POPULATION D*ORIGINE EUROPÉENNE
De 1843 à 1852, rimmigration européenne fut à peu prè8 nulle; on vit bien encore arriver isolément des artisans, des commerçants^ des honunes de toutes professions, mais non plus des navires chargés de ces Basques français ou espagnols, de ces Italiens, journaliers ou agriculteurs, qui avaient fourni naguère les bras nécessaires aux grands travaux de l'agriculture et de Tindustrie. Les nouveaux venus allaient généralement h Buénos-Ayres, car la Bande-Orientale, livrée au régime militaire, inintelligent et brutal de Tinvasion, n'offrait ni sécurité ni garantie, et Montevidc^o restait assiégé. Pendant quatre années, de 1848 à 1631 inclusivement, Buénos-Ayres profita large* ment des malheurs de sa rivale, et lui enleva une partie de sa population.
La chute de la dictature, à la bataille de Monte-Caseros (3 février 1862), rétablit l'équilibre, et Montevideo se repeupla. Tout annonçait des jours meilleurs, lorsque les nouveaux troubles suscités à Buénos-Ayres par la déplorable révolution du 1*' septembre 1852, cent de Montevideo eii 1853, firent craindre à la perpétuité des discordes civiles sur les deux i*ives de la Plata, et ameneîrent la dissolulion de plusieurs sociétés d'immigration qui venaient de se former. On ne recommença à croire à la paix que lorsque Ton vit les provinces argentines, ne se préoccupant point de l'isolement volontaire de Buénos-Ayres, s'organiser sur une base large et solide, discuter paisiblement et proclamer leur constitution au congrès de Santa-Fé, et mettre enfin à la tête de la nation l'homme de sens et de cœur qui, après avoir renversé la tyrannie, s'était fait le premier soldat de
Au liège de Montevideo^ en 1843, ce furent 1rs souvenirs de 1829 et de 1839 qui poussèrent les étrangers à prendre les armes pour défendre la ville conjointement avec la garnison orientale. Ib s'organisèrent en trois corps, Fran<^ais, Basques et Italiens, sous les ordres des coloada Thicbaut, Brie et Garibaldi. Malgré la mort du premier, en 1850, et le départ du tmitiénie pour ritalie, en avril 1848, ces trois corps tinrent bon jusqu*à la pacification du I octobre iS51. — Il est vrai de dire que cette longue résistance avait d*abord été eucouiifèe par Tintervention commune de la France et de TAngleterre, au commencement de 184S; ma» lorsque l'Angleterre retira son action, eu 1847, sans avoir rien obtenu de Bosas, cl que la France, sans cesser absolument de soutenir Montevideo, s'obstina dans la voie de BCfDcîations qui semblaient devoir être idterminables, la résistance de la ville et de sa garaiion fat tout aussi tenace qu'au commencement du siège. Cependant, à partir de ce ■MMOl (1847), nne partie de la population étrangère, fatiguée de la durée de la guerre, s'ciila graduellement de la ville pour chercher du travail ailleurs, et se répandit ainsi dans
M ^pie BOUS l'avons raconté dans notre Introduction, ce fut la levée de boucliers du ^ tJrquiza contre Bosas qui mit à fin la guerre dans l'État-Oriental et délivra Monte. fidfo.
la loi. Le général Urquiza une fois président de la Confédération argentine, on put compter sur Tavenir, et les immigrants reparurent (1).
L'ouverture des grands fleuves considérés désormais comme mers, et garantie par des traités avec les principales nations commerçantes du globe, témoigna hautement du désir qu'avaient les Argentins de se mettre en contact intime avec le reste du monde. Cette grande mesure mit fin au système égoïste né des préjugés coloniaux qui avaient monopolisé jusque-là la navigation fluviale en faveur des deux seuls grands ports de la Plata, Buénos-Ayres et Montevideo. Entraîné par l'exemple de la Confédération, l'État-Oriental adopta les mômes principes, auxquels Buénos-Ayres, fraction dissidente de la nation, ne se conforma qu'avec ime mauvaise humeur mal déguisée. Dès lors le mouvement était imprimé : l'agriculture, l'industrie, le commerce, la navigation, tout naquit, poiu* ainsi dire, à la fois et grandit avec une rapidité qui tint du prodige. Il faut avoir vu le pays tel qu'il était en 1852 et le voir ce qu'il est aujourd'hui (1859) pour se faire une idée du progrès accompli en six années. L'immigration devait nécessairement se ressentir du nouvel état de choses, elle reprit en effet son cours; d'ailleurs la constitution en avait pro-
(I) Ce va-et-vient de rimmigration exige uiie explication particulière : — De 1838 à 1853, c*e8t4-dîre pendant les seize années qu*ont duré la guerre contre Rosas, les rivalités armées de Montevideo et de Buénos-Ayres, les querelles de celle-d avec les provinces, une partie de la population de ces deux villes, aussi bien nationale qu*étrangère, a été flottante, se reportant tour à tour sur celle des deux rives de la Plata qui était la moins agitée et inspirait le plus de sécurité. Eu pareille occurrence, les immigrants nouveaux venus ne pouvaient prendre racine nulle part, et se transportaient là où ils trouvaient du travail, tout en cherehant k s'éloigner le moins possible des deux grands centres de la population étrangère de la Plata, Buénos-Ayres et Montevideo.
De 1836 jusqu'à Tépoque du siège, en 1843, Montevideo avait été le centre, la capitale, pour ainsi dire, de fimmigration étrangère dans la Plata; depuis 1848, Buénos-Ayres Test devenue à son tour et Test restée jusqu'à l'époque actuelle ; mais les provinces de l'intérieur, qui n'avaient reçu que fort peu d'immigrants, les ont vus afQuer à partir de 1854. Malheureusement cette immigration n'est pas encore assez considérable, relativement à l'immensité du pays qu'il y a à peupler. Elle n'en est pas même arrivée, en moyenne annuelle, pour toute la Plata, au chiffre brillant de 14,060, qu'elle avait atteint pour Montevideo seul en 1842.
Les Compagnies d'immigration qui s'étaient formées immédiatement après la chute de Rosas, en 1852, ont été momentanément découragées par les événements ultérieurs, tels que la révolution de septembre, les discordes de la Bande-Orientale, etc., etc., et n'ont repris que lentement leurs opérations.
Nous reviendrons d'ailleurs en partie sur ces événements, lors de la classification des immigrants et dans la chronologie raisonnée (tome Iir.