‹ Description et histoire du MarocChapitre 45 sur 50 · L -r YBZD Kl-IKHDI (1790-179^1204-1 SI · texte numérisé non relu

L -r YBZD Kl-IKHDI (1790-179^1204-1 SI

Inuù ET LES CONSULS. — Aussitôt que Moulé il Ta mort de son père, il se fit proclamer à Tébat et Salé s'étaient prononcées en sa faveur. Sa tnë entre les fl:ls de Sidi Mohammed, son titre de De organisation physique et la crainte qu'inspirait sre, lui assuraient l'obéissance d'un grand nomle, violent, cruel et fanatique, il régna peu de m assez pour occuper une place distinguée dans dynastie. Ses prétentions au titre de Medhi ne

'irce. De plus, eetta rédemption est mentionnée dans le '• et imprimé à Paris^ en 4785, in-4*. k '.'Ott^ qui^ du reste« n'est peut-ôtre pas d*une parfaite

B^nt eu wm d» septembre, les MarectÎM «BYoyèmt à Geulm quelques Yolées d'artillerie. Au mené d'octobre, des bMibea furent iMôées, maie ne tuèrent persomio. Le aiége était mollement eonduiti et la ville recpyait dea feoforts. Le feu cessa de part- et d'autre en novembre, ^i dea Bég(H dations s'ouvrirent à Madrid, en janvier i7M. Charles IV reatitua'les bâtiments eapluréa, et obtint ht' délmwoa des coniuls de Mogador, de Larache, et do qudques. missionnaîres mis à la chaîne, liais. la mauvaise foi de Yeoid, qui continuait les'hostilités tout en protestant de son désir de k paix, ses prétentions à la restitution des^residioa déterminèrent l'Espagne i déclarer elle-même la guerre, le l^août. L'envoyé marocain n'osa pâa retourner prèe du <AMrif, et le gouvernement espagnol lui assura son. entretien.

Aptes avoir protesté aux puissances chrétiennes qn'il ne veut la guerre qu'avec TEapagne, Moulft Teiid reprend suis succès le siège de Ceuta et, le M août, reuneoiî bombarde Tanger. Le cherif obtient une trêve qui^lui permet de son* Ker à se défendre contre Moulé Abd^^er^Rhaman prodMDÔ à Taroudant; mais apprenant que le péril n'est pas i re^ douter, il massacre ses prisonnio^ espagnols, fait clouer leurs tètes et leurs pieds aux portes des villes maritimes et reprend encore le siège de Ceuta. Une révolte plus menaçante de Moulé Hescham, qui s'est rendu maître de Maroc et soulève le sud tandis qu'Abd-er-Rbaman insurge leTafilet, force Yezid d'abandonner totalement son entreprise; le 7 novembre, il envoie un Italien négocier la paix à Madrid et se met en route vers l'Oum-er-Bîa.

Mort d' Yezid. — Malgré l'appui des meilleurs généraux, Abd-er-Rhaman ebn-Azar, Abd-Allah Rahhamani et Zeid bel-Arrossi, Hescham est vaincu. Yeâd pénètre à Maroc, qu'il livre à toutes les horreurs du pillage; mais il est blessé

dans une nouvelle rencontre, et sa blessure mal soignée cause sa mort le i4 ou le 45 février 170S=d}ouniada II, 1206 (1).

Oran abandonna. — Quelques jours après, 6 de redjeb, le bey de Mascara prenait possession d'Oran, cédé aux Turcs parles Espagnols lassés des sacrifices que cette place leur imposait. Le bey llfohammed el*Kebir laissa les Arabes à la solde de l'Espagne libres de demeurer à Oran, ou de se retirer à Melilla ou à Geula; et la ville évacuée se repeupla de familles venues de toutes parts, d'Oudjda, de Fez même et de Maroc (2).

Traité anglais. — Le 8 avril 1T9i=chaban 1205, un traité de commerce et de navigation, signé à Salé entre le Maroc et T Angleterre, confirme et développe celui de 1783. L'article 3 reconnaît aux Anglais le droit d'aller, venir, vendre, résider, voyager, louer ou bâtir des maisons et magasins dans les états de Tempereur. L'article 10 exige, pour que la conversion d'un sujet ou protégé anglais à l'islamisme soit légale, que le renégat paraisse trois fois en trois jours devant le gouverneur et le consul anglais, et renouvelle à* chaque fois sa résolution de devenir musulman. Divers traités ont réglé des mesures de ce genre, afin de prévenir les conséquences d'une parole irréfléchie, surprise ou arrachée, dont les Maures étaient toujours portés â se prévaloir pour invoquer les rigueurs de la loi musulmane, à l'égard du renégat qui abandonne l'islamisme.

(1) C'est par erreur que Bûffa dit ea ^794, Uoefer et Thomassy, en 4793. Le Maniteuf du 4 S avril 4792 marque lo 44 février. (J) Léon Fey, Hist. d'Qran, p. Î67, 269. Esterhazy, p. 492.

— 6W — § «. - lilILt HBGHAl (l7tl-l7tS=HSM— IMf).

Lutte entre les cherifs. — Moulé Hecham, le vainqueur dTeudy avait reçu lui-même dans la lutte une blessure qui ne fut pas morteUe. Acclamé par ses partisans, il n'obtint pas toutefois la soumission de Tempire, qui resta divisé entre lui et ses frères. Il garda le Maroc etie Sous, en donnant à un frère plus âgé que lui, Moulé Abd-es-Selam, le gouvernement de Taroudant; Moulé Slemma ou Es-Selam, dit encore Islama et Setama, frère utérin d'Yezid, prince d'un caractère pacifique, fut reconnu à Laracbe, à Tanger, i Tétouan, aux zaouias de Sidi Abd-es-Selam et d'Ouazzan. Abd-er-Rhamaii régnait au Tafilet. Le jeune Abou-er-Rebs Soliman, qui comptait six de ses frères cherifs plus âgés que lui, était souverain dans Fez; il s'empara de Méquinez, sur son frère Moulé Talbi. Enfin, des. tribus berbères du oôté de Hilet, au sud-est de Taroudant, donnaient le titre de sultan à Sidi Ali-Yahia, fils d'un santon vénéré, Si(fi Ahmed -Moussa.

Moulé Soliman marcha sur Maroc, contre Hecham qu'il chassa de cette capitale. Moulé Es-Selam vint lui faire sa soumission; relégué à Tafilet, il se rendit ensuite à Tripoli et en Egypte, où il mourut. Soliman, proclamé à Rabat et à Tanger, se hâta de s'affermir par des relations avec les puissances chrétiennes et par un gouvernement empreint de justice et de douceur. 11 paraît néanmoins que son autorité ne fut bien assise sur tout le Magreb qu'au commencement de 1795=1209, lorsque Moulé Hescham renonçant à ses prétentions se retira dans un sanctuaire, où la mort le surprit quelque temps après.

Relations avec TEurope. — Ces trois années de troubles

intérieurs, dont nous ne saurious suivre exactement les péripéties^ suspendirent l'activité des rapports du Magreb avec TEiirope. L'ère républicaine s'était ouverte en France le 2i septembre i792. La guerre éclatant avec l'Angleterre, le consul français Du Rocher, qui se trouvait à Gibraltar^ fut arrêté malgré son sauf-conduit, et Ton confisqua les présents qu'il devait offrir au cherif en faveur duquel se déciderait la fortune. Il put cependant achever de négocier le rachat de 412 prisonniers français, avec lesquels il arriva en France par Marseille.

§ 7.— HOUli SOLUAN (1798=I«I9).

Affaires iNTÉRiEuaES. — Moulé Soliman s'appuya, pour gouverner, sur son frère Moulé Taibi, autrefois son rival et maintenant son serviteur fidèle. Au sein de l'empire, la fermentation se calmla peu à peu. Les derniers conflits, enveloppés d'obscurité pour nous, avaient fait passer en Algérie le marabout Tedjini, fondateur d'une confrérie célèbre. Il revint au Magreb el-Acsa, au commencement du règne de Moulé Soliman (1).

La peste, qiii en 1786 avait fait des ravlages au Maroc, reparut plus terrible dans l'étéde 1799=1214, apportée par des pèlerins au retour de la Mekke. Le fléau dura deux ans et ses victimes furent innombrables. Broussonnetqui, chassé de France par la Convention, était passéau Maroc comme médecin deSimpson, ambassadeurextraordinairedesÊjtats-Unis, et qui y revint comme consul à Mogador et voyageur de l'Institut, Broussonnet écrivait de Mogador, au mois de juillet,

(4) Page 103.

tpxe dès villes étaietit déjà dépeuplée^ et que M&roe, oÀ Vtfn avait vu mourir 1,800' personhes en un jour, sur environ 60,000 habitants, se changeait en désert. A RM>at, on pré^ tendait que 90,000 habitants sur 30,000 avaient sue-^ combé : la consternation était générale ; les Maures hàhé^ tàient de la toile pour se faire ensevelir, et les plus dévote se disposaient à prendre dans les silos la place du graiii qu'ils recommandaient de distribuer aux pauvrçs. Le consul de France à Tanger s'était retiré à Tarifa. Ebn-Othman, premier ministre de l'empereur, fut emporté pat* la contagion.

Affaires étrangères. — Le commerce, alarmé au commencement de 1795 par la mésintelligence du Maroc avec les États-Unis et la Suède, se rassura en apprenant le rétablissement de la paix. La République française, le 25 novembre de la même année, 4 frimaire an iii==djoumada I, 1210, décida que le consulat de France serait transféré de Salé, dont Mogador avait diminué Timportance, à Tanger, d'où il était plus facile de surveiller les Anglais et les Espagnols, tout en s'occupant des intérêts que nous avions en Afrique. Mais Du Rocher mourut à Cadix le 8 floréal an vi (1798), en se rendant à son poste, où Antoine Guillet fut appelé à le remplacer.

Le gouverneur de Gibraltar qui avait volé, comme od sait, les présents frani^aîs destinés au cherif, les lui envoya comme oflertspar l'Angleterre-, mais il reçut de ce barbare une leçon. Moulé Soliman les fit remettre à Guillet par Moulé Taïbi, afin que le consul français les lui présentât, selon l'intention de la France (1).

(4; Thomassy, p. 345.

Ses rebttions avec TEspogne étaient amicales, àti point qu'il donnait volontiers des passeports aux navires de ee pays. En i708) le dey d'Alger saisit plusieurs bititneùts e^ pagnols qui naviguaient sous cette protection. Les hommes furent réduits en esclavage, et les cargaisons vendues. Le cherif irrité , interdit aux Algériens ses états , et il se montra pr^t a unir ses réclamations à celles du roi d'Espagne. Toutefois, ces bonnes relations s'altéraient facilement) et, en février 1790, huit vaisseaux de ligne marocains bloquaient le pcNrt de Cadix.

L'expédition d'Egypte ne détruisit pas, malgré les intrigues de l'Angleterre et du Portugal, la concorde entre le llaroe et la République française. Napoléon, loin de porter aucune atteinte à la liberté religieuse des musulmans, avait au contraire protégé la grande caravane partie pour la Mekke en i7d8, soit de Méquinez, soit des ports de mer, sur de nombreux navires, la plupart de Raguse. Les ennemis de la France, pour renyerser Soliman, répandirent l'or et des bruits dangereux, comme la nouvelle du débarquement des Français à Ceuta, de la mort de Soliman , des mauvais traitanents exercés en Egypte contre les pèlerins; mais l'agitation fut comprimée, et les calomnies réduites i néant.

La paix fut signée à Méquinez le 1"" mars 1800, entre le Maroc et l'Espagne. Ce traité est remarquable, en ee qu'il manifeste de la part de Soliman, sur plusieurs points, et spécialement quant à l'esclavage, des dispositions Identiques i celles de Sidi -Mohammed. Le cherif fait des vœux pour que le nom odieux de l'esclavage soit effacé de la mémoire des hommes (art. 13). On se rendra réciproquement les Marocains et les Espagnols pris sur navires ennemis. Les esclaves de toute nation qui parviendront à se réfugier sur

le territoire ou les vaisseaux espagnols ne seront pas réclamés, et les prisonniers de guerre seront échan|;és comme entre nations chrétiennes. L'Espagne obtenait des droits de pèche dans la Méditerranée et à Santa-Cruz (sans doute Santa-Cruz de Marpequena) , et la continuation du privilège exclusif d'exporter les blés par Casa-Blanca.

La ville libre de Hambourg passa aussi une convention commerciale avec le Maroc en 1802. Les États-Unis, qui bloquaient Tripoli, se brouillèrent alors avec le cherif, ami de la régence, et leur consul fut banni de Tanger ; mais la bonne harmonie se rétablit promptement (i8Q2).

Révolte de Moulé Ibrahui. — Soliman eut à combattre sérieusement, au printemps de i802 — fin de 1806, son neveu Ibrahim, fils de Moulé Yezid, chef de rebelles des contrées de Fez et de Méquinez. Us se montraient depuis un an indociles et se plaignaient de l'oubli des promesses faites par le cherif à son avènement. Ibrahim fut obligé de demander la paix, après une défaite où il eut 8,000 hommes tués et 2,400 prisonniers (1).

Le Maroc et l'ebipire. — La bataille de Trafalgar, qui porta un coup si funeste aux marines française et espagnole, fit passer aux Anglais la prépondérance politique de la France au Maroc (21 octobre 1805). Notre commerce fut anéanti et ils absorbèrent le marché. Cependant lecherifavait bien accueilli la notification de l'avènement de Napoléon à Tempire ; il l'assura qu'il garderait la neutralité et lui envoya un ambassadeur, Hadj-Edris-Rami, qui, dans une audience solennelle à Saint-Cloud, le 6 septembre 1807, complimenta S. M. en l'appelant le sultan des sultans, titre souvent refusé aux princes chrétiens par les musulmans, et en le pro-

(1) Moniteur du 51 prairial an x.

clamant le plus grand defs souverains de TEuropé (1). Lé capitaine Burel fut envoyé au Maroc Tannée suivante avec la double mission de faire sortir le cherif de sa neutralité en faveur de l'empereur, et d'entraver les Anglais dans leurs opérations mercantiles et Tapprovisionnement de Gibraltar. Moulé Soliman souffrait lui-même de l'état du commerce et il avait menacé de fermer ses ports, si les navires chrétiens ne venaient que pour exporter les produits marocains sans apporter les objets dont sa cour et le Maroc avaient besoin. Mais Burel échoua par la faute du consul d'Omano (2), qui, peu au courant des usages diplomatiques reçus à l'égard des musulmans, blessait par ses procédés la susceptibilité du cherif. D'ailleurs, la rigueur du blocus continental atteignit quelques marchands marocains et ils cessèrent d'exporter en France, quand notre marine immobilisée par les Anglais et les Algériejas ne songeait plus à rien importer ellemême au Maroc. Ce n'est pas d'ailleurs en ce qui touche à la marine, au commerce maritime ni aux colonies que Napoléon a fait preuve de puissance et de génie. Cette triste situation dura jusqu'à la fin de l'empire.

Traité avec l'Autriche. -^Le 20 février 1805=3 dsoul cada 4219, l'Autriche renouvela le traité de 1784 avec le Maroc. Les deux nations vivront enbonne amitié sur terre et sur mer. La reconnaissance des papiers de bord des navires marchands autrichiens serafaitepar une chaloupe montée de deux hommes seulement, et encore ces papiers leur seront montrés depuis le pont du navire, afin que nulle communication aveb les Marocains n'oblige les autres à une quarantaine. Tout droit de naufrage et tout esclavage sont abolis

(\) If om/eur du 8 septembre. (î) Thomaity, p. 381.

mtre les deux parties côntiBctantes. - Les marchandises d'origine autrickieiuie, importées par les Auirîchieiis, bs ^yeront que la moitié des droits à la douane (i).

Aju^KT ou BimA. -i— Parmi les étrangers qui paraissent au Maroc sous le premier empire, on remarque Ali-Bey et- AUbassi> autrement Doniinique Badia y Leblich. Ce singulier personnage, né en Biscaye, conçut l'idée de fonder entre le Ibroc et Alger, dv côté du désort d'Angad^ un royaume ou une colonie qui introduirait en Afrique la civilisation et diminuerait la puissance des barbaresqnes. n apprit Farabe, les langues européennes les plus r^pandoei et acquit les connaissances les plus utiles i qui veut entrsprendre un voyage scientifique. 11 obtiiri^.en 1801 l'approbation du prince de la Paix, et fat accueilfi ensuite par les savants en France et k Londres, o& il*se fit drooncirs d prit le costume musulman (2). Dé retour en Espagne au moB d^avril 1803, il se rendit de Tarifit i Tanger. Le &ste qu'Odeployait alors a fait croire qu'il était mvesti de quelque msion secrète par Napoléon ou par le gouvemanent esjiagiKd-

n se fit passer auprès des autorités marocaines pour un musulman natif d'AIep ; observa fidèlement les règles de l'islam et obtint de suite les bonnes grâces de Moulè-Soliman, qui le vit à Tanger et se félicita de pouvoir dernier l'hospitalité à un hôte aussi distingué. Ali le rejoignit ensuite à Méquinez, puis à Fez où il excita l'admiration des

(4) Graberg, p. 346. En 4808, une partie de la garnison de Gibnl* tar s'empara de Tile de Percjil, conune nous Tavons meniionnéi p. 57' Voir le Moniteur do cette année. ,

(2) Voir son ouvrage intitulé : Voyages d*AlùBey el-Abbassien Afrique et en Asie, pendant les années 4803 à 4807. Paris, Didol, 48U, 3 vol. in-8». Atlas in-i*. Le tome !•' intéresse le Maroc, et comprend Tanger, Fei, Maroc et Oudjda.

savants magrebins; mais TAthènes de l'Afrique était alors dans le plus triste état de décadence (1). En 1804, il fit des voyages àRabat, àMogador, à Maroc et il reçut du cherif de grands biens pour être en mesure de soutenir l'éclat de son rang. On a dit qu'il avait alors préparé au Maroc, au profit de l'Espagne, une révolution qui échoua par l'indécision du gouvernement de Charles IV. En iSOS, il partit pour la- Mekke en prenant le chemin des régences ; mais les troubles qui régnaient du côté deTlemcen l'arrêtèrent à Oudjda; il revint sur ses pas et s'embarqua le i 3 octobre àLarache. Nous ne le suivrons pas en Orient ni à son retour en Europe, où il publia ses voyages sansdémentir son rôle. U conserva des relations avec le Maroc jusqu'en 1815, sans qu'on voie s'il a été exploité par le cherif, auquel il faisait de riches présents, ou s'il Ta réellement trompé au profit de quelque gouvernement européen.Ali est mortenl818 en Syrie durant im nouveau voyage, encouragé par le ministère des affaires étrangères de France. J'ai vainement recherché au Maroc ce qu'est devenu son fils Othman*&ey, né en 1805 et qu'il laissa dans ce pays (2).

RoKiTON. — La Société africaine anglaise députa,en 1809, rallemand Roentgen pour tenterdepénétrer au Soudan par le Maroc. Ce savant crut pouvoir adopter l'extérieur des musohna(iis,et il partit de Mogador au mois de juillet afin de se joindre à la caravane qui va chaque année de Maroc dans l'Afrique centrale. Deux guides l'accompagnaient; l'un était renégat allemand. Le cadavre de Roetgen, trouvé à quelques étapes de Mogador, et d'autres indices démontrèrent qu'il avait été victime de la cupidité de ces guides.

FoiCDATioN DE l'état DE Sidi-Hegham.— En 1810=1226,

(2) Voir la Biogr. univ. Supplément.

le cberif Hecham, fils d'Ahmed ebn-lildussa, érigea ea état indépendant la proyince du Sous et une partie de celle de TOued •* Noun. Hais nous manquons - de documents pour raconter cette révolution et en suivre les conséquences jusqu'à nos jours. Ce que nous ^aVons, c'est qu'en effet l'autorité des oherifs de Maroc s'arrête vers Taroudant, ou n'pbtient guère que des témoignages de respect religieux au delà de cette limite.

Troubles a la FROimias algériehne. -^ La frontière du Maroc, au levant, ne re&ta pas étrangère, vers la même époque, aux troubles suscités contre les Turcs, dans la régence d'Alger. Le marabout dercàoui Ben-Cherif , après avoir secondé en Kabylie un soulèvement provoqué ]parBra- Ajach, affilié à laméme confrérie, souleva laprovinoed'Oraii et se rendit maître du pays, depuis Miliana jusqu'à Oudjda. Voyant le bey d'Oian, Mustapha el-Manzali» serré dans cette ville par son audacieux adversaire, Mustapha, pacba d'Alger, le remplaça par Mohammed Mekallech, qiii anéantit l'insiu^ rection (i809). Mais Ben-Arach et Ben-Cherif reparurent tout à coup chez les Beni-Amer, très-hostiles aux Turcs et encoremarqués de Touchem, étoile bleue dont les Espagnols, comme autrefois les Goths et les Bomains, tatouaient à la tempe ou à la joue gauche lesindigènespris à leursolde.Les Jeux marabouts, après une lutte acharnée et qui laissa plus de 600 cadavres sur le terrain, se retirèrent au Maroc. Tasa leur offrit un asile. Ben-Cherif devintennemi de Ben-Aracb et le fit étrangler. Il s'enfuit de Tasa à Mezirda, où il épousa la fille d'un marabout nommé Bou-Terfas, et il y mourut de la peste.

