CHAPITRE Vin
LES CHEE1FS HASSAIVI OU 8AADIEF(8.
La dynastie qui règne actuellement au Maroc est considérée quelquefois comme remontant au xvi* siècle; mais il est plus conforme à la vérité de séparer en deux dynasties étrangères lune à l'autre, sauf un lien de parenté très^vague et impossible à déterminer, les cherifs descendants du marabout Hassan, dont nous avons commencé à esquisser rhistoire, et les cherifs issus du roi de Tafilet , Moulé Cherif, venu d'Orient, et dont le fils Moùlê Rechid prendra Fez et Maroc (1).
(0 II est certain que de nouTelleslamières se feront un jour sur Thistoire des cherifs par la découverte de documents arabes. La Reviu africaine, avril 1887, donne un fragment anonyme traduit par M. de Slane, où on lit que la première dynastie cheurfa, que nous appelons Hassande, est nommée SooJtenne par les historiens du pays: Ed-DouU es- Saa(f ta. Ahmed, roi des Sous en 1509=910, porte le nom de Aboul-Abbas Ahmed el Caïm; son fils et successeur, roi de Maroc en 1524=930; Aboul-Ab-bas el- Aredj •
Voici l'ordre de succession des cherifs Hassani :
ssan ebn-Mohammed, souche de la dynastie.
»haiimied^ fils de Hassan^ roi de Ta-
roudant et de Maroc, depuis
45îi=930-1, de Fez et du
Magreben. ...... 4550 = 957
d-Allah^ fils de Mohammed f556 7= 963—4
thammed le Nègre, fils d'Abd-Allah. . i 574 = 981 — 2 d-el-Melek, oncle du précédent, fils de
Mohammed ebn-Hassan. . . 4576 = 983—^4 lOul-Abbas Ahmed el-Mansour , plus
connu sous le nom de Afimed-
cherif, frère d'Abd-el-Melek. 4678 = 986 mlè Cheikh^ Moulé Sidan, et Ahou
Farès, fils d'Ahmed. . . . 4603 = 40<S-^3
inléSidan 4608 » 4016— 7
mlè abd-el-Melek, fils de Sidan. . « 4630 =4039—40 >ulê£l-Oualid, frère d'Abd-el-Melek. .4635 — 4044— ii iule Ahmed Cheikh^ autre frère d'Abd-
el-Melek .4646 = 4064—6
mnel-Uadj, usurpateur (1)
mlê Cheikh, fils de Rrom el-Hadj.. . énements des cherifs Fileli ; Moulé Er-
Rechid, fils de Moulé cherif
prend Fez. ... ^'. . 4666 =4076 prend Maroc. ' 4668 =4078—9
4) Suivant le P. Francisco de San«Juan del Puerto» àMoùldAhmed •àde son fils Labès ou El-Ahbas; à El-Abbas sudcède son oncle d^-Rerim Abou-Bekr (4666=4069-70); à Abd-d-Kerim^ son fils ear ou Abou-Bekr (4 668), qui est renversé deux mois après par Moul4 lis ou Er-Rechid.
§ !«'. — HISTOIRE M; lAROC SOUS LES CflERIFS HASSANI OU SiiMIIIS, DEPliS U PilSC DE FEZ (ISS0ir9S7) JUSQITA L'ATÉniBIT NS GOUFS riLEU A IAKOC (I$l8 =1079).
Après s'être emparé de Fez sur les Merinides, dont les bienfaits à son égard furent ainsi payés de la plus noire ingratitude, Mohanuned ebn-Hassan envoya un de .ses officiers prendre Vêlez. Cette conquête ne lui coûta rien; car rémir merinide,Bou-Hassan, abandonna la ville ainsi quele Pegnon pour passer àMalaga.Le cherif dès 1550=^957 partagea le gouvernement de son empire avec ses enfants : Ârrani, son fils aine, eut Taroudant, et Abd-el-Kader eut Maroc; Abd-er-Rhaman prit possession de Tafilet. Moulé- Mohamed avait donné Tordre à son frère Ahmed d'évacuer œ dernier royaume et de se retirera Tagouret, dans le Sahara. Arrani, mécontent de son lot, fut apaisé par la promesse d'être un jour l'unique héritier du trône. Les trois frères se rendirent dans leurs états respectifs, et Arrani se fit estimer par son zèle à reformer la justice. Chaque mercredi, il entendait publiquement les plaintes que l'on venait déposer contre les cadis et les cheikhs.
Tlemcen al pouvoir DEs'cHERiFS (1551 =i 938). — L'ambilion de Mohammed n'élail pas satisfaite. Il voyait avec jalousie et inquiétude les Turcs, maîtres d'Algerdepuis trentecinq ans, étendre de son côté leur domination, au détriment des Beni-Ziande Tlemcen, qui étaient à la discrétion tantôt des pachas algériens, tantôt des Espagnols d'Oran. Il osa braver la puissance ottomane et envoya son fils Arrani, à la tête de 30,000 hommes, sans compter les renégats de sa garde, assiéger Tlemcen. Mais les Turcs se replièrent sur Alger, de telle sorte qu'Arrani, favorisé par la haiuq des ha-
I contre leurs nouveaux dominateurs, se trouyamalire nnoen et de Mostaganem. Il y laissa des gouverneurs int à Fez. Sa mort arriva peu après et priva son père i{ypui qu'ibn'appréciait pas à toute sa valeur. NILTI.IIANS l'âtuis. — Les Berbères de l'Atlas, entre t et Ttroudant, se révoltèrent en apprenant qu'Ârranf t plus. Commandés par Si-Mohammed, ils battirent, leiVB montagnes, une armée de mille renégats et de \ envoyés contre eux par le cherif. Us engagèrent I les renégats prisonniers dans leur parti, les marièrent Des des familles les plus importantes et en apprirent ncftUon des armes.
■nriMS Mis A MORT. — Le cherif irrité crut aisément ■ derniers Merinides, ses captifs, Ahmed et El-Kaseri
E, n'étaient pas étrangers à cette insurrection. Il ;her la tête, et mit ainsi te comble à son ingras cette malheureuse famille (1552=959-60). .'Turcs reprennent Tlemcen. — Le pacha d'Alger, % afivoya une armée sous la conduite du . renégat f*Corse, pour reprendre Tlemcen. A cette nouvelle, f donna Tordre à ses fils, Abd-el-Kader et Abd-er- \j d'aller défendre le territoire menacé. Mais eelui-
Ué avec son frère, l'abandonna dans une rencontre
blé, et les Turcs restèrent maîtres de Mostaganem
mcen où ils établirent un bey. Le cherif apprit la
VAbd-er-Rhaman, et le fit empoisonner.
0» prennent Fez (1554=961). — Le vieux cherif
néme à la tète de ses troupes contre les rebelles
li réussit à s'emparer d'une forteresse défendue
l'un de leurs chefs, du côté de Taroudant, et
oc après avoir iniligé un châtiment à des peu-
l'en restèrent pas moins indépendantes. De
plus graves périls le menaçaient. Salah-Rals, successeur de Hassan au pachalik d'Alger, avait fait alliance contre lui avec rémir Bou-Uassan, seigneur de Vêlez, que Ton a vu passer en Espagne pour acheter Tappui des chrétiens. Le massacre des derniers Merinides , ses parents, avait profondément irrité ce prince, et« bien qu'il n'eût guère obtenu que des promesses du roi de Portugal, il avait débarqué vers Alhucemas, où les Berbères l'accueillirent en auiemis. Tout le porta donc à se joindre aux Turcs qui, d'ailleurs, Tauraient combattu sous le prétexte de le punir du crime d'avoir invoqué le secours des chrétiens (i). Sorti d'Alger dans les premiers jours de janvier 1554=96i, à la tète de 6,000 arquebusiers turcs et renégats, 1,000 spahis, 4,000 cavaliers arabes et IS pièces de canon, Salah-Rals marcha vers le Magreb, et son armée grossit à chaque pas. Vingt-deux navires faisaient voile en même temps pour les côtes du Rif. De son côté, Mohammed se porta, de Fez i Tasa, au-devant des Turcs. Son fils Abd-Allah essuya une défaite complète; et le cherif, sans attendre une affaire plos générale, se retira sur Fez. Huit mille hommes essayèrent en vain d'empêcher Salah-Raîs de passer le Sebou, et il remporta le lendemain, près du vieux Fez, à Las Caleras, une victoire qui lui ouvrit les portes de la capitale. Mohammed et son fils Abd-Allah fuyaient de Fez la Neuve tandis que Bou-IIassan et Salah-Raïs entraient par la vieille ville, 011 Bou-IIassan comptait des partisans. Fez fut pillée; les juifs se rachetèrent en payant 25,000 mitcals, et les
(4) Les négociations qui amenèrent ralliancc de Boa-Hassan avec les Alîrériens, sont diversement présentées. Voir Diego de Torrès, Marmol et D. Haëdo, Topografia y histaria gênerai de .irgeî , p. 67, 68. ValladoUd, 1642.
marchands chrétiens dépensèrent dans le même but, 5,000 mitcalsen- présents. Salah^Rals aurait voulu ne pas donner Fez à Bou-Hassan , mais il reconnut que celui-ci avait en sa faveur un parti puissant, et il se contenta d'engager le cherif, réfugié i Maroc, à reprendre la hitte contre Bou-Hassan. En revenant à Alger, il rapportait 400,000 mitcals levés sur la population de Fez. Diego de Torrès et d'autres riscatadores, rachetèrent dans cette circonstance 700 esclaves chrétiens au prix moyen de 100 ducats par tète. Quand on connut à Yelez la perte de la capitale, le Pegnon se rendit à la flotte turque, et Salah y fit mettre garnison (i). Cette place sera reprise, en 1564, par D. Garcia de Tolède.
