‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 101 sur 285 · POPULATION D'ORIGINE EUROPÉENNE. 2ZC · texte numérisé non relu

POPULATION D'ORIGINE EUROPÉENNE. 2ZC

clamé Vutîlité et imposé au gouvernement le devoir de la protéger.

— L'administration du général Urquiza n'y manqua pas. Nonseulement elle patrona et favorisa toutes les publications tendant à faire connaître le pays, son état et ses ressources, mais encore elle fit les premiers frais de plusieurs expéditions de colons qui trouvèrent sur le sol argentin une large et bienveillante hospitalité. Nous verrons bientôt quels établissements se sont créés sous cette bienfaisante influence.

Un des principaux caractères de l'immigration, depuis 1833, c'est le grand nombre de gens qui viennent aux rives de la Plata h peu près sans espoir de retour. Jadis on ne songeait guère à venir ou Amérique que pour y faire fortune et s'en retourner au plus vite en jouir dans sa patrie. Il est vrai que cette espérance se réalisait peu, et que si, regardant autour de nous, nous cherchons ceux qui, depuis trente ans, ont pu regagner la patrie avec une fortune acquise, le chiffre n'en arriverait pas à un sur mille. Effectivement, sauf quelques circonstances heureuses tout à fait exceptionnelles, la fortune est bien difficile à gagner pour ceux qui arrivent s^uis capi- Uil ; et ceux qui en ont un le perdent souvent, dès le principe, par leur inexpérience du pays, par de fausses spéculations. Quelquesuns parviennent, il est vrai, à se refaire une position meilleun* et quelquefois même brillante ; mais pour cela il faut du temps.

Or, pendant que ces années s'écoulent, le souvenir du pays, si vif dans les premiers moments, va s'effaçant peu à peu; les parents, les amis d'Europe vous oublient, ou leurs lettres deviennent plus rares; l'étranger, s'il est célibataire, se marie le plus souvent avec une lille du pays; les enfants nés Sud-Américains veulent demeurer tels.

— Au bout de vingt ans de séjour, on est devenu, sinon étranger à l'Europe, du moins plus habitué à l'Amérique, où l'on a une nouvelle famille, de nouveaux amis, de nouvelles relations, où h» climat vous sourit sans cesse, où des occupations toujours renaissantes et généralement plus lucratives vous absorbent. Et puis la facilité actuelle des communications avec l'Europe, à l'aide de la navigation à vapeur, permet de faire de temps à autre des voyages qui rendent moins pénible encore l'éloignement du lieu natal. On peut ainsi l'aller saluer de temps à autre, et le séjour du Nouveau Monde eu devient par conséquent très-tolérable.

Dans la Plata, tout se passe exactement comme nous venons de le dire. En outre, dans les grandes villes du littoral, Je nombre des

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étrangci*s est aujourd'hui si ponsidétuble que chacun s'y retrouve dans un milieu accoutumé, et qu'il semble qu'on n'ait quitté qu'à moitié rEurt)pe. En effet, malgré les guert^s civiles et étrangères, malgré les troubles de toute espèce, les désastres commerciaux, le bassin de k t^latà est encore, de tous les pAys de l'Amérique du Sud, celui qui renferme le plus d'étrangers. Ceux-ci forment le tiett de la population des villes de Buénos-Ayres, Montevideo, Rosarin, Parana, Gualeguaychu, etc. Ils constituaient, en 1882, le quart de la population de l'Etat-Oriental, et font en ce moment le cinquième de celle de la province de Buènos-Ayres. Les receusements ne sont point assez complets pour que nous pUissious eu donner le chifi^ général exact (voir aUx notes et documents); mais nous pouvons hardiment l'évaluer aujourd'hui à cent vingt mille au moins. D'ailleurs le couraut d'immigration eSt établi, faible encore sans dout« (douze mille au plus par an pour toute la Plata), mais continu, et tout porte à crolrê cju'il augmentera riapidement.

Un fait heureui pour l'avenir .du pays doit être signalé, c'est que généralement l'émigrant ne se bofne plus à Venir seul, il amène sa famille; c'est donc un citoyen futur assuré à la république, surtout s'il se fijce à la campagne ; t^ les enfaUts Isidoptent immédiatement la vie des nationaujc, manient comme eux le lazo, tes bolas, manœuvrent un cheval avec la mètne hardiesse et la même habileté, et Songent ensuite à devenir par leur travail propriétaires du sol qu'ils ne quitteront plus.

Pendant longtemps les étrangers eurent la manie de se flxei^ exclusivement dans les villes, et il faut avouer que la triste réputation des cabipagnes, au point de vue de la sécurité personnelle, n'était pas faite pour les attil^t^. Les grandes guerres civiles ayant cessé depuis tantôt diï ans, les incursions d'Indiens ét^mt devenues plus rares, ils Se sont enfin aventurés dans l'intérieur. Us ont compris que l'exploitation du sol leur offrirait un jour plus d'avantages, une position de fortune plus flïe cjue l'exercice d'un petit commerce, d'une petite industrie dans une des grandes villes du littoral, où la concurrence dans toutes les professions et tous les métiers devient chaque jour plus considérable, et où les crises connnerciales sont si fréquentes et si désastreuses.

