‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 108 sur 285 · LOIS DE LA POPULATION · texte numérisé non relu

LOIS DE LA POPULATION

On estime encore, et c'est le calcul de Benoiston de Châteauneuf , que 100 mariages donnent en moyenne 457 enfants au sud du 50* degré de lat., et 430 seulement au nord de cette même latitude, de sorte que les femmes sont réellement plus fécondes dans le midi que dans le nord de l'Europe. C'est donc en moyenne 9 enfants pour deux mariages. Ce chiffre parait aujourd'hui se réduire à 8, c'est-à-dire à 4 enfants par ménage pour la France, l'Angleterre et l'Allemagne.

En outre, il naît plus de garçons que de filles ; cette proportion est même de 16 à 15, c'est-à-dire qu'il naît 16 garçons pour 15 filles. Mais l'équilibre se rétablit bien vite par suite de la mortalité plus grande chez le sexe masculin que chez le féminin. Dans l'enfance, les convulsions tuent plus de garçons que de filles ; plus tard, dans l'âge adulte, le genre de vie, la navigation, les travaux dangereux de l'industrie, la guerre, emportent une grande quantité d'hommes, de telle sorte qu'en définitive , il reste toujours plus de femmes. Dans les pays peu civilisés, cet excédant du sexe féminin est plus grand encore, par suite de la consommation d'hommes valides que fait la barbarie (1).

(1) La statistique est une science encore trop nouvelle (elle ne date que de la fin du siècle dernier), pour que les chiffres moyens qu'elle donne pour toute TEurope puissent être pris comme base définitive de comparaison avec les autres parties du monde. En effet, la proportion moyenne des naissances, des mariages, des décès, de la période dam laquelle peut se doubler la population, varie suivant les États, les circonstances politiques et économiques, telles que guerres, révolutions^ épidémies, disettes, crises commerciales, etc. — On a remarqué que les pays peu civilisés, mais où la vie était facile, donnaient plus de naisnnces que ceux où la civilisation était la plus avancée ; par contre, ils étaient aussi ceux où la mortalité était le plus considérable. — Ainsi, en Russie, la proportion annuelle des naissances est, en ce moment, de 1 sur 32 habitants, mais celle des décès l'est aussi de 1 sur 2* ; tandis qu'en France, dans la dernière i)énode décennale de 1847 à 1856, si la reproduction n'est que de 1 sur 37, la mortalité n'est plus, à son tour, que de t sur 44. — La période de doublement, qui est de .34 ans pour le duché de Bade, de 62 pour la Grande-Brelapie, de 65 pour toute l'Italie, de 78 pour l'Allemagne, de 95 pour l'empire russe, est de 118 pour la France, etc.

Les différences pour les naissances, les mariages et les décès sont considérables dans tous Ifs États de TEuropc. Ainsi :

Une partie des contrées du sud de l'Italie offre nue naissance pour 23 habitants, tandis qu'en Ecosse, en Norwége, en Danemark, il n'y eu a qu'une sur 44 ; c'est presque moitié de différence. — Dans les grandes villes de l'Europe, la proportion varie de 20 à 46; car, si l'on compte i Prague, en 1820 (population 117,000 âmes), 1 naissance pour 20 habitants; k Pétersbourg, en 1834 (population 445,000 âmes), on n'en trouve que 1 pour 46; à Rome, CB 1841 (population 150,000 âmes), 1 sur 32; etc. Ces différences considérables tiennent à une foule de causer dont on peut se rendre compte par le climat, les habitudes, la manière de vivre, etc. (Voyez Moreau de Jonnès. — Éléments de statistique ^ Paris, 1856, page 200.) Pour les mariages, mêmes oscillations dans les chiffres, fin 1831, l'Irlande nous donne

J50 POPULATION ARGENTRiC.

Enfin Euler a calculé, et Ton admet généralement avec lui, que dans un pays de cent mille habitants, la population doublerait :

En 350 ans; — le rapport des décès aux naissaoces étant comme

10 est à il.