Dernières luttes et mort de Mohamiied, rétabli à Fez. Mohammed semblait dans une situation désespérée. Son fils Abd-Allah, chassé de MéquinezparBou-Hassan, était venu le rejoindre à Maroc ; son frère Ahmed, à la nouvelle de ses malheurs, quittant le désert où il l'avait relégué, s'était rendu maître du Tafilet. U marcha contre Ahmed, et envoya son fib Abd-Allab contre Bou-Hassan (1555=962). Abd-AlAsih remporta d'abord l'avantage contre Nacer et Mohammed, fils du roi de Fez ; mais il fut ensuite battu par Bou-Hassan lui-même et regagna Maroc. Le vieux cherif avait, au contraire, ol^tenu là reddition de Tafilet, et envoyé son frère achever ses jours dans une zaouia; il put done marcher sans retard contre Fez, et se débarrassa de ses ne- Yeux, prisonniers, en les mettant à mort à Tedla. On voit ({u'il prit sa route de manière à s'appuyer sur rOuest,oii étaient ses ressources. Bou-Hassan vint à sa rencontre et fat tué dans une bataille. Ses deux fils, Nacer et Moham-
(\) ïLMo, p. 68.
med, s'enfinrent à HéquinieZy et de là à Silé, d'où As s'eaibarq[uèrent. Un corsaire breton les fit prisonniers.
Mohammed écrasales hâlntants dé Fez d'impôts et d'émotions pour les punir de leur infidélité; puis il laissa la TiDe ^ôus le gouvernement de son fib Abd-Allah et se rendit à Maroc. En i556c=:963-A, il dirigea une expédition imh sud contre les montagnarde rebelles; mais il dut composer avec eux. Au retour, il épousa une fille de Tar^uh dant; car Tège n'aflRûblissait pas en lui la luxure, dont il était Tesclave. Peu après, il fut assassiné en se rendant au Sous, au défilé de Bibona ou Bibaouan, par on Ture itM ' garde, soudoyé de Hassan Baba* Aroudj , ^ pacha d'Algtr pour la seconde fois. Mohammed avait 86 ans.
Le meurtrier, nommé Hassan; instrument de la justke de Dieu sur le vieux cherif, avait des amis dans la garde, qm était mécontente de ne pas recevoir de' solde; jl entra en maître i Taroudant, évacuée par son gouverneur, le dierff Othman. Mais il repoussa l'avis de s'y défendre et d'appeler des secours d'Alger. Il prit la route du désert pour gagner TIemcen avec les trésors enlevés au cherif. Othman poursuivit le fugitif, le tua, lui et presipie tous ses compagnons, et il revint à Taroudant avec s€!s deux sœurs, emmenées par les brigands , et le trésor de son père^ D y fit proclamer Âbd-AUah, légitime successeur de Mohammed.
Quand la nouvelle de l'assassinat de ce dernier était a^ rivée à Maroc, le gouverneur s'était empressé de massacrer Ahmed, âgé de plus de 90 ans,' et ses sept fils ou petitsfils, qui auraient pu inquiéter Abd-Allah. Les deux frères, premiers cherifs qui avaient conquis un trône à force de crimes, finirent donc misérablement.
Moulé Âbd- Allah reçut à Fez la nouvelle des événem^ts.
n laissa la ville à son frère Abd-el-Moumen et accourut à Maroc, où il fut reconnu souverain des états de Mohammed (1557=964-5). Alors, il partagea les grands commandements entre ses frères et ses neveux. Mais après dix-huit mois d'un règne honorable, il prit ombrage de ces princes aimés du peuple. Il les manda près de lui, et fit mourir son frère Othman, gouverneur de Taroudant; son neveu Soliman, gouverneur du Dràa, et Mohammed, son autre neveu, qui commandait i Méquinez. Âbd-el-Moumen, son frère, s'excusa et ne vint point de Fei. Abd-Allah, remis d'une maladie mortelle, reprit le dessein de faire périr Abd-el-Moumen, qui, informé du péril, s'enfuit par la route de Tlemcen à Alger, où Hassan Baba-Aroudj, suivant les inspirations d'une politique facile à saisir, lui accorda une amicale hospitalité (1559=966-7). Il épousa une fille du pacha, et fut nommé gouverneur de Tlemcen.
Caractère du cherif. Siège de Màzagam. — Moulé Abd-Allah, inquiet de ce voisinage, n'entreprit nullement de s'en délivrer par les armes. Il restait à Maroc plongédans le vin et la débauche, au point que Lella Marrent, sa sœur, fut victime de sa brutalité. On doit dire qu'il profita de la paix pour embellir sa capitale : il bâtit, près de la grande mosquée, un collège renfermant quatre cents chambres, un mellah pourréunir les juiveries en une seule, des greniers voûtés pour la conservation des céréales, et il choisit avec attention les gouverneurs des provinces. Lâche et cruel, il se décida cependant, sur l'avis d'un renégat, à venir assiéger Mazagan, l'an 1562=969-70. La place fut défendue par D. Rodrigue de Sousa, en l'absence d'Alvar de Carvalho. Il fit sauter deux fois par la mine une batterie de 24 canons d'un calibre énorme, comme on en fondait alors, et les assiégeants, au nombre de 80,000 hommes, se retirèrent, laissant aux
PortugBi9 la possession d'une place tjul alors n'anncmcait {dus une conquête menaçante.
Abd-bl-Moumkn assassiné, -r- Le neveu d'Abd-ÂIMi, ^uverneur de Fez, se concerta, comme on le crail;, atec œ dernier pour feire assassiner Abd-el-Houmen, qui gouvernait Tlemcen au nom dés Turcs. Un Maure se chargea de commettre le crime. D poignarda îe dierif dans ime mosquée et réussite fuir sur un cheval tout préparé. Cette nouvelle révolta les esprits au Maroc, et Abd-AHah, dédioint toute complicité,punit le traître du dernier supplice. Dmoitrut lui-même en 1574=^961-2, deux ans après ayoir construit un fort pour la défense du port d'Aguer, qu'il crojait menacé par D, Sébastien de Portugal. Son- fis atné, Mdiammed, lui succède.
Aftairiss ni Meliixa et prise du Pbghon de Teubi. — Sous le règne d'Àbd-Âlkh, en i{ie3=:970^1,lesMaure8^tentèrent de surprendre Melilla sous la conduite d'un marabout qui prétendait endormir la garnison par enchantement. Le gouverneur ^ Pedro Yanegas de ' Gordoue, averti par les espions, laissa entrer les Maures de manière à les enfermer entre deux enceintes, et il en massacra un grand nombre. Deux fois l'entreprise des fanatiques eut la même issue. Lorsque les récits espagnols seraient vrais dans leurs détails, ils ne feraient que montrer dans son lustre la superstition stupide des musulmans, dont nos guerres d'Afiique ont fourni tant d'exemples : Bou-Maza, Mohammed ebn4bd- Allah ont hérité d'anciennes recettes magiques, et les Arabes delà crédulité de leurs aïeux. Un fait plus important, c'est la prise du Pegnon de Vêlez sur les Turcs, en ' 1564- 972. L'année précédente, D. Sanche de Lèves, général des galères de Naples, était venu de Malaga, poiu* s'en emparer; mais il reconnut qu'il n'avait pas les moyens nécessaires,
même après son installation dans Vêlez, et il se rembarqua. Mais D. Garcia de Tolède, en 1564, amena 15,000 hommes sur 110 navires fournis parTEspagne, Malte, le Portugal, les LomelUni de Gènes et d'autres puissantes familles; il occupa Vêlez et le mont Baba qui la commande. L'artillerie de terre et des navires ouvrit le feu sur la forteresse, dont le gouverneur, Kara Mustapha, tenait la mer, et les Espagnols y entrèrent le 6 septembre. L'Espagne conserve le Pegnon d^uis cette époque.
Moulé Mohammed le Nègre et Sébastieq^ roi de Portugal. — Mohammed, fils d'Âbd^AUah et d'une négresse, imita la politique de son père; il mit à mort deux de ses frères et en jeta un autre en prison pour régner plus tranquillement. Mais son oncle, Abd-el-Melek^ nommé aussi Moulé Moluc, le détrôna en s'appuyant sur le sentiment du peuple, et le battit avec les secours envoyés par Ran^adan, pacba d'Alger. Mohammed, chassé de Fez puis de Maroc, vint au Pegnon de Yelez demander du secours à Philippe II, roi d'Espagne; mais celui-ci avait abandonné l'idée de rien entreprendre sur l'Afrique. A la cour de Lisbonne, le cherif fut plus heureux. Ses propositions furent agréées du roi chevaleresque, D. Sébastien qui, en 1574=981-2, était passé en Afrique et avait fait des courses sur le territoire entre Tanger et Arzilla, comme par partie de plaisir. Enivré des louanges que des flatteurs lui donnaient pour des razzias où il avait exposé inutilement sa vie, le jeune prince méditait une grande con.quéte en Afrique, lorsque les sollicitations de Mohammed et la promesse qu'il en reçut de la cession d'ArziUa et de Larache au Portugal, achevèrent de le déterminer. Catherine, son aïeule, le cardinal Henri, son oncle, et de vieux généraux ne purent le détourner d'une résolution qui ne cadrait plus avec la direction générale des in-
térèts portugais^ et qui, en cas de mort du roi non marié, compromettait lavenir du royaume (1). En désespoir de cause, on essaya d'obtenir^u moins qu'il ne s'engageât pasi rintérieur du pays et qu'il se bornât à une expédition sur le Kttoralavec la flotte pour appui. Les conseils de jeunes ofliciers l'emportèrent sur celui du duc d'AIbe.
Bataille d'âlcazarou des Trois Rois. — La flotte mit i la voile avec 20,000 soldats, dont iS,000 portugais; les autres, allemands, espagnols et italiens. Le pape 'avait accordé rindulgenoe de la croisade. Au débarquement, sous les murs d'Arzilla, le 9 ou le 10 juiHet 1578, quelques milfiers de Maures, sous les ordres de Mohammed, renforcèrent l'armée. Toutefois^ on comprit que ce dernier s'était trop empressé de promettre le concours général des populations.