Le fils de Bou-Terfas, ayant appris que Mustapha el-Manzali avait été remis en possession du beylik d'Oran, essaj'a de soulever les tribus au nom de Ben-Cherif^ et sa voix fut

entendue; mais Ahmed, pacha d'Alger, se hâta de remettre le commandement d'Oran dans les mains plus fermes de Mohammed Bou-Kabbous ou er-Requiq, frère de Mohammed el-Kebir (1813=1227). Bou-Terfas, battu près de Mezirda, se réfugia chez les Beni-Snassen et y acheva paisiblement sa carrière. Les Turcs victorieux essuyèrent des pertes en honmies et en chevaux, par suite des froids et des neiges qui ont rendu mémorable Thiver de cette année (1).

Soliman met fin a la piraterie. Sa politique envers l'Europe. — L'Angleterre, au traité de Vienne, s'était chaînée de mettre fin à la piraterie des Barbaresques, non pas toutefois sans se faire payer fort cher un acte d'humanité qui, on le sait, n'est point dans ses habitudes. Malte et les îles Ioniennes furent le prix payé d'avance des expéditions de lord Maitland et de lord Exmouth à Tripoli, Tunis et Alger. Hais le Maroc n'attendait point l'intervention de la force européenne pour compléter l'abolition de l'esclavage des chrétiens et celle de la piraterie. Moulô Soliman fit connaître ses résolutions à cet égard au gouvernement de ia Restauration, avant l'expédition de lord Exmouth, et il prit l'engagement de racheter tous les naufragés qui seraient retenus par les tribus sur le littoral saharien et de TOued- Noun. Ses actes confirmèrent ses paroles. Deux vaisseaux de Hollande et un de Hanovre avaient été capturés par les Marocains, en 1816, et le gouverneur de Tanger refusaitsatisfaction à l'escadre hollandaise, qui avait jeté l'ancre devant cette ville. Le cherif ordonna de rendre les navires que l'on avait conduits à Larache et à Rabat-, il destitua et fit emprisonner les gouverneurs de Rabat et de Tanger, ainsi que le rais du vaisseau, corsaire, coupable de l'agression contre

(I) VTalsin-Esterhàzv, p. te03 à S40.

les chrétiens. En 181 7=1232-3, il désarma sa marine et opposa ainsi une impossiUlité matérielle au retour der semblables méfaits. En 1818, des ambassadeurs des régence lui furent envoyés avecdesprésents et, sans doute, afin deTen* traîner dans quelque ligue en fareur de Tislam fortement frappé en Afrique; mais il ne paraît pas s'être engagé envers elles contre aucune puissance européenne. Il députa toutefois i Alger Ben-Saleb, qui mourut de la peste en y arrivant. Le cbérif tint sa parole à' Tégard des naufragés du sud en 1817, lorsqu'il délivra le capitaine américain Riley et son équipage et, en 1819, par le rachat de M. Charles Cocfaelet et des naufragés de la Sophie. Le cherif paya iiOO piastres fortes pour chacun de ces derniers (1).

Soliman désirait écarter tout sujet de conflit avec l'Europe et il tâchait d'en prévenir les causes les plus éloignées. C'est ainsi qu'en 1816, ayant appris qu'en Europe des Marocains, dont la conduite avait été répréhensible, s'étaient fait passer pour cherifs, il décréta peine de mort contre ceux de ses sujets qui voyageraient chez les nations chrétiennes sans sa permission. Les juifs eux-mêmes furent astreints à constituer comme caution, lorsqu'ils voudraient aller en Europe, deux personnes domiciliées dans le pays. Les biens des Marocains coupables alors de quelque délit commis au milieu des peuples chrétiens, furent déclarés confisqués.

Malgré ces belles apparences, il nous semble entrevoir que la politique de Moulé Soliman avait plutôt pour fin d'isoler son empire que de le rattacher à l'Europe par les

(4) Riley, Loss of ihe american brig commerce , wrtcked on vtiter7i coast of Africa in 4845. Londres, 4847, in-4". Cochclet, .Yfl«frage du brick français la Sophie, perdu le 30 mai 4849, sur 1^ côte occidentale d'Afrique. Paris, 4801, 2 vol. in-8*.

liens de Tintérèt et d'une amitié sincère. La destruction de l'esclavage, qui ferma Tintérieurdu Maroc aux rédempteurs et aux missionnaires, le désarmement de la marine, la prohibition des voyages au delà de la mer, sont des mesures qui tendent vers ce but. On le soupçonnait, à cette époque même, à cause des restrictions mises à l'exportation de plu* sieurs marchandises^et en considérant les droits qui pesaient Irès-lourdement sur les gommes et les cires. Lorsqu'il vint à Tanger, en 1816, pour s'assurer que l'expédition de lord ExmoUth n'était pas dirigée contre lui et pour remédier à la contrebande espagnole sur les côtes du Rif , Soliman montra de labienveillance pour l'Europe : il reçut les présentsdes consuls et il envoya au gouverneur de Gibraltar, en retour de cent bombes et deux mortiers, une mule et un cheval arabes. Mai$ on ne l'en croyait pas moins animé du, secret désir de voir triompher les Barbaresques à la condition de ne courir aifcun péril pour lui-même ; on disait que les juifs de Salé exportaient pour Alger du salpêtre sans payer aucun droit ; les consuls avaient entendu de la bouche du chérif l'aveu que le plus beau jour de sa vie serait celui où ses douanes ne lui rapporteraient pas une blanquille; il attestait n'avoir nul besoin des puissances européennes, et souhaitait qu'elles n'eussent pas davantage besoin de lui (1). Ces faits et l'envoi d'une frégate de guerre et d'un brigantin au dey d'Alger en 1818, ne découvrent-ils pas le fond de la pensée de Moulé Soliman? N'est-ce pas de cette politique astucieuse et en réalité hostile à l'Europe que Moulé Abder-Rhaman, neveu etfutur successeur de Soliman, s'inspirait du vivant même de son oncle? L'identité de leurs vues pour écarter l'Europe, que l'on n'avait plus l'espoir de combattre

{{) Monitew du 3 septembre 181 G.

«rec ayantage, n'entr^-l^e point dans l'explication du chcMx de Soliman, ^ déshéritera tôut.i l'heure sesLenfiuits wà profit de son nerea?

' Le cherif reconnaissait da resite la nécessiti de fiiiredss concussions pour la satishctioii des besoins de l'Eure^ et fl les étendait au gré de ses caprices on selon le jogement de M politique. En 181 1, ilbYorisait la France, au moment ifune disette cruelle, en permettant l'a^ortation iUi- ^."' : ttitée des grains, avec eqtière firandiise, pour les ports

--' français.

- L'interprétation bénigne 'de la loi, conseillée par la poliiique en faveur des étrangers, n'empêchait pas le diérff d'en faire l'application la plus rigoureuse i l'intérieur de ses états. Ennemi du hixe par esprit religieux, il portait des vêtements simples ou grossiers, et prescrivait à ses sujets de suivre 8on« exemple. L'industrie indigène en souffrait; mab Moulé Soliman voyait avec plaisir que l'industrie européenne y perdait encore plus de débouchés (1). Dès lé commencement de son règne, il condamna l'usage du tabac et en fit supprimer la culture. Cette mesure était fondée sur la loi qui défend en général tout ce qui est de nature à produire Tivresse. On comprend que le café ne tombait pas sous cette prohibition. Toutefois le Uié le supplante au Maroc, par

(4) SoD goût pour 1^ simplicité n*allaii pas jusqu'à lui fermer ks yeux sur la valeur des étoffes qui lui étaient ducs comme dtxiôme des marchandises soumises à la douane. S*étant aperçu que M. Court, Dé gociant anglais, agent de la Hollande et do FEspagne, lui avait livré un jour des toiles d*une qualité un peu inférieure à celles dont elles payaient rentrée, il le fit amener de Mogador à Maroc^ la cbaioc aox pieds, et conduire de Maroc à Tanger, dans des conditions telles qoc le malheureux agent y pouvait perdre la vie. Le cherif le renvoyait eo Europe; mais il lui accorda enfin six mois pour retourner à Mogidor

suite des efforts du commerce et du gouvernement anglais, qui en offrent abondamment et parviennent à le mettre en quelque sorte à la mode. Le fanatisme religieux de Soliman, en restreignant le commerce et en comprimant l'essor de l'industrie, causèrent à^ses sujets des souffrances qui enflam-' mèrent les guerres civiles au déclin de son règne.

Peste et guerre. — Fin de Moulé Soliman. — En 1 81 ^=i 233-4, la peste, la disette et la guerre, trois fléaux qui souvent se rencontrent à la fois en pays musulmans, accablèrent Tempire des cherifs. La peste fut apportée a Tanger au mois de mai par la frégate anglaise le Tage^ qui ramenait d'Alexandrie un grand nombre de pèlerins revenant de la Mekke. En vain les consuls sollicitèrent des mesures de précaution; le fatalisme musulman qui envisage ces mesures non-seulement comme inutiles mais comme impies, éluda l'application des règlements de quarantaine que le cherif avait feint d^autoriser; un autre navire anglais arrivant encore d'Alexandrie avec quatre cents pèlerins, jeta de nouveaux éléments de contagion à Tanger. Bientôt lé fléau sévit honriblement iet se répandit jusque dans les montagnes lointaines de l'Atlas. Au bout de quelques mois, Tanger avait perdu le cinquième de ses habitants. Les consuls^ barricadés dans leurs maisons, évitaient tout contact avec les Maures. M. Sourdeau, consul de France, fut le seul qui ne changea rien à ses habitudes. Celui de Portugal, M. Colaço, propagea l'usage de l'huile d'olive bue en grande quantité, comme remède contre la maladie (1). Elle exerça ses ravages

et mettre ordre à jses affaires, avant son expulsion déûnitive. Thomas- $y, p. 407.

(4) Sur la peste eil Barbarie et les moyens employés contre celte mttladie, on peut lire dans les œuvres de StcnJardi : Helazione délia ptste d'Algieri neqli armi 1:52-4753.

durant deux ans, et il était impossible qu'elle n'engendiit pas la &mine en interrompant le travail. D'ailleurs la guerre civile dès 1818 plongea le Maroc dans la misère.

Une tribu chellok des Zayanna, dans l'Atlas, au sud do Fez, donna, par le refus de l'impôt, le signal d'un souleva* ment qui agita le Hescoura, le Tedia et le Chaouia. EOe battit les troupes envoyées contre elle et pilla un convoi d'argent qui allait de Fez au Tafilet. Moulé Ibrahim, filsataé de Soliman, et gouverneur de Fez, ne put vaincre les rebelles, et les Oudalas, l'un des meilleurs corps de l'armée impériale, furent même repoussés jusque vers Fez. Ad printemps de 1819, Soliman, alarmé des progrès de Tin* surrection, marcha sur Tedla. Sa présence commençait à rétabUr la paix, quand tout fut compromis par une impnidence d'Ibrahim. Des tribus voisines des sources du Ziz vinrent donner à ce prince, qui commandait le deuxième coifs de l'armée marocaine, des marqués de soumission que déjà son père avait agréées. Une soixantaine de personnes s'approchèrent de lui en procession : les femmes liées entre elles par les cheveux tenaient leurs couteaux entre les dents, les enfants portaient sur la tête la tablette de Técole, et des vieillards le coran. Ibrahim, dans un transport de fureur, au souvenir de sa précédente défaite, se précipita sur celle humble députation et la fit massacrer. Quatre enfants échappés à cette boucherie en portent la nouveile dans les tribus. Les cheikhs arment cinq cents cavaliers, surprennent de nuit le camp du cherif, blessent a mort Ibrahim, mettent le feu aux tentes, et Soliman, surpris dans la sienne par un chellok, ne doit la vie qu'à la piété ou à la cupidité de cet homme. Touché à la vue du cherif, il l'enveloppa de son manteau et le fit passer à travers les rebelles en disant qu'il ramenait son propre frère blessé dans la mêlée. Soliman

réfugié au sanctuaire inviolable de Bou-Nacer parvint à gagner Méquinez, au commencement de j uin .

Il y fut assiégé un an et demi par les insurgés dont l'a-' mazirg Sidi El*-M'hausce (1) dirigeait les mouvements avec Tassistance d'une foule de marabouts. La vieille Fez tomba en leur pouvoir. Us songèrent à proclamer sultan Moulé Ibrahim, neveu de Soliman et fils atné de Moulé Yezid, que Ton regardait généralement comme le plus légitime héritier de la souveraine puissance. Mais ce prince hésitait à l'accepter, à cause du serment qui le liait envers son oncle. Celuici, enfermé dans Méquinez, mit le comble à l'irritation de ses adversaires en faisant tuer ou jeter en prison des députés qu'il avait accueillis d'abord avec une fausse bienveillance, et on put le regarder comme entièrement déchu en fait, quand on sut qu'il était à la merci des six ou sept mille noirs de sa garde et qu'il n'avait pas même osé soustraire i leurs coupa son favori Ahmed, revêtu de la charge de moulé et-theî. Les scrupules d'Ibrahim se dissipèrent en présence de cette situation. Il sortit de Fez comme sultan, soutenu par le chellok Sidi Ahmed el^Louschi, réputé invulnérable, et le fameux Sidi El-Arbi, cherif d'Ouazzan, chef de la confrérie de Moulô-Taieb (2). En janvier et février 1821,. le

(4) C'est Torthogràphe de Grabert de Hcmso^ que nous suivons dans ce récit. Du reste, il n'est pas facile de le concilier avec les renseignements insérés au Moniteur, lé 23 octobre 1 84 9, sur Texpédition de Moulô Soliman contre la province de Glava (?), soulevée par un neveu de Temperear. Le cberif arrive à Glava le 20 juin, après avoir fait sauter des rochers qui barraient les défilés sur son passage; il condamne les prisonniers de guerre à avoir les yeux crevés avec la baguette de leurs fusils, et il recueille en or, en argent et en troupeaux, sans parler de 8,000 chevaux, un butin évalué à 3 millions de piastres.

(tj Page 94.

Ghari), Alcazar, Larache^ Tanger; Tétouan le prodamèrant souverain; mais la mort le-aurprit dans cette dernière vffle(l).

Son frère, Moulé Satd, prince d'un caractère . énergique, lui succède. Solhnan s'avance contre le nouvel empereur, l'assiège avec seize miUe hommes dans Tétouan et le force d'abandonner cette villis. Sald parvient à entrer dans Fez- Neuve et il remporte quelques nouveaux avantages sur «m oncle (2). L'insurrection agitait encore assez les provinces en 18S2 jpour empêcher une ambassade suédoise de se rendre à Maroc depuis Mogador. Ihis au printemps, Moulé Sald -éprouva des revers qui découragèrent ses partisans ; ils le livrèrent à Soliman, qui l'exila au Tafilet, et ils implorèrent le pardon pour eur-mémes.

Le» temps de guerre civile surexcitent d!ordinaire le fanatisme musulman, et les chrétiens doivent alors agir avec un surcroît de prudence. En 18S0, M. Sourdeau,. consul de France, se promenait sûr le port de Tanger quand im cherif lui asséna un violent coup de massue, sans aucune provocation. Moulé Soliman ne refusa pas la satisfaction réclamée pour un si grave attentat; mais il fit sournoisement appel à la charité évangélique du consul,, afin de n'avoir point a châtier un saint au risque de soulever une animadversion générale (3).

Le triomphe de Moulé Soliman sur son neveu ne mit pas fin immédiatement aux brigandages qui désolaient Tempire et en rendaient tous les chemins dangereux. Accablé par cette situation et par le malheur qui l'avait assailli dans ces derniers temps, le cherif mourut à Tâge d'environ cinquante

(4) Au Moniteur du 47 avril hW, Ibrahim est appelé Ismaël. (î) Moniteur, 20 juin et 24 août4S24.

(3) Page 87. Voir Graberg, p. 280.

ans le 28 novembre 1822, Rabil, 1238. Avant d'expirer, il reconnut par un acte public et un testament solennel, comme héritier de sa puissance souveraine, son neveu Aboul-Fadl Abd-er-Rhaman, fils de Moulé Hecham, et à cette époque, gouverneur de Mogador!

Soliman est un des cherifs que Thistoire accuse le moins. Son principal tort envers TEurope, c'est de n'avoir entretenu que malgré lui des rapports avçc elle. Aux yeux de ses sujets, il fut un prince d'une rare clémence. On dit que la mansuétude brillait sur son visage; mais il n'est pas de physionomie plus trompeuse que celle des Arabes, et l'on voit souvent parmi euj: des hommes cruels, dont, les traits respirent la douceur. En 1820, un pauvre juif de Maroc, en état d'ivresse, entre dans une mosquée; pour échapper à la mort que mérite un tel crime, il prononce la profession de foi musulmane et en témoigne du regret le lendemain. Le cherif l'apprend, et il ordonne qu'on lui envoie la tète de ce juif. On la lui apporta salée, dans un . sac de cuire Soliman renouvelait son harem par de perpétuels divorces, et il faut se placer au point de vue de la religion bestiale de Mahomet pour expliquer et absoudre la mobilité de son insatiable luxure.

§ 8. - ABD-ER-BHANAN (4 822-4 8St^=4 238-4 27«).

Caractère du cherip. — On a diversement motivé le choix que Soliman fit de son neveu, pour lui transmettre la souveraine puissance, plutôt qu'à ses propres enfants. Selon les uns, il aurait déshérité ceux-ci parce qu'ils étaient nés de négresses esclaves, et n'avaient pas d'aptitude au gouvernement ; d'autres disent que Soliman n'avait régné en place de MoulôHecham, qu'à la condition de transmettre

le pouvoir à la descendance mâle de ce dernier. Quoi qu'il en soit, Abd-er-Rhaman, gouverneur de Mogàd<^, monta sur le trône avec le désir de continuer la politicpie de son oncle. Profondément imbu des erreurs de sa religion et des préjugés qu'elle inspire contre les chrétiens, il voulait vivre en paix avec l'Europe, mais n'avoir que le moins de relations possible avec elle ; ennemi du luxe, comme son onde, il était d'une avarice insatiable, aiguisée par les fonctions financières qu'il avait remplies au port le plus commerçant du Maroc.

Révoltes. — Les commencements de son règne furent troublés par des révoltes eontre lesquelles il déploya beaucoup d'énergie. A Fez, au printemps de 1823, il comprima un mouvement par des mesures propres à terrifier les artisans de révolutions. Un chef de conjurés fut étranglé, et son cadavre suspendu au rempart de la ville ; sept autres furent décapités, et leurs corps coupés ^fi morceaux demeurèrent exposés sur un tas d'immondices. Abd-er-Rhaman usa d'habileté envers 600 Bokhari, préposés par son prédécesseur à la garde d'un trésor de dix millions de piastres, qu'ils refusaient de livrer. Ils furent amenés à composition. Le soin avec lequel le cherif ferma son empire aux Européens ne permet pas de connaître en détail, et avec certitude, les faits qui se passèrent durant son règne au fond des provinces. Ils transpirèrent vaguement dans quelques lettres datées du littoral, et recueillies par les journaux d'Europe. Nous ne saurions préciser davantage ceux qui regardent les insurrections berbères de 1823 et des années suivantes. En 1826=1241-2, croyons-nous, Sidi-Ahmed, clieikh des Mahias, se révolta contre les Turcs et s'établit a Oudjda. Hassan, bey d'Oran, marcha contre lui, le battit chez les Ouled-Medjehad, s'empara de ses trésors et le contraignit

à se réfugier au Maroc. U est probable que le cherif n'eut pas à se préoccuper tie cette lutte qui se passait loin de lui, et dans une région où son action se faisait peu sentir. La di* sette et la peste affligèrent le Maroc la même année , ces fléauxaugmentèrent lesdifficultés qu'Abd-er-Rhamanéprouvait pour la pacification de ses états.

Rapports extérieurs. — A son avénemçni, et pour obtenir le suffrage des puissances chrétiennes, Abd-er-Rhaman adressa une lettre amicale aux consuls en résidence à Tanger. U y exprime ses séntùinents envers les gouvernements qu'ils représentent ; mais il ne dit rien des Pays-Bas, qui depuis dix-sept ans s'abstenaient d'offrir des présents au cberif . La même politique lui fit ouvrir au commerce européen le port de Mazagan, et garantir aux marchands une entière protection. L'Angleterre se hâta de rechercher ses bonnes grâces; au mois de janvier 1824=djoumada 1 1239, le traité de 1801 fut renouvelé, et complété par des articles explicatifs, qui écartèrent toute fausse application des conventions précédentes en matière de justice. En cas de différends avec un Maure, les sujets anglais peuvent en appeler au sultan de la sentence rendue par le cadi en présence du consul; et la loi ne doit jamais être plus rigoureuse envers eux que pour les Blaures. Les mêmes garanties sont stipulées en faveur des Marocains sur le territoire anglais.

