‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 105 sur 285 · POPULATION D'ORIGINE AFRICAINE. - MÉTIS · texte numérisé non relu

POPULATION D'ORIGINE AFRICAINE. - MÉTIS

mais leur éducation militaire exige, dans le principe surtout, de la patience, et il faut, sans y mettre une rigueur excessive, maintenir avec soin une discipline qui tend sans cesse à se relâcher.

Cet emploi des noirs et des gens de couleur au service militaire, depuis quarante années, en a singulièrement diminué le nombre. l']n effet, il n*existe certainement pas aujourd'hui le tiers du chifiBre total des noirs qui existaient en 1810.

Les mulâtres clairs se sont fondus en grande partie datls le reste de la population, et ne peuvent plus figurer à part. Quant aux Samhos^ produits du nègre et de Tlndieti, aux Saltchatras^ mulâtres plus foncés, produits du quarteron ou dii mulâtre avec le noir, on les Confond tous dans la classe de couleur désignée sous le nom de Par^ dos (obscurs). Par euphémisme et par politesse à la fois, on traite les noirs de Mùrmos^ bruns.

Indépendamment du service militaire, diverses causes expliquent i4l(*dre la diminution gi*aduellc de cette classe : d'abord, la race afriiîiine, comme la race indienne, est moins reproductive que la race caucasique ; ensuite, mi bien plus grand nombre d'enfants succombent dans le jeune âge ; beaucoup de négi'esses et de mulâtresses sont emportées par la phthisie pulmonaire ; leur période de fécondité est moins longue enfin que chez la femme blanche. On peut donc prévoir un temps où cette race, que la traite ne renouvelle plus, disparaîtra tout à fait dans la Plata, autant par sa destruction que par une transformation graduelle, suite de son mélange avec le sang caucasien.

Il nous serait bien difficile de donner ici des chiffres entièrement elacts sur le nombre actuel des gens de couleur dans la Plata. Les seules sources où Ton pourrait puiser quelques éléments statistiques sur ce point sont les registres des mariages, naissances et décès, conservés dans les églises, et dont nous avons fait l'examen, chaque fois que cela nous a été permis ; cependant, par suite de leur irrégularité, nous ne pouvons compter sur les résultats. Sous Tadministration espagnole, comme aujourd'hui encore dans quelques provinces, on inscrivait à part les gens de couleur, mais on y comprenait aussi les Indiens; d'un autre côté, parmi ces mêmes gens de couleur se trouvent môles un très-grand nombre de blancs, inscrits là parce que les parents ne voulaient pas payer les droits d'église, plus élevés pour la sangre iioble^ le sang noble, c'est-à-dire blanc, que pour les autres. Il y a donc impossibilité presque absolue d'arriver à un résultat de quelque valeur ; en effet, une statistique exacte exige-

rail un immense travail et le dépouillement minutieux de livres souvent incomplets, presque impossibles à lire.

Ce qui résulte néanmoins de nos recherches, c'est la diminution très-rapide des races indienne et africaine pures, l'augmentation des races mêlées et le rapprochement également très-rapide de ces mêmes races vers le type caucasien représenté par les nombreux Européens qui affluent dans le bassin de la Plata, et dont les unions avec des filles du pays font prédominer de plus en plus ce type sur tous les autres.

Depuis i 83 3, les gens de couleur vivent entièrement confondus avec la population blanche ; ils exercent toutes les professions, sont propriétaires, ouvriers, agriculteurs. Quelques-uns, en petit nombre il est vrai, ont même acquis de belles fortunes. Les femmes s'occupent spécialement de couture, de blanchissage ; toutefois la majeure partie d'entre elles sont domestiques dans les maisons argentines, et servent à cùté des blancs, dont beaucoup remplissent également aujourd'hui les emplois de la domesticité.

Un bien précieux avantage du service des gens de couleur, lorsqu'ils sont bons, c'est l'attachement qu'ils prennent pour leurs maîtres et leur absence d'ambition, — timdis que le domestique européen, plus avide de gain, plus impatient d'améliorer sa position, s'agite sans cesse, change de maison à chaque instant, et, quelques avantages qu'on lui fasse, ne songe qu'au moment où il aura pu économiser quelques centaines de piastres pour établir un cabaret, une auberge, un petit commerce quelconque, où trop souvent il perd ce qu'il a gagné laborieusement. Le noir, de bon naturel et bien traité, vit et meurt dans la même maison et fait partie de la famille.

Quelques maisons sont assez heureuses pour conserver de ces vieux serviteui's, nègres ou mulâtres, qui ont vu naître les enfants, mourir les pères, et assisté à toutes les péripéties de fortune que les événements politiques ont fait subir à leurs maîtres, sons les avoir jamais abandonnés. L'affection, la fidélité, le dévouement de ces braves gens sont au-dessus de tous les éloges que l'on en pourrait faire.

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