Abd*el-Melek valait mieux que lui. Élevé par Carillo, esclave chrétien de ValladoIid,il était doux envers les captifs el les dispensait môme de se mettre à genoux pour lui parler. Il buvait du vin et mangeait les mêmes aliments que les chréliens.On le loue d'avoir su borner ses passions à son harem
Au lieu d opérer sur Larache, D. Sébastien prit la route de Fez, en marchant sur Alcazar-Kebir. Moulô Abd-el-Melek, lui ayant ollerten vain plusieurs heues de territoire autour des presidios, s'avança de son côté avec des forces supérieures. Il avait 3,000 Andalous, 3,000 autres fantassins rêgil-
{\) Sacchini a justifié les jésuites accusés d'avoir enlraané Sébastien dans Texpédilion d'Afrique. Partie IV, liv. 6, n. 490. Voyez Joachim de Ccnlcllaé, ouw cit., fol. 43, verso. Herrera, Vasconcellos, etc., el la coulinuation des AnticUes de Wadding, t. XXI, p. 464. Ancône, I84i. Les graves conséquences de cette guerre expliquent la quantité clc« [documents qui la concernent.
liers, 25,000 cavaliers exercés i la manœuvre, 1,000 Turcs renégats à cheval,' 10,000* Arabes irréguliers et 34 pièces d'artillerie de divers calibres. Les Espagnols n'avaient que 12 canons.
Le 29 juillet, D. Sébastien eampait i Los Molinos^à trois lieues d'Ârzilla;.le 30 i Menara, le 1*^ août i Cabeça de Ardana, le 2 i Barcain, ayant devant lui le petit Oued-Mkha-> cem qu'il franchit, lorsque déjà le cherif, venant de Fez, avait passé le pont de TOued-Kous, près d'Aleazar. L'armée diréiienne était disposée en trois colonnes. Celle des munlmans se forma en demi-cercle avec l'artillerie au centre et la cavalerie aux ailes, selon la coutume. Abd-el-Mekk eqt le courage, sous les. atteintes d'une maladie mortelle, de se faire porter en litière devantleiront de ses troupes, pour le$ animer au combat, qui s'engagea le 4 août, dernier jour de Djoumada I, 986. Les ailes marocaines enveloppèrent l'armée chrétienne, que l'artillerie, habilement placée par le cherif, mettait en désordre. La confusion fut augmentée par une manœuvre de la cavalerie légère portugaise qui se rejeta sur les lignes allemandes, et la victoire se prononçfa pour les musulmans. Dans l'ardeur de la lutte, lesrois, qui jouaient leur couronne, perdirent tous trois la vie : Mohammed fut tué ou se noya dans l'Oued-Mdiacem ; Sébastien reçut un coup d'escopette et deux coups de cimeterre, quand déjà il tombait de cheval (i); et Abd-el^-Melek mourut durant une crise de sa maladie, en mettant un doigt sur sa bouche, pour faire entendre, croit-on, qu'il fallait cacher sa mort aux soldats. Mais nous avons vu des musulmans poser ainsi leur doigt au moment d'expirer, pour indiquer à l'àme le chemin du ciel. Plusieurs évéques restèrent parmi les morts, avec la
«) Centellas.
fleur de ia noblesse portugaise. L'année chrétienne eut 6,000 hommes tués, et prévue tout le reste fut (ait prisonnier. 18,000 musulmans succombèrent dans cette horrible journée.
Moulé-^Ahmed, frère et successeur d'Âbd-d-Melek, fit garder à Alcazar le corps de Sébastien, percé de sept blessures, et empailler la peau de Mohanuned qu'on porta devant lui pour terrifier les peuples à son entrée à Fez.
La flotte portugaise, commandée par D. Diego de Sousa, recueillit, à la hauteur de Larache, quelques débris de Tarmée et retourna à Lisbonne, isans qu'on sût avec certitude ^el avait été le sort du roi. Le Portugal fut plongé dans le deuil, et l'Europe y prit part, tandis que la joie des musulmans éclatait jusqu'à Constantinople (1). La couronne passa au cardinal Henri, troisième fils du roi EmmanueL D mourra en 1580 sans s'être choisi un héritier^ de sorte que Philippe II d'Espagne, s'emparant du trône vacant, réunira les deux royaumes.
V Consulat français a Fez et a Maroc. — Au mois de juin 1577=985, Henri III avait établi officiellementun consulat français au Mai*oc, à la sollicitation du cherif, sans doute Abd-el-Malek. Le titre consulaire de Maroc et de Fez fut conféré au Marseillais Guillaume Bérard, etcelui d'agent, commis au « facturage « à François Vertia. Les troubles de la ligue ne détruisirent pas les relations politiques et commerciales appuyées sur cette institution. Georges Fornier succède à Bérard en i59i (2).
Aboul-Abbas Ahmed el Mansour ou Ahmed-CheriF) après
(1) Négociations de France dans le Levant, t. ÏII , p. 76i P»"^; Inipr. imp., 4853.
(2) Thomas^y, Le Maroc et ses caravanes, p. 116. Paris, ItJiS.
la bataille d'AIcazar, fut reconnu par Tarmée marocaine et par toutes les provinces de l'empire. Un ambassadeur vint le féliciter de4a part du sultan de Constantinople. Le cberif raccueillit mal ; car il n'aimait pas les pachas d'Alger, ses voisins ; mais'il comprit ensuite qu'il valait mieu;^ se concilier leur suzerain, et il lui envoya une ambassade avec des présents. Rassuré du côté des Turcs, il obligea ses frères Aboul-Ha^san, Abou-Ferès, Sidan Er-Rechid, et les principaux officiers à jurer obéissance àFainé de ses fils, Moulè- Cheikh, et il entreprit la conquête du Sahara et du Soudan,
Conquête du Soudan. — L'an 1588-0=998, Tigourarin, aujourd'hui Gourara, et le Touat furent soumis à la suite d'une grande victoire remportée par une armée venue de Maroc en quatre-vingtrdix jours. Le cberif somma ensuite les chefs nègres établis au sud, de faire leur soumission, et^ comme imam, il réclama de leur sultan, Ishak Sokya, un nritcal d'or, ou de iO à .12 francs par charge de sel sur lés mines de Taghraza, qui sont à 25 étapes de Tafilet. La famille Sokya régnait au Soudan depuis la fin du xv" siècle, époque où Hadj Mohammed, fondateur de la dynastie, revint d'Orient, après avoir obtenu du khalife Motewekkel, représentant la seconde branche des Abbassides, le titre de khalifat ou lieutenant. Ishak refusa de reconnaître au cberif la qualité d'imam et de payer Je tribut réclamé à ce titre. Alors Ahmed consulta ses officiers sur le dessein d'une expédition contre Sokyay roi deGaghrou, maintenant Gao, sur le Niger, à cent lieues à Test de Tombouôtou. On opposa les difficultés que rencontrerait une armée à travers un pays où manquent l'eau et l'herbe, et où les oiseaux même s'égarent ; puis l'exemple des anciennes dynasties, qui n'avaient point entrepris une pareille conquête. Cette dernière raison ne valait
nen; car nous avons vu les AlmoravideS soumettre le Sou-
dan. Le cherif répondit que son année pouvait faire ce que disaient journellement les caravaïies ; les progrès des cbrétiens et des Tqrcs ne lui permettaient plus^ d'ailleurs de soÎTre la politique des anciennes dynasties, et les richesses dû Soadan, plus grandes que celles du nord de l'Afrique, réccmipenseraient des fatigues, diminuées par la supériorité des armes à feu, inconnues aux nègres. On se rangea de son avis.
Le 16 dsoul-hidja 996, niilieu d'octobre iS90, une armée puissante composée d'hommes d'élite, de chevaux et de chameaux bien choisis, quitta Maroc, sous les ordres du pacha Djouder ou Zergoun; wprës cinq mois et demi, au commencement de mars 1591=999, elle rencontra Sokya, non loin de Tombouctou, le battit et dispersa leis 140,000 hommes qu'il avait réunis de toutes parts. Les courts javelots, lés lances et les épées, les amulettes, les fétiches et les opérations des magiciens avaient cédé au bruit de la poudre et à ses effets prodigieux. Djouder bloqua Ishakdans Gaghrou et reçut du cherif l'ordre de n'accepter aucun accommodement. Forcé de se retirera Tombouctou à cause de l'influence du mauvais air sur les troupes, il fut destitué etremplacé par le pacha Mahmoud, qui reprit le siège de Gaghrôu, puis se mit à la poursuite d'Ishak, réfugié à Koukla,au sudest de Tombouctou. La mort du fugitif détermina l'annexion des états soudaniens à ceux du cherif, dont Tempire atteignait ainsi Agnou ou Kano, voisin de Bournou. L'or afflua bientôt à Maroc, avec les esclaves, le bois d'ébène et les sachets de civette. Ces incalculables trésors méritèrent au cherif le surnom de Ed-Dehebi^ ou le Doré, dont il se naontraitflatté(io9l= 1002). Parmi les esclaves, on distinguait le jurisconsulte nègre, Sidi Ahmed ebn- Ahmed-Baba, qui retourna plus tard mourir dans son pays. On a de lui une bis-
oire du Soudan et de Tombouctou, fatras sans valeur^ et un supplément au Dibadj ou biographie des principaux docteurs 4u ritein^ekite(l). Userait superflu d'insister sur les conclusions qu'une telle expédition permet de tirer au su^eides conununications entre le Maroc et l'Afrique c^itraie. L'Ifrikia et le Magreb aousat n'offrent pas un pareil Eût à l'histoire.
bisuBHSCTioif AU MAGiuai. Bataujle de Tàgouat. — La joie causée par la conquête du Soudan fut troublée, en,i595 =1003-4. MouléNaçer, neveu d'Abd-el-Melek mort à la bataille d'Alcazar, vint d'Espagne, où il était retenu depuis cet événement et, encouragé parle roi Philippe U, il excita un soulèvemei^t dans les montagnes du nord et aux environs de Fez. Le cherif envoya son *fil& Moulé Cheikh pour le réprimer. Naoer fut vaincu en deux rencontres et vit bientôt son parti se dissoudre* La bataille décisive se livra près de Fez à Tagouat. Les deux princes combattirent vaillamment durant trois jours. La victoire 9e déclara pour Moulé Cheikh, grâce » la troupe des £uldj ou reujégats (S). Nacer s'enfuit Uessé; Le cherif Ahmed célébra ce triomphe par de brillante9 fantasias^ Mîais il fit arrêter Tagent du roi d'Espagne, Balthasar Spald, et on lui prêta le dessein d'assiéger Tanger pour Mrer vengeance des Espagnols» Les chrétiens du Maroc se
(I) Voir la Revue aflnocUne, avril 4 857» Fragment arabe^ traduit par M. de Sane.