Lord Chatam, gouverneur de Gibraltar, avait envoyé en 1823 un médecin au cherif, pour lui faire une opération à Toril gauche. En 1826, le docteur Brown vint à Maroc, sur la demande d' Abd-er-Rhaman, qui souffrait d'une infirmité aggravée par l'exercice du cheval. Il lui conseilla de prendre un peu de repos; mais le cherif lui répondit : « Le cheval est le trône des empereurs du Maroc. Ne pas monter chaque jour achevai, ce serait abdiquer. » Le docteur Brown reçut

des marques de reconnaissance de sa part, et un diplôme qui rautorisait à exercer la médecine par tout l'empire (1).

Au mois de mai 1825^ le consul de France se rendit a Fez pour offrir, selon Tusage, des présents au cfaerif. H était accompagné de deux officiers qui saluèrent Abd*er-Rhaman, à l'audience, en portant simplement la main au schidco. Ce procédé paraissait blessant; mais le cherif en admit l'explication, et fit dire au consul que le roi de France et la nation française tenaient la première place dans son estime et son amitié. C'€st une phrase banale que les représentants des autres nations, des grandes nations surtout, entendaient sans doute en pareille circonstance. Âbd-er-Rhaman, en retour des diamants et des autres cadeaux envoyés par Charles X, lui donna un lion, une autruche, et quatre chevaux.

La bonne harmonie qm avait régné entre le Maroc et la plupart des États européens était troublée en 18^. Les Anglais réclamaient des indemnités, en réparation de torts causés par des corsaires. Si le chefif consentait à punir les raïs et à désarmer leurs navires, il trouvait trop dur de délier les cordons de sa bourse. L'Angleterre prit le parti de lui forcer la main en établissant un blocus qui, du reste, ne semble pas avoir été bien rigoureux. En 1829, les hostilités avec rAutriche, motivées également par la capture d'un navire autrichien, prirent un caractère plus grave. Une escadre bloqua plusieurs ports. L'entrée de la rivière de Té-

(1) La physionomie d* Abd-er-Rhaman était agréable et douce > et sa taille fort élevée; mais une tache qu^il avait sur Tœil gauche semblait le Faire loucher. Le capitaine G. Beauclerk accompagnait M. BrowT). Il a laissé une relation du voyage: Joumey to Marocco. Londres^ ^828, in-8*. Voir p. 158, 193, etc.

touan fut canonnée, le 28 juillet, par une frégate-, mais il parait qu'un débarquement tenté aux environs de Larache eut une malheureuse issue (1). Le cherif accorda une large récompense pour les tètes d'Autrichiens envoyées à Fez. Aussi, quand l'escadre vint bombarder Arzilla, vers le 1'^ août, son premier coup de canon fit accourir les Maures du voisinage, désireux de se procurer quelques-unes de ces tètes si généreusement payées par le gouvernement. MaislQS bâtiments prirent le large, sans avoir causé beaucoup de dommages à la ville, parce qu'ils avaient tiré contre elle à trop grande distance. Bandiera, chef de l'escadre, alla ensuite canonner Babat pendant trois heures, et l'on dit qu'il abandonna l'idée d'un débarquement, à la vue des masses de cavalerie qui affluaient sur le rivage. Abd-er-Rhaman avait envoyé un de ses fils pour parcourir la côte et organiser la défense. Le pilote de Rabat reçut ordre de n'aller à bord d'aucun navire chrétien, tant qu'une chaloupe ne serait pas venue en apporter les papiers à son agence nationale. On voulait éviter par là l'introduction des brûlots ou autres navires incendiaires. La paix fut conclue en 1830, par l'influence, dit-on, du juif de Fez, BenoUel, et à la suite de négociations dirigées par les deux fils du consul danois, qui s'étaient transportés dans cette capitale.

L'Espagne avait eu aussi quelques différends avec le cherif. Au commencement d'août 1829, il défendait de recevoir son consul i Tanger, si elle ne payait d'abord les sommes qu'il réclamait d'elle. U craignait toutefois qu'elle ne s'alliât avec l'Autriche pour lui faire la guerre. Les exercices d'artillerie (pii avaient lieu à Ceuta inquiétaient le pays, et le cherif en sollicita lui-même la cessation. Elle lui fut

0) Moniteur, 26 août 48Î9.

aéoofdée, lorsque déjà des troupes maures marchaient vers cette j^fece; il leur ordomia de rétrograder.

Lb Maroc et la Frange après la conouéts d'Alger.— La prise d'Alger et l'occupation d'une partie de la régence par les Français, en 1830=1246, apportèrent au cherif un sujet bien autrement grave de sollicitude et d'appréhensions. Au commencement d'août, une expédition envoyée à Oran avait été rappelée; mais elle lit sauter le front du fort de Mers-el-Kebir du côté de la mer, et le bey se reconput le vassal du roi de France. Le général Clausel négociait peu après, avec le bey de Tunis, la cession dubeylik d'Oran, qui appartiendrait à usa prince tunisien moyennant le tribut annnel d'un million. Le cherif comprit qu'il ne s'agissait pas d'tme humiliation passagère infiigée aux Turcs et dont il se serait peut-être réjoui en secret, mais, d'un établissement qui allait installer les Infidèles à ses portes^ U essaya de prendte le3 devants et de s'emparer de Tlemcen. Aussitôt le général Damrémont fut envoyé pour opposer une barrière aux prétentions du Maroc dans l'ouest. Il occupa Mers-d* Kebir au milieu de décembre et Oran le 4 janvier 183L. On somma les Marocains d'évacuer la province; le colonel d'état-raajor Auvray, envoyé au cherif, mais retenu à Tanger, obtint à cet égard des promesses qui ne furent point exécutées. Abd-er-Rhaman, cédant aux vœuxexprimés par une députation des principaux du pays, chargea son neveu Moulô-Aii de garder Tlemcen et les environs, et un autre chef, Ben-Amri, reçut ordre de faire reconnaître l'autorité du cherif aussi avant qu'il serait possible dans la région de l'est.

L'année s'écoule sans que la bonne intelligence se rétablisse et sans qu' Abd-er-Rhaman renonce à des prétentions qu'il appuyait sur les traditions des dynasties magrebines,

Bi9itresses antrefoia de Tlemben et de la proTinoe. Ea septeiobre, 1» France (Kscupe Oiw, qu'elle avait remise depuis te mois de février aux Tunisiens. Moulè-Âli, parent du eherif, inquiète la ville sans oser l'attaquer. Le général Boyer frappe cruellement les habitants soupçonnés d'être d'intelligence avec les Marocains ; mais un pareil moyen n'était nullement propre à suspendre l'action d'Âbd-er-Rhaman, qui s'étendait jusqu'aux portes d'Alger. Le sultan avait envoyé Cherifr-el-Moati i Médéa, Mohammed -ebn-Chergui i Miliana , et ce& deux agents étaient acceptés comme gou* vemeors par les populations. Le duc de Rovigo, général commiuddanten chef l'armée d'occupation, était fort gêné de ce voisinage ; et il consentit à ce qu'on le débarrassât d'E3-Moati par le poison; mais celui-ci connut le dessein qui le menaçait et il en adressa au duc des reproches mérités. La missi^B du cooQAe^ de Momai à Aféquinez, en 1832 , atteignit plus, honorablement le but par le rappel des agents du cherif. Cet envoyé reçut aussi d'Abd-er-Rhaman l'engagement de ne plus se mêler des affaires de la France dans li^ régence d'Alger, la renoociatipn de toute prétentipn sur Tlemcen et son territoire, enfin la reconnaissance de nos droits de conquête. C'était au commencement d'avril. Les Arabes d'4igérie furent avertis que justice serait faite de quiconque troublerait le pays au nom de l'empereur du Maroc.

Lb CMESdF ET Abd-el-Kader. — Ayant renoncé par prudence à. une action directe et ouverte contre les Français, dont la flotte pouvait foudroyer ses ports de mer^ Abd-er- Rhanuua en bon musulman cherchait le moyen de les combattre par des voies secrète^ et détournées. Il noua des relations avec Abd-el-Kader qui, lui aussi, se prétendait cherif et dont la mission divine fut solennellement reconnue

par les chefs arabes dans la plaine d'Egris, le ^ septembre 1832. Peut-être Abd-er-Rhaman espérait-il faire tourner à son profit l^s succès de ce jeune homme; mais il donnait du moins satisfaction au sentiment religieux en s'unissant à lui par des liens d'amitié. Abd-el-Kader fut assez habile pour user du protectorat qui lui était offert, sans se laisser absorber et sans amoindrir son autorité personnelle. Nous ne saurions dire au juste quels secours il a reçus à cette époque, mais il y gagnait un appui moral inappréciable. Plusieurs combats livrés sur la Tafna en 1836 firent tomber dans les mains des Français des correspondances qui trahirent la présence de Marocains parmi ses troupes. Des protestations furent adressées au caïd d'Oudjda, et le colonel de Larue fut envoyé ensuite à Méquinez pour rappeler le cherif a l'observation de la neutralité.

Révoltes au Maroc. — Les difiScultés intérieures que l'insubordination de ses sujets soulevait de temps en temps pouvaient détourner Abd-er-Rhaman d'entrer en lutte avec la France. En 1830 et 1831 , la belUqueuse tribu des Oudaïa, qui formait une partie de l'armée régulière, leva le drapeau de la révolte et soutint dans le nouveau Fez un siège de six mois. Le manque de vivres força les rebelles à se rendre, et le cherif se contenta d'affaiblir cette puissante famille en la divisant. Il en envoya diverses fractions à Maroc, à Rabat, à Casablanca et repeupla le% environs de Feî avec des gens tirés de ces dernières villes. Vers 1834 ou 1835=1230, une nouvelle insurrection fut excitée par le marabout Sidi Mohammed-ebn-Taïèb, qui proclamait Abd-er- Rhaman atteint d'aliénation mentale et incapable de gouvemer. Le cherif lui donna la preuve du contraire en venant l'assiéger dans Fez et en l'obligeant à capituler. Sidi Mohammed, lié et promené dérisoirementpar la ville, fut relégué au

Tafilet; mais vingt-six de ses principaux adhérents subirent un supplice atroce et bien connu au Maroc : on les plaça vivants au sein d'une muraille en construction, où leurs cadavres demeurèrent enclavés. Cent cinquante autres furent emprisonnés dans Tllôt de Môgador, où les attendait une mort prochaine (1).

Punition d'un gherif. — En i 834, Âbd-er-Rhaman adresse à tous les gouverneurs de ses ports de mer Tordre d'exclure le pavillon napolitain. Nous ne voyons pas toutefois qu'il y ait eu de conflit important avec le royaume des Deux-Siciles. Les années suivantes, quelques faits se produisent conformes aux fâcheux préjugés du cherif en m$itière du commerce extérieur; mais on a suffisamment fait connaître ces errements dans la première partie de cet ouvrage pour n'avoir pas à y revenir. En 1839, par exemple, il fallait disputer en quelque sorte avec lui, non-seulement pour obtenir la substitution d'un droit élevé à la prohibition absolue de l'exportation des laines lavées, mais pour que les négociants fussent du moins autorisés à enlever celles qu'ils avaient en magasin. Le mauvais vouloir des populations envers les chrétiens se révélait spécialement contre les Français, dont les progrès en Algérie ne pouvaient être dissimulés, même dans les profondeurs de l'empire. Le 11 juillet 184S, le cherif Âbd-es-Selam et d'autres fanatiques allèrent jusqu'à tirer des coups de fusil sur des embarcations de la frégate V Américaine^ en rade de Tanger. M. de Nion, consul général et chargé d'aflaires, avertit le commandant Turpin, cbef de la station française à Cadix. Cet officier arriva sans retard, et le pacha de Tanger fut averti qu'il avait vingt-quatre

(4) Ces faits sont rapportés par M. Hœfcr, Empiré de Maroc, p. 377- Vfdv. pitt. Afrique australe.

heures pourdcmûer satisfectîoA i la Fmnee. Alors le cherif et dix autres coupableS) aMienés sur te port^ la corde an cou et les fers aux pieds, furent étendus sur le sable et reçurent publiquement^ le 40 août, une flagellation que la clémence française abrégea, mais qui donna aux Marocains une é\o^ quente leçon.

Affairb m José Vàlvsrde.' — VEsptBgne n'avait guère moins à se |daindre des sujets du thedf. En 1837, I). José Valverde, chef du corps municipal de Ceuta , regidor del asuntamimto^ fut assassiné à EtSeraUo, tandis qa'il aUak offrir quelque présent au caïd. Appelé par ses fonctions i de nombreuses relations avec les Maures, il se rendait fréquemment parmi eux, mais toujours accompagné d'un Maure engagé par un serment de ^délité envers l'Espagne, ilforo de paz, S'étant trouvé seul un instant, il tomba mortellement frappé d'un coup de feu. Le gouvernement d'Espagne se montra négligei^t et apathique dans cette circonstance. Le sang répandu ne fut pas vengé; et les Maures, toujours prêts à tirer les conséquences d'un signe de iaiblesse des chrétiens, ne respectèrent plus la frontière espagnole du côté de Ceuta. De molles réclamations hnquiétèrent peu le cherif ; et il fallut que les griefe particuliers de la France amenassent une guerre entre elle et le Maroc pour que l'Espagne, outragée encore par l'assassinat de Darmon, l'un de ses agents consulaires, trouvât le moyen de se faire entendre.

Abd-el-Kader au Maroc. — En 1842=1257-^, poursuivi sans relâche par le général de Lamoricière, qui avait sous ses ordres les généraux Bedeau et d'Arbouville, Abdel-Kader se vit contraint de se jeter au mois de mars dans le Maroc ; mais il réparut aussitôt sur le territoire algérien avec des Beni-Snassen et des guerriers d'autres tribus, sans

rencontrer d'obstaéles delà part des représentants du cherif • Le 21 , il fut battu par ^Bedeau sur la Sikah, où les Marocains, tournant le do» aux premières décharges, ne firent pas preuve dé bravoure. Les échecs éprouvés dans cette région par rémir ne l'empêchaient pas de demeurer i la firontière marocaine; car il y trouvait des auxiiiures et aubesoin un refuge ; mais il y tenait surtout parce que les munittona de guerre lui arrivaient là de Gibraltar : TAngleterre suivait à regard 9b la France sa politique traditionnelle de jalousie et de tndiison^ Bedeau eut une entr«me avec le citfd d'Oudjda, sommé de s'expliquer sur la coopération prêtée à Abd-el-Kader par les Marocains. Le caïd répondit que tout s'était passé à Tinsu de son gouvernement et que le cherif, informé des faits par le consul de France à Tanger, avait ordonné des mesures pour l'observation d'une exacte neutralité. Les notables desBeni-Amer qu' Abd-el-Kader avait enlevés et confiés à ce gouverneur furent mis alors en liberté^ circonstance qui dénotait toute la mauvaise foi de ce dernier.

Des tribus marocaines pillèrent en 1843=1258-9 les Harrar soumis récemment à la France. Lamoricière envoya Bedeau faire une démonstration de ce c6té, mais en deçà de la frontière du Maroc . Bedeau fut obligé de la franchir pour répondre à une agression de cavaliers marocains, et il eut à cette occasion une nouvelle entrevue avec lecald d'Oudjda; pendant les pourparlers des coups de fusils furent tirés sur l'escorte firan^aise. Le caïd en accusa des émigrés algériens et prit l'engagement de les punir. Sur la fin de cette année, Abd-el-Kader se trouvait à l'ouest de Tlemcen, épuisé par une campagne désastreuse. Il se procura quelques subsistances, en razziant la tribu marocaine des Hamian en hosti^ titésaveelecherif et, par un trait d'habile politique, il fit

remeitce 80 prisoimiers enchaînés au gouverneur d'Oudjda. Les sympathies stériles d'Âbd-er-Rbaman ne sufiisaient plus à relever la cause de Témir; elle exigeait désormais un concours puissant et manifeste. Retiré à Hessiouen, à une journée sud d'Oudjda, tandis que sa smala et les débris de ses troupes erraient au delà du chôt el-Gbarbi, Âbd-el- Kader intrigua vainement pour décider le cberif à déclarer avec lui la guerre à la France. Il dut se contenter pour le moment d'une alliance tacite et inactiye que Abd-er-Rhaman, du reste, n'aurait pu démentir ayec éclat, sans s'attirer la réprobation de ses peuples. Sa position était difficile, entre l'émir qui demain peut-être deviendrait un rival, et la France dont la redoutable puissance le menaçait, s'il épousait la cause de l'émir. Abd-er-Rhaman disait à la France : « Je ne suis pas l'allié d'Abd-el-Rader, qui erre misérable sur des frontières où des tribus indociles à ma voix lui donnent seules un asile ; » et les Marocains pouvaient se dire à eux-mêmes ; « Le sultan est avec l'émir, car il vénère comme des choses saintes les vêtements et les objets dont il s'est servi; il parle de lui en termes pleins d'un respect religieux et s'il ne lui fournit pas de troupes ni d'argent, c'est par avarice ou pour ne pas trop nous engager hous-mêmes dans des entreprises qu'Allah fera réussir sans notre secours. »

Pour mettre fin à ce double jeu et entraîner forcément le cherif à la guerre avec la France, Abd-el-Kader frappe un coup de maître au printemps de 1844. 11 fait une audacieuse razzia chez les Beni-Amer, du côté de Sidi-bel-Abbès, et rentre au Maroc avec son butin. Lamoricière, pour couper la route à de nouvelles tentatives, occupe Sebdou et Lalla- Maghmia, à Tentrée de la vallée qui mène à Oudjda. Il ne dépassait point la limite de l'ancien territoire turc, et il

devait attendre dans ces positions Tintervention^e la diplomatie; mais les Marocains prétendirent que la Tafha marquait cette limite et que les Français avaient envahi l'empire des cherifis en occupant Lalla-Hagfamia. Ce fut une explosion générale de colère. Âbd-er-Rhaman ne put se dispenser de concentrer del^ forces à Oudjda. Il en confia le commandement à Si-Ali* et-Taaeb el-Ghenaoui, en lui défendant toutefois de prendre l'offensive.

Bataillé d'Islt. — El-Ghenaoui avait sous ses ordres, sans <»rapter des flots d'irréguliers, 300 fantassins et iSOO cavaliers, dont une partie appartenait à la garde noire. Âbd-el-Kader se montrait à la tète de 300 fantassin^ et 560 cavaliers. Lamoriciëre repoussa, le 9â mai, la proposition de se retirer derrière la Tafna. Le 30, un cherif, Sidiel-Mamoun, amène un renfort de 500 fantassins, et veut voir de près le camp français. L'ardeur emporte ses troupes; elles engagent un combat au marabout de Sidi-Azzig (i). Le premier choc fut terrible ; les Bokhari firent de vains efforts pour entamer un {bataillon de zouaves sur lequel ils se précipitèrent. Enfin les Marocains battus s'enfuirent i Oudjda et gardèrent de cette journée un tel souvenir que depuis ils n'abordèrent jamais l'armée française avec une égale confiance. Le gouverneur général Bugeaud arriva le li juin et opéra sa jonction avec Lamoriciëre, tandis qu'Abd-el- Kader, après avoir pénétré en Algérie, par le sud de Sebdou, essayait vainement de soulever sur nos derrières les tribus abattues sous le poids des luttes précédentes. El-Ghenaoui accepta au marabout de Sidi-Mohammed Ouissini une entrevue proposée par Bugeaud dans un but de conciliation ;

(4) On se rappelle qiie Ton donne le nom de marabout à la petite chapelle oa kouba élevée en Thonneur de quelque saint personnage.

ii s^avança y^rs ce Uen lé i5 juin, mais aeocmipagné de forces imposantes; Bedeau s'y renditc.coivme parlementaine pour la France, avec une escorte oonsidénble. Paldant l'entrevue, les Marocains poussèrent contre les cfarétiens des clameurs sautages et tirèrent des coups de fual sur r^scorte française. Leur chef déclarait en même temps ifa% toute négociation devait avoir peur base la reeonnaKsaace de la Tafna comme frontière. Bedeau^ jugeant tout aooooi^ modement impossible en présence de telles disposifti(ms, se retira. Hais les Marocains se ruèrent sur son arrière-garde. Bugeaud en fut averti, accourut avec 4 bataillons, fit faire yolte-iiace et repoussa l'ennemi, qui, laissant 300 cadavrei sur la Mouila, vit encore une fois que les Bôkfaari ne sont pas invincibles.

