CHAPITRE IV
Population d'orif^lne africaine.
En 1702 seulement, furent introduits les premiers noirs de traite dans le bassin de la Plata. Ce n'est pas qu il n'en fut venu un assez grand nombre dès le principe;, mais ils y étaient venus isolément, en compagnie des maîtres qui les amenaient . — En 1715, peu de mois après la ratification du traité d'Utrecht, les Anglais obtinrent
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de l'Ëspagno le monopole de la fourniture des esclaves uoirs mx colonies espagnoles et la permission d'établir sur différents points des factoreries à cet effet. Buénos-Ayres fut im de ces points. Us y envoyèi^nt annuellement quatre navires portant environ douac cents noirs, dont la valeur pouvait être exportée en produits du pays, comme marchandises de retour, Ce ti^té dura ju$qu'en {728, époque d'une rupture entre TEspagne et FAngleterre, rupture cau^ séo surtout par la contrebande éhontée que faisaient les navires anglais dans la Plata, et que les gens du pays favorisaient de tout leur pouvoir, attendu qu'eÛe les pourvoyait d'une foule d'objets m^ uufacturés dont le commerce de la métropole ne les fournissait qu'à des prix exortûtants. Cependant, pour ne plus se faire pai* navii*es iuigûis, riinportation des noirs n'en continua pas moins, mais sur mie inoindre échelle.
La race africaine fut répartie dans différentes provinces de la Plata, mais plus particulièrement sur le littoral et à Gordova. Le grand nombre d'Indiens soumis qui existaient à l'intérieur rendait inutile, en effet, l'introduction des bras esclaves dans les provinces du Nord et des Andes.
Lors de la déclaration de Tindépendance, Tesclavage ne fut aboli ni de droit ni de fait; et jusqu'à la suppression de la traite des noirs, on continua d'en introduire un assez grand nombre à Buénos-Ayres et à Montevidoo, dans cette demièi*e ville surtout, tant qu'elle fut occupée par les Portugais et les Brésiliens. On y Ut même venir 4^ uoii>i, à titre de colons, après la proclamation de l'abolition de la traita; mais cette traite déguisée ne dura que peu de temps, et, à partir de 1823, la côte d'Afrique n'envoya plus aucun esclave dans la Plata. Les seuls qui y furent encore introduits l'étaient par de^ propriétaires brésiliens ayant des estiuicias dans la Bande-Orientale ou des saladeros autour de Montevideo, et qui, pour exploiter ces établissements, amenaient leurs propres esclaves de la province de Uio- Grande.
La constitution orientale proclamée eu 1830 admit eu principe l'abolition de l'esclavage et proclama la liberté de tous les fils d'esclaves qui naîtraient à dater de cette époque ; mais l^esclavage continua de subsister pour ceux qui étaient nés antérieurement, et même les enfants qui dès lors naissaient libres devaient rester j/m^ qu'à l'âge de vingt ans en patronat, c'est-à-dire sous la tutelle des maîtres de leur mère. En 1842 , au mois de décembjpe, Vabolbio» pure et simple de Tesclavage fut décrétée par le gouvernement on«H
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tal : U est \Tai qu'il s'agissait alors (l'eurâler tous h^ esclaves pour grossir la garnison de la ville dont on prévoyait le siège prochain. Nous ^jouterons que Tindemnité promise aux propriétaires est encore à payer.
Dans la Gonfédémtion , rabolition de Tesclavage n'eut lieu que graduellement, par des libérations successives, et oUe ne fut réelle* ment consacrée que par la constitution de 18S3, qui établit (chapitre I, art. 13) : « U n'y aura plus d'esclaves dans la Confédération a argentine. Le petit nombre de ceux qui existent encore sera H* « bre le jour du serment prêté h cette constitution, et une loi spéciidr « déterminera les indemnités auxquelles donnera lieu leur affran- <c ehissement. Tout contrat de yente ou d'achat de personnes est ré- « puté crime , duquel seront responsables les personnes qui le com^ « mettront et les fonotionniùres publics qui y prêteront leur minisii 1ère. » -T- Toutefois, lorsque cet article fut proclamé, il n'y avait &à réalité plus d^esclaves ; car, ainsi que nous venons de le dire , cette institution était tombée de fait, sinon légalement, par les a&anchissements, par l'eprûlement des hommes, par les extinctions ualurelles* Sous lu dictature même, ou avait beaucoup flatté la classe de couleur, qui était devenue ainsi un de ses plus ardents soutiens, et qui combattit jusqu'à la fin pour ce régime.