(S) c L*alcaîde Mustapha^ chef des Elckes (qui sont les soldats prétoriens et tous chrétiens reniez) gaigna le prix sur tous^ inésùiement lans luy 1* yssufi éloit douteuse. » Discours vérikible de la bataille éannée pris de Fez, en Affriçiie, le 30 aoust 4595. . . escript de Ma*
loc, par un facteur qui y réside (Pierre Treillant>^ Paris^ 4696.
M. Tliomassy donne la dale du 4 S mai 4ô96 (ramadan 4004) à la
bataille de Tagouat.
réjouirent de sa victoire ; car ils souffraient mcSns durant la paix.
Ahmed, après un long règne, mourut le 29 août 1@03= i<H2^ et fut regretté de ses sujets. Il protégea et cultiva les sciences. La boussole et les observations astronomiques se^ virent à diriger son armée vers Tombouctou. Ami des arts, il fit venir d'Espagne deux peintres, dont il récompensa les travaux et auxquels il faudrait attribuer peut-être une partie des peintures qui décorent, assure-t-on , les palais des cherifs.
Ravitaillement - de Mazagan . — Un an avant la mort d'Ahmed, un voyageur français, Jean Mocquet, arrivait i Mazagan sur un des navires chargés de ravitailler la plaise hispano-portugaise. Il en a fait connaître la pénible situation. Des pirates ayant capturé des bâtiments qui portaient récemment des provisions à la place, la garnison avait faiHi mourir de feim. Quarante canonniers, quatre cents fantassins, la plupart mariés, et deux cents chevaux la composaient. Ils faisaient des razzia et guerroyaient avec Azemmour. Tous les matins, quarante che>'aux sortaient pour aller à la déconverte et rentraient à midi; quarante autres partaient pour l'evenir le soir. Six cavaliers sentinelles, atalayes^ se tenaient aux abords de la place et signalaient tout péril en élevant un signal à un mat. Le guet de la ville sonnait alors le tocsin et la garnison accourait en armes. Les Maures pillaient les jardins du voisinage, empoisonnaient les puits avec des charognes. On buvait de TeaU d'une grande citerne creusée à rintérieur de la place, et Ton se délectait à manger les caracols, petits limaçons qui couvrent les rameaux des plantes. Mais des remparts dont six cavaliers de front pouvaient fairt^ le tour, procuraient du moins quelque sécurilé aux habitants de ce triste séjour.
Moulé Sidan. Les fil^ d'Ahmed. Les Espagnols occupent Larache et La Mamoure. — La mort d'Ahmed fut le signal de divisions et d'un démembrement de Tempirei Moulé Sidan, qui était près de lui, et qu'on accusa d'avoir empoisonné son père, fut proclamé son successeur. Mais ses frères, pluà âgés que lui,, s'érigèrent aussi en souverains. De là ces luttes qui ensanglantèrent longtemps le Magreb (i). Sidan rencontra la plus forte résistance de la part de Moulé Cheikh, ^ui eut recours au roi d'Espagne, Philippe in et obtint de l'argent par la cession de Laroche, au mois de décembre 1610=1019^ comme garantie du payement de sa dette. Pierre de Lève, et le marquis de Sainte- Germain prirent possession de cette place, où l'on bâtit sur* le-champ un couvent de Franciscains. Les circonstance étaient très-favorables aux puissances chrétiennes, pour réaliser des vues de conquête au Magreb; L'Espagne, mieux placée que toute autre pour en profiter, marchiut vers une rapide décadence qui la détournait de vastes projets. En 161 1=^1020, la flotte espagnole, qui appuyait Moulé*Cbeikh, remporta une victoire sur des navires de Sidan, et captura 3,000 volumes arabes sur ia médecine, la philosophie et la théologie, qui furent vivement regrettés des musulmans (â). Trois ans plus tard, don Louis Faxardo ocaipa La Ifamoure, sans . rencontrer de sérieuse résistance (1614=1022-3).
La victpire et la peste se mirent du côté de Sidan, pour le
(4) Mocqaet, Voyages en Afrique, pages 438 et suivantes. Paris,
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(t) Il me parait probable que ce (ah doit se confoudre avec un Mtre semblable, que des historiens mettent à une autre date ei que Û0U8 rapporieroos tout à rbcurc.
débarrasser d'ane partie de ses adyersaires. L& rivalité naturelle de Fez et de Maroc favorisait et entretenait ces luttes intestines. La mobilité des Berbères explique égiden^nt ces revirements soudains, qui font passer les prétendants d'un état désespéré à une puissance redoutable. Moulé Cheikh et ses fils se soutiennent à Fez, tandis que Sidan et les siens régnent à Maroc. Ce dernier l'emporta ei^, ot consolida sa puissance sur le Magrrib. Il n'arriva, toutefcHS, à ce résultat, qu'après avoir battu ou gagné par des traités les Berbères indociles du voisinage de Maroc, devant lesquels il abandonna une fois sa capitale ; et il lui fallut aussi soumettre Saîjié. Une ambassade i Charles I*' d'Angleterre obtint au cherif , pour cette dernière entreprise, des secours eflScacesv Le fatneuK. aventurier, John Gifford, commandait les troupes auxiliaires qui concoururent à l'extermination des pirates salétins. Sidan , reconnaissant , fit présait i Charles I"4e 300 esclaves chrétiens.
Expulsion dbs Maures d'Espagne. Pirates. — Salé s'était accrue, et avait pris le goût de l'indépendance, en reccYant dans son sein des Maures expulsés d*Espagne sous Philippe m, par un édit du mois de janvier 16i0— choual 1018. Ce n était pas la première fois que la politique espagnole prenait une mesure de ce genre ; mais celle-<i fut générale et obligatoire pour tous les musulmans de la péninsule. On ignore quel fut le nombre des exilés, car il varie de cent mille à un million dans les récits des historiens. Quoi qu'il en soit, une multitude passa en Afrique, et la piraterie de Tétouan et de Salé prit une nouvelle impulsion. Les- navires se perfectionnèrent, et les bâtiments de toute nation furent en butte aux attaques des forbans. Ils pillaient les côtes d'Espagne et des Canaries, et coupaient les routes maritimes du Levant, de l'Inde et de TAmérique. Le châtiraenl
Dfligé & Salé, par Sidan, ne modéra qu'un instant leur iqdace.
CoMMKRCB EUROPÉEN. Razu.LT. — Sous le règne de ce berif, dont on marque la mort à Tan 1630=1039-40, les dations commerciales avec divers peuples de l'Europe endent à s'aSermir, par les voies diplomatiques. Le consul le France à Fez et à Blaroc, de Castellane, mourut en 1607. )ix ans plus tard un Marseillais usurpait le même titre au Qoyen de lettres fausses. Ayant reçu de Sidan un dépôt çte 1,000 précieux volumes à transporter a Santa-Cruz, il faiait voile vers la France, en les emportant, quand il 'fut apturé par l'Espagnol D. .Juan Faxardo, qui envoya les ivres à rEscurial. Sidan irrité fit jeter en prison les résilents français, et Ton dut, pour obtenir leur délivrance, aire agir la Porte que les cherifs redoutaient bien qu'ils le reconnussent pas le sultan comme imam. Le gouyernenent français, pour écarter un péril en assurant un revenu m consul de Maroc, lui accorda, comme à ceux du Levant, e droit de 2 p. 100 sur les marchandises à Tiitiportation et i l'exportation (1).
En 1619^=1028, commencèrent des négociations qui Mirent pour résultat l'ambassade de Razilly au Maroc. Le :herif n'avait pas voulu recevoir, comme consuls, les Prorençaux Daumas en 1617, Babre en 1619, Mazet en 1622 ; » dernier mourut même en captivité. Razilly mit à la voile lu printemps de 1624^1033, chargé de la double mission le régulariser les intérêts du commerce, et d'aviser au noyen de réprimer les pirates, spécialement ceux de Salé. arrivé au port de Safi, avec trois vaisseaux, il reçut Tautode venir à Maroc avec vingt-cinq personnes. Mais
(I) Thomassy, p. 449.
Tayaiit mal interprétée, il emmena de quarante i einquant^ gentilshommes, trois capucins et ses musiciens. Sidanlesflt tous enchaîner, excepté Razilly et les religieux; il ne foulait les relâcher^ qu'autant que les livres musulmans envoyés en Espagne lui seraient rendus. Pour comprendre cette pré»tention, il faut savoir que les Africains avaient coutume de regarder tous les chrétiens et tous les gouvernements européens comme solidaires : ipjuste préjugé, que l'on dot combattre bien souvent et qui causa une foule de vexatiom. , Razilly revint en France pour avertir le roi des exigences dt cherif ; un des capucins put le suivre ; mais les marcbandi : de Safl donnèrent une caution de 600 ducats pour le momé,^: .i s'il ne revenait pas dans les six mois. Il ne revint pas, elki 600 ducats furent restitués aux marchands, par le côufeÉ^ de Saint-Honoré, i Paris (1).
Richelieu, arrivé au souverain pouvoir, embrasait M^ regard tous les intérêts de la France. Il reprit les aCBures di Maroc , et l'an 1629=1038-9 le chevalier de RaziUy alliri' jeter l'ancre devant Salé, organisée alors en république in- ,\ dépendante. Son attitude obligea les Salétins à signer m» trêve ; mais la mer était si mauvaise, qu'il dut retoumv ^ en France sans poursuivre sa mission. Il reviendra l'annél suivante, après la mort de Sidan.
GoLius AU IflAROc. — Â son règne se rapportent d'aotni négociations diplomatiques. Le 2i décembre 1610=Tamftdan 1019, un premier traité d'amitié fut signé entre le Uêt roc et les Provinces-Unies. La liberté du commerce et de M. " navigation y est garantie. En 1622=1031-2, les Pays-ftf
(4) A. Chairant, Lettres sur les parties de l'Afrique où f^jfM •• jùuréChui Mûley Arxid, p. 471. Paris, 4670. VEistoire de la des Pères Capucins de la province de Toureine au royaume de que. Passim. Nyort, 1644.