En 50 ans; — le même rapport étant de 10 à 15. En 25 ans; — sMl était de 10 à 20.

En 12 1/2; — 8*il était de 10 k 30.

Telles sont les principales lois qui président jusqu'à présent en Europe au mouvement de la population, et qui ont été déduites de la comparaison d'une foule de tableaux statistiques de diverses époques et de divers pays, d'après des calculs excessivement longs et minutieux. Ces renseignements, auxquels on donne aujourd'hui et avec raison une si grande importance, puisqu'ils sont la base de toute bonne administration, s'augmentent chaque année par suite du perfectionnen^ent du système administratif, et rendent d'immenses services à l'économie politique européenne.

Dans le bassin de la Plata, où manquent encore presque tous les

1 mariage pour 90 Jialiitaiits, rt TAngleterre, en 1830. 1 sur 137; la France, en 1836, 1 sur ISS, et TEipagne 1 sur 135, en 1830. — 11 y a eu Allemagne 38 pour 0/0 de nariaget en plus qu'en Eapagne et en Portugal. — Pendant le dix-huitième siècle, dans toute PEiirope, la proportion était de 1 sur 1 10 habitants ; elle n*est plus que de 1 sur 126. — Rien d'ailleurs de plur variable que ce chiffre suivant les aunées , les circonstances sociales ayant la plus grande influence sur le nombre des unions légitimes.

Le chiffre moyen des décès a éprouvé en Europe de grandes modifications depuis un siècle et demi. Eu France, de 1770 à 1784, pour une période de 15 années, il a été de 1 sur 38 habitanu ; de 1800 À 1815, de 1 sur 30 ; de 1816 à 1850, de 1 fur 41 ; il est moindre encore dans la période actuelle, 1 sur 44. — Dans le reste de l'Europe, nous trouvons des oscillations qui descendent de : 1 décès sur 28 habitants dans les Ëtats romains et Im anciennes provinces vénitiennes ; à 1 sur 50 en Ecosse et en Irlande.

En résumé, M. Moreau de Jouuès (Ouvrage cité) établit les chiffres suivants pour l'Europe prise en bloc pendant la première moitié de ce siècle (42 l^tats et 225,000,000 d'habitants en moyenne) :

MOVK?i!<fE AN^UKLLK.

Mariages 1 sur 125 habitants.

Naissances 1 sur 27 m

Décès 1 sur 40 »

Période de doublement de la population 72 années.

M* Gamier» — f>u principe de population^ Pari^ 1857, — coiifirme les chifires précédents, toutefois avec quelques légères différences pro\enaut du choix d'époqqes moinf longues que celles qu'a prises M. Iforeiu de Jonnès. (Voir d'ailleurs aux Notes et Documents. •— tome ni : TaWMux statistiques.)

STATISTIQUE DES MABIAGES. 251

éléments statistiques réguliers, nous n'avons guère pu procéder qu'approximativement et d*après des renseignements tronqués ou incomplets que nous nous sommes procurés au prix d'un immense travail. Cependant, quelque imparfaits que soient en général ces renseignements, il y a plusieurs points sur lesquels il est possible de s'éclairer, et d'où Ton peut tirer quelques conséquences pratiques d'une certaine importance.

§ I. — Mariages.

l^es unions matrimoniales dépendent principalement du plus ou moins de prospérité du pays. liares dans les temps de guerres civiles, ainsi que nous l'attestent ici les registres des animées 1813, 18i4t 1833, 1840, 1841, 1842, les mariages deviennent nombreux surtout à partir de 18S3, époque à laquelle ce pays, organisé par le vainqueur de Caseros, commence à croire à des jours meilleurs.

Il est difficile d'établir le chiiTre fixe d'enfants qui correspond à chaque mariage, à cause du grand nombre de naissances illégitimes ; cependant ce chiffre nous paraît être en moyenne de quatre par mariage, c'est-à-dire le môme qu'en Europe.