Bugeaud annonça enisuiteà El-Ghenaoui qu'il allait Boarcher sur Oudjda, pour montrer qu'il saurait au besoin prendre la satisfaction refusée par les Marocains aux justes réclamations de là France. A une réponse tortueuse, il répliqua par un ultimatum qui exigeait du Maroc l'engagement de ne plus accueillir les émigrations algériennes et de ne plus accorder de secours à Abd-el-Kader. El-Ghenaoui ne répondit pas et ramena sur Tasa son armée, où la discorde régnait entre les chefs et Tindisciphne parmi les soldats. Bugeaud entra le 19 juin sans coup férir à Oudjda ; il épargna la ville et en sortit le 21, pour s'occuper d'assurer le ravitaillement de Tarmée par Djemma-Ghazouat. D revint ensuite sur le territoire marocain , et chercha surrisly Abd-el-Kader, qui était sorti d'Algérie, après avoir trouvé les tribus sourdes à Tappel aux armes. Appuyé par les dépêches qu'il recevait deFranceet qui lui révélaient l'attitude de la diplomatie et celle de la flotte, il concentra son ^rmée augmentée de quelques régiments à Lalla-Maghraia,

en attetidant une lutte t3échii;:e. Le nombre toujours croissant dee foireeâ marocaines en face de lui, Viurrivée de Sîdî- Mohammed, fils d'Abd-er«-Rhamail, commandant en cb^ des ennemis, annonçaient une bataille pour conclusion des escarmouches qui ayaient eu lieu sur plusîeurspoints depuis deux mois. Bugeaud estima, le 13 août^ q^'il était temps de pnmdre l'initiative contre des adversaires au nombre déjà de trente A quarante mille. Il s'avança en simulant un gran^ fourrage et, le soir, campa dans Tordre de marché, en ^i*lenoe et sans feu. A deux heures du matin, le 14^ il paste une preraièreibis Tlsly, ^et àbuit heures, de la position âe*^ vée de Djerf-el-Akhdar, on aperçut tes camps marocains sur les collines de la rive droite. L'armée française comprenait 8,900 hommes d'infanterie, 1,400 cavaliers, 400 bommes du Ifagfazen et 16 jMèces de canon. Elle passa la rivière^ malgré les cavaliers ennemis que r^ussaient les lyrailleun d'infimterie, et prit son ordre >de combat sur la rive droite, au plateau inférieur à la butte la plus élevée où . Sidi-Mobammed avait planté sa tente. L'ensemble de. cette petite armée présentait la forme d'une losange, dont les faces se composent elles-mêmes dé petits carrés et qui avançait par un ai^le pourvu de quatre pièces d'artillerie. Le feu de ces pièces, dirigé au début vers la tente de Sidi -Mohammed, je ta le désordre au centre de l'armée marocaine. Mais aussitôt des loasses énormes de cavalerie ennemie assaillirent les Français à la fois sur les flancs et en queue ; reçues avec une fermeté mâ>ranlable, elles tourbillonnèrent en se retirant sous le feu de l'artillerie. L'armée s'avança à travers cette foule de cavaliers partagée en deux et enleva la butte d'où partait le commandement. Le maréchal échelonna alors une fraction de sa cavalerie sous les ordres du colonel Youssouf , qui se précipita sur le camp marocain , essuya une décharge des onze

pièces de canon rangées sur son front de bandière, sabra ou mit en fuite les artilleurs et se rendit maître du camp, rem* pli de provi^ons de toute espèce. L'infanterie ennemie, assez peu nombreuse, se jeta lâchement dans les ravins pour regagner au loin la route de Tasa. Une autre partie de la cavalerie, formée en échelon, sous les ordres du colonel Mor* ris, dirigeait en même temps à droite une attaque brillante sur la cavalerie ennemie. Les Bhokari soutinrent énergiquement le choc. Trois bataillons d'infanterie vinrent en éide au. colonel Morris, qui, reprenant rqffensiveavec unrejdoublement de vigueur, fit enfin tourner le dos à 6,000 eaviediers devant 550 t^hasseurs du S* régiment. Sidi-Hohammed avaitxomplétement perdu la batdlle, et s'il ne laissa que 800 hommes sur le terrain, il ne put l'attribuer qu'à la brièveté de la lutte, à la faiblesse numérique de la cavalerie firançaise, à l'habileté des Marocains dans l'art de fuir. D regrettait, entreautres objets tombés aux mains des Français, dix-huit drapeaux, sa tente et son parasol de commandement, qui furent transportés à Paris, où ils excitèrent vivement la curiosité publique (i). On a dit qu'il avait juré alors de laisser croître sa chevelure jusqu'au jour où il entrerait vainqueur à Alger : mais la théologie musulmane reconnaît

(\) Le parasol ou el-dalala est rond et supporté par une hampe en bois, grosse comme celle d*un drapeau et longue d'environ t m. 40. L* étoffe extérieure de soie amar^mte offre d*élégantes broderies d'argent doré, figurant des arabesques et des fleurs^ entremêlées de pierres fines. L'intérieur est de soie verte à fleurs brochée en or. l'oc crépine d'or avec des torsades en orne le tour. Il se déploie au moyen de dix branches en bois argenté sur une circonférence d'environ 4 m. 30. Une boule d'argent doré, semblable à la pomme d'une canne de tambour^major , surmonte ce parasol , dont le poids est de près de 7 kilogrammes.

sans doute €(u'un vœu dont l'accomplissement «st si difficile n'obUgepas..

BonBARDEMENT DE Tanger ET DE MoGADOR. — Il faut envisager maintenant la seconde face de la luUe en suivant les opérations de la flotte française.

Le 9 juillet, le prince de Joinville appuyait, à Tanger, les réclamations du consul, M. deNion ; une lettre de Bou-Selam, pacha de Larache, annonçait que le cherif désapprouvait l'agression du 15 juin, à Tentrevue du marabout de Sidi -Mohammed Ouissini, et qu'il ordonnait à son fils de châtier les coupables. On exigea des explications sur d'autres points, et Abd-er-Rhaman répondit, par une lettre arrivée à Tanger, le 22 juillet, en demandant le rappel de Bugeaud, qui avait osévioler son territoire en entrant àOudjda. Silence complet au sujet d'Abd-el-Kader. Le prince, revenu le 23 de Gibraltar à Tanger, recueillit le consul et des nationaux sur k PhiUm^ et il envoya le Véloce avec une semblable mission à la côte occidentale. Cependant, les premiers jours d'août, l'on put espérer qu'on n'en viendrait pas aux dernières ex^ trémités, le pacha de Larache ayant reçu de l'empereur, que l'on attendait de Rabat à Alcazar, jplein pouvoir de traiter. Le 4, la réponse à l'ultimatum de M. de Nion fut jugée in^ acceptable. Elle ne disait rien de contraire à l'arrivée de Sidi-Mohammed sur la frontière algérienne, réclamait encore le rappel de Bugeaud et biaisait au sujet d'Abd-el-^ Kader. Le prince de Joinville, résolu à un bombardement, attendit l'assurance que M. Hay, consul d'Angleterre, s'était mis en sûreté. Il l'apprit le 5, et ouvrit le feu sur Tanger le 6, vers 8 heures du matin.

Le Suffren^ portant le pavillon amiral, le Jemmape$ et ^ÀrguSy formaient la première ligne d'attaque; une heure après, le Triton et la Belle-Poule s'engagèrent dans la lutte.

s'y était réunie se dispersa. Les artilleurs maroci dirent durant une heure par un feu bien aouni; qués pièces seulement se soutinrent jusque ve combat, qui dura près de trois heures. La bttt nigat, formée de 10 pièces, sur une pointe, à 1 de Tanger, incommoda notablement par la pr< seaux de la première ligne ; mais le Triton, rendre inutile, la fit taire promptement. Grà parts et aux terrassements ijui les couvraient ne comptèrent que 220 hommes tués et envin ses. Les pertes des Français furent relativa fiantes.

L'escadre espagnole et des bâtiments anglu^ tateurs du combat. Les Etats-Unis, )a Suétïa, y assistèrent également par la présence de que et le Maroc apprit ce jour-là qu'il ne déni personne pour le soutenir dans ses torts env

Le prince de JoinviUe, dont la conduite pc taire a mérité l'admiration de tous, fit mettre les navires en état de prendre la mer et» avec son escadre devant Mogador. La mer i ftlle tourmentait les bâtiments mouillés sur

quelcpies pièces d'artillerie. De cette haute position, la ville apparut déserte et dévastée, Les Français installèrent dans nie une garnison de 500 hommes, et laissèrent le port en état de blocus.

Abd-er-Rhaman, accablé par la nouvelle de tous ces revers, demanda la paix ; elle fut signée à Tanger le 10 septembre. Aussitôt, le caïd el-Arbi, de la garnison de cette ville, en porta la nouvelle aux villes delà cdte, à Mogador, il ne trouva personne à qui la notifier. Le 14, les Français évacuèrent l'Ile, après avoir détruit les fortifications provisoires qu'ils y avaient construites.

Paix. — Le traité conclu par le cherif était honorable et avantageux pour la France. Les troupes marocaines devaient être retirées de la frontière d'Algérie, et le caïd d'Oudjda n'aurait jamais plus de 2,000 hommes sous ses ordres, à moins que la France ne le jugeât nécessaire dans un intérêt commun. Les chefs marocains, coupables d'agressions en Algérie, seraient punis, et leur châtiment notifié à la France. Aucun sujet rebelle à la France, aucun ennemi, ne recevrait contre elle, à l'avenir, une assistance quelconque de la part du Maroc. Abd-el-Kader, en particulier, est mis hors la loi au Maroc comme en Algérie. Pris parles Français, il sera généreusement traité; pris par les Marocains, il sera enfermé dans un des ports de l'Atlantique, en attendant que les deux gouvernements avisent au moyen de le mettre dans l'impossibilité de reprendre son rôle contre la France. La limite territoriale de la régence turque est reconnue comme celle des possessions françaises ; elle sera précisée d'un commun accord. Enfin un traité nouveau, basé sur celui-ci et sur les anciens traités entre la France et le Maroc, réglera complètement les relations politiques et commerciales des deux empires. En attendant, la France

jouira, en toute chose, du traitement de la nation la plus favorisée. (Chaban, 1260).

n avait été question d'exiger du cherif 12,000,000 pour frais de guerre; mais la France gagnait suffisamment à l'avoir mis dans la nécessité de rompre solennellement, a la face de ses peuples et de l'Europe, avec Âbd-^l-Kader. L'alliance sérieuse de l'émir et d'Abd-er-Rhaman l'aurait engagée dans une guerre de conquête au Maroc, guerre que nous devions tenir à éviter. Le cherif, d'autre part, s'estima sans doute heureux de se débarrasser de l'émir. en cédant à la nécessité. Il pouvait craindre que la réunion de leurs armes ne fit d'Âbd-el-Rader un rival capable de le supplanter au Maroc, à la faveur des circonstances qui se produiraient durant une. lutte de si grande proportion.

Politique anglaise. -^ La politique anglaise, dont les principaux agents étaient alors le général Wilson, gouverneur de Gibraltar, et M. Drummond-Hay, consul à Tanger, la politique anglaise avait conservé aussi longtemps que possible, durant ces affaires, son caractère plus ou moins bassement hostile à la France. Elle prodiguait les marques de sa sympathie au cherif, et lui faisait des promesses qui déterminèrent sa résistance au début des hostilités.

Pour être avec ce barbare contre la France, elle oublia que le juif Darmon, mis à mort àMazagan, et au sujet duquel l'Espagne exigeait une satisfaction^ était aussi un agent britannique. Au fond, elle élait bien décidée à ne rien sacriCer pour la cause d'Abd-er-Rhaman. Quand elle vit la France prendre de grandes mesures, elle craignit un accroissement de conquête, l'occupation de quelques points des côtes du Maroc, et chanta aux oreilles du cherif une palinodie dont elle voila le caractère, en affectant d'intervenir au nom de la France par des conseils de paix. Le mi-*

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d'Oudida >«(Mnme conclue; secondement, la réponse oidres. v'fiaite aii nom de ce prince, par le pacha d'Elnin' ><!» déclarée inadmissible par le prince de JoinviUe ^jCk- de Nion. Maintenant, de deux choses l'une ; ou b/'jJummond-Hay exagéra au monarque marocain l'exi- ' jrfdes concessions dont se contentait la France, et se fil *rf de les faire accepter, ce qui aurait poplé l'empereur» ^ire que sa réponse, celte réponse déclarée inadmissible, ^lait sudisante pour rétablir la paix; ou il obtint l'acccplalion de l'ultimatum d'abord repoussé. Dans le premier cas. U. Drummond-Uay se serait trompé étrangement sur le degré de prcpotence de l'AnglcLerre, et sur le caraclèra ferme et national du jeune et bravo commandant de notre armée; il aurait commis par là une lourde erreur, uneda

(1) Le Moniteur et les Annota aJgtritnnti de M. Pellîssier, esprit r.ot et judicieux, lont Itt prioeipjles sources où j'ù puisé pour m •t'ii rajardc toi aïiirei de ISii.

ses erreurs (pii ne sont pas permises à un diplomate de que}^ [ue poids. Dans le second cas, il se serait chargé lui-môme le la seconde réponse de MQuley-Abd-er-Rhaman, san» être *eyètQ du caractère officiel de médiateur, ce qui ne pernettait pas à M. de Nion, notre chargé d'affaires, de la re- (devoir, et ce qui, par conséquent, en rendant nulle la tardive acceptation de l'empereur, mettait sous la responsabilité morale de M* Drummond-Hay, tout le sang qi^ fut versé dans le Maroc depuis le 6 août. »

« Quoi qu'il en soit, le prince de Joinville, après avoir attendu par pure commisération la mise en sûreté de cet agent qui , s'il était resté entre les mains des Marocains, aurait pu payer fort cher son outrecuidance diplomatique, le prince de Joinville, dis-je, attaqua Tanger le 6 août. » M. Hay arrivade Mogador, sur un navire, pendant Faction, n remercia le prince de sa bienveillance envers lui. On a cru depuis, au Maroc, que le consul anglais voyait d'un inauvais œil Ben-Abou, caïd du Rif,^ et nommé en 1845, ibalifa de Sidi Bou-Selam, parce qu'il s'était montré nimé de bonnes intentions à Té^rd de la France. On it que ce caïd brûla lui - même la cervelle au chef une bande de pillards, à la porte du consulat de France, qu'il sauva par son énergie^ une partie des propriétés ropéennes.

iPFÀiRES DES AUTRES PUISSANCES. — L'Espaguc, la Suèdc,

Danemark, proGtèrent de la situation qui permettait à la

ace de dicter des lois au cherif pour régler plus facile-

it avec lui leurs propres affaires. Outre une question de

tîère à Ceuta, l'assassinat de l'agent consulaire Darmon

pait l'Espagne. Né à Marseille d'un père tunisien et

) Française, ce juif établi à Mazagan, avait été obligé,

iebapper quelque peu aux vexations du pacha d'Azem*^

Biour, Hadj Moussa^ ebn-Mohammed, de transporter ufid partie de son commerce à Casablanca, sans abandonner sa résidence. Moussa le dénonça au cberif, a la fin de 1843i comme ayant -des relations avec des Mauresques et obtint un ordre d'interner Darmon à Mogador. Celui-ci, appuyé de témoignages respectables, se préparait à détruire l'accusation devant le sultan, quand il fut traîné à Azemmour et mis en prison sous prétexte d'une dette de poudre à payer; après quoi il devait être envoyé à Mogador. Il représenta son titre d'agent consulaire d'Espagne pour obtenir justice et le consul espagnol intervint en sa faveur. Ayant obtenu de se rendi*e à Mazagan poar ses affaires, il en sortit un jour afin d'aller ti'ouver Hadj Moussa qui était à l'intérieur du pays. Le khalifa de ce dernier, apprenant le départ de Darmon, expédia des cavaliers pour Tarrèler, et l'un de ces hommes, sai^ssant le fusil que Tisraélite portait en bandoulière, fit partir un coup qui le tua lui-même. Moussa, mal informé, écrivit au cberif qui, ne pouvant supporter la pensée qu'un juif avait causé la mort d'un musulman, ordonna de punir le meurtrier du dernier supplice, sur le lieu de l'événement. Darmon, tout brisé par les souffrances que les Arabes lui avaient fait endurer, était dans les fers au fond d'une prison dont le§ agents européens de Mazagan n'avaient pas pu le présener, quand arriva la sentence. Mousa transmit en vain de nouvelles informations au cberif, en appuyant sur le titre consulaire de Darmon ; sa nouvelle version parut être la conséquence de présents qu'il aurait reçus, et Abd-er-Rhaman répondit que la sentence devait être exécutée immédiatement, Darmon fût-il consul général. Le soldat de ta garde, qui apportait cet ordre, partit avec Darmon retiré sans bruit de sa prison et auquel on n'avait rien dévoilé. Cet infortuné croyait aller à Azemmour, mais arrivé à l'endroit où sea

fusil avait tué l'Arabe, il reçut dans le flanc droit um* balle de son compagnon et il roula 'par terre. Voyant le bokhari tirer son yatagan pour lui couper la tète, il eut encore la force de le prier de Tacheyer d'un second coup de fusil, grâce qui lui fut accordée. La nouvelle de ce monstrueux attentat souleva les représentants européens à Ifazagan et bientôt Topinion publique en Europe. L'Espagne menaça le ]Maroc, à défaut de la noble Angleterre qui abandonna Darmon, chargé pourtant d'une agence britannique. La France n'intervint pas, car Tisraélite avait négligé d'établir son état civil,- selon les^ lois françaises. Nous i^orons cotnihent l'affaire s'arrangea entre le Maroc et l'Espagne; mais nous savons que, récemment encore, la famille Darmon poursuivait en vain la réparation des torts faits à sa fortune, et repoussait une indemnité simplement onei;te comme le prix du sang.

La Suède et le Danemark s'affranchirent de l'humiliante redevance que le Maroc avait jusque-là prétendu leur imposer. C'était pour le Danemark, outre une satisfaction a l'honneur, une épargne annuelle de 51,000 rixdales, plus de 2o0,000fr.

Algérie et Maroc. — Abd-el-Kader, mis hors la loi par Abd-er-Rhaman lui-même, pensait bien que le cherif ne tiendrait pas de tout point sa parole; il resta sur la frontière marocaine sans redouter ses poursuites, après avoir refusé de se rendre à Fez, selon l'invitation qu'il en avait reçue. Ses émissaires, en 1845, réchauffaient le fanatisme dans la province d'Oran; dès le 30 janvier une troupe ap- |)artenànt, çroit-on, à la confrérie des Derkaoui et venant d'une tribu des Beni-Amer essaya de s'emparer du camp de Sidi-bel-Abbès et fut massacrée. On sut bientôt, par le caïd d'Oudjda, que l'émir lui-même était rentré en Algérie; mais

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il repassa la frontière du Maroc en présence des mouyements du. colonel Gery vers le chot El-Cherguî.

A la même époque, un frère de la confrérie de Moulé Taleb et né à Taroudant, Mohammed Ebn-ALd-Allab, plus connu par le surnom de Bou-Masa, excitait une révolution dans le Dahra et la vallée du Chelif en se donnant pour le Moulé Saa ; et son frère, connu sous le même nom que lui, agissait spécialement sur les Beni-Zbug-Zoug (1). Bien que ces faits ne se passent pas au Maroc, nous les rappelons parce que les deux Bou-Masa sont Marocains d'origine, et parce que Tinsurrection qu'ils ont prèchée se rattache à l'ordre religieux dont le centre est à Ouazzan. S'il faut en croire, en effet, le second Bou-Maza, dans Vinterrogatoire qu'il subit devant un conseil de guerre, à la fin de 1845, après avoir été livré parles Beni-Zoug-Zoug, Sdi el-Hadjel-Arbi, chef de la Zaouia d'Ouazzan, avait envoyé les agitateurs qui se promenaient en Algérie et prêchaient le djebad contre les Français.

Le même Bou-Maza affirmait que la paix conclue par Abd-er-Rhaman avec la France avait détaché de lui le cœur lie ses sujets et déterminé un soulèvemeqt du Sous à Rabat; les khouan de Moulê-Taïeb étaient opposés au eherif, qui, en prévision d'une chute, faisait transporter peu i peu ses trésors au Tafilet, où il avait élevé depuis deux ans des constructions considérables. Selon ce jeune fanatique, Abd-er- Rhaman était devenu vraiment hostile à Abd-el-Kader et l'avait sommé de sortir du Maroc; mais l'émir, appuyé sur

(1 ) Pages 94 et 90. Le premier de ces Bou-Maza est celui qui promenait une chèvre^ organe prétendu de célestes révélations. Il s'est rendu à la France cl a excité un vif intérêt àe curidsit^^ à Paris, m

lesentîment religieux despopulalions, avait répondu en bra^ vant à la fois les Français et le sultan. Si donc celui-ci ne tenait pas ses engagements envers la France, c'était par impuissance plutôt que par mauvais vouloir.