Mouuft OuALiD« — Ab(l-el-Melek eut pour successeur son frère Oualid (LoweU), qu'il retenait en prison, avec l'in^ tention de lui crever les yeux pour le punir d'une révolte. Le nouveau cherif se concilia les esprits en élargissant des prisonniers d'État et en augmentant la solde des troupes. II eut à combattre une insurrection fomentée par son frère Seoiln et le caïd andalou Mohammed Zarroy, qui lui devait sa liberté. Maître de leurs personnes, il les fit mettre à mort. Durant son règne, un envoyé de France, nommé Sanson, négocia heureusement la rançon de plusieurs captifs. San- «m était déjà au Maroc sous Âbd-el-Melek, et il n'ayait échappé alors au fer du bourreau, qu'en prenant le simple titre de marchand; car, à cette époque, le cherif avait juré d'égorger le premier qui se présenterait avec un titre officiel de fai part de hi France.
Affaires de Salé. — En 1637=1046-7, l'amiral an«* gjbôs Rainsborougvint à Salé réclamer des navires de sana-tion et la liberté des esclaves chrétiens. Il profita de la dis^ eorde qui divisait Rabat et Salé, prit parti pour le marabout Layaase, chef de cette dernière ville, et débarqua des ca- Donniers qui aidèrent à la réduction de Rabat. La faction des Ràbatins, qui tenait dans la place, n'accepta toutefois les conditions deRainsboroug que sur l'ordre du cherif, dont b suzeraineté fut pour quelque temps rétablie sur la république. Les Anglais obtinrent la délivrance de 339 de leurs compatriotes, mais rien de plus (i).
Le cherif était cruel envers les chrétiens, et la fin de -son r^e le rendit détestable. Il défendit à ses sujets d'émigrer dans le Drâa, où ils allaient chercher des dattes et fuyaient b famine qui désolait le Maroc. Les chrétiens attribuaient
(4) Le P. Dan, ouv. cilé.
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kitmaam des cherifs Fileli. — Void commeot cette nouvelle famille de cherifs avait grandi à la fayeur des dévirements qui suivirent la mort d'Ahmed el-Mansour (1003=1012). Des habitants du TaOlet, ayant fait le pèleinnage de la Hekke, ramenèrent dans leur pays un cherif ■ommé Moulô Ali, et natif d'Iambo, ville de THedjaz. On attribue a. la présence de ce marabout un heureux changement qui survint à l'époque de son arrivée dans le climat ,4n.Ta61et : les saisons reprirent une régularité favorable à b. production des dattes, qui manquaient depuis quelques âiméçs. Âli fut proclamé roi ; diverses provinces le reconmureiit tel, sous le nom de Moulô-Cherif, et il leur envoya des gouverneurs. Du reste, il était facile d'y pourvoir, puisqu'il eut, dit-on, 84 enfants mâles et un plus grand nomkn de filles. Parmi les premiers, on distingue Mohammed, Er-Rechid et Ismad Semin, qui obtiendront successivement le souverain pouvoir. Moulè-Cherif mourut sans être sorti du Taiilet. Son fils abié, Moulô Mohammed, lui succède, et ptnlt régner comme lui, plutôt par Taffection des peufbf, lassés de guerres civiles, qu'en s'imposant par la violeoce. Mais de nombreuses tribus montagnardes avaient fiéféré conserver isolément leur indépendance, et Mohammed n'était en lace d'eux et du roi de Maroc, qu'un des nombreux seigneurs entre lesquels se partageaient le Magnb-el-Acsa.
Er-Bechid, son frère, né d'une affreuse négresse, et fé- 1006 autant que peut l'être un mulâtre, se retira dans le Drie, pour suivre les projets d'une ambition qui le dévorait. Poursuivi, saisi et mis en prison, il s'échappe par un trou creusé avec le secours d'un nègre, serviteur dévoué, et qoll coupa en deux, d'un coup de sabre, pour être plus sûr de n'enétrepas trahi ; arrivé dansle Temsna, où il cherche un
asile, il s'y engage au service de Sidi Mohammed Ben-Buker pu Bucar (Ebn Âbou-Bekr) ; mais il est reconnu sur un marché par des gens du Tafiiet qui le rendent suspect; il passe à Quiviane (?), dans te Rif, près d'Ali Soliman qùi^ avait le gouvernement , capte sa confiance, gagne Tannée et les cheikhs montagnards, par sa valeur et sa libéralité, de telle sorte qu'il les soulève contre Ali Soliman. Celui-d, abandonné des siens, livré i Er-Rechid, révèle, pour sauver sa vie, ses trésors de Quiviane. Mais il n'en est pa3 moins mis à mort, et le cherif se foit absoudre de ces crimes en distribuant à ses troupes les pièces d'aif;ent, ne gardant pour lui-même que la monnaie d'or.
Moulé Mohammed, effrayé des progrès de son frère, entre ' en lutte avec lui. Deux fois il est vaincu dans les montagnes, et il meurt en 1664=1074-5, à Tafiiet, où son frère le tenait assiégé.
Er-Rechid ou Arxi, mattre de Tafiiet, consolide sa puissance dans le bassin de la Mouloula et dans le Rif , passe l'hiver à Tasa, et s'empare de Fez par surprise en 1665= 1075-6, ou le 14 juin 1666=10 dsoul hidja 1076. Le gouvemeur de la vieille ville fut immolé, quoiqu'il eût livré ses trésors, et celui de Fez Neuve subit le même sort, en refusant de faire les mêmes déclarations. Les caïds des environs ne se sentaient pas de taille à lutter ; ils se soumirent. Le cherif épousa une fille de l'un d'eux, nommée Loueti, et cette femme acquit sur le cœur de son époux assez d'empire pour tempérer sa férocité. Il fit à la léte de 40,000 hommes la conquête du Gharb, après avoir prescrit aux riches marchands de Fez de construire, pour son retour, des maisons de casernement.
Gailand, caïd de cette province, fut, malgré son courage, acculé dans Arzilla, d'où il s'embarqua pour Alger.
Salé tèrrHiée se soiimit au cherif , qui eut toute facilité d'envoyer des présents chez les Cfaaouias et aux cheikhs qu'il avait connus, étant au service de Bucar. Il marcha contre ce dernier, qui fut abandonné et livré par \ffs siens. Le chelrif le mit à mort et saisit tous ses biens. Après avoir passé l'hiver dans les montagnes, au delà de rOum-er-Bia(P) il partit en 1667 pour assiéger le Maroc, où régnait Moiilé Cheikh, fils de Krom el-Hadj, prince efféminé, qui n'avait pris aucune mesure contre un si terrible adversaire. La faible armée avec laquelle il sortit de Maroc au dernier moment, se débanda, et passa du côté d'Er-Rechid. Moulô- Cheikh tenta dé s'échapper en fuyant vers les montagnes; mais il fut arrêté et conduit au vainqueur, qui le fit traîner dans les rues de sa capitale, attaché à la queue d'une mule(l}.
Autre version. — Suivant une autre version, Moùlô Ahmed-Cheikh, que nous avons vu détrôné par Krom eU Hadj, serait mort à Maroc , le 31 janvier 1655=rl065, à la suite d'un excès de vin ; selon d'autres, durant une campagne entreprise pour réprimer une révolte soulevée 4 Tétooan et dans le Gharb, il aurait été surpris dans l'ivresse et massacré au bord d'une fontaine. Son fils unique, Moulé Labbës ou El-Abbas lui succède. En 1657=1068-7, Abéqaerin Bembucar ou Abd-el-Kerim ebn-Abou-Bekr, onde d'El-Abbas, excite une révolte désastreuse, assiège Maroc, et ne se réconcilie avec son neveu que pour le faire assassiner en 1659=1069-70. Abd-el-Kerim Bembukàr, qui serait sans doute le Ben-Buker de Chénier, se montre intelligent, mais avec un caractère odieux; il réprime au com-
(4) Chéoier, Recherches historiques sur les Maures et histoire de Tempift du Marot, t. Ill^ p.<337 et 8qW, Paris, 1787.
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meucement une révoltô à Safl; mais après neuf ani d'un règne agité, il est assassiné par un de ses serviteurs. Son fils, Moulé Bucar ou Bou Bekr, détesté des çalds, lui succède néanmoins. Moulé Raxet Ârsis, c'esb4-dire le dierif Fileli, Moulé Er-Rechid, fils de Moulé Cheikh^ déjà maltie du tafilet et de Fez, vient attaquer le nouveau roi de Ibroc, qu'on lui remet entre les mains au mois d'août 1668= safar-rabi 1, 1079, après deux mois de règne. Il garde soa prisonnier quelques jours à la chaîne avec ses principaux partisans, le fait décapiter, et ordonne de brûler et de jdor au vent les restes de son père arrachés au tombeau (1).
Dans y un et Tautre récit, les cherifs Fileli entrent en possession de Maroc l'an 1668=1078-79, et sont, à partor de cette époque, les souverains du Magreb-el-Acsa. Noos reprendrons à cette époque le fil de leur histoire. Plusieon faits qui intéressent le commerce ou la politique de l'Europe, s'étaient accomplis au Maroc sous le gouvernement des derniers cherifs.
Avènement de la maison de Bragancb. Geota nssn a iïsPAGNE. — On sait que peu après la mort de Sébastien, roi de Portugal, à la bataille d'Alcazar, sa couronne passa au cardinal Henri, son oncle, puis à Philippe II, roi d'Espagne en 1580=987-8. Le Portugal s'affranchit de l'Espagne, l'an 1640=1049-50, en plaçant sur le trône JeanlV, de la famille de Bragance, issue des anciens rois. MaisCeuta se prononça en faveur du roi d'Espagne Philippe IV, et appela le corrégîdor de Gibraltar pour recevoir les sc^ ments de fidélité ; son gouverneur se rendit ensuite dans la péninsule, et il obtint de grands privilèges en faveur de la ville. Ainsi, en Afrique, le Portugal n'eut que Mazagan et
(4) Francisco de San Juan del PuertOt Mission hiitorial, déjà cité.
