (îasfiar Lopez. vint ausiii en cette viUr. lan«Ji>7" "" •*"^'^'^ fJabricI deel Puerto, se rendait â ^nr,,c.i^»hik fun^nt bannis par onliv du cherif .Vbd-Allah ,.|„,.|f„/,«mnfK\l.dont nous retmcerons l'histoire (1). Am-? re>iau milieu duxvr siêcK-. v[ par le fanatisme

firuîw de> pr?'rr.:ers clierifs, (jue toute organisation hiêrar- -hom ilî fV'^*' '^^^ ilétruite au Marne. Le christianisme y

^tihii «i^'> '•^*' .'pnive plus forte que nulle autre depuis ^l,iy^»rTi:^r. i .::' i islam. Sa ruino pourtant n'a jias êlé

r^mt^^^^i i»T».*Jsyjivronsj)lus lard le cours de sesdes-

.* v^.in Jol Puerto. JUfssion hù<toiial ife Marna-

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