L'émir avait élaLIisft smala, qui s'augmentait peu à peu de petites émigrations algériennes, sur la rive gauche de la Mouloula, à Textrémîté du petit désert de Garet, sur le ver* ' sant du. Djebel-Azgan et du Djebel-Touzia, prolongements du Rif. Vers la fin de Tété, il comptait près de 6,000 tentes autour de la sienne, et il recevait des tribus voisines des marques d'une bienveillance et d'un dévouement qu'Abd-er- Rhaman ne songeait pas à punir. En septembre, il rentre en Algérie avec 3,000 cavaliers, soulève des tribus et ouvre par le massacre de Sidi-Brahim une campagne mémorable où il apparut dans l'Ouenseris, dans le Sersou, te Djebel^ Ahmourj poursuivi par Lamoricière, Bugeaud, Bedeau et d autres chefs qui l'obligèrent, après huit mois d'incroyables fatigues, k rentrer au Maroc par les Ouled Sidi-Cheikh et le Figuig, en juin 1846. Pendant cette période, Abd-er-Rhamàn, accablé des justes reproches de la diplomatie française, avait sommé la déira ou smala d'Abd-el-Kader de s'éloigner de la frontière algérienne, de se rappnxiher de Fez et de ne plus reconnaître aucune autre autorité que la sienne; mais il n'osa pas employer la force pour l'y contraindre, bien que Miloud-ebn-Arach, Vun des chefs arabes d'Algérie, fût venu du consentement de Cavaignac se noettre à sa disposition: Bou-Hamcdi, chargé de garder la smala, était dans une situation cntique, entre le cherif et les Français qui ne pouvaient plus regarder son empire comme inviolable. Le nombre des prisonniers de guerre aggravait ses inquiétudes et la difficulté d'approvisionner la deira. Il s'en débarrassa en les Cusant égorger dans la nuit du 27 au 28 avril, après

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les avoir séparés par petits groupes. Afin d'exciter le fanatisme des fantassins réguliers chargée d'immoler ces S70 victimes, on avait fait courir leJbruit d'un massacre de prisonniers arabes par les .Français. Abd-el-Kader désavoua trop tard un crime qu'il fut accusé d'avoir ordonné et qu'en tout cas il ne punit pas à son retour, Un mois plus tard, dans sa deîra. Les officiers avaient été épargnés ainsi que plusieurs soldats, dont les Arabes appréciaient l'industrie. Les négociations ouvertes avec l'émir pour l'échange de ces infortunés, entre lesquels était le lieutenant-colonel Courby de Cognord, aboutirent à leur rachat à prixd'argent^ sur la fin de novembre 1846. D. Louis de Copa, adjudant delà place de Melilla et M. Durande, enseigne de vaisseau, se rendirent en chaloupe sur unpoint désigné de la côte au Voisinage de la place,, livrèrent une somme d'enviroD 33,000 francs, et reçurent de Cada-ebn-Osman^ aghad^Abdel-Kader, les onze prisonniers échappés à la mort (1).

Délimitation dé la frontière algérienne. — L'article 5 du traité du 10 septembre 1844 avait stipulé qu'une convention spéciale déterminerait sur les lieux la limite entre les possessions algériennes et le Maroc. En janvier 1845, le général de Lame, qui avait déjà été chargé de négociations relatives au même traité, fut nommé plénipotentiaire pour cette délimitation. On désigna en détail les accidents topographiques qui la fixent dans le Tel; mais, l'uniformité des plaines du Djerid et la mobilité des tribus qui le parcourent ne permirent pas d'y tracer une ligne précise de démarcation; les puissantes tribus desOuled Sidi-Cheikh et les Hamian se trouvèrent divisées en fractions marocaines et algériennes : inconvénients graves, qui engendrèrent des

(4) Les journaux du temps et le t. lU de» Annaies alghiennrs.

conflits d'autorité et des incertitudes pour les décisions administratives. Il est à souhaiter que le Maroc cède à la France la totalité de ces tribus, revendiquées autrefois tout entières par les Turcs (1). La même convention reconnut le droit d'asile réciproque sur lés deux territoires. A la fin de l'année, un ambassadeur marocain, envoyé à Paris, flt naître l'espoir qu'uA traité complet de paix, d'alliance et de commerce allait ouvrir le Maroc aux bienfaisantes influences de la: civilisation ; mais ce fut une déception : Abder-Rhaman était, au contraire^ bien résolu à tenir ses sujets éloignés du contact des chrétiens.

Guerre du Maroc contre Abd-el-Kaber; — L'émir demeura sur le territoire marocain en se transportant à Ain- Zhora, et sembla vpuloir s'y fixer définitivement; car il y fit ensetnencer^es terres. Bou-Masa, qui Tavait suivi dans sa retraite, essaya d'entraîner à la reprise des hostilités les Beni-Snassen; puis, il rentra en Algérie, parce qu'Abd-el- Kader ne voulait pas, pour le moment, continuer la lutte. Alors ce dernier se trouve, pour ainsi dire, face à face avec Abd-er-Rhaman. Ils s'observent réciproquement, et le cherif se persuade que l'heure n'est pas éloignée où l'ambitieux émir, déçu-de ses espérances en Algérie, essayera de le renverser lui-même. II doncentre des troupes à Tasa, et peutêtre n'est-il pas étranger à une tentative d'assassinat dont

(4) Carélte; Algérie; p. 333. Voy. aussi p. 4 de ce volume, et p. 94 4« pour ce qui touche à la liberlé du commerce à la frontière algériennes L*Espagne' aurait été en droit de réclamer la même faveur pour ses presidios^ puisque les traités lui garantissaient les avantages de la na» lion laplusfjpLvorisée; mais TAngleterre^ que Ton craignait de voir arriver avec des montagnes, de àes inévitables calicots^ aurait pu , ce nous •emble^ être déboutée de ses prétentions à jouir dans les ports marooins def privilèges reconnus- aux frontières de terre ferme.

son rival faillit être victime (1847). Abd-el-Kader se retire & Sabra, sup la Mouloula, puis sar TOoed-Aslat, cherchant les tribut kabyles qui lui ofirent plus de sécurité. Des troupes, conduites par Moulé Hecham, neveu du cherif, et le caïd El-Âmar, viennent Tinquiéter; il reçoit d'Hecham luimême le témoignage de dispositions hostiles. Prévenant ses adversaires, il tombe une nuit sur leur camp, prjès de l'Oued- Kert, et leur fait essuyer un grave échec, où le caïd El-Âmar perd la vie; mais il s'empresse de publier qu'il n'avait agi que pour sa propre conservation, et qu'il vénérait profondément Abd-er-Rhaman. Sa fortune parut un instant se relever par l'enthousiasme que cette victoire inspira en sa faveur à plusieurs tribus; on attribuait à sa malédiction les fièvres putrides qui décimaient les troupes impériales à Tasa; et les tribus algériennes, Beni-Amer, Hachem et Djafras, émigrées au Maroc pendant sa lutte avec la Ffonce, puis in* temées, de gré ou par ordre du sultan, du côté de Fez, songèrent à se rapprocher de l'envoyé de Dieu. Elles se mirent en marche, dans la direction de Test, vers le 15 août, au nombre de douze à quinze mille âmes. Le chant des cantiques et la musique des fêtes sacrées inondaient les cœurs d'une joie immense. On croyait revoir bientôt la patrie. Mais Abd-er-Kliaman, qui, par prudence, se proposait d'interner ces mêmes tribus plus avant dans l'empire, envoya son fils Sidi-Mohammed à leur poursuite; atteintes à trois petites étapes de Fez, elles furent presque anéanties après une lutte de deux jours et deux nuits, où leurs derniers défenseurs tombèrent épuisés. Le massacre de ces braves et le partage des femmes suivirent cette lutte, à laquelle Abdel-Kader accourut trop tard et n'arriva point. Il s'en retourna sur rOued-Kert, tandis que de rares fugitifs le rejoignaient et que d'autres atteignaient les douars d'Algérie et

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Tanger, où ils implorèrent la prolection du consul de France.

Les Guelaa, en l'absence de l'émir, dirigeaient une attaque sur sa deira campée à Casbat-Zelouah ; il arriva, leur, tua lui-même beaucoup de monde, et leur flt payer une contribution. Esprit fertile en ressources, il recherdia et obtint alors une entrevue du gouverneur espagnol de Melilla, en dehors des portes de la place, soit qu'il voulût demander une alliance impossible, soit plutôt qu'il sondAt les moyens d'»lever une forteresse dont la possession eût immense^ ment grandi son prestige, et assuré ses approvisionnements par Gibititar.. U avait dans cette dernière ville un agent qui lui expédiait des munitions de guerre, que ses émissaires dévoués, apostés au-dessus de Melilla, recevaient sans trop de mystère. On dit aussi qu'un fils de Moulé Soliman, cousin et adversaire du cherif, était >venu se joindre à l'émir.

Abd-er<^Rhaman, activé par l'attitude de son rival et par notre diplomatie, donna l'ordre à ses fils Mohammed et Soliman de le presser vigoureusement, de s'emparer de sa personne, sinon de le rejeter sur la frontière algérienne, où le général Lamoricière l'attendait, d'après les avis mêmes du sultan. Le caïd d'Oudjda fermait avec de nombreux contingents les passages du sud, et les tribus terrifiées par des cfaàtiflients que les troupes impériales infligèrent à l'une de celles qui avaient soutenu l'émir ^ abandonnèrent sa

cause.

Abd^el-Kàder, ainsi traqué, envoie Bou-Hamedi à Fe2, où on le retient prisonnier, et aux Français un autre parlementaire, qui ne reçoit pas de réponse. Il tente une dernière fois le sort des armes, et se jette la nuit du 11 au 12 décembre sur le campement impérial, où il voulait mettre le désordre au moyen de chameaux enduits de poix et de gou-

dron-que l'on garait allumés. Le cam^ était abandonné^ on le pille. Au jour, Abd-el-Kader, entouré de toutes parts, regagne difficilement et avec perte les bords de la Mouloula. Ilne lui pestait d'autre espoir que la fuite vers le Sahara; mais la partie non combattante de sa deira ne pouvait le suivre^ et il eût redouté de la laisser à la discrétion des Marocains. Préférant donc la livrer aux Français, qu'il savait assez généreux pour ne pas venger sur elle le nmssaere de leurs prisonniers dans la nuildu 28 avril 1846, il la conduisit par Agueddin, sur la gauche de la Moyloûla, qu'il traversa le 21 décembre, grossie par les pluies, et sous le feu de l'ennemi ; abandonnant les siens dans la plaine de Kis à la merci des Français, il gagna, durant la nuit obscure et pluvieuse, avec une cinquantaine de cavaliers, le col de Kerbous, qui traverse les montagnes des Beni-Snassen; mais des coups de fusil Tavertirent que cette issue lui était fermée, comme toutes les autres. Il se résigna au décret de Dieu, et se rendit à la France. C'était fe 23 décembre 1847 = moharrem 1264 (1). •

Suite des relations avec la France. —La paix, soli*dément rétablie entre le Maroc et la France par la reddition d'Abd-el-Kader, fut troublée encore par les tribus de la frontière ; mais la lumière était assez répandue sur la situation politique et intérieure de l'empire, pour qu'on ne fit pas remonter jusqu'au cherif la responsabilité des agrès* sions commises par des peuplades qui échappent à son atn torité. En 1819 et 1850, la France dut châtier les Mzaoulr, coupables d'incursions, du côté Sidi-bou-Djenan. On put craindre quelque temps, en 1849, qu'Abd-er-Rhaman ne

(4) Cf. Les journaux du temps et le III* volume des Armain a^é' rienMS, par M. Pellissier de Re^naud.

trahit la foi jurée , lorsque Sidi-Cheikh ebn-Taleb prit lé titre de son lieutenant, et prêcha lé djehad coDtre les Fran* çai^chez lesHamian Cheraga; une expédition du eolonel Haissiat, puis de nouvelles opérations dirigées pendant deux mois par le général Pélissier, . rétablirent Tordre, et Sidr- Cheikh, réfugié auprès d'Abd-er-Rhaman, fut mis en prison. Le eherif montra, la même année, qu'il attachait du prix à la conservation de la paix, en accordant toutes les satisfactions désirables au capitaine de vaisseau Le Barbier de Tinan, chargé de demander réparation d'actes grossièrement provocateurs, commis par des agents marocains à Tanger et à Mogador. Les négociations eurent lieu en octobre et novembre. Le chargé d'affaires de France, M. , de Chasteau, revint de Gibraltar à Tanger, où il fut reçu par Ben-Abou, général de la garnison. Le sous-gouverneur de la place fit des excuses, et le Maure Gassal demanda pardon, publiquement, pour les torts qu'ils avaient envers la France. On donna la bastonnade aux indigènes qui avaient maltraité le fils de l'agent français de Casablanca, et le pavillon consulaire fut salué de 21 coups de canon. Mogador, Casablanca et Rabat furent témoins de réparations analo-. gués.

De nouveaux griefs s'accumulent dépuis cette époque. Un courrier du chargé d'affaires de France est arrêté, puis assassiné dans sa prison, moyen très-simple imaginé par le cherif pour ne pas le rendre à la liberté; un cadi condamne à la bastonnade un sujet algérien, au mépris des droits du consul de France, et il, n'est puni que d'une apparence de destitution; un sujet romain, protégé français, est assassiné; un desattachés à la mission française, volé^ et le gouvernement marocain -élude l'obh'gation de punir les coupables, parfaitement connus; il refuse de frapper des mu-

sulmans pour des torts envers les chiens de chrétiens ; enfin, au commencement d'avril 1851, les Salétins, du consentement des autorités locales, pillent un brick français naufragé à l'entrée du Bou-Regreg. .

Condition des consuLs^ — C'en était trop; n[iab depuis 1842, il était difficile aux consuls d'obtenir justice, principalement dans les affaires de détail. Le cherif avait statué qu'à l'avenir ils ne correspondraient plus directement avec lui, mais par l'intermédiaire du pacha de Tanger, qui devenait en quelque sorte ministre desaffaires étrangères^ C'était pour Abd-er-Rhaman un moyen de se débarrasser d'une foule de questions,, d'en ajourner la solution, de s'évader par mille subterfuges. On a toujours cru que l'Angleterre l'avait poussé i cette mesure, parce que, sûre de sa prépondérance, elle comptait dominer aisément le pacha-ministre et saisir dans ses mains les fils des relations européennes. C'est autant pour abuser ainsi que pour garantir l'alimentation de Gibraltar aux meilleures conditions, qu'on la voit ménager bassement le cherif en toute circonstance : par exemple, en 1848, elle n'exige aucune réparation sérieuse pour le pillage de deux navires à la côte du Maroc, tout en prescrivant a Charles Napier une démonstration de parade.

Bombardement de Salé. — M. Bourée, chargé d'affaires de France, proCta du moment où la mission de Bou-Selam, ministre des affaires étrangères, expirait sans que son successeur fût nommé, pour avoir avec Âbd-er-Rhaman une correspondance directe, qui n'aboutit qu'à rendre évident le déni de justice. Il vint à Paris, éclaira la situation et, au milieu de crises ministérielles, détermina l'envoi d'une escadre sous les ordres du contre-amiral Dubourdieu. Le 2o octobre i 851 , elle jetait l'ancre devant Salé. La journée fut consacrée à recueillir le consul anglais El ton et a attendre la réponse

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des pachas da Rabat et de Salé à l'ultimatum. Celui de Ra^ bat se déclara étranger au difierend, et celui de Salé de* manda six jours pour en référer à l'empereur, qui avait eu huit iDoîs pour se prononcer. Le bombardement fut résolu* ht Henri IV y remorqué par le Gamer^ s'était embossé à faible distance des forts de Salé, couyer-t^de monde et qui suivaient en pointant leurs canons le mouvement des navires. Mais la houle et l'heure avancée firent ajourner l'attaque au leode* main. Le feu s'ouvrit a dix heures, il fut conduit avec beaucoup de vigueur et d'habileté. Concentré sur Salé, il ne répondit pas i Rabat, qui, voyant sa voisine à ce point fou* droyée, jugea prudent de se taire pour ne pas s'attirer un sort pareil. Le Sané et lé Gùmer se retirent après avoir épuisé leurs munitions, et le feu des Salétins augmente de précision et en vivacité; mais après sept heures de combat, leurs pièces démontées et leurs forts croulants les obligèrent i ne pas prolonger une lutte désastreuse. J^ Narval ^ détaché de l'escadre, porta de suite à Tanger M. Rourée et, le S9, dans une audience solennelle, Mohammed El-Khetib souscrivit aux demandes en réparation éloquemment appuyées par les nouvelles de Salé et la présence du Henri J V, mouillé dans la rade depuis la veille. Mais restaient a résoudre certaines questions que le cherif seul pouvait trancher, particulièrement celle du rétablissementde la correspondance directe entre le chargé d'affaires de France et le cherif. Abd- ^-Rhaman tergiversait sur ce point; voyant enfin quela mis^ sion française se retirait i Algesiras et que les populations inquiètes s'attendaient a voir descendre le pavillon consulaire et les • hostilités recommencer, il céda et il écrivit directement au Président de la Rjépublique pour lui faire connaître sa résolution. Celte importanteaflairefut terminée au commencement de 1852=1268. Quelques difficultés de

•formé seulement reUrdèrent la rentrée de ia mission à Tan-

ger(l).

Les'Beni-Snassen ET LES Hamian. — Les Français eurent à réprimer cette année des actes d'hostilité des incorrigibles Beni-Snasscn. Le général de Montanban les châtia rudement dans trois brillantes affaires, le 10 avril-, le 15 mai et le24 juinJl arriva jusqu'à Targiret, un des ceiitres de leurs plus hauts sommets. Âbd-«r-Rhaman avait envoyé de Fez Si-Abd-es-Sadok pour observer la marche de Texpédilion. Les Beni-Snassen prièt^nt ce dernier de leur servir de médiateur auprès de nous. Il voulait une entrevue, mais on exigea ^u'il vint au camp même dans la plaine de Kis où les conditions de la paix furent réglées. Il demanda là jCaveur d'aller jiisciu'à Tlemcen, pour prier au tombeau- de Sidibou-Medine, vénéré des Marocains.

A l'intérieur de l'empire , nous n'apercevons pas de faits graves à signaler. La levée des impôts et les exactions des gouverneurs déterminent des rebellions locales; les troupes impériales sont toujours en marche pour les comprimer. Abd-er-Rhaman continue son système de gouvernement qui roule sur deux pôles : emplir ses coffres, éloigner les Européens en décourageant le commerce; mais nous avons ailleurs exposé les principaux actes de ce système (2).

En lSb3, les tribus sahariennes de l'est furentagitées par la grande offensive des Français, dirigée dans le sUd de l'Aigérie sur 200 lieues de large et 100 de profondeur. Ce mouvement, que conduisait le commandant Dubarrail de La-

(<) Cf. les journaux du temps, et surtout VAunuaire de la Eevui des Deux-Mondes, (5) Page <61» 200,

ghouât à Glierràrà menistjt en liovembre le commandant de France à la tête des goums jusque vers la sebka de T>grf , ûù les Hamian et d'autres tribus indociles perdirent de 71) à 80 morts, 800 chameaux et 20,000 moutons : guerre do razzia, guerre de pillage et de ruine que la civilisation réprouve dans les conditions de la société chrétienne, mais qui est la seule possible ou la seule efficace contre les nomades de l'Afrique.

kFFkïKE Paul Rey. — Le 22 février 185S=:là71, un négociant français, M. Paul Rey, fut assassiné à Tanger par un cherif« en plein jour et en présence de nombreux témoins, sans aucune provocation, par accès de fanatisme, maïs de te fanatisme stupide et plein d'orgueil qui est encore bien vivant au Maroc et qui envisage le chrétien icbmme un être inférieur, dont Texistence est simplement tolérée. Ce fait réclamait un châtiment sans retard ni discussion, et le chargô d'affaires de France, M. Jager Schmidt, l'exigea, en mena* îfant d'amener son pavillon au eas d'un refus. Le cherif fut tais à mort avec un Certain mystère, il est vrai; mais ce n'en était pas moins une satisfaction complète et qu'on pouvait à peiné se flatter d'obtenir. Le corps consulaire, qui flt cause commune en cette occasion, il faut le dire à sa louange, le reconnut par une lettre où il exprima ses félicitations et sa reconnaissance à notre chargé d'affaires :« L'expérience nous à appris, disait-il^ que le supplice d'un musulman en expiation d'un meurtre par lui cotamis sur la personne d'un chrétien est un fait qui n'a pas de précédent au Maroc. Votre succès devient d'autant plus important que cette fois il s'agissait d'un cherif, d'un homme sacré et in^ violable selon les préjugés du pays, quels que puissent être ses crimes. » M. Reade, vice-consul d'Angleterre signa celte lettre en place de M. Ilày, qui était alors en mission à Ma*

lA

roc (1].. La même année; M. le vicomte de Castillon succède à M. Jager-Schmidt, et le gouvernement marocain assumant pour la première fois, sans y être forcé par les Biçmes ou la menace <le la guerre, la responsabilité des actes des RifainS) remet au nouveau chargé d'affaires 7,000 piastres fortes (35,000 francs) en réparation du pillage du navire k Jeune-Dieppois^ attaqué au mois d'avril 1855 aux environs du cap Tres-Forcas.