Tanger pour toute possession, Ârzilla ayant été évacuée durant la réunion des deux couronnes. L'Espagne, outre Ceuta et ses places du Bif, garde le Pegnon de Vêlez et Ifelilla, puis sur l'Océan, Larache et La Mamoure.
Rapports ayec la Hollande. -* La république hollanr daise entretenait des relations de conunerce avec ^alé^ Son tndté de 1610 Ait affermi et développé par des stipulations nouvelles, les 0 février 1651 , 26 mars 1657, 22 mai 4^, S2 octobre i659. Une députation de Salé, de Maroc et de Fez aux états-généraux fut reçue à la Haye, en juillet 1659, et présentée par Golius, professeur d'arabe à Leyde. Elle offrit des ^evaux, des lions et une autruche qui creva, parce qu'on lui fidsait avaler du fer, dans la persuasion que cet oiseau le peut digérer. Le traité de commerce alors signé garantit la sécurité des navires et marchands hollandais À Salé, et dans les rencontres avec les navires salétins en mer« Les capitaines hollandais vérifieront à bord les papiers des Salétins ; mais ceux-ci ne viendront pas à bord des navires hollandais (1). Le fameux Ruyter avait négocié la convention de 1657. Il rendit, comme on sait, de grands services à sa patrie dans les parages barbaresques. En 1647, il avait ooulé bas devant Salé cinq grands corsaires algériens. La position dbmmercialéde la Hollande au Maroc excitait l'envie de l'Angleterre, qui disputait à eetterépubliqueles grands marchés du monde. La politique anglaise sut obtenir du Portugal la cession de Tanger, pour contre-balancer les avan* tages acquis à la Hollande.
CmiaN M Tanger a l'Angleterre. — Lorsque Tin-
(0 Voir les collections de Dnmont, t. VI^ AUzema^ t. VU, VIII, IX, et Groot^Placaetboek, et Petls Delacroix, Relation univenelle de TAfriqmf 1 1, p. 470. Lyon, 46SS.
iHiieCitlimiiedeFortQgalfîit doméectt WÊÊÊÎÊft a ni é'ABg^Kcrre Charles X, dfe loi apporta Tanger cnw partie de sa dot ; les Aurais pmeat posKsian 4e celte piMe (1682) et y exécutèrent d'importants trafiax. mms h £• fection du gouYemeur BellassizeeC de ImpaBenr Cktàmtley. Alliés a Gaifamd, caïd de Fez, ils Juiaie»! pa theifiaBi profit de cette place; mais le trionplie de Monlft Iflcàidd les liens qui l'unirent a la Franee les irmha^niuBi a si renfermer, comme les Portugais, dans renceiBie de h plaœ.
IttcocuTioiis DB RoLAiiB FatiGS. — Des mgmJÊÊÂî français, sous la direction de Ifariel d'Affies et deDttndde Proudre, s'efforçaient i cette époque d'cteadre leeoaimerce de la compagnie qu'ibafaientfbiméesoas le litre ée Gnnpagnie d'Albouzème (ADmccnas). Dans eetle Tue, k capitaine Roland Fréjus Tint trouver i Tasa Ifoulè Bedad, qui était maître d'Alhocémas et combattait le caid Guegbo ou Gailand. Il lui présenta des lettres de Loub S?, da 49 novembre 1665. Le cherif consentit a un traité d'alliance et de commerce, et à la fondation d*un comptoir français; il indiqua la poudre, les armes, les dr^s et les toiles comme articles d'importation les plus désirés. Le blé, la cire, les cuirs, le corail de la baie d'AIhucémas, étaient les objets d'exportation préférés par la compagnie. Roland vanta beaucoup le caractère de Moulé Rechid et des Magrebins; toutefois sa mission fut plus utile au point de vue politique que sous le rapport commercial : elle ne panlt pas avoir abouti à rien fonder de durable à Alhucémas, que les Espagnols occupèrent dans la suite, comme ils 1 avaient déjà fait sous Moulô Abd- Allah (1).
(1) ei. Cf. Roland Fréjiif», Relation (fini royogc fait en Aùt^e^^
§ S. — u cmsTumsiB et les cbhéthhs ad iaroc, sods us
GHEBirS BASSAm OD SAADÛNS.
On a vu comment ré vécbé de Maroc et Fez, après trois siècles de durée, fut détruit parles premiers cherifs Hassani, et comment leur fanatisme s'opposa, sinon à la présence des chrétiens dans Tintérieur deVempire, du mojns à l'exercice' du saint ministère au milieu dès marchands et des esclaves européens (1). Mais la charité du Christ est plus forte que la mort, et, en l'absence de toute mission organisée, ilselrouya toujours des prêtres assez courageux pour se glisser parmi les chrétiens, ou des prêtres réduits en esclavage assez hetweux pour surprendre la vigilance des gardiens ou acheter leur silence. En effet, lorsque les franciscains de la province de San Diego d'Andalousie rétablirent, comme nous le dirons, la mission marocaine, un siècle après sa mine, on lisait dans l'église de Maroc et au cimetière chrétien nommé Amaliia de grossières épilaphes gi^vées par les esclaves durant cette période et attestant la présence de sépultures ecclésiastiques (2). Recueillons, suivant l'ordre dironologique, les faits qui n'entraient pas dans le tissu de
d» Maroc et de Fez, etc. Paris, 468t> in-12. Lettre écrite:en fép&nH de diverees quêetians cwrieuses sw les parties de VAfriqae e/k réffm atfjcurdhui Muley 4-rxid , roi de Tafiletè, iD-42, 244 pages. Les doeoments me font défaut pour suivre de près les destinées d'Alhueémas ; mais la livre do Roland moAtre ce- point comme indépendant alors des Espiagnols et enlevé par Bechid au cheikh Ârras^ son beau« père (p. 10). Rcnou, Ikscript. géogr. de Vemp, du Maroc^ p. 326.
(4) Page 446.
(t) Miuion histoirialde Màrruccos, déjà dté^ p^ 45j.
liberté et se rendit à la sagëne de Maroc, an mOiea des 2,000 esclaves qu'elle renfermait. Après l'heure des travaux, il les réunissait au son d'une clochette et leur prêchait l'Évangile; il mendiait pour eux, et les entretenait dans la foi et la charité. Il convertit des renégats : les uns se réfugièrent en pays chrétiens, d'autres sont morts pour la foi : tels furent Pierre Navarre, de Madrid, devenu le caïd Ahmed, et qui mourut crucifié avec plusieurs compagnons. Le prêtre Antonio Mendez, compagnon de Thomas, lui survécut, mais fut enfin martyrisé à Maroc avec sept jeunes Portugais, pages du cherif depuis la bataille d'Alcazar.
Philippe II avait recommapdé à son ambassadeur au Ibroc, D. Pedro de Yanegas, de ramener Thotnàs, dont la sœur, comtesse de Linarès, pleurait l'absence. « Esclave ou libre, dit le héros de la charité, je veux mourir à Maroc, esclave des esclaves. » Étendu sur son Ut de mort , le 17 avril 1582, il fit approcher des captifs a,u désespoir et sur le point d'apostasier \ il ranima leur courage, prophétisa le jour prochain de l'arrivée de leur rançon, et rendit le dernier soupir en prononçant le nom de Jésus. La religion catholique, seule, forme les hommes de cette trempe.
Nous ne citerons des ouvrages de Thomas, outre le livre des souffrances de Jésus, que des poésies portugaises et une pièce de théâtre sur la vie de saint Augustin, composées pour adoucir les peines des esclaves (1).
Quant aux trinitaires, que les conséquences de la ba-
(1) Cerle eoim Marrochii a caplivis lusitauis ^ bona Seriphii venii (avec permission du cherif), recilala fuit De vita sancti Augvstim confectaab eocomedia. (Nie. Antonio^ t. II. p. 246). Ces compositioDS sont venues manuscriics en Portugal; nous ne sachions pas quelles aient élé imprimées. Il y a des traductions du Trabalhos dcJesuti^ espagnol, en ilalicq, en fiançais (LecofTic. Paris, 4SiSï, 2 vol. ui-iî)*
taille d'AIcazar appelèrent de tous côtés, on peut citer Antonio Alvito, du couvent de Lisbonne, qxiî^ resté en otage a Mazora (La Mamoure), mourut d'épuisement daiis. les f^rs où on l'avait mis de peur qu'il ne se suicidât (1579); Louis de Guerra et Francisco Trofical, restés également en otage à Tétouan, où ils rachetèrent 14tO esclaves, dont 60 enfants très-exposés à l'apostasie , et deux franciscains près d'être brûlés par représailles contre l'inquisition d'Espagne (1584j; le P. Augustin, demeuré en olage.pour délivrer des enfents que des Turcs allaient emmener à Alger et sacrifier à la débauche, expira par suite de mauvais tn^itements (1579) -, Ignacio Tabarès. qui mourut riiartyr, oomme de jeunes renégats devenus le jouet des infâmes passions du cherif et que )e saint avait ramenés à Jésus- Christ (1589) (1).
Quelque temps après, le dominicain Constancio Magno, ÔB Florence, autorisé à se rendre chez les infidèles, vint à Mazagpan, d'oiï Ton ne put Tempécher de sortir et de se laisser réduire en esclavage. A Maroc,^ il eut à souffrir des renégats' et de chrétiens pervers, fatigués de son zèle. Il nounit de consomption dans la prison des juifs, et fut enterré à FAmaltea ou Campo Santo, bien digne de ce nom fêt las restes de taiit de martyrs qu'il renfermait. La cathédrale, qui n'était^pas ruinée, reçut vers cette époque quelques ornements d'un évéque des Canaries, que l'on tira bientôt de la captivité. Les esclaves s'arrangèrent avec un
(I) CihrOj^oQV. cité. Voir encore les noU., au 2 ayril , p. S90> édi«>
fioD 4s Veoite, pour le P. Alphonse Ximenès et Tosclave Gabriel Casa*
fiéy nlrseiileaBeineni délivré à Salé, en 459S. Les nouveaux BoUao-
(sa 40 oet^ p.r 353. Bt*uxelleB> nomment un évéque de Maroc :
Marraiichianus Michael de Spinosa , mais sans doute il s*agit
m if &|ue in partibw, '
maure, pour qu'il allât à Alger leur acheter un esclave prêtre. Le P. Balleâter, capuein, arriva, et voulut Hiourir i leur service.