Au Paraguay, l'esclavt^e existe encore, quoiqu eu 1848 il ait été (dmli en principe. A cette époque, en effet, un décret du gouveruo'meut proclamait la libei*tad de vienh'es^ c'est-à-Hiii*e la liberté de^ enfants à venir; mais en même temps il les maintenait en patronat^ c'est^-dire en esclavage déguisé, jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Quant aux esclaves existants , ils doivent l'être toute leur vie , à moins d'être affiranchis par leurs matties.
Pendant un siècle que dura l'importation des noirs dans le Rio do la Plata, le nombre en fut réellement peu considérable, aloi's qiu* dans les colonies espagnoles du golfe du Mexique, il était quadruple de celui des blancs, et que sur la Terre-ferme, au Pérou, au Chili^ Il était encore assez élevée A là Un du siècle dernier, au Paraguay ^ où la population totale était de 97^000 âmes, y compris les Indiens et les métis^ Amtsi comptait 100 blancs pour 20 hommes de coih leur^ et parmi eeux-^i^ près de deux sur trois étaient libres. — Dans la Tille de Buénos-Ayjres^ la propoi*tion était diféi^eute : en 1770^ an I eonpq»tait près de 6,000 gens de couleur des deux sexes , sur uAe population totale de 22^000 âmes; — En 1778, sur S8, 000 âmes dans lavlUe et la campagne de cette même province, on comptait i
4,173 mulâtres et 4,745 noirs > — à Cordo^'a, en 1779, ce uonibi-e s'élevait à 7,000 environ sur 44,000 âmes. — Ou voit que, eu égard à la population, qui aloi's ne comptait guère que 300,000 Ames pour tout le littoral et la province de Cordova , la proportion des personnes de couleur ne dépassait point le dixième, soit 30,000 tout au plus ; mais il faut remarquer qu'on ne parle pas ici des métis d'origine indienne, et qu'il s'agit seulement des individus d'origine africaine, noirs purs, mulâtres, ou sambos, c'est-à-dire provenant de l'union du nègre et de l'Indien.
C'était donc principalement dans les villes de fauénos-Ayres , de Montevideo et de Cordova, que les gens de couleur proprement dits s'étaient accumulés; ils y remplissaient tous les emplois de la domesticité , car, à cette époque , aucun blanc n'eût accepté une fonction servile, quelle qu'elle fût. Un tiers était esclave; les deux autres tiers, par suite des affranchissements, étaient libres. Du reste, comme dans toutes les colonies espagnoles, l'esclavage était extrêmement doux dans la Plata, plus doux peut-être que partout ailleurs, ù cause de la simplicité de la vie des habitants et de leur peu de besoins , même dans les villes. L'absence d'ambition , l'abondance des aliments de première nécessité dont on se contentait, rendaient le travail des esclaves très-modéré, et l'insouciance à peu près géuénile pour une bonne installation domestique, pour un service dr. maison bien fait, contribuait encore à l'indulgence dont ils étaient l'objet. A la campagne, le maître et le valet vivaient aussi bien ou plutôt aussi mal l'un que l'autre, et par conséquent ce dernier n'avait pas à souffrir de la comparaison de son sort jivec celui de son pati*on.
Le préjugé de la couleur n'en existait pas moins dans toute sa furce. Les mulâtres et leur descendance, quoique libres, ne pouvaient remplir d'emplois publics. La législation les mettait même au-dessous des Indiens. Mais l'opinion publique les plaçait avec mson au-dessus de ceux-ci pour l'intelligence et l'aptitude au travail. — Le quaileron, provenant de l'union du mulâtre et du blanc, Toctavon môme, provenant de l'union du blanc avec le quarteron, malgré la blancheur de leur teint et leurs apparences tout à fait caucasiennes^ étaient considérés comme appartenant à la classe de couleur, mais seulement parce que l'on connaissait leur famille; de même qu'aujourd'hui encore, dans les provinces du Nord, on traite de Cholas^ c'est-à-dire de descendantes de races indiennes mêlées, des femmes parfaitement roses et blanches, chez lesquelles il ne