AFFAIRE DU PRINCE ÀD ALBERT DE PrUSSE. — Il s'écOule

l)ien peu de temps sans que quelque attentat nouveau ne vienne obliger TEurope, trop patiente pour son honneur, à tourner ses regards vers cet empire décrépit, vers une dynastie scandale de l'histoire et qui semble provoquer les armes de la civilisation, à force d'en repousser la lunuère et de violer ses droits. Que serait-ce, 31 le voile épais qui couvre les souffrances et les vices de cet empire venant à se décbirer, laissai! voir à l'Europe ce qui se passe là, près d'elle et pour ainsi dire à son ombre! Au mois d'août 1856, la corvette prussienne le DantziCj naviguant dans cette mer par excellence de la civilisation, la Méditerranée, parait devant la côte du Rif ; le prince Adalbert est à son bord et il veut toucher le littoral ; une décharge de mousqueterie Taccueille; il y répond par un débarquement à la tète de 65 hommes, mais écrasé par des forces supérieures et atteint d'une blessure il regagne difficilement son navire, avec 17 de ses compagnons blessés comme lui et après une perte de 7 hommes. La Prusse, une des ^ndes puissances de l'Europe, est impuissante à venger dignement cet affront et ce

(<) Il obtint , vers ce temps, les mesures commerciales rapporta p. 204. La victime de Tassassinal dont nous venons de parler est saof doute M. Rcy, auteur de? Souvenirs dun voyage au Maroc t Pari'^ *8Ai, brochure plciue de verve cl de couleur locale.

sang répandu : car la réparalion qu'elle abtinl, diUon, a élé sans- éclat (1).

Faits de guerre. — Après bientôt quatre siècles de possession, l'Espagne n'est pas plus en repos à MeliUa qu'au lepdemain de la prise de cette place, en iASl. 11 eût été fastidieux d'énumérer, au coursde cette histoire, les attaques repoussées par la garnison, les sorties commandées pour sa sécurité. Le 9 septembre 18o6, une sortie lui coûtait 18 hommes tués et 68 blessés; les Maures avaient 200 hommes hors de^combat. Le vieil Âl)d-er-Rahman, étranger aux affaires du Rif, soutenait des luttes à l'intérieur contre les Berbères. Un chef d6 cette race, Ould-Soumers, donnait beaucoup de peine aux troupes impériales et balançait souvent la victoire. Les tribus de l'Est semblaient d'autant plua insolentes que le pouvoir du chérif devenait plus incapable de les atteindre. Les Beni-Snassen se faisaient remarquer comme à l'ordinaire. par leur attitude hostile aux Français. Le gouverneur général, M. Randon, protégea les semailles et la moisson aux frontières algériennes par les mouvements de petites colonnes, dont l'une sous- les ordres du général do Beaufort rejeta en novembre les Beni-Snassen vers leurs montagnes, et dont l'autre, commandée par le capitaine de Colomb, opéra contre les Hamians^ les Ouled-Sidi-Cheikh et les Beni-Guil, dans la région des grands Chots. L'Angleterre élaborait de son côté les traités de 1856-1857 dont noqs avons étudié le caractère et indiqué les principales dispositions^).. ,

Abd-er-Bhaman, poussé à bout par l'insubordination de la tribu d^ Zemmour, au sud-ouest de Méquinez, fit des pré-

(4) 1« Qj^eeinkur miUMr^j 45 janv; 4860| p. 8.

paÂtib pour k diâtier lai-mème ^près le ramadan de f88B=lS74. IlTmtdeFezilléqiiineK, et Mohammed, son fytalné, se rendit de Muoc i Rabat avec Xt,000 hommes, laphipart fantassins des Chdloks et du Sons. La garde personnelle du dierif et qoi raccompagne dans tons ses moa-^ vements, se compose de 300 eavalien et de 900 fantasans, vifttns arec luxe et d'an aqpect téntaUenient martial. Le bomoushlanc dévdoj^sesdr^eriesâdooissantes samiie Ionique rouge, où brille Tor. Le sabre courte, one paire de pistolets & la ceinture et on long fusil arabe arment l'infanterie. Une partie des cavaliers portent la lance et des csrabines tromUons au lieu de fiisil. A la tète de ees troupes, le vieux dierif entr^rrad une campagne dont les faitsM nous sont pas suffisamment connus, grice au mystère doot flprend sdn de s'envdopper jusqu'au terme de sa cnrrière. Lamèmeraison nous force i garder le silence sur des liioa* vetawnts d'insubordination signalés ^édalement en 1856 an Tafllet, où vivent reUgués de ncmbreux dierib, entré antres plusieurs fils et petit-fib de Moulé-Soliman.

MosT d'Asd-es-Rhahah. On apprit en Europe la mort d'Abd-er-Rhaman survenue le 6 septembre 18S0 = Rabî I, 1976 , et la proclamation de s<m fils aîné Mohammed comme héritier de Tempire. Le tableau que nous avons tracé du Maroc actuel , dans la première partie de cet ouvrage, nous dispense de revenir sur Tapprédation d'un règne marqué au coin de l'égolsme le plus profond et d'un fanatisme aveugle. Abd-er-Rhaman a lait descendre le Maroc presque aussi bas que possible dans la misère et la barbarie ; et il n'y a au monde que le Crifrfollar CAnmieb poor affirmer des énormités comme celle-ci : « L'emjMre marociin avance rapidement dans le chemin de la civilisation • (1)-

(1 ) Nous D*aeeorderioBi pat ettts importance I Topinioa d'un f^

L'histoire flétrira au contraire la mémoire d'un homme dont le goavememrat fait un déplorable contraste avec celui dsÀ autres souverains musulmans de Constantinople , de rÉgypte, de Tunis : les Mahmoud et les Abd-ul-Medjid, les Hebemet^Âli, les Âbbas, et les Sald, les Ahmed, les HotuMnmed et les Sadok, L'Angleterre partagera cette flé* trissure en proportion de la prépondérance dont elle est si fière de jouir auprès des cherifs. En quoi aura-t-.elle senri la cause de la civilisation et du bien général? L'influence française prédomine i Tunis. Que Ton compare, en tenant compte, autant que l'on voudra, de la difierence des oirconistances, les résultats recherchés ou obtenus dans les deux royaumes, on jugera de la moralité, de l'élévation de notre p olitique en regard des calculs de la politique anglaise : d'un côté, les écoles, les églises, les hôpitaux, les télégraphes, la marine à vapeur, des travaux d'utilité pu- Uique, l'organisation deï postes, des ministères pour les affaires de l'État, une armée disciplinée à l'européenne, voire un journal fraqco-arabe, etc., révèlent l'action de la France chrétienne et amie de l'humanité; de l'autre, le Maroc arrivant peu à peu a l'état sauvage, à travers les souffrances de toutes sortes et à force dé haine pour les peuples chrétiens : il y a vraiment pour l'Angleterre de quoi s'enorgueillif de la docilité des cherifs à suivre ses conseils.

EuROPtENS AU Uarqc. — Outrc les Européens que nous avons déjà cités comme étant venus au Maroc, sous le dernier règne, et comme auteurs d'ouvrages destinés à faire connaître ce pays, Beauclerk, Rey, Hoefer, Drummond- Hay, il convient de nommer H. le duc de Caraman qui, a

jonnuJ^ 8*il n'aviâi aucun lien a^eç le cercle établi ^ Gibraltar^ sous lo titre de BibÛothéque mliiaire,yoit la Espaha du i\ avril 4)^60.

l'époque de l'expédition d'Espagne^ fit une reconnaissance de la route de Tanger à Fei (i), M. Ferdinand Fireiherm (2), Washington (3), lieutenant de. la marioe britannique, sir Arthur de Çapell Brook (4), le lieutenant Arlett (8), Charles Didier (6)| etc. Le courageux Toyageur René Cafllé sBérité une^mention spéciale/ Il arriva au mois de septembre 1828 à Tanger, yepant de Sierm-Leone par Tombouctoo, El-Arouan et Tafflet. Sans fortune et saûs protéctîoa, il ayaif accompli ce trajet en se faisant pasbcrpourun esdave de Texpéditioa d'Egypte, affrandiî au Sénégal et désireux de regagner la trilée du Nil à travers l'AinqQe. Seul ao jailieu des musulmans, il prenait leur extérieur religieux, en invoquant d'ailleurs Jésus^Christ au fond de son âine. A Tafilet, il vit une boussole de fabrique anglaise, enfevée pebtTêtre au major Laing» assassiné peu auparavant en re-

(!)• Niân mlitami m* k MaroeU IHntnârê, me eorfes H ptoi ,dt Tanger à Fez. Voir le Speetaiewr mÙHairB, 45 août tS4i.

{% Erùmena^m au» Mankko, f^sammdt &ut wier Reùi m 'Jahre 4S30. Cet Boatenirs ont été publiés à Vienne, en 4a3S, in-S*.

(3) Geographical notice of the empire Mœrokko, t I du Journal de la Société dé Géographie de Londres, 1834; traduite dans le BoUetû de la Société de Géographie de Paris^ mars 4832, et au Spectateur m- Utâire,^%U.

(4) Sketches in Spain and Morocco. Londres, 4834, S vol. in-8'.Ce voyageur a vu Tanger, Tétouan, Larache, Arzilla* c'est-à-dire la partie du nord facilement accessible par terre a,uz Européens.

(5) Survey of some of the Canary Ithnds and of part of ^ western coast of AfHca in 1835; inséré an tome Yl du Journal de la Société de Géographie de Londres, 483$» et traduit dans le Bulletin de celle do Paris, en 4837, pobr la description de la côte depuis le cap Spartel jusqu'au cap Bogador.

(6) Promenade au Maroc, in-8^ Paris> 18i4, publié dans la An*»^ dtis Deux Mondes ; c'est un ouvrage littéraire sur Tanger, Tétouan et

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venant de Tombouctou. Caillé fit connaître cette derniir»^ capitale, et le D^ Barth sl confirmé depuis l'exactitude de ses renséîgncmeilts. Dépourvu d'instruments pour les observa*tions scientifiques, obligé de prendra ses notes d'une main tremblante, a la dérobée, avec un simple crayon, il n'a pu cependant fournir, sur les régions qu'il a parcourues, les renseignements que l'Europe réclame et qu'on ne peut at-> tendre d'un voyageur isolé, surtout dans de pareilles condi-> tions. Caillé se présenta sous l'extérieur d'un derviche mendiant à M; DelËporte, consul de France à Tanger, qui le reçut avec autant d'amitié que d'admiration. Le consul prit des mesures avec le commandant de la station navale française i Cadix, pour que le jeune voyageur passât en Europe, sans être connu des Maures, qui lui auraient fait payer de sa vie son audace. Il publia, en 1830, la relation de son voyage et mourut en 1838, à l'âge de 39 ans, des suites d'une maladie rapportée'd'Afrique.

§ 9. — SIDl-MOHAimED n.

Aténement de Smi-MoHAMMED. — L'aîné des fils d'Abder-Rhaman, Sidi Mohammed, né en 1805=1219^20, était depuis longtemps préparé par son père au gouvernement ; il est le seul qui ait exercé un grand commandement militaire; sa présence était jugée si nétessaîre à la sécurité de l'empire, qu'il n'a pas fait, croyons-nous, le pèlerinage de la Mekke. Plusieurs de ses frères, que l'opinion générale au Maroc suppose au nombre d'une soixantaine, ont accompli ce pieux voyage, et l'un d'eux même est mort en Arabie, l'an 1858. On attribuait à ce dernier une capacité supérieure à celle des autres princes do sa famille, presque tous inconnus et d'une complète nullité au point de vue politique.

Mohammed passe pour ôtre, comme son père, inféodé h FAngleterre : c'est assez dire qu'on .ne peut guère en atten* dre que le bien demandé par les seuls intéi^ts anglais, i moins que cette influence d'une puissance égoïste, et qui gagne à tenir le Maroc isolé, ne soit contrê^balancée par celle de la France ou de TEJspagne. Le nouvel empereur a la réputation d'un grand thàleb, non-seulement soùs le rapport de la religion, mais parce qu'il a étudié les mathématiques et l'astronomie.. C'est en aqi une bonne chose que d'étudier aux astreâ; toutefois Mohammed, au lieu de s'occuper du ciel qui mar^ bien sans l|ii, fera mieux de pen-r ser au Maroc qui ne marche pas du tout,

Les. débuts de son règne ne sont pas d'un heureux présage» Il rencontre a l'intérieur de ses états, selon les nou* Telles qui transpirent vaguement, une opposition sérieuse, excitée siurtout par les cherifs descendants de son grandr oncle Moulé Soliman; obligé de tenir la campagne aveo une armée de 25,000 hommes, il mendie l'adhésion des tribus en faisant promener dai^s les kabylas et les douars des tètes sanglantes portées sur des piques : procédé traditionnel que les cherifs emploient pour gagner le cœur de leurs sujets et inculquer le respect du pouvoir. A-t-il réussi à consolider son trône? La réponse ii'est guère plus facile que s'il s'agissait d'un roitelet de l'Afrique centrale ou de quelque chef des Montagnes rocheuses; on ne sait rien sur des faits, qui s'accomplissent à quarante ou ctnr quante lieues de l'Europe et qui l'intéressent directement, On assure toutefois que le survivant unique des quatre fils de SoUman aurait été vaincu par Mohammed , après avoir vainement cherché lappui du général de Martimprey. durant l'expédition des Bcni-Snasscn ; et il serait relégué au Taiiict.

Si l*on fait un jour prévaloir au Maroc le droit des gens, ceux qui entreprendront d'écrire Tbistoire des cberifs ])ourront se procurer alors les renseignements qui nous manquent. Parlons des deux événements principaux, quoi- (}ue d'une importance bien différente, qui ont attiré depuis peu l'attention générale sur le Maroc : l'expédition française contre les Beni-Snassen et la guerre entre le cherif et l'Espagne, doiU la paix de Tétouan parait être le dénoûment, du moins pour quelque temps et au sens étroit que Ion déterminera tout à l'heure.

Expédition contre les Beni-Snàssen. — Aux mois d août et de septeipjbre 1859, les incorrigibles tribus maiXH caines de la frontière d'Algérie, excitées par un soi-disant cherif, Mohammed dbn-Abd-AUah (1), firent des incursions et commirent des assassinats dans les cercles de Lalla* Magfamia et de Nemours. Deux escadrons français, chargés de faire une reconnaissance , ayant été abapdonnés, sinon trahis par les goums ou cavaliers indigènes irréguliers, chargés d'éclairer la marche, se trouvèrent eaveloppés ^ud^in par une nuée de cavaliers ennemis et perdirent une trentaine de chasseurs et de spahis. Les Mi^rocains promenèrent les tè(es coupées au milieu des populations qu'ils appelaient aux armes ; ils attaquèrent le petit poste fermé de Zouia, dans le cercle de Lalla-Maghmia, et le camp fraur rais de Tiouly, dans le cercle de Nemoqrs. Les Africains s^ sont toujours montrés impuissants à s'emparer de 1^ moindre de nos fortifications. Us furent repoussés i Zouia-, comr plétement battus, le 11 septembre, à Tiouly, au nombre dç G à 7,000 combattants; ils repassèrent la frontière ep

(I) Ce nom est commun à la plupart des agitateurs de TAlgcric depuis quelque temps; on peut en voir la raiaOUjt p. 00.

fuyant et abandonnèrent aux Français leurs mx>rts, leur bagage et môme la tente du cherif. Bien que là dispersion de sea partisans mit celui-ci hors d'état de continuer la guerre, le gouvernement français voulut infliger aux tribus coupables un châtiment plus révère. Le pauvre Sidi -Mohammed, occupé à se défendre lui-même au centre de ses états, ne fut pas rendu responsable des fautes de ces tribus, qui ne lui obéissent point; On ne lui demanda pas davantage Tautorisation de pénétrer sur son territoire pour les punir, et assurément elle n'était pas nécessaire , quand même il se fût agi d'une guerre de conquête.

Le corps expéditionnaire, réuni sous les ordres de M. le général de Martimprey, commandant supérieur des forces de terre et de mer en Algérie, se composait de deux divisions d'infanterie, commandées par les généraux Walsin Esterhazy et Yolissouf, et d'une divisîbn^de cavalerie, commandée par le général Desvaux. M. le général Borel de Bretizel était chef d'état-major général. Les l**" et 3* de zouaves revinrent d'Italie dans la province d'Oran et y fortnèrent la réserve, sauf un bataillon du 1" de zouaves, qui fit partie de la seconde division. Les camps établis sur rOued-Kis, en face des Beni-Snassen, reçurent des approvisionnements et furent garantis par deux redoutes, suivant les règles de la prudence. Le 20 octobre on était en mesura de commencer les opérations.

Le général de Martimprey adopta le plan le plus habite, vu la supériorité de ses troupes, et le plus propre à conduire au but en ménageant le temps et le sang dès soldats. Au lieu de prendre la chaîne des Beni-Snassen par Test ou au sens de la longueur, ce qui pouvait entraîner une suite de petits combats sans conséquence décisive, il se porta vers te col d'Aïn-Tafouralt, point central et stratégique de U

chaîne, afin de désorganiser la défense des Kabyles et de dominer leurs positions. A la tète de la première division d'infanterie et de la cavalerie, il campa le 21 aux puits du Djaroua; le 22 il atteignit les hauteurs de Mohammed ou Berkan, et Ton' y 'construisit un poste- magasift, tandis qu'il retournait avec la cavalerie au camp de Kis, d'où il ramena là 2® division. L'attaque du col d'Aln-Tafouralt, préparée le 23, par une reconnaissance confiée au général Deligny, eut lieu le 27. La cavalerie exécuta au point du jour une diversion vers la Moulouîa pour attirer et tromper l'ennemi; à dix heures, deux colonnes d'infanterie se mirent en mouvement pour atteindre le plateau d'Aïn-Tafouralt. La première, sôus les ordres du général Deligny, franchit 6 kilomètres et arriva au but à cinq heures, en grimpant des pentes difficiles, d'une hauteur de 800 mètres, oi les Kabyles avaient occuitïulé les obstacles. La seconde^ sous les ordres du général Archinard, vainquit a droite les mêmes difficultés, malgré lefeu des villages fortifiés d'Ahl-Targma, Une attaque si hardie, et si bien conduite, la supériorité des armes françaises à longue portée et le feu de l'artillerie enlevèrent aux Deni-Snassen tout espoir de prolonger la lutte avec suocès. Leur caïd Hadj-Mimoun, homme habile et énergique, reconnaissant que les Français étaient les mattres-du pays, vint lui-même au camp faire sa soumission au général en chef qui lui imposa les conditions du pardoti. U s'engagea au payement d'une amende de 100 fr. par fusil ; or on comptait environ 12,000 fusils dans la mofitagne. Les Français n'avaient que 41 hommes tués ou blessés.

Mais un ennemi plus redoutable que les Kabyles, le choléra, avait fait invasion dans le corps expéditionnaire au début des opérations. En quelques jours il enleva le 5* de l'armée, environ 4,000 hommes ; c'est l'un des épisodes

les plus lugubres des guerres d'Afrique^ Le fléau cependant pe put abattre le courage, Télan même des soldats ; et tandis qu'il frappait des coups multipliés et d'une violence inouïe, ces braves à toute épreuve marchiùent d'un pas irrésistible a ces montagnes si fières de leur étemelle indé* peûdance. De grands exemples de foi chrétienne donnèrent encore a l'héroïsme, dans ces douloureuses circonstances, un plus admirable caractère.

Pendant que ces faits glorieux s'accomplissaient chez les Beni-Snassen, deux autres petites colonnes formées à Seb^ dou et à. Géryyille, avaient mission d'agir au sud sous les ordres du général Durrieu et du commandant de Colomb, subordonné au général. Les Mahias, les Ângades et d'autres tribus amies et complices des Beni-Snassen furent rejetées au loin et coupées de toutes communications avec eux par une pointe du général Durrieu , de Sebdou sur Sidi-Djellali et jusqu'à l'Oued-el-Haie ou el-Hadjdadj (P), à travers la dépression de TOued-Okba. Les troupes étaient revenues prendre leurs campements à Ben-Khelil et au Ras-el-Ma des Jieni-Matar, le 27 octobre, quand eut lieu l'ascension du col d'Aïn-Tafouralt.

Très-bien placées pour barrer le passage aux tribus qui cherchaient à gagner du nord, par le débouché des monta-^ gnes, le désert d'Ângad ou le Sahara marocain, elles arrêtèrent effectivement les Angades et les Mahias que le général de Martimprey rejeta sur elles, par le Djebel-Zakkara, en descendant des hauteurs des Beni-Snassen. Ces tribus essuyèrent des pertes considérables et demandèrent Taman.

Du son côté, le colonel de Colomb atteignait, le 3 novembre, ^ cinq marches au delà des frontières, la tribu méridionale des Beni-Guil et la punissait de sa turbulence. Les colonnes secondaires rentrèrent en Algéi'ic, tandis qw^

le corps principal y revenait Ini-mômc eil quittant te 5 le hU Youac de Sidi -Mohammed, chez les Zakkara; le 7, il campo à Metliti, le 8, au débouché de GuemfOuda, et le 9, sur le champ de là bataille d^Isly. Oudjda fut frappée d'une amende de 98,000 fr. et de 100 mulets pour sa participation aux torts comtnis envers la France, et son caïd arrêté pour éife remis à Tanger au ministre Mohammed-el-Khetib. Ce cald avait approuvé par sa présence et son inaction le massacre commis avant la guerre, au poste français; de Sidi-Zaer, où l'armée victorieuse arriva le H novembre (1).