Sous Moulé Sidan, le dominicain irlandais, Antoine de Sainte-Marie, fut amené comme esclave è Maroc, et traduisit pour le cherif des livres latins en castillan, et des renégats les mirent ensuite en arabe. Le cherif le dispensa de porter la chaîne comme les autres esclave^. Ce religieux établit à Maroc une confrérie du Rosaire, qui subsista longtemps^ et ne voulut être racheté qu'après l'arrivée d'un autre prêtre au milieu des captifs. D. Juan Gabriel de Ortega, curé du fortduPegnon, continua sa mission. Moulé Sidan eut aussi des relations scientifiques, et des discussions religieuses avec le franqiscain Christoval de Flores, fait esclave è son retour de la Nouvelle-Espagne. Le cherif regretta sa mort. Le P. Cyprien de la Conception, franciscain portugais d'une riche famille, capturé en revenant du Brésil, refusa sa liberté, pour servir les autres esclaves, et voulut être enterré à la porte de l'église, afin d'être foulé aux pieds. Durant une horrible peste, les chrétiens se trouvèrent quelque temps sans prêtre; deux capucins français, Pierre de Alason (Alençon), et Michel, arrivèrent comme missionnaires apostoliques, mais furent à la fin enlevés par
le fléau.
Sous Moulé Abd-el-Melek, le marabout Laez ayant essuyé un échec devant la Mamoure, une nouvelle expédition fut préparée. Le cherif voulut se rendre le ciel propice en forçant des esclaves à renier l'Évangile; cette nouvelle fil trembler les esclaves, surtout pour les enfants.
Le P.Jean de Corral, augustin né à Soria, était prosterné dans l'église et priait pour tous, quand on vint le chercher. Conduit au roi, il refusa d'apostasier et de recevoir un poi-
gnard orné de pierres précieuses, que le cherif lui offrait en signe d'investiture d'un caldat. Sa tète fut alors abattue par Abd-eUMelek lui-même. Plus tard, on réunit ses reliques i celles du B. Jean de Prado et on les transféra au pionast^re de San-Diego dé Se ville (1).. \
Un secohfl voyage en Afrique amena en 1606 à Maroc le médecin français Jean Moequet. Ses récits nous apprennent que les esclaves présumés riches étaient soigneusement gardés dans la sisaine (prison, en arabe 8edjen)dn roi; les pauvres qui allaient par les rues se cotisaient pour ne pas porter les fers; si l'un d'eux s'évadait, les autres en étaient responsables. Le voyageur visita de llsle, médecin du roi de Maroc, agent pour Henri IV, et qui fut remplacé pair le médecin Hubert, depuis professeur d'arabe à Paris ^ Us habitaient la juiverie avec plus de 4,000 juifs, les agents étrangers et d'autres chrétiens. Mais les chrétiens étaient plus nombreux à la douane. Mocquet nous a conservé la mémoire d'une Mauresque amenée à Jésus-Christ par ime esclave' et martyrisée pour la foi.
. Quelquesannéesaprès Mocquet, le voyageur Gramaye, qui habita quelque temps Alger, a dressé le tableau du christianisme eti Barbarie .Son défaut de critique diminue la vdeur de ses écrits, quand il parle de ce qu'il n'a pas constaté luimême, n entre en de longs détails sur le marabout chrétien vénéré par lés Africains à Tàgaost, ville du Sôus, et que l'on croit être un moine augustin Thaddée^ nommé encore Matthieu et Bârthèlmy,venudesCanariesauMaroc.EnlS25, les augustins de Saint-Christophe de Ténériffe envoyèrent & Tagaost une députation qui reconnut, dans sa kouba, les
restes mortels du religieux , mais sans obtenir de ses reli-
(1) Mission htstorial de Marrucœs^ p. 45S^ 163, 47S.
ques ni aucun des livres que les Maures prétendaient garder comme un trésor. Suivant eux, le marabout avait lait beaucoup de miracles, et quand ils voulaient obtenir la c-essation d'une sécheresse ou d'un autre fléau, ils n'avaient qu'a user de bons traitements envers les esclaves chrétiens et à les conduire au tombeau du saint pour l'invoquer. Mous ignorons ^i ce culte subsiste encore et à quelle époque il remonte.
Rétablissement de la mission du Maroc^ sous le titrb DE Préfecture apostolique. — Les actes de dévouement que nous avons signalés au Maroc de la part de prêtres isolés,ne suffisaient pasauxbesoinsdesesclaves,etlesfranciscains continuaient à déplorer la ruine de leur antique mis-r sion. En 1627, la peste avait enlevé les derniers prêtres. On le savait en Espagne, où Jean de Prado était alors provincial des franciscains déchaussés de la province de San-Diego d'Andalousie, formée en 1620 par un démembrement de celle de San-Gabriel. Jean de Prado envoya les PP. Miguel de San-Diego et Blas de San-Raphael à la Mâmoure, gouvernée par D. Diego de Escobedo, afin de connaître la situation réelle du Maroc. Miguel pénétra dans l'intérieur, déguisé en marchand, et ils revinrent informer le provincial. Peut-être Tentreprise d'une mission eùt-elie paru impossible, si Abdel-Melek n'avait aulorisé son médecin, l'affranchi D.Andrès Camelo, à faire venir d'Espagne sa famille avec trois cazizes ou prêtres, pour l'exercice de la religion. Des négociations furent nouées, en 1629 et 1630, avec Jean de Prado, nommé gardien du couvent de Cadix; il partit avec le P. Matthieu deSan-Franciscoet un frère laïque, et ils arrivèrent à Maroc, par M*azagan et Azeinmour, peu après la mort d'Abd-el-Welek, assassiné sur la lin do 1635. A la solhcitation de la [îropagande, Urbain VIH aM-il nommé Jean de Prado préfet
apostolique de Fez et de Maroc pour dix ans, eî les évoques de Cadix et de Geuta reconnurent cette juridiction. Mais les dispositions de OuaKd, successeur d'ABd-el-Mélek^ ne devaient pas permettre aux missionnaires de remplir leur mandat. Logés aumellah, ils commencèrent pourtant à évangéliser les esclaves dans le bagne immense et fortifié, habité par ceux qui n'étaient pas mariés ni au service de particuliers, et ils organisèrent l'ancienne église renfermée dans la même enceinte. . ■ ■ ^
Jean de Prado martyr. Cherif converti. — Mais Oualid exigea d'eux, souis peine de mort, qu'ils lui fissent rendre Mazagan ou du moins les livres capturés en mer par Louis Faxardo et déposés àl'Escurial. Ne pouvant le satisfaire, les religieux furent chargés de chaînes, condamnés à de rudes travaux, et, le 24 mai 1636= dsoul hidja 1044, Jean de Prado, fouetté jusqu'au sang et la tête percée d'un coup de couteau, mourut sur le bûcher. Le (iherif lui avait enfoncé lui-môme le couteau si avant qil'il resta dans le crine. Les compagnons du martyr continuèrent à souffrir mille tourments, surtout vers 1634, après que le cherif caïd d'Azenunour eut été fait prisonnier par Jean de Silva Tello deMenesez, gouverneur de Mazagan, et que son frère, demeuré en otage, eut demandé le baptême qu'il àllift recevoir à Madrid. Le néophyte prit le nom de Philippe FV, son parrain. Les religieux portèrent en litière une femme de Oualid, durant un voyage "qu'il fit au port d'Ayer, où il projetait quelques travaux. Plusieurs esclaves succombèrent a cette fatigue.
L'assassinat du cherif Oualid par Moulé Cheikh délivra les franciscains. Le nouveau sultan autorisa le P. Matthias à exercer le ministère parmi les esclaves; il lui donna, par un titre en règle, lia cathédrale des anciens chrétiens mozarabes,
et lui permit d'aller ju^u'à Azeniitiour, pour de là s'entendre avec le gouverneur d&.Mazagan et demander Tenvoi de quelques confrères au Maroc. Le 22 s^tembre 1637=^2 djoumada 1047, eut lieu, à Maroc, une prise de possession solennelle de Téglise et du cimetière des chrétiens, au nom du pape et du roi d'Espagne, en présence d^envoyés espagnols, du P. Matthias, nommé préfet apostolique, et du P. Juliano Pastor, qui lui était adjointe L'église fut placée sous l'invocation de Nuestra Senora de la Conception ; peu à peu, on la restaura et on l'embellit. EUle était divisée comme les églises à la fois paroissiales et monastiques;. Elle avait des peintures et des mosaïques d'ajsubjos, des statues de N.-D. delà Miséricorde, de saint Antoine de Padoue, honoré dans tous les bagnes d'Afrique, et de saint- Sébastien. Le dortoir du couvent et une infirmerie communiquaient avec elle. La prière se réglait sur le chant des mouezzin, comme pour opposer la vraie religion à l'erreui^^ Des leçons de théologie et d'arabe avaient lieu au couvent; le catéchisme s'y faisait aux enfants. Le soir, le Salve Regina était chanté par les esclaves. On célébrait les dimanches et les fêtes par des messes solennelles, des prédications, des processions dans la sagène. Les confréries du Saint Sacrement, du Rosaire, de la Miséricorde, le tiers ordre de saint François, entretenaient la piété. Un sage règlement répartissail les aumônes. On ne put d'abord envoyer de missionnaires dans le Sous, où il y avait beaucoup d'esclaves, spécialement à lUegas; mais on adressait à ces infortunés des lettres pastorales qui leur apportaient le courage et l'espérance.