Le nombre des femmes, très-supérieur à celui des hommes, surtout dans l'intérieur, rend les mariages d'autant plus faciles que, l'usage n'étant pas de doter les filles, les parents n'ont point à se préoccuper de qette affaire si importante dans les mariages européens, et qui en fait tant manquer. — Néanmoins, dans les régions platéennes, beaucoup de jeunes filles restent encore célibataires par suite du moindre nombre des hommes, la plupart occupés au loin dans les estancias, mi armées, aux voyages, etc. Lorsqu'on parcourt les villes de Tintérieur, telles que Mendoza , San-Juan, Tucuman , Salta, Cordova, Santiago-del-Estero, etc., on est réellement étonné de voir, au sein des familles, tant déjeunes pei*sonnes parfaitement nubiles, qui ne se marient que tard ou qui restent forcément dans le célibat.

Sur le littoral, leur nombre est relativement moins considérable, à cause de la quantité d'étrangers qui épousent des filles du pays. C'est là un des avantages immédiats de l'immigration, qui se compose toujours en majorité d'hommes dans la force de l'âge et le plus souvent célibataires.

Quant aux femmes étrangères qui arrivent dans la Plata , elles sont peu nombreuses. Ce n'est guère que parmi les immigrants basques ou sardes que se rencontre un certain nombre de jeunes filles

qui viennent pour se placer comme ouvrières ou domestiques, et qui épousent généralement des gens de leur condition. On peut établir aujourd'hui que, dans les principales villes du littoral , il se marie deux filles du pays pour une étrangère avec un individu étranger; tandis que la proportion des étrangères qui épousent des fils du pays est très-restreinte, celles-ci préférant s'unir à des gens de leur nation. Dans l'intérieur, les mariages d'étrangers avec des filles du pays sont la règle, la présence d'une étrangère à marier étant extrêmement rare dans ces régions.

Les gens de couleur se marient entre eux, car si le blanc consent volontiers à vivre en concubinage avec une fille de couleur ou une métisse indienne (China^ Chola)^ il lui arrive rarement de l'épouser. Il est encore plus rare qu'une femme blanche consente à épouser un homme de couleur, quand cet homme est reconnu comme mulâtre ; mais cette répugnance disparaît à l'égard des nombreux sang-mélés de toute race et de toute position dont il est impossible de reconnaître aujourd'hui la véritable origine. Sous ce rapport, on est même beaucoup moins méticuleux sur le littoral que dans l'intérieur, où le préjugé de la naissance et de l'origine est infiniment plus puissant que dans les régions où, depuis quarante ans, les races ont été si mêlées par suite des immigrations considérables venues de presque tous les points du globe.

La position de la plupart des femmes de couleur ou des métisses est d'ailleurs, dans la Plata, ce qu'elle est dans toutes les colonies d'origine européenne. — Ce sont elles qui donnent le plus grand nombre des enfants naturels ; en effet, une foule de blancs vivent avec elles en concubinage; et elles se prêtent volontiers à des unions éphémères qui ne laissent pas que d'être assez souvent fécondes. D'un autre côté, les longues agitations politiques, en rendant précaire la position des hommes, devaient naturellement restreindre le nombre des mariages ; mais les besoins du cœur et des sens ne chômaient pas pour cela, et le nombre des naissances illégitimes, même parmi les classes un peu élevées, le prouvait de reste. — Plusieurs fois, l'influence des Missions religieuses s'est exercée d'une manière favorable pour faire légaliser et consacrer par la religion des unions auxqueUes le temps avait déjà donné une sorte de sanction. Tel fut notamment l'effet d'une prédication des pères jésuites à Catamarca, en 1844, et à Salta, la même année, à la suite d'un violent tremblement de terre qui avait épouvanté la population.

Il résulte nécessairement de toutes ces unions, légitimes ou non.

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