Nous n'avons pas les secrets du gouvernement , et nous ignorons pounpioi l'expédition des Beni-Snassen n'a eu qu'un insignifiant résultat. B est évident qu'un jour ou l'autre le territoire de la France atteindra la Mouloula, et le sort des Beni-Snassen sera celui de la Kabylie. On aurait pu, en i859, garder du moins Oudjda, comme arrhes d'une prodiaine conquête. Tiendrait-on à ménager de ce côté-là une école militaire pratique en remplacement de celle qui se ferme par la soumission de la Kabylie P A-t-on voulu épargner l'Angleterre, alarmée déjà par l'expédition espagnole? Nous ne savons; mais le temps n'est-il pas venu ou la politique anglaise doit apprendre, vis-à-vis de la justice et de ta France, à pratiquer la résignation P

Malgré la leçon donnée aux Beni-Snassen, le général Ddigny, resté en observation sur la frontière du Maroc, a àt châtier sévèrement, à la 6n de décembre, une fraction de la tribu des Mahias ; et nous apprenons que la rébellion étouffée dans lé Hodna, province de Constant ine, à la fin

(t) Ce récit n*e8t gu4re que la reproduction du compte rendu publié ^ le Moniteur, le S7 novembre 1859; nous lui avons emprunté tous eei détails, parce qu*il8 éclairent le terrain sur lequel Tannée française ne peut manquer de reparaître bientôt.

de mars 1860, avait pour origine les prédications d'un Sidi'^ MohaHimed ebn-Bou-Khrentech, qui se parait du titre asseï vague d'envoyé du cherif du Sous-el-Acsa.

Guerre avec l'Espagne^ ' — Ses causes.* ^ La guerre déclarée par l'Espagne au Maroc, le 22 octobre 1859 r:: Rabi I^ 1276, a été déterminée par des causes- nombreuses, éloignées ou prochaines. Les Espagnols avaient à se plaindre, non-seulement de Tespëce do blocus dans lequel les Rifains tiennent enfermés les présidios^ au mépris des traités, non -seulement de Tinsuffisante réparation accordée pour l'assassinat Darmon, mais encore de plusieurs spoliations commises par les Rifains, depuis 1837, et qui réclamaient des inden^nités. Si la guerroie 1844 avec la France avait monoentanément mis un frein aux habitudes de ces barbares, la paix, la faiblesse du cherif, trop de patience de la part de l'Espagne les firent retomber dans leurs brigandages. Ils attaquèrent journellement plusieurs des présidios et, à la fin de 18o8, ils refusèrent de mettre en liberté sept prisonniers de la garnison de Melilla, enlevés par trahison. Le cabinet de Madrid résolut, selon son droit, d'agir vis-àvis d'Abd-er-Rhaman comme responsable pour les Rifains. Il montra une attitude énergique : une escadre de huit navires à vapeur parut, en novembre, dans les eaux de Tanger; M. Blanco del Valle, consul général d'Espagne en cette ville, parla sur un ton ferme \ au mois de décembre, il fit condamner un cherif, qui avait pénétré dans le zaguan ou vestibule du consulat, à recevoir publiquement la bastonnade à la porte de cette demeure (1), et il notifia, en termes clairs,

(() M. Blanco voulut bien annoter le bàtoiD déjà levé sur le patient. Peu après, M. H. Pellissier de Raynaud , élève consul de la mission française, obtint une réparation analogue et immédiate contre le neveu d'un cherif.

lU ministre Mohammed.-el-Khetib que le Maroc ne conserverait la paix avec TEspagne qu'à trois conditions : mise en iberté des prisonniers de, Melilla, payement d'une indemlitc pour les attentais des Rifains, cession d'une zone teritoriale autour des présidios, alin de les préserver de nourelles insultes. Le vieil Âbd-er-RhamaU) dont ravarice est ans bornes, refusa de rien. payer; il .n'osa promettre un erritoire que les Rifains poyt-ètre n'abandonneraient pas, ^t il ne s'engagea qu'au sujet des prisonniers. Ce ne fut pas lans peine qu'il obtint leur délivrance, à moins qu'il n'ait alculé lui-même les lenteurs qui la précédèrent et quireardèrent leur arrivée à Tanger, par la route de Méquinez, usqu'au 16 mars 1859. Le jeune lieutenant Alvarès et les lutres captifs entrèrent dans la ville salués par les acclanations des Européens, et ils se rendirent a la chapelle »tholiquo, où un TeDeum fut chanté en actions de grâces. Rassurée sur laviede ces prisonniers,rEspagnepressed'auiant plus vivement le Maroc sur les deux autres conditions. IU)d-er-Rhaman continue ses résistances ; il cherche a fuir, selon sa coutume, par le dédale des ruses diplomatiques; st, afin d'être prêt à tout événement, il fait armer les villes i^ l'intérieur, tandis que son fils concentre des troupes a ycazar. La situation s'aggrave au mois d'août par les igressions des Maures contre Ceuta. Le 10, ceux de l'Andjera détruisent, pendant la nuit, le mur bâti par la gami- Kin i VAtaque de Sanla-Clara, sur la hauteur de l'Otero, jai appartient à l'Espagne. Us protestent que cette fortification est contraire à leurs droits, et le SI, ils renversent, ^r représailles, les deux pierres qui marquent la limite du ierritoire espagnol et qui portent gravé le nom de la reine. Le surlendemain, ils réitèrent cet outrage contre les bornes -établies, et il faut une sortie de la garnison pour éloigner

ces barbares. Tandis que le consul d'Espagne à Tanger adresse des plaintes à Khetib et qu'on attend à Ceutà dés ordres de Madrid sur la poursuite des iràvaùx de fortification, lés insultes des Maures se renouvellent ; et Ton apprend que la mort d'Abd-er-Rhaman , survenue le 6 septembre^ est un signal d'anarchie dans Tempire. Le 13, les chasseurs de Madrid repoussent les Maures à la baïonnette jusqu'à El-Serallô.

Sidi-Mohammed, à peine entré dans Fez, après la itiori de son père, est obligé de se défendre contre des ennemis intérieurs; il fait dontler aux puissances chrétiennes Tassurance qu'il désire vivre eh paix avec elles et annonce particulièrement à l'Espagne qu'il est disposé à hii accorder satisfaction. Mais Mohammed el-Khetib répond d'une manière évasive, présage d'interminables lenteurs, à la hofe que le cdhsiil espagnol lui remet sur cette matière. Le 22 octobre, la reine Isabelle déclare la guerre au cherif et l'Espagne accueille cette nouvelle avéé un enthousiasme vraiment national. La mission quitta Tanger le 24 et le blocus fut dénoncé le 30 pour les porte de Tétouan, de Tanger et de Larache.

Armée espagnole. — L'Espagne était prête a la guerre; elle pouvait, au besoin, entourer de 400,000 hommes en Afrique ses glorieux drapeaux et garder encore une réserve de 60,000 hommes, sans compter les bataillons provinciaux, 12,000 hommes de gardes civiles et 40,000 carabiniers. Pour le début de la campagne, elle organisa une armée de 52 bataillons, 12 escadrons et 74 canons, diviscn; en trois corps et placée sous le commandement en chef du maréchal O'Donnell.

Premier corps : général Echague, 12 bataillons, 1 escadron, 18 canons.

Deuxième corps : général Zabala, 16 bataillons, i esca-. dron, i8 canons.

Troisième corps : général Ros de Olimo, 46 bataillons, i escadron, 14 canons.

Division de réserve : général Prim, comte de Reus, 8 bataillons, 12 canons.

Division de cavalerie : général major Galiano, 9 escadrons, 12 canons.

L'armée navale, réunie sous les ordres de l'amiral Secundo Herrera, pour prendre part aux opérations, apparut aussi comme une preuve de la résurrection de la marine espagnole qui, de Trafalgar à la fin des guerres dynastiques, en 1840, s'était graduellement anéantie. 4 navires à voiles, portant ensemble 182 canons; 6 navires à hélice, parmi lesquels les frégates Princesa de Asturias , de 50 canons, et Blanca, de 30; 10 vapeurs à roues, d'une force de plus de 2,300 chevaux et armés de 52 canons; 7 transports à vapeur et 4 à voiles , armés de 1 à 4 canons ; une flottille de 24 canonnières,, sans compter celles que l'on équipait à la Carraca et les navires garde-côtes, telles sont les forces navales que l'Espagne offrit aux regards étonnés de ceux qui ne soupçonnaient pas ce qu'il y a de vie en elle.

Ceux qui ont observé depuis vingt-cinq ans les progrès de l'art de la guerre et le perfectionnement des armées savent que celle de l'Espagne n'est étrangère à aucun de ces progrès et que le corps dé ses officiers a été représenté partout et dans toutes les circonstances où il y avait de grandes manœuvres à étudier, des opérations militaires à suivre, des renseignements de quelque importance à. recueillir. Avant qu'ils eussent tous entre les mains, sous la tente, au Maroc, la traduction du Traité de la guerre en Afrique,

par le général Youssouf, beaucoup d'entre eux avaient ap-

pris en Algérie la tacti(iaé et les procédés à suivre avec les Arabes et les Kabyles (1).

Une force morale incalculable soutenait cette armée. Tous les vœux de la nation étaient avec elle ; chaque province, chaque ville rivalisait d'enthousiasme et bientôt de dévouement, s'imposant des sacrifices pour soutenir la guerre, pour en isoulager, en récompenser les héros et les victimes. Le cri de l'honneur et du patriotisme traversait les mers, et trois mois ne s'étaient pas écoulés que les Espagnols de Cuba avaient envbyé, dit-on, un million de piastres, cinq milUons de francs pour la guerre d'Afrique. L'opinion publique en Europe formait un concert des plus encourageants pour l'Espagne ; si l'Angleterre essayait de le troubler en faveur des Barbares, elle ne fusait qu'exciter contre elle-même le sentiment national d'un peuple qui a le cœur haut placé, et qui n'entend pas régler ses alTaiies d'honneur d'après des injonctions étrangères et sur des intérêts de boutiquiers. Du reste, c'est justice à rendre aux Espagnols, ils considéraient du point de vue le plus élevé l'entreprise où ils s'engageaient; ils la comprenaient, comme on a compris en France la conquête de l'Algérie : c'est la barbarie qu'ils voulaient atteindre dans un de ses plus hideux repaires, et la cause commune de l'Europe chrétienne qu'ils prétendaient servir avec la leur. L'esprit du Cid, d'Isabelle et de Ferdinand, de Ximenès, de Charies- Quint, de Juan d'Autriche se réveillait de toutes parts dans la péninsule ; ces grands noms étaient sur toutes les lèvres,

(4) Le Spectateur militaire, livraisons 401 à 405, 4859 et 4860, a publié plusieurs articles que cl*autres viendront sans doute complélex sur la guerre de TElspagne au Maroc. Nous les avons consultés, ainsi que les journaux espagnels, français et anglais, auxquels nous ne pouvons renvoyer pour chaque point de notre récit.

et nous, amis et admirateurs d'une nation qui est noblement tombée au xvii* siècle, épuisée surtout pour la défense de la civilisation, nous applaudissions à ces signes de puissance et d'union, nous nous plaisions à saluer l'aurore des temps où les peuples lie race latine se donnant la main dans une foi traditionnelle et commune, marcheront i leurs plus grandes destinées. Le télégraphe, qui annonce en ce moment la ratification de la paix de Tétouan, ne détruit pas nos espérances. Mais reprenons Tordre des événements.

Phsmiêres opératiohs. — Les corps de l'armée espagnole débarquèrent successivement i Ceuta, du 19 novembre, époque de l'arrivée du premier corps, ati milieu dû mois suivant. Le mouvement de flanc vers Tétouan commença le 8 décembre, sous la direction du comte de Reus. Cet intervalle a paru long ; mais il s'explique, et il a été parfaitement employé. Le mauvais état de la mer rendait long et difficile le transport des troupes, des approvisionnements et du matériel. Ce n'est pas à l'insuffisance de quelques mesures prises par la marine, mais aux tempêtes d'un hiver exceptionnel qu'il faut attribuer les retards ou les désagréments sérieux éprouvés durant la campagne (i). Dès le i9 novembre, le général Échague reconnaît les abords

(I) Le féal point qai nous semble sérieatement attaquable dans le plan de cette campagne, c*e8i Tépoque de Tannée où eUe fnt entreprise. Il y avait à craindre pour Tannée de terre> comme pour la ûotte» une nouvelle justification de la maxime répétée depuis le xui* si^le :

Tempo di navigare D*april dei eomlnciare E poi seeuro gire Fin che vsdrai ftoire ni settembre lo mese, Ghe Taltro a foUi imprese.

de Geuta; les Maures échangent des coups de fusil. Le 20 commencent, en avant de la place, vers El-Serallo, les travaux d'un camp retranché, d^estiné à faciliter lé rassemblement de l'armée et sondéboucjié, puisa la préserver en casde malheur. Echague fait une reconniaissance sur le chemin de Tétouan, le 21, et il trouve sur le rivage 700 bombes déposées là pour les Marocains, et dont la provenance n'est douteuse pour personne. Le 22, les Maures inaugurent sur une redoute en construction une série d'attaques qui se renouvelèrent fréquemment contre le campement espagnol. Ils faisaient preuve alors d'une audace et d'une bravoure fanatiques, dont cependant l'intrépidité des Espagnols eut toujours raison. Plusieurs de ces affaires furent très-chaudes. Le 25, le régiment dé Bourbon défendit héroïquement une redoute. Échague, à la tète de deux bataillons de chasseurs, repoussa les Maures et fut légèrement blessé. Les Espagnols n'avaient pas moins de 90 morts et 400 blessés; mais l'ennemi essuyait une perte bien plus considérable. Le 30, la division Gasset de Mercader, du premier corps, livra un brillant combat, depuis une heure jusqu'à la nuit.

Le général O'Donnell, à son arrivée au camp, le 27, fit une reconnaissance sur la côte de Tétouan, et le général Zavala en dirigea une autre, le 3 décembre, à la tête de 4 bataillons du deuxième corps, protégé par des canonnières que remorquaient des vapeurs et qui tinrent à une distance respectueuse, en leur envoyant quelques volées d'artillerie, 3 ou 4,000 Maures disposés à inquiéter Topération. Ces préliminaires avaient été très-utiles, et le soldat espagnol s'y était promptement formé à la guerre d'Afrique. Le camp retranché s'achevait malgré les efforts de l'ennemi. La ligne de fortifications s'étend de l'une à l'autre plage;

elle va du chemin de Tétouan, sur la gauche, à la Cdsa del Renegado^ sur la droite. Ici un blockhaus s'élève, commu^ niquant immédiatement avec la première redoute Isabel II; elle croise ses feux avec îceux de la seconde redoute Principe de Asturias; une troisième redoute, Rey Francisco^ la plus avancée, domine le bois d'Ândjera, une vallée sauvage, et complète la défense du côté de Tanger; un blockhbus communique avec cette redoute et là relie à celle d'Espana, qui commande le chemin de Tétouan. Ces ouvrages communiquent par des routes achevées ou en cours d'exécution avec la magnifique position militaire d'El-Serallo, que peud'heuresont suffi àrendre imprenablepourles Marocains. Marche sur Tétouan. — O'Donnell se décide sagement à marcher sur Tétouan plutôt que sur Tanger; le chemin est moins difficile, l'assistance de la flotte moins incertaine ; Tétouan prise. Tannée marocaine ne peut plus protéger Tanger que par des corps détachés ; autrement elle s'expose à être coupée de ses communications avec Fez, par l'armée victorieuse arrivant de Tétouan. Enfin, la prise de Tanger pouvait entraîner ,de prime abord des complications en Europe, de la part des puissances jalouses de la liberté «du détroit. Le 8 décembre^ le comte de Reus s'est porté à deux lieues en avant de Geuta pour protéger les travaux de route. Ici commencent les plus dures épreuves pour les Espagnols; il faut créer des chemins par des sites abruptes, impraticables {i ) ; nous les avons traversés deux fois, et il nous semble qu'y ouvrir des passages à l'artillerie, c'est exécuter des travaux d'Hercule. Un temps affreux, des pluies froides et torrentielles, des coups de vent d'une extrême violence, le choléra, qui du commencement à la fin de cette rude cam-

(4) Page 64.

pagne n'a pas ce^sé de faire des victimes, les attaques incessantes d'un ennemi infatigable, hardi et rusé, ont mis en relief les qualités solides de Tannée espagnole : le courage, la patience qui lui faisaient supporter gaiement des souffrances et des fatigues extrêmes, l'esprit d'ordre et de dis* cipline, la modération envers l'ennemi vaincu qui caractérisent les armées les plus civilisées. Le 9 décembre, 10,000 Maures se ruèrent à deux reprises sur le camp ; ils furent repoussés et chassés de toutes leurs positions par le général Zavala, qui leur tua environ 300 hommes et en blessa 1 ,000. Le 15, pendant qu'on célébrait au camp une messe pour les morts de l'armée, 15,000 Marocains accompagnés d'une nonibreuse cavalerie renouvelèrent une attaque, qui leur coûta 1,500 hommes. L'élan des troupes du premier corps, un mouvement de la division Rios qui enveloppa la droite de l'ennemi, le feu de l'artillerie, plusieurs charges à la baïonnette rendent compte de ce succès..Le 17, les Marocains ne furent pas plus heureux dans une vigoureuse at^ taque sur le centre et la droite du général Prim, qui, avec quelques bataillons du général Ros, protégeait les travaux du chemin de Tétouan. Ils dirigèrent, le 20, une double action sur le camp, que 8,000 hommes assaillirent à droite, du côté de Tanger, tandis que 2,000 hommes et 1,000 chevaux tombaient sur sa gauche. L'artillerie les foudroya el les mit en fuite. D'autres affaires, terminées toujours à l'avantage des Espagnols, marquèrent aussi les derniers jours du mois; mais dès le 22, la route était ouverte jusqu'aux Gastillejos, et le terrain permettait aux Espagnols de prendre désormais l'offensive. Le premier corps restait à la garde du camp, où il devait avoir à repousser plus d'un assaut. L'escadre suivait la marche lente de l'armée, lui apportait les vivres, les munitions, évacuait les malades et les

blessés ; le 29, elle bombardait les forts i l'entrée de la ri* vière de Tétouan, qui avaient déjà reçu, le 26 novembre, une rude leçon de Tescadre française mouillée à Âlgé* siras (1).

Le l**" janvier, Tannée espagnole tente de s'avancer au delà des Castilkjos et se trouve en présence de 40,000 hommes, sous les ordres de Moulé-Âbbas, frère de l'empereur Sidi-Mohammed, et qui était venu prendre le commandement en chef des forces, marocaines. Le combat s'engage et prend des proportions qui dépassent celles des affaires précédentes. L'impétueux élan de la division Prim, l'intrépidité de ce général, le renfort apporté i temps par huit bataillons du second corps, assurèrent aux Espagnols une éclatante victoire. Les hussards exécutèrent de brillantes charges, qui les conduisirent jusqu'au delà du camp de l'ennemi. Ils lui enlevèrent un drapeau et établireiit leur supériorité sur la cavalerie tant vantée des Africains. L'armée marocaine avait au moins 1 ,500 hommes hors de combat ; les vainqueurs comptaient 50 hoûimes tués et 450 blessés. Les Espagnols, qui avaient campé le 1" janvier sur les positions conquises, s'avancèrent les jours suivants sur le cap Negro. Le 10 et le 12, l'ennemi tente d'arrêter leur marche et de les battre à la rivière Capitanès ; la première fois, il est repoussé et poursuivi à plus d'une demi-lieue par le général Prim, commandant intérimaire du deuxième corps, et la seconde, par dix bataillons des trois corps. On a lieu de croire que la journée des Gastillejos affaiblit le moral des Marocains, déjà frappé par de continuels revers. C'était un bonheur pour l'armée espagnole, qu'il devient plus facile d'attaquer à mesure qu'elle s'éloigne de sa base de Geuta,

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et qu'elle est obligée de prendre cette base sur une escadre soumise aux variations d'une mer orageuse.

Le général en chef O'Donnell prit ses mesures, le 14 janvier, pour s'avancer jusque âur les hauteurs du cap Negro ; on s'attendait à voir les Maures défendre vigoureusement le passage derrière la croupe du cap, couverte par deux redoutes. Mais Tennemi commit la faute de laisser enlever les positions par le général Prim à la tète du second corps, sans opposer une sérieuse résistance. Les Espagnols, maîtres des hauteurs, contemplèrent d'un regard hvide et rayonnant d'espérance la grande vallée qui s'étend à droite jusqu'au pied de Tétouan et s'arrête au premier contre-fort du Rif. Une division de 6,000 hommes embarquée le 1 4 à Âlgésiras, sous les ordres du général Diego de los Rios, débarque le i6 i l'embouchure de la rivière de Tétouan (rio Martin, Ouedel-Jelou), s'empare du fort et des batteries rasantes qui le protègent et où l'on trouve sept canons de 24, trois de 80 et beaucoup de projectiles. O'Donnell opère sa jonction avec Rios ; l'armée espagnole se développe jusqu'à la Douane bâtie sur la rivière, et la réserve commandée par le général Rubin rejette les Marocains, qui essayent de s'opposer à cette installation, sur les pentes de la Sierra-Bermeja ou Djebel-Ahmeur (prolongation de TAndjera vers Tétouan) où ils s'établissent.

