‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 129 sur 285 · PATHOLOGIE. — MALADIES ÉPIDÉMIQUES · texte numérisé non relu

PATHOLOGIE. — MALADIES ÉPIDÉMIQUES

peu de résistance à la maladie. Aussi, en juillet et août de cette même année, la ville de Salta éprouva-t-elle une mortalité considérable. L'épidémie disparaît généralement au commencement de l'été.

La COQUELUCHE sc moutre pareillement à l'état épidémique et gagne tout le pays, mais elle n'a jamais un caractère bien grave et n'enlève que peu d'enfants.

La GRIPPE est plus fréquente que la coqueluche, et, comme dans l'ancien monde, parcourt d'immenses espaces. En 18S8, au milieu de Tautomne, elle sévit presque en même temps, c'est-à-dire dans l'espace de quelques semaines, dans tout le bassin de la Plata.

La FIÈVRE JAUNE et le choléra ont déjà frappé dans le voisinage de la Plata, maïs heureusement n'ont point encore pénétré dans l'intérieur, quoiqu'il ne faille dès à présent rien préjuger encore de cette immunité. — En 1857, Montevideo, respecté jusqu'alors, en a fait la triste expérience.

Il y a quelque chose de bien remarquable dans le développement subit qu'a pris depuis vingt ans la fièvre jaune sur les deux flancs du continent sud-américain, au sud de Téquateur. — Auparavant, le fléau s'était borné aux côtes du golfe du Mexique, et on Tavait vu une seule fois à la Guyane, en 1804. — Tout à coup, en 1842, la maladie envahit Guayaquil, placé presque sous la ligne, y fait d'affreux ravages et y reste endémique ; elle atteint ensuite Lima et tous les ports de l'océan Pacifique jusqu'au 22*" degré de latitude sud. — La côte orientale du continent en était exempte encore, lorsque, eu novembre 1849, la fièvre jaune éclate brusquement à Bahia; le mois suivant, à Rio-de-Janeiro ; et on 1850, elle infeste tous les ports du Brésil jusqu'à Sainte-Catherine par le 26*" degré sud, et au nord jusqu'aux Guyanes. Depuis, elle est restée endémique sur tous ces points.

De 1850 à 18S7, la Plata demeurait complètement à l'abri de ce fléau, et non-seulement les équipages de tous les navires, soit de guerre, soit de commerce, y jouissaient d'une santé parfaite, mais encore on remarquait que les bâtiments infectés, à mesure qu'ils approchaient de l'entrée de cet estuaire, voyaient l'état de leurs ma- .lades s'améliorer, et il était mémo fort rare qu'aucun succombât, une fois le navire mouillé en grande rade de Montevideo. — Pour toute mesure présenatrice, on faisait faire aux bâtiments une quarantaine de huit à quinze jours, selon l'état sanitaire du bord.

Ces sept années se passèrent ainsi, et l'on pouvait certainement croire

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à l'immunité complète des bords de la Plata, lorsqu*en mai'S 1 837 la maladie éclate à Montevideo, et y fait d'épouvantables ravages pendant quatre mois. En effet, durant ce court espace de temps, dans cette ville où la mortalité annuelle est d'environ 1,000 personnes, il en périt 1,200, et cela, quand les deux tiers delà population avaient fui. Ce qu'il y eut encore d'étrange, c'est qlie, malgré des communications continuelles avec les environs, la maladie se concentra dans la ville et môme dans un seul quartier, celui qui borde le port, et que les faubourgs, ainsi que les villages les plus proches, en furent exempts. — En avril 1858, ce fut le tour de Buénos-Ayres ; là aussi la maladie se borna à un seul ([uartier, au quartier voisin du fleuve, elle n'y flt pourtant que 70 victimes. Dès la fin de mai, il n'y avait plus un malade de fièvre jaune; mais la grippe était générale. Maintenant, pourquoi cette terrible épidémie a-t-elle mis un temps aussi long à venir dans la Plata? Pourquoi n'y est-elle pas restée endémique comme au Brésil? Y reviendra-t-elle un jour? Il est impossible de le dire. — Il y a dans le développement et la marche de ces fléaux le quid divinwn des anciens, c'est-à-dire ce je ne sais quoi qui échappe à notre intelligence, et dont nous ne saurions donner la raison (1).