Voici en efffet ce qui arrive t l'immigrant nouvellement débarqué, impressionné par les récits exagérés et souvent contradictoires qU^on Itti fait de la situation de l'intérieur, de la vie qu'on e^ forfeé d'y mener, se résout d'abord à demeurer sur le littoral. Mais ces frayeurs

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s'évâDouissent lorsqu'il connaît mieux le pays, et il est à remarquer que presque tous les étrangers, établis aujourd*hui dans Tîntérieur des provinces argentines, ont vécu longtemps à Buénos-Ayres ou à Montevideo avant de se décider à aller porter plus loin leur expérience et leur industrie. Généralement ils se sont très-bien trouvés de cette résolution et se sont fait dans l'intérieur une position que jamais m Buénos-Ayres ni Montevideo ne leur eussent donnée.

Cette émigration, du littoral de la Plata vers les provinces argentines, est un fait récent, car il ne date guère que de 18Î54. C'est le résultat de la confiance qu'inspirent l'administration actuelle et le nom du magistrat éminent qui la préside ; c'est aussi l'effet d'une connaissance plus répandue des ressources de ces provinces et des (excellentes dispositions de leurs habitants à l'égard de l'étranger. Partout il y a considérablement à faire dans ces régions, et les bras manquent; une foule d'industries ordinaires et de nécessité premier*^ sont absentes faute de gens pour les exercer; il y a donc place pour cette multitude d'artisans que la concun^ence laisse quelquefois sjuis travail à l'entrée de la Plata, et qui trouveraient facilement à se faire une position meilleure à San-Luis, à San-Juan, à Cordova, Tucunian, Mendoza, etc., etc..

Sans doute les villes populeuses du littoral, telles que Montevideo, Buénos-Ayres, llosario, ont un vif attrait pour le nouvel arrivant, qui s*y tfouve entouré de compatriotes; mais il faut qu'il sache bien que les dépenses y sont très-fortes, et que si le salaire est plus élevé que dans l'intérieur, il en reste peu de chose, sinon rien ; qu'il est presque impossible à Tartisan ou au petit commerçant d'y devenir propriétaire , à cause du haut prix des terrains; et qu'en somme, au bout de plusleui's années de tmvail suivi, il n'est guère plus avancé qu'au premier jour, tandis que dans les villes et bourgs de» rîntérieur il eût pu facilement se former un établissement auquel le temps aurait donné une valeur réelle.

Dbns les villes, l'artisan, le journalier, trouvent généralement à vivre. La domesticité, dont les gages sont très-élevés, est une ressoUi*Ce précieuse pour les hommes et surtout pour les femmes européetmes, ordinairement plus travailleuses et plus habiles que les femmes dé couleur qui autrefois composaient exclusivement la partie féminine du service des maisons argentines. Les grands travaux industriels cjtll se sont développés emploient beaucoup de bras; mais les fluctuations mêmes de ces travaux, tour à tour repris ou abandonnés, suivant les circonstances, rendent précaire la situation des tra-

vailleurs et contribuent à former, à Buénos-Ayres principalement, une masse de population flottante analogue à celle des grandes villes de l'Europe, où cette population môme est devenue un embarras et un danger. Cette accumulation de véritables prolétaires sur un seul point est le premier fait de ce genre dans la Plata et doit donner à réfléchir au gouvernement; heureusement le danger ne fait que commencer encore, et l'immense étendue du sol fournit les moyens de le conjurer.

Si le journalier, le manouvrier, trouvent généralement à vivre ; si l'artisan est, en quelque sorte, maître de son travail, puisqu'il peut porter son industrie où bon lui semble et qu'il trouve partout à l'exercer, il n'en est pas de même de cette foule de gens sans état, ou à peu près : commis, professeurs, hommes d'affaires, gens ruinés en Europe, déclassés enfin, qui viennent demander au nouveau continent une position que leur refuse l'ancien. Ceux-ci sont les plus à plaindre, car ils n'ont pas toujours la philosophie et le courage nécessaires pour se mettre à n'importe quel travail, et ils restent le plus souvent aux prises avec la misère, ou du moins avec une affligeante médiocrité. Dans un pays nouveau conune la Confédération argentine, où tant de choses sont à créer encore, il, a fallu et il faut commencer par le principal, par les arts économiques et industriels les plus essentiels à la vie sociale ; rien donc, dans ces contrées, ne vaut un bon état manuel, qui non-seulement nourrira toujours celui qui l'exerce, mais le conduira même à une honn^t^ aisance s'il est sobre, économe et laborieux.

L'immigrant agriculteur sera même plus heureux, car, si les commencements sont dui's pour lui, si des fléaux terribles, tels que la sécheresse et la sauterelle, viennent de temps à autre éprouver sa patience, il finira toujours, au bout de quelques années, par avoir un champ fertile, un jardin bien planté d'arbres fruitiers, une maison propre et commode, quelques bestiaux, tout ce qu'il faut enfin pour assurer l'aisance de la vie des champs, et même quelques piastres en réserve pour parer aux accidents imprévus. Plus tard il pourra donner de l'extension à ses travaux, aborder les cultures industrielles, et, grâce à son intelligence agricole et à son activité, devenir un fermier presque opulent, alors qu'en Europe il eût éternellement lutté contre une situation voisine de la misère. Comme nous l'avons déjà dit en parlant de l'agriculture argentine (tome I, page 560), c'est là qu'est l'avenir du pays, c'est dans l'exportation du tabac, du coton, du sucre, de l'eau-de-vie, etc., que se trouve-

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