Bataille de Tétouan. — Occupation de la ville. — Le^ jours suivants sont consacrés à fortifier le campement espagnol, et l'on commence le débarquement du train de siège. L'ennemi inquiète les travaux et se fait battre le 23 par Rios, le général Garcia et le brigadier Villate ; il augmente chaque jour en nombre et compte peut-être plus de 40,000 hommes; le 31, encouragé par l'arrivée des renforts que Moulé-Ahmed, frère de l'empereur, a amenés l'avant-

^ positions déployé en ligne de baureusement refoulé par les corps des »s, et la cavalerie espagnole se couvre •>urs charges conduites par le général >* suivait avec une admiration anxieuse L armée; elle attendait avec impatience la lise de Tétouan. La foule, peu au courant Jo la guerre en général, et particulièrement actuelle, prenait pour des lenteurs la pruiée du commandant en chef; on oubliait trop que ^ temps paralysait les efforts de la marine. Enfin, :er, bien pourvu des choses nécessaires à la subsisiC Tarmée et aux opérations de siège, appuyé sur imp retranché, nouvelle base d'opérations, O'Donnell mande le mouvement en avant vers la ville, dont les mches constructions apparaissent derrière la droite des ^»ositions marocaines. Le camp de Moulé-Âbbas était établi sur le mont Djilali et les hauteurs voisines du flanc droit des Espagnols; celui de Moulè-Alimed occupait en face d'eux une moindre étendue sur les pentes douces où commencent les jardins de Tétouan. Leurs retranchements étaient armés de canons, et a en voir le tracé, il est impossible de ne pas reconnaître une main européenne. Ceux des hauteurs de Djilali, clef de la position, saisissent parfaitement les pentes et les accidents de terrain ; la troisième ligne n'est guère attaquable que par un contre-fort resserré sur lequel la défense concentre une masse de feux bien supérieure i celle de Tattaque. La science européenne se trahit même par le seul point défectueux que ce tracé présente, nous voulons dire une lacune à la droite, entre la rivière et le camp de Moulô-Âhmcd. L'auteur, si nous ne nous trompons, ne pensait pas que l'armée espagnole pro-

filerait de cette lacune pour, tourner les positions, et se rabattre sur Textrémité des. tranchées, s'exposant ellem^me à être coupée de sa base et rejetée dans la rivière. Si Tannée marocaine eût été manœuvrière et disciplinée, si O'Donnell eût eu affaire à une année européenne , il n'eût sans doute pas adopté la marche hardie qm lui donna la victoire.

A 8 heures et demie, les troupes commencent leur moavement en traversant rOued^lnCàntara, petit affluent de la rivière Martin, sur quatre ponts jetés la nuit précédente, et l'ennemi voit, pour la première fois, se déployer tout en« tière l'armée chrétienne. Tandis que le corps de réserve restait à. la garde du camp retranché en s'appuyaot sur le fort qui s'élève à un kilomètre en avant, les autres corps s'avançaient en silence, le deuxième à droite, sous le commandement du comte de Reus, le troisième à gauche, sous les ordres du général Ros. Les mares et les flaques d'eau ne ralentissent point la mardie des bataillons, et Ton arrive à 1700 mètres des retranchements marocains sans répondre au feu de leur artillerie. Celle des Espagnols ouvre alors le sien avec avantage et permet d'approcher jusqu'à 600 mètres de Tennemi. Le troisième corps, soutenu par Tartilierie à cheval , gagne du terrain vers la droite marocaine et va se trouver en mesure de Tenvelopper. Cette circonstance ne peut échapper au coup d'œil d'O'Donnell. Il fait avancer toute la ligne à 400 mètres de l'ennemi, ouvre le feu avec 40 pièces et ordonne une attaque décisive sur toutes les positions. A droite, le général Prim, avec les premiers bataillons disposés en échelons, le centre en avant, s'élance dans la tranchée, la franchit à la tète de ses soldats et leur donne Texemple en pénétrant par une embrasure jusqu'à l'ennemi qaché derrière les parapets. La

mitraille ni la canonnade n'ont ralenti cette vigoureuse attaque, à laquelle cède l'obstination des Maures. Le troisième corps avait, de son. côté, réalisé Tespoir du général en chef, en se précipitant sur le flanc de la droite marocaine, dont elle occupa les tranchées. Ce mouvement décisif et la lutte suprême engagée dans les retranchements durè^ rent une demi-heure.

La bataille était gagnée et les Marocains se dispersaient en gravissant les pentes de la montagne; le général major Henri O'Donnell, commandant la deuxième division du deuxième corps, alla déloger les derniers défensem*s de la tour Djilali et des hauteurs voisines. Deux drapeaux, la tente de Moulé-Ahmed, 8 canons furent les trophées de cette victoire, et Tarmée campa sous les tentes mêmes du camp des Maures, encore rempli de ses approvisionnements. Elle compta 800 hommes tués ou blessés; Tennemi avait essuyé un perte plus considérable.

Les deux cherifS) ayant traversé Tétouan dans leur fuite, ibandonnaient lâchement cette ville au désordre et au pillage des soldats et des Berbères. Aussi le lendemain, une députation dés Maures vint demander à O'Donnell une protection contre ces brigandages, dont les Juifs étaient particulièrement victimes. Le général accorde à la place vingtquatre heures pour se rendre, et le 6, elle ojuvre ses portes à l'armée espagnole, qui en prend possession dans l'ordre le plus parfait, sans commettre le moindre excès. On y trouve 80 pièces d'artillerie et des munitions de guerre en grande quantité. Une mosquée fut convertie en église, sous le- titre deN.-D. de la Victoire, et les vainqueurs, sans blesler aucunement d'ailleurs la liberté religieuse des musulmans, y rendirent à Dieu des actions de grâces.

Quand on apprit en Espagne que le drapeau de Castille

flottait sur la casbah de Tétouan, ce fut une indescriptible explosion d'enthousiasme. Les manifestations populaires les plus spontanées et les plus ardentes exprimèrent la joie universelle de la nation, qui, naguère divisée, n'avait plus qu'un cœur et qu'une ime. Nous n'avons jamais vu en France de démonstration aussi délirante. Les journaux espagnols nous arrivaient entourés d'un encadrement triomphal; longtemps, isous la rubrique : fnttKiosmo (fe Iq& provincias^ ils nous apportèrent le récit des fêtes qui traduisaient le sentiment national jusqu'au fond des sierras les moins connues; nous prenions part avec complaisance aux moindres d'entre elles, aussi bien qu'aux plus éclatantes de la capitale ; nous lisions les improvisations des poètes qui associaient à trois siècles et demi d'intervalle les deux Isabelle, et nous saluions les étendards conquis à Oran, par Ximenès, promenés par les étudiants de l'Université dans les rues de Tolède. N'était-ce pas le réveil d'un grand peuple, frère des Français par la religion, par la langue, ^t dont l'avenir devrait s'nssocier au nôtre pour la propagation de la civilisation chrétrenne et le soutien de nos intérêts communs?

Suite des faits militaires. — Le 9 février, Prim et Henri O'Donnell firent une reconnaissance sur le chemin de Tanger; mais le 11, des envoyés de Moulé- Abbas vinrent demander au général en chef, nommé duc de Tétouan, à quelles conditions il ferait la paix. Le général dit que c'était au gouvernement d'Espagne à fixer ces conditions, et il ajourna sa réponse au 17. Les députés revinrent, et huit jours leur furent accordés pour accepter les propositions espagnoles. Moulê-Abbas provoqua une entrevue, qui eut lieu le 23, entre lui et O'Donnell. Le ministre Mohammed-el-Khetib assistait le. cherif . Voyant ses interlocuteurs

peu disposés à subir la volonté de l'Espagne et a céder Tétouan, le duc se retira et annonça là reprise des hostilités.

La joie répandue en Espagne par la victoire fut altérée à la nouvelle que le 1 1 février, une sortie de la garnison de Uelilla contre les Beni-Zidel lui avait mis plus de 200 hommes hors de combat. Par Tordre du gouverneur Buceta, malade en ce moment, une attaque avait été dirigée, le 7, contre les Kabyles, qui tiraient sur la place avec une pièce de 16 et une caronade. Des renforts, arrivés de Maiaga, . ce jour même , parurent suffisants pour que Ton demeurât sur les positions occupées, malgré le nombre croissant des Maures. Le 8 se passa en fusillades. Le 9 au soir, Buceta, qui était venu prendre le commandement, se retira plus malade; à huit heures, au signal d'un coup de canon, les I^abyles, poussant des cris affreux, se ruèrent dans les ténèbres sur les Espagnols, qui exécutèrent plusieurs charges à la baïonnette et combattirent corps à corps, à la lueur d'un blockhaus en flammes ; le tocsin de la place sonna la retraite, le gouverneur vint se jeter à la tète de ses troupes et chargea deux ou trois fois l'ennemi, sans autre résultat que l'enlèvement des morts et des blessés. Â deux heures du matin, la garnison rentrait dans ses murs , devant la multitude des Kabyles qui l'avait enfeloppée.

Le 26 février, l'escadre espagnole, sous les ordres de D. Bustillos y Barreda, bombarda les forts deLarache qui répondirent avec 33 canons, dont le feu ne put être éteint complètement ; le lendemain, ce fut le tour d'Ârzilla, qui n'avait que dix pièces. Malgré l'état de la mer, l'escadre causa des dommages graves à ces deux places; mais elle se retira à Âlgésiras, IsL teinpète rendant les opérations impra-

ticables contre Rabat et Salé. La prolongation de ces manvais temps retenait d'autre part O'Donnell dans une sorte d'inaction ; décidé à marcher sur Tanger, il prenait toutefois ses précautions et, avec raison, ne comptait pas sur les ressources de la contrée. Il demanda des chameaux de transport à Oran. Les flots furieux ne permirent pas d'exécuter entièrement ses desseins. Le 11 mars vit une afibire assez chaude, et qui aurait eu une grande importance si la nuit n'avait sauvé les Maures en déroute. Le 23, à la faveur d'un peu de calme, l'armée se mit en marche et livra, à une lieue de Tétouan, sur la route de Tanger, le combat de Gualdras, où les Marocains abandonnèrent de fortes positions devant les baïonnettes espagnoles. Cette victoire coûtait à l'armée chrétienne une cinquantaine de morts et 600 blessés { mais elle ouvrait la route de Tanger, du moins jusqu'au diflScfie passage d'Aïn-Djedida ou du Fondouk. On s'attendait à une marche rapide vers ce point, à une victoire nouvelle sur un ennemi dont la démoralisation se trahissait aux dernières affaires par l'abandon de ses morts, et à là chute prochaine de Tanger, quand on apprit que le 2S les préliminaires de la paix et une armistice avaient été signés par Moulè-Abbas et le général en chef. La reine les approuva le 28 à Madrid. Quelques jours auparavant, elle avait nommé marquis de Guad-el-Jelù (Oued-el-Klirelou), le général Ros deOlano; marquis de Sierra Bullonès, le général Zavala ; marquis de Los Castillejos, le général Prim.

Tel fut le terme d'une guerre dont nous avons retracé les principales opérations, sans détourner l'attention du lecteur sur certains détails, dignes pourtant d'être recueillis. La sympathie générale de l'Europe n^abandonna point l'armée espagnole : elle en avait un témoignage spécial dans h présence des officiers anglais, français, allemands, etc., qui

prirent part à ses fatigues et à ses dangers. Le duc de Nemours lui envoya son fils le comte d'Eu, qui renoua dignement les traditions de famille sur le sol africain ; Tarchiduc Maximîlien d'Autriche et Tarchiduchesse, sa femme, visitèrent le camp et Tétouan le 18 mars ; Mgr Scandella, évêque d'Antinoé, vicaire apostolique de Gibraltar, et des officiers anglais distingués vinrent de cette place au camp devant Tétouan, et en admirèrent la tenue. La presse européenne avait à Texpédition ses correspondants, chargés de satisfaire rintérét qu'y portait l'opinion publique en reproduisant, par la plume ou le crayon^ tous les faits, toutes les scènes dont ils seraient témoins. La civilisation marquait cette campagne d'un sceau merveilleux, déjà empreint sur celle dé Crimée. Ceuta et Tétouan étaient déclarés ports francs; Y Écho de Tétouan s'imprimait dans cette ville au lendemain de la prise ; les chemins de fer de Tétouan à Ceuta, de la mer à Tétouan, étaient à l'étude et des travaux commencés. Tandis que la barbarie marocaine se tournait contre elle-même et contre les Juifs, sujets de Sidi-Mohamlaed, les chrétiens venaient en aide à ces malheureux : la France donnait des ordres pour faciliter leur transport à Oran ; et ceux que l'exil conseillé par la prudence jetait sur le rocher de Gibraltar y étaient accueillis par la charité catholique et la philanthropie.

La Paix. — L'histoire politique et diplomatique de la campagne du Maroc ne saurait s'écrire aujourd'hui à la seule lumière des journaux et des documents officiels jusqu'ici publiés; une partie de la nation espagnole avait conçu ^ au début de la guerre, des espérances exagérées peut-être sur les résultats matériels, sur l'extension de territoire, fruits de la conquête. Le silence du gouvernement, l'importance des jpréparatifs militaires éveillèrent les susceptibilités de

rÂngleterre. Elle demanda des explications, et pressa le gouvernement espagnol au point d'obtenir successivement deux promesses qu'elle n'était pas en droit d'exiger : par la première, l'Espagne, au cas où elle occuperait Tanger, devait évacuer cette ville aussitôt après la ratification du traité de paix qui suivrait la guerre ; la seconde consistait dans cette déclaration du cabinet de Madrid : « que l'intention du gouvernement espagnol était de n'occuper aucun point sur le détroit dont la position serait de nature à donner i l'Espagne une supériorité dangereuse pour la navigation. »

Au point de vue de ses intérêts particuliers, on conçoit les prétentions comme les inquiétudes de l'Angleterre ; mais il UQ lui appartenait pas de fixer la mesure du châtiment que TEspagne devait infliger au Maroc, des satisfactions qu'elle devait prendre pour le passé, des garanties qu'elle jugeait nécessaires pour l'avenir. Les exigences de la diplomatie anglaise, la conduite de M. Prummond-Hay, Stradfort de Redclife au petit pied, dans la question marocaine ; sa persistance à demeurer à Tanger quand les autres consuls l'avaient évacuée, son identification, s'il est permis de s'exprimer ainsi, avec Mohammed-el-Khetib, froissèrent vivement le sentiment national des Espagnols, et il fallut tout le patriotisme que la guerre avait ranimé pour que les concessions du ministère ne fussent pas plus hautement frappées de réprobation dans l'opinion pubhque. On s'efforçait d'ailleurs d'interpréter les termes mômes de ces concessions au sens le plus favorable à l'indépendance du cabinet et aux idées de conquête : Tétouan n'était pas sur le détroit, et l'Atlantique avait des ports en face des Canaries. Le langage des journaux ministériels après la prise de Tétouan, une dépèche du général en chef à la suite de sa première entre-

vue avec Moolé-Abbas (1), la manière même dont l'Espagne s'installait dans la ville autorisaient, il faut le dire, les interprétations et les espérances plus ou moins raisonnées des Espagnols. La publication des préliminaires de la paix causa donc un désappointement presque général et du mé« contentement à une partie de la nation.

Neuf articles contiennent les bases posées dans ces préliminaires : Art. I. Cession à l'Espagne du territoire au delà de Ceuta jusqu'au ravin d'Ândjera. Art. II. Cession à l'Espagne, a SantorCruz de Mar la Fequegna^ du territoire suffisant pour la formation d'un établissement comme celui que l'Espagne yapossédé pour la pèche (2). Art. III. Le cherif ratifiera dans

(I) « Se ha dado principio a la discussion por el punto concer- Diente a la eésûm de la dudad de Teiuan. £1-Rclib ha manifestado qoe se les era imposable concéder lo que se les exigia. Di yo por ter» minada la erUrevista y me levante. »

(t) Marmol ni Diego de Torrès ne parlent de SantorCruz de Mar la Peqaegna ou minoty qu^il faut distinguer de SantorCruz de Cabo de Agua. Cette * dernière est la ville portuiçaise , dont nous avons parlé tant de fois. La première^ qui eut moins d'importance, s*élevait plus aa sud. C'était un établissement fortifié, fondé par les Espagnols des Canaries, au xv* siècle, pour protéger les pêcheries sur la c6te, et il fût pris par les Cherifs, vers \ 524. Dans les temps suivants de guerre ou d'anarchie, beaucoup de Berbères se réfugièrent aux Canaries, et ils furent exceptés des décrets de bannissement portés contre les Maures, sujets de l'Espagne. Quand la piraterie barbaretqoe eut acquis son plus grand développement, on sentit combien la possession d'un point fortifié sur la c6te aurait été utile en face des Canaries. En 4586 et 4587, l'archipel eut beaucoup à souffrir des attaques des corsaires. Lancerote fut saccagée, la population de Téguise^ sans excepter la familie du gouverneur, réduite en esclavage. L'an 4 64 S vit une semblable catastrophe. Ces détails nous sont donnés dans une note de Galderon, p. 337, et réparent une omission dans notre propre travail. La pêcherie que nous avons nommée, pag. 576, est sans doute celle de Santa-Crux de Mar la Pequegna. Voir aujsi les Iles de l'Afri'

le plus bref délai la convention relative aux places de Helilla, Pegnon de Yelez et Alhucemas, que les plénipotentiaires d'Espagne et de Maroc ont signée à Tétouan le 24 août 1S59. Art; IV. Comme indemnité des frais de guerre le Maroc payera à TEspagne 400 millions de réaux (100 mfllions de francs) . Art.Y . Tétouan et son territoire resteront au pouvoir de l'Espagne jusqu'à l'entier payement de Tindemnité.Ârt.YI.Un traité de commerce assurera à r£spagne,pour le présent et l'avenir, lé traitement de la nation la plus favorisée. Art. YH. Le représentant de l'Espagne au Maroc pourra résider à Fez ou sur le point qu'il jugera le plus favorable à l'accomplissement de sa mission. Art. VHI. L'établissement à Fez d'une maison de missionnaires espagnols comme celle de Tanger sera autorisée par le cherif . Art. IX. Deux plénipotentiaires rédigeront à Tétouan, avant l'échéance de 30 jours, les articles définitifs du traité de paix.

Ces préliminaires ratifiés le 26 avril restreignent-ils le but que le ministère O'Donnell s'était d'abord proposé. Nous nous abstiendrons de prononcer sur le fait, comme sur l'op* portunité de ces restrictions. Des raisons inconnues ont peut-être pesé sur les décisions ministérielles. La déplorable tentative du comte de Montemolin vient encore épaissir l'obscurité qui enveloppe la situation présente du cabinet de Madrid. Mais, nous le dirons sans vc^uloir blesser ni flatter en Espagne aucun parti, l'expédition du Maroc a obtenu un grand résultat, l'essentiel à nos yeux, le résultat moral, qui n'est pas le bénéfice d'un parti, mais le triomphe de la nation elle-même, une preuve de sa vie et de sa force, un gage de son avenir. L'Espagne a donné lieu de constater l'infério-

que, par M. d^Avezac; rétablissement de Mar menor de Berberia, y parait en 4468, p. 463, Univ. pitt.

rite du Blaroc et rimpuissance de son fanatisme excité cepen* dant par tous les moyens. Les marabouts avaient prêché au loin la guerre sainte, et il semble que les Maures aient rêvé le retour à Cordoue et à Grenade : car ils promenèrent proeessionnellement à Rabat, assure-t-on, les clefs de Cordoue qu'ils s'imaginent posséder dans ce port, comme celles de Grenade à Fez. L'humiliation du Maroc affaiblira le préjugé 4e&Afriçiûns qui, en Algérie môme, suj^posent des iGherifs ipfinî^nt plus IcMrts que nul des souverains européens.

S^nsdauteFEspagne pouvait prendre Tanger, y signer la ij^ni^ là des conditions un peu différentes de celles du traité de TrétoWti, <ou continuer la guerre, une guerre de conquête. Nous voulons ^supposer que la question européenne soulevée par làimôman'eùt pas entravé ses desseins ultérieurs : mais était->>il sage à elle de s'engager dans une lutte indéfinie ? fi^^e en mesure de suivre les conséquences d'une occupatipurd'abord restreinte, et s'élargissant ensuite piar la force dasidhoses, comme celle des Français en Algérie et' des AnjgUisdansrinde? Peut-elle, en un mot, conquérir et garder lie Maroc, ou tout au moins le royaume de -Fez P Nous ne croyons pas qu'elle le puisse aujourd'hui ; non pas, certes, iMite de courage ni d'habileté militaire, mais à cause de ses finauees.dont le 3 pour 100 est à 4*7, et qui s'épuiseraient en .fiais de guerre et de travaux publics, sans compensation immédiate, dans un pays où tout est à faire ; à cause des limites de sa population qui a besoin de croître encore pour soutenir en Afrique durant plusieurs années, pendant iO ou 15 ans peut-être, une année d'au moins 80,000 hommes, et fournir un nombre de colons proportionnel à la conquête ; i cause enfin des éléments de discorde politique qui malheureusement fermentent encore dans son sein.

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