(1) Voici Tordre chronologique du développement de la fièvre jaune sur les côtes orientales de TAmérique du Sud depuis 1849 :

1849. — Bahia (12** 58' S.). — Au mois de septembre, arrive & Bahia le navire nordaméricain lirtuily procédant de la Nouvelle-Orléans, d^où il était parti à Tépoque de Tépîdémie annuelle. Il avait des malades à bord, et communicpia néanmoins avec la terre. En octoi>re, on commença à voir dans la ville des malades atteints de fièvre continue grave, avec symptômes très-analogues à ceux, de la fièvre jaune. Ils furent peu nombreux jusqa*au mois de décembre; mais, dès le 13 de ce dernier mois, Tépidémie était tout & fait caractérisée et frappait surtout les étrangers et les équipages des navires en rade. Au mois de janvier, 20,000 individus avaient été atteints, la plupart légèrement, mais les nouveaux venus avaient succombé en grand nombre.

1849. — Rio-de-Jaueiro (22" 54'). — Les premiers individus atteints furent les gens d*une auberge qui avaient été eu contact avec des matelots du navire nord-américain la Navarre, arrivé de Bahia le 3 décembre. Dans le courant du mois plusieurs autres bâtiments ayant des malades à bord arrivèrent également et communiquèrent avec la rille. Dans le commencement de janvier, toutes les rues avoisinant le port étaient remplies de malades, et à la fin du mois on ne pouvait plus les compter dans le reste de la ville. L^épidémie oc commen^ à diminuer qu'en juin.

1850. — Femambouc (8* 3'). — En février, la maladie y éclate à la suite de Tarrivée du navire français C Alcyon avec des malades à son bord.

Para (1° 28'). — Commence à voir des malades au mois de février. Alagoas (10*2'). — Est contagié vers la fin de janvier. Parahyba (?• 6'). — Vers la fin de février.

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Le cHOLÉRA-MORBUs, qui est apparu au Brésil en ^ 8SS et y est revenu en 1858, n'a point encore touché la Plata, quoique ses ravages aient été considérables dans la province de Rio-Grande et surtout dans la ville très-gaie et très-salubre de Porto-Alégre, où les mois de novembre et de décembre 18SS furent meurtriers. A l'inverse de la fièvre jaune, le choléra attaquait principalement les noirs, tandis que celle-là épargnait les gens de couleur pour prendre presque exclusivement ses victimes parmi les blancs. — Le bassin delà Plata aura-t-il prochainetnent la visite de cet hôte funeste ? nous ne pouvons nous dissimule^ que cela est assez à craindre, plus mênle qUé pour des retours de la fièvre jaune, laquelle se. borne au littoral et

Sainte-Gatherine (27» 25'). — En mars ; — la maladie y est légère, et disparait presque de suite.

Santos (24" 1'). — Port de la province de Saint-Paul, est contagié en mars. La maladie y est peu forte.

Cayenne(4<> 56' N.). — Dans la Guyane française, n'est atteinte qu'au mois de décerabi% 1 850, mais répidémie y fait de grands ravages jusqu'au mois de mai 1851.

1851. — La ville de San-Luis de Maranham (2"* 30'), dans la province de ce nom, observa une rigoureuse quarantaine pendant toute Tannée 1850, et n'eut pas un seul cas de fiè>Te jaune. Mais, en mars 1851, la maladie y éclata et y dura quatre mois, sans être toutefois trèsmeurtrière.

L'épidémie ne conmiença également à Céara (3° 42') qu'en juin 1851, et y dura jusqu'en 1852.

Depuis 1850 jusqu'à l'époque actuelle, toutes Xea côtes du Brésil ont été périodiquement visitées par la fièvre jaune, qui parait y être devenue endémique. Cependant elle n'y règne, dS tous les ans, ni toute l'année, avec la même force ; c'est principalement de janvier â juin qu'elle sévit. Dans la grande épidémie de 1850, la mortalité fut de 4,200 personnes à Riode-Janeiro, mais il y eut au delà de 20,000 malades. — Les étrangers entrèrent pour 7/10 dans la mortalité totale; les Brésiliens pour 2/10, et les noirs pour 1/10. — Relativement aux sexes, il y eut 9/10 d'hommes et 1/10 de femmes seulement d'attaqués.

