CHAPITRE V
Population d'orlfrftn^ atiaUqne.
Cette population est jusqu'aujourd'hui nulle dans le bassin de la Plata, et si nous en parlons, ce n'est que parce que la cAte de l'océan Pacifique commence à recevoir un certain nombre de Chinois, et qu'aux Guyanes on a introduit des Indous. Cette introduction des Asiatiques dans l'Amérique du Sud est un fait entièrement nouveau et très-important, maintenant surtout que les traités avec la Chine et le Japon, le percement commencé de l'isthme de Suez, les guerres de l'Inde et de l'Indo-Chine, le développement considérable du commerce avec l'extrême Orient, viennent mêler si intimement les affaires de l'Europe avec celles de l'Asie, et que la vapeur, le télégraphe électrique uniront dans peu presque toutes les régions du globe et les rendront solidaires les unes des autres. — Il est impossible, en effet, que des relations plus fréquentes établies entre l'Europe et cette immense population qui compte au delà de cinq cents millions d'âmes pour la Chine, l'Indo-Chine et le Japon, n'amènent un jour des modifications considérables dans la balance commerciale et peutêtre politique du globe, et que le trop-plein de cette population exubérante ne se répande dans les contrées qui manquent d'habitants.
Or, quand on considère que le vaste continent de l'Amérique du Sud est presque désert, on ne peut se défendre de songer à l'influence que doit avoir un jour de ce côté l'introduction des races asiatiques, introduction qui se fera par la force des choses, malgré le peu de sympathie que ces mêmes races inspirent jusqu'à présent aux Européens et à leurs descendants. Déjà la Californie compte quarante mille Chinois ; le Pérou vient d'en recevoir un assez grand nombre ; toutes les lies de la Malaisie, les Philippines en particulier, en regorgent. Il est difficile que, dans cet immense empire de quatre cents millions d'àmes, où l'espace manque aux populations entassées, l'émigration n'aiUe pas en augmentant, et que, une fois les préjugés qui séparent encore les races blanche et jaune affaiblis par le contact et par les nécessités commerciales, il ne se fasse pas un grand mouvement de population, pour en mener le trop-plein vers des contrées où eUe manque, et où cependant la fertilité du sol, la
bénignité du climat, appellent la présence de Thomme. Or, toute la côte occidentale des deux Amériques se trouve dans ce cas, et il est probable que Témigration chinoise s'y dirigera un jour à flots pressés, comme elle s'est portée vers les lies voisines de la Chine, où elle trouvait déjà cependant une population indigène très-nombreuse et assez habile aux travaux de l'industrie.
Ceci, il est vrai, n'aura lieu que dans un certain nombre d'années ; vam le^ événements marchent vite dans le siècle oix nous vivons, et qe sera cartainement un fait important et curieux, que l'introduction gur une grande éohelle de cette race égoïste et exclusiye dans des con^ trées où son chiffre pourrait égaler promptement et dépasser peutêtre celui de la population nationale.
Aussi, en imposant au congrès (art. 64) l'obligation de protéger et de favoriser l'immigration, la constitution argentine entend-elle spécialement l'immigration européenne , ainsi qu'il résulte de l'article 25 ainsi conçu :
<t Le gouvernement fédéral encouragera l'immigration euro- K péenne. Il ne pourra restreindre, ni limiter,- ni grever d'aucun <& impôt l'entrée des provinces argentines pour les étrangers ayant en « vue de travailler la terre, d'améliorer l'industrie, d'introduire et « d'enseigner les sciences et les arts. i>
La constitution a vu avec raison dans les immigrants européens de futurs citoyens argentins, sinon par eux-mêmes, du moins par leurs enfants. Elle y a vu des habitants nouveaux, mais des habitants de même race, de même religion et bientôt de même langage et de mêmes mœurs, et qui, au bout de quelques années, seront fondus dans la masse de la nation et liés à elle par une communauté d'instincts et d'intérêts.
Dans les races asiatiques, au contraire, qu'elles soient de l'Indoustan ou de la Chine, persistent les préjugés locaux, l'esprit immobile de l'Orient, des religions hostiles au christianisme et des mœurs barbares au fond, malgré leurs apparences polies. Par conséquent, ces groupes de populations, au lieu de se fondre avec le reste, pourraient reconstituer un jour^une nation dans la nation, et c'est là un inconvénient que ne peut compenser l'avantage immédiat d'une immigration incontestablement habile et laborieuse, et dont les bras industrieux seraient parfaitement utiles, si Ton pouvait sûrement compter sur l'assimilation de ces nouveaux colons.
La situation heureuse du territoire argentin, qui touche par sou extrême nord à la zone torride, lui permet de se passer de oes races