PATHOLOGIE. — CACHEXIES. — MALADIES DIVERSES
trop souvent négliger cette indisposition, et quelquefois des abaissements de l'utérus et des dégénérescences organiques en sont la suite.
Quant à Tirritation nei'veusc de cet organe et aux symptômes hystériques qu'elle amène, rien de plus fréquent dans toute la Plata : ce qui s'explique facilement par le nombre des femmes, relativement supérieur à celui des hommes, et en conséquence par la quantité de jeunes filles qui restent forcément dans le célibat. Heureusement ces accidents sont plus effrayants que réellement graves, et ils disparaissent presque d'eux-mêmes après quelques attaques. Ce n'est que dans des cas exceptionnels qu'ils se prolongent, et finissent par exercer une influence fâcheuse sur les fonctions cérébrales.
En général, chez les Argentines, la menstruation s'établit sans difficulté, et sa disparition amène rarement de fâcheux symptômes. Sous ce rapport, elles sont plus favorisées que les étrangères, chez beaucoup desquelles ces périodes viennent et s'en vont avec une certaine souffrance, et dont quelques-unes, sous ce climat, éprouvent des perturbations sérieuses dans cette fonction. Il y a certainement plus de maladies de cette nature en Europe que dans la Plata. — On sait avec quelle facilité accouchent généralement les négresses et les Indiennes dans toute l'Amérique du Sud et le peu d'accidents qui suivent la parturition. A cet égard, les blanches et les métisses sont presque aussi favorisées que les précédentes. Les suites de couches n'offrent guère d'autre danger que les abcès au sein. La métro-péritonite est heureusement fort rare. La douceur du climat, qui permet une aération constante des maisons, contribue sans doute à cette immunité, relativement à une maladie qui fait en Europe tant de victimes.
§ IX. — Cachexies. Maladies diverses
Le RHUMATISME articulairc aigu est peu (commun, mais il n'en est pas de même de la forme subaiguë et chronique, qui est excessivement répandue, surtout à la campagne. Cela s'explique parfaitement par l'habitude qu'ont tant de gens de coucher en plein air, souvent exposés à la rosée , sous une ramada^ toit de broussailles, ouvert à tous les vents, ou dans une chaumière [rancho) qui ne vaut pas mieux. On rencontre principalement les douleurs rhumatismales sur le littoral , en automne et en hiver ; elles sont plus rares au pied des Andes, où la sécheresse du climat parait en préserver. — La GOUTTB est à peu près inconnue chez les Argentins, et ne se voit que
parmi les étrangers. — Le scorbut ne s'est montré qu'à Montevideo, et sous forme épidémique, pendant les deux sièges qu'a soutenus cette ville, en 1813 et en 1843; sa cause unique fut la privation brusque de viande fraîche , qu'eut à subir une population habituée jusque-là à s'en nourrir presque exclusivement.
Les maladies inflammatoires diverses de la peau , les érysipèles, les ABCÈS, ne sont ni plus ni moins multipliés qu'ailleurs. En 1853, il a régné sur le littoral une véritable épidémie de panaris. — L'anthrax est fort rare. Dans un pays où tant de débris animaux se putréfient à l'air, il est étonnant de ne pas voir la pustule maligne, même dans le voisinage des saladeros et des grandes estancias. Cependant, chose singulière, cette maladie n'est pas rare dans la province de Mendoza , province parfaitement salubre d'ailleurs, et où Ton n'abat que le bétail strictement nécessaire à la consommation.
Quant aux maladies spéciales au pays, il n'en est qu'une seule, rare heureusement, qui mérite l'attention, c'est la lèpre. Cette terrible affection atteint aussi bien les Européens que les indigènes et se rencontre de temps à autre. Elle est même assez répandue à Santa-Fé pour y avoir nécessité un hôpital spécial. — Si la marche de cette affreuse maladie est très-lente, les cas de guérison sont inconnus. On la considère ici comme contagieuse, et elle l'est certainement entre époux et par hérédité : nous en avons vu des exemples. — Les dartres n'offrent rien de particulier , si ce n'est d'être très-souvent liées à un état syphilitique ancien et de réclamer un traitement approprié. — Le cancer est au moins aussi répandu qu'en Europe, chez l'homme comme chez la femme ; sa marche parait même plus rapide. Rien de varié comme ses locîQisations : les lèvres, les amygdales, le sein, le testicule, l'utérus, la peau, l'œsophage, l'estomac, le rectum, etc., en sont le siège, et il est tout aussi refractaire aux secours de l'art, quoique l'opération, si elle est faite à temps, puisse singulièrement prolonger la vie des malades.
Les maladies scrofuleuses sont infiniment plus rares qu'en Europe, excepté toutefois le carreau , qui dans le jeune Age moissonne beaucoup d'enfants des races mêlées, spécialement de la race africaine. Xa plupart des négrillons et sang-mêlés sont remarquables par leur gros ventre, dont le développement tient souvent au mauvais état des ganglions mésentériques. — Quant au rachitisme, il est beaucoup moins répandu, et l'on ne rencontre guère sur le territoire argentin de bossus ni de boiteux par suite des déviations de la colonne vertébrale ou des luxations spontanées du fémur. La vie au grand air.