La maladie se limita aux côtes de l'Océan et s'étendit fort peu dans l'intérieur; elle ne remonta pas plus de huit lieues le cours des grandes rivières.

De 1850 à 1857, rien de nouveau dans la Plata, quoique ses ports fussent en communication constante avec ceux du Brésil, et les quarantaines très-irrégulièrement observées ; ihais, en février 1857, il commence à y avoir des malades à Montevideo (34" 54^), et, en mars 1858, à Bùénos-Ayi^es (84" 36'). — Terrible dans la première de ces villes, la maladie fut insignifiante dans la seconde. — Il faut observer ici qu'à Montevideo, situé à l'embouchure de la Plata, Tean de la rivière est tantôt tout à fait salée, tantôt saumàtre, et qu'à Buénos-Ayres, situé à quarante lieues nord-ouest plus avant dans les terres, le fleuve, large de dix lieues, a ses eaux constamment douces. Ce n'est qu'aux Barrancas de San'Gregorîoj six lieues au-dessus dé Mimtevldeo, que les eaux sauthâtres et salées commencent. — Or nous savons que Ib voiflai^ des eaux marines parait une des conditions nécessaires au développement de la fièvre jaane. Cette circonstance expliquerait donc le peu de gravité de l'épidémie à Buénos-Ayres, et son intensité à Montevideo.

La fièvre jadlie a ëgalemeht régné à Lisbonne en 1858 et 1859. Tout porte à croht qu'elle y avait été imlporiée du Brésil.

:U'l POPULATION ARGENTINE.

lie se montre jamais à 1,000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le choléra, au contraire, franchit toutes les barrières et frappe aussi bien l'intérieur des continents et les plateaux élevés, comme on Tu vu au Mexique, que le rivage de la mer et des grands fleuves.

Quarantaines. — On a commencé à prendre quelques mesures préservatrices contre l'invasion de ces fléaux, et il nous est bien agréable de rendre ici justice à la municipalité de Buénos-Ayres, qui, en 18S8, déploya une telle intelligence et une telle activité dans la prescription et la surveillance des mesures hygiéniques générales et particulières, que la maladie fut enrayée dès le principe. Sa conduite en cette occasion a été un modèle de prudence et de bon sens que l'on ne saurait trop imiter en pareilles conjectures. On a commencé à s'occuper dans toutes les villes du littoral de la construction de lazarets dans des positions isolées et salubres, et il faut espérer que l'on terminer promptement ces travaux.

§ XII. — Maladies eiidéyniques.

Le territoire de la Confédération argentine n'a que fort peu de maladies endémiques, et encore ces maladies sont-elles, on réalité, légères, et ne compromettent que très-accidentellement la vie.

GoItre. — Dans presque toutes les vallées des Andes, sur quelques points du massif central de Cordova et de San-Luis, de Corrientes et du Paraguay, le goItre est endémique, tandis qu'il est complètement inconnu sur le littoral de la Plata. — Cette maladie tient évidemment à la qualité des eaux. On a cherché à expliquer sa cause de mille manières. M. Boussingault, qui l'a vue dans les Andes de l'équateur, l'attribue à la non-aération de l'eau ; mais à Mendoza, où l'on boit de l'eau d'une rivière qui a déjà près de quatre-vingts lieues de cours, cette eau a eu tout le temps de se charger d'air atmosphérique, et l'on y voit beaucoup de goitres, tandis que le Rio de San-Juan, qui est absolument dans les mêmes conditions que celui de Mendoza, ne donne point cette infirmité.

D'autres pathologistes l'attribuent à l'absence de sels iodés. Enfin un médecin français distingué, le docteur Grange, qui a longtemps étudié les vallées des Alpes et des Pyrénées, où il y a beaucoup de goitreux, affirme que la principale cause du goitre serait la présence, dans Teau, de sels magnésiens. Nous pencherions assez pour cette

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