En 1640=1050-1, le P. Matthias fut deux fois envoyé en ambassade, auprès de Philippe lY, pour les affaires de la mission et pour celles du cherif, qui demandait des foonu-
tures de guerre à TËspagoe, de préférence àVAnglaterro représentée en ce moment à sa cour par Robert Bli^ck« Matthias demeura quatre ans en Europe; il y composa^ par ordre du no^nce • César Faquendi, une irelation d^ son premier voyage à Maroc (1), et mourut à Cordoue, en revenant à sa mission. Le roi nomma comme ambassadeur le P. Françoi3 de la Conception, qui partit avec quatre religieux destinés à rester au Maroc. Ils débarquèrent au port d'Âyer^àquatre joursdemarchede la capitale. En août i!B46| Tambassadeur s'en retournait avec les esclaves^ espagoolai mis spontanément en liberté par le cherif, qui demandait, comme échange de bons procédés, la restitution . des Uvres musulmans capturés par Louis Faxardoet donnés il-Ës*; curial. A Madrid, Ton refusa cette restitution. Moulô Cheikh très-mécontent changea de sentiments envers les missionnaires, n devint ivrogne, subit Thifluence d'un esclave protestant, qui accusa les cathoUques d'idolâtrie, et qui, ea 1653, se mit à la tète d'une émeute, durant laquelle Véglise fut saccagée. Malgré Tassistânce de l'Espagne, la mis** sion ne trouva un peu de repos ^uc sous Abd-el-Kerim, et ce ne fut pas pour longtemps. Un caïd mal intentionné persuada au sultan de transformer le couvent en une petite forteresse, pour tenir la sagëne en respect. Peu après, la sagène , l'église et le couvent furent même renversés comme dangereux, en cas de révolte; pour le palais voisin. On enferma les esclaves dans une cour de ce palais, et
(I) ^latiùti del viaje espintual y prodigioso que hizù a Marruccos t\ ven. Padre Fr, Juçtn de Prado, elc. Madrid , 1643, 4644. Une troinème édition à Cadix^ 4 675, in-4o. Il y a une vie de Jean de Prado, parle P. François de S. Bonaventure^ sous le titre de : Soi de Mar-
les Pères m fai jmrerie. La chapelle fut tiansférpe à l'il-
Moolè Reebid se montra bienTeiHant pour les firandscaiiis, et Q leur permit d'établir i Fez, aussi Hen qu'à Maroc, on comrent et ane église.
Les religieux rédempteurs continoaient d'autre part leur sainte et pénible mission. Les rédemptions forent trèsnombreuses i Tétouan; c'était, de 1630 i 1668, comme un marché d'esdaTcs en permanence, et il serait trc^ long de mentionner les principaux radiats que Ton y conclut a cette époque (1). On remarque, parmi les trinitaires, le P. Françob de la Croix, descendant des anciens rois Mudams d'Espagne. Il en reprenait le nom en Afrique et obtàiait ainsi le respect des Maures.
Vers 1634, i Akazar et à Salé, les trinitaiiês rachetaient, par ordre de Philippe IV, un bon nombre de soldats de Lalache tombés entre les mains des Maures. Un capitaine de Valence, Guillaume Garret , offrit alors à ce roi un mémoire qui tendait à supprimer l'œuvre des Rédemptions, comme entretenant la piraterie par les 100,000 ducats que Ion donnait aux Africains pour le rachat des esclaves. II proposait à y substituer une flotte de six vaisseaux n'ayant d autre but que la chasse aux corsaires, et des gardes-côtes sur le littoral chrétien, depuis longtemps garni de petites tours ou vigies; de borner le rachat à l'échange des captifs maures, en laissant' aux esclaves chrétiens le soin de se racheter de leur pécule. Il y avait quelque chose de vrai dans ses obseni-ations ; mais au fond, les raisons étaient plusspé-
(4) Voir surtout Aiexaodro de la Madré de Dios, Chronica de let Descaizos lU la S. Trinidad, redetncion de cauUvos, 2* partie, Alcala de Honarvs, 4706; 3* partie. Madriil, Imprenta real, 4707.
cieuses qiie solides, et le but n'aurait pas été atteint, comme le démontra le Père trinitaire (iabriel de l'Assomption/ Ce n'est pas 6 vaisseaux, mais 60 qu'il aurait fallu pour détruire la piraterie et seulement pour un temps. Les Africains auraient tenu a capturer des' chrétiens, même sans esr pérance de les vendre a l'Europe ; carils bénéficiaient du fruit de leurs travaux : les vieillards seuls étaient inutiles. Mais ne point les racheter ti'était-ce pas les condamner à moK? n n'y avait qu'un moyen de mettre fin à la piraterie des Nagrebins, c^était l'union des puissances européennes, constant objet des efibrts des papes; or, les divisions et les guerres suscitées par le protestantisme la rendaient impossible, et les puissances isolées reculaient devant une ticbe que leur alliance eût rendue facile.
L'honneur, les intérêts du commerce,, l'humanité, sans parler de la charité, faisaient cependant un devoir à l'Europe de ne pas tolérer. les corsaires barbaresques ni l'escta^vage des chrétiens. La situation -des captifs était cruelle, spécialement au Maroc. Emmanuel d'Aranda, qui sortit du bagne d'Alger, pour retomber dans une des matamores de Tétouan, Fan 1642, le P. Dan, réden^pteur en Barbarie à la même époque, en ont laissé le tableau (1). Tétouan possédait jusqu'à trois ou quatre mille esclaves, Fez cinq ou six mille) Salé de quinze cents à deux mille, et Maroc à peu
(4) Léon écrits sont des meilleurs que Ton-puisse consulter sur la matière : RekUUm de la captivité et liberté du siettr Emmanuel d'Aranda, jadis esclave à Alger. Leyde, 1674, 4- éditioji; il semblerait que révêqtie ^e Ceuta eût alors quelque juridiction à Alger, p. 474. Le Tîcariat apostolique des lazaristes ne fut établi à Tunis et Alger qu'en If5î, et il n'eut son siège qu'en 4672 dans cette dernière ville. Dan Mathurin (Francis), eut pour compagnon à Tunis, en 4635, le P. Escoffier qui, en 4642, racheta 44 esclaves à Salé. Il est un peu crédule.
près autant que Fez. Quelqucs-unç firent de longs voyages . dans l'Afrique centrale , comme Paul Imbert des Sablesd'Olonne dont parle Charrant. Leur nombre variait, selon les circonstances de guerre et de rachat. Les cherifs étaient propriétairesd'une grande partie de ceux des capitales. Abdel-Melek fut terrible pour eux-, il appréciait les Européens, mais voulait à cause de cela qu'ils se fissent musulmans et approchassent ainsi de sa personne. Féroce dans rivresse,il jetait les esclaves aux lions de son parc. Un jour il déclare à une troupe de captifs qu'il tuera ceux qui ne renieront pas rÉvangile à l'instant même : ils passent Tun après l'uiti» en lui baisant les pieds, et il fait égorger ceux qui refusent d'apostasier. Le P. Cyprien passe et se dit Portugais : « Ce sont des poules d'eau, répond Abd-elrMelek; laisset-le aHer. » Le P.: Jean Coural, au^stin espagnol s'avance «t persiste dans la foi. Le cherif l'étend d'un coup de cimeteire; il frappe de même le dominicain français Pierre Morel, qui n'en mourut pas, et il se précipite en furieux sur les autres chrétiens, les sabrant au hasard jusqu'à ce que l'arme soit brisée. Malheur à Tesclave arrêté dans sa fuite vers quelque préside. En 1G34, un pauvre Breton, Guillaume Pomic, se sauvait à la Manioure avec plusieurs compagnons.il fut seul repris; on le bàtonna, on lui coupa les oreilles; son maître l'obligea à les porter cousues devant lui, et enfin le força de les manger. Les rédempteurs n'étaient pas toujours mieux traités. En 1641, le P. Agudo delà Rosa, Michel Diaz et Diego Vallezo donnèrent 00,000 francs à Tétouan pour cent seize esclaves, entre lesquels un dominicain, deux capucins, onze capitaines, deux femmes et dix-huit enfants au-dessous do seize ans. Ils moururent à Madrid, du poison que les Maures leur avaient fait boire, dans l'espérance de reprendre les esclaves en gardant l'argent.
Les ordres rédempteurs seront toujours une des gloires de rÉglise, comme ils furent la consolation et Fespérance des esclaves. Ils sont du nombre des œuvres de charité, signes distinctifs de la reMgion du Christ et qu'il ne faut pas chercher ailleurs.-^ Un pasteur de la Rochelle, Maitrezat, tenta en vain une contrefaçon de qçtte œuvre d'absolu dévouement.
La mission des franciscains de Touraine au Maroc, liée à la mission politique de Razilly et de du Chalard, ne paraît pas avoir eu de grandes conséquences, malgré le ton avec lequel en parle son historien (1). Entre les récollets qui vinrent alors au Maroc, on remarqua le P. Eugène Roger, Fauteur d'un ouvrage sur la Terre Sainte. Du reste, les missionnaires ne pouvaient espérer que des conversions rares et isolées. Quelques-uues furent occasionnées par les conséquences des perturbations politiques : telles furent celles des cherifs Moulé El- Arbi et Moulê Mohammed Âthasi. Le premier, neveu de Moulé Rechid et fils de Moulé Mohànuned, croyons-nous, se réfugia à Laracbe et de là en Espagne ; il fut baptisé, au port Sainte-Marie, sous le nom d'Augustin de la Cerda, et devint moine augustin ; le second, pris par des navires de Malte en allant à la Mekk^, reçut le baptême en 1656, et entra dans l'ordre des jésuites sous le nom de Balthazarde Loyola. R mourut à Madrid, en 1667 (3).
(4) Il ne donne que ses initiales F. F. A. C. L.^ à la fin de Tépttre dédicatoire. Niort > 4644.
(5) Page 247 de son livre, intitulé La Terre Sainte. Paris, 4644.
(3) Gonzalès- de Santalia^ ManuductiOy etc.^ p. 40 et 54. On joua dtns les principales villes d^Espagne la comédie dô Calderon^ intitulée : Magma princepsde Fez D, Balthazar de Loyola, Gonzalôs, qui évangélisa Ceuta et des villes d'Espagne, peut réformer des préjugés tou* ebant les Maorisques.