TERRES NATION.VLES ET PROVINCIALES
« au trésor, pour 18,835,000 d'hectares de vendus. Mais, depuis cette « époque, le grand nombre d'immigrants qui sont arrivés dans « l'Amérique du Nord ont singulièrement fait augmenter la vente, « qui est en moyenne d'un million d'hectares par an, et donne ainsi « net 16 millions de francs à l'Etat. »
Le système de vente des terres publiques au profit de 1 Etat, établi dans la Nouvelle-Angleterre par les colons anglo-saxons, a été également suivi en Australie. Seulement, l'abrutissement des Australiens indigènes, leur petit nombre, leur état nomade, n'ont pas rendu nécessaires des traités avec des tribus qui étaient tout à fait insignifiantes.
Cette vente, dans la période décennale de 1846 à 18S5 inclusivement, dans toute l'Australie, a rapporté à la couronne 1 85,978,500 fr. , soit 18,597,850 fr. par an!... Quel exemple et quelle leçon pour la Confédération argentine et les États sud-américains (1) !
Sans doute la découverte des mines d'or en Californie et en Australie a, depuis 1848 et 1851, attiré dans ces régions une multitude immense d'immigrants ; mais ce ne sont pas les chercheurs d'or, ce sont les agriculteui*s qui achètent de la terre, et les ventes ont été énormes dans les deux continents. Que la paix continue dans les provinces de la Plata, et les immigrants y afflueroait également ; que gouvernants et gouvernés mettent de l'ordre dans leurs affaires, qu'ils soient économes de la fortune publique, et l'État trouvera d'abondantes ressources pour toutes les créations d'utilité générale.
(l) De 1840 à \Shb, c*est-À-<lire pendant une période décennale, il a été vendu, dans les direnef GoloDÎes anglaises de rAustralie (la Nouvelle-Zélande exceptée), pour 7,142,650 libres sterling, près de 180 millions de francs, de terre au profit du gouvernement. Ce total K répartit comme il suit :
Province de Victoria li^r. sterling. î, 7 93, 801
Australie méridionale 1 , UO, 1 U
NouvcUe-Galle du Sud 1,004,703
Tasmanie 21 2,883
Australie occidentale 21 ,002
Le moulant des ventes annuelles a été fort iiu'gul. En 1851 , il ne dépassait pas 331 , UO libres sterling. Eu 1852, le rendement des gîtes aurifères ayant augmenté les achats de terres de plus de moitié, le chiffre total atteint 771,300 liv.— En 1853 et 1854, sous l'impulsion d'une demande croissante, il s'élève successivement à 2,159,054 et à 2,107,890 liv. - En 18&5, il retombe à 1,321,709 liv.
jiMumre de l'économie poHiiqne et tic la stotisthftw pour 1850, par Block et (tuillaumin; page 440. — Guillaumin; Paris, 1859.
Puisque nous parlons ici des propriétés de rÉtat, nous devons signaler aussi certains produits naturels, dont la vente a procuré au pays d'immenses bénéfices. C'est la vente du guano, qui a permis au Pérou de payer tous les intérêts arriérés de sa dette et de faire les frais d'un énorme budget que nous nous gardons bien de proposer pour modèle. Cette vente, en 1837, a rendu au gouvernement 15,296,9SS piastres.— Le guano des côtes de Patagonie est, comme nous le savons déjà, inférieur en qualité à celui du Pérou ; mais il n'en a pas moins encore une grande valeur, et les lies qui le fournissent sont des propriétés de la nation argentine (1).
(1) il n'y a guère qu'une vingtaine d'années que les iles voisines de la côte du Pérou sont exploitées pour le giuuio qu'elles fournissent. Après de longues discussions avec les Américains et les Anglais, la propriété en a été enfin reconnue et confirmée au Pérou, qui en permet l'exploitation à raison de tant par tonneau. Le chiffre de 15 millions de piastres, produit de 1857, dit asseï quelle est Ténorme valeur de ce produit, dont il reste encore des quantités immenses k recueillir.
C'est à l'aide de cette production, pour ainsi dire tombée du ciel aux Péruviens comme la manne aux Israélites, que les finances de cette république se sont relevées et qu'elle peut faire face à un budget comme celui-ci, pour une population qui s'élève seulement à 2,106,492 habitants :
Guerre et marine 5,393,303 piastres.
Intérieur 3,835,348
Dépenses diverses ...«...••... 3,806,901
Dette consolidée 1 ,406,636
Intérêts d'autres dettes (intérieure, flottante). . . . 1,929,064 »
16,360,051 piastres.
Kii dehors du produit de la Vente du gUano, les autres revenus de l'État ne se montent qu'à 8,359,^04. C'est doue le guano qui permet d'équilibrer ce prodigieux budget, qui se solde par un excédant de recettes de 3,396,1 05 piastres. Mais, comme on se contente de payer lea intérêts sans amortir le capital, le Pérou a encore Une dette intérieure et extérieure dont le total s'élevait, au 1^*^ janvier 1858, à 40,451,387 piastres, (annuaire de statistique pour 1859, page 504.)
Le Chili, dont la population n'était, à cette même époque, que d'un million et demi d'haliitantSj mais dont l'administration est considérée comme l'une des plus avancées de toute l'Amérique du Sud, présente les budgets suivants :
1855. — 6,387,000 piastres. (Recettes de l'année 1855.)
1856. — 6,005,641 « (Budget pour 1856.)
1857. — 6,336,069 » (Dudget pour 1857.)
Dette extérieure. « 6,480,500 (tiastreS.
Dette hitérieure cotisolidée 1 ,960,400 *
8,440,90d piastres.
AVec ce faible budget} le Cliili sert religieusement les intérêts de sa dette, paye i*6gulièi«» tnent tous ses employés, a une petite armée parfaitement tenue, une flotte; erée pattoutdèt routes et ot'ganiSe un bbu syStèine de travaux publics. •=— Annuaire cité, page 323;
On voit quels avantages doit procurer un jour à la Confédération la vente de ses terres publiques, si Ton ne gaspille pas d'avance cette précieuse ressource. Au prix des Etats-Unis, une lieue carrée de 1,600 cuadras (2,708 hectares) vaudrait 8,000 piastres. Aujourd'hui ce n'est encore qu'aux environs des villes que cette mesure de terre est arrivée à ce prix ; les meilleures estancias, dans la campagne, ne dépassent point le prix de 4 à 5,000 piastres la lieue. — On fera observer peut-être que l'Union du Nord a aujourd'hui près de 30 millions d'habitants, quand la Confédération n'en a pas un et demi. A cela, nous répoudrons que les États-Unis n'en avaient encore que cinq lorsque le congrès fixa ce prix minimum, qui a empêché les dilapidations de terres et favorisé la division de la propriété. Or cette division est le seul moyen de grouper les populations vers certains centres et de les forcer aux habitudes agricoles, au Heu de les disséminer sur de grands espaces, comme Ta fait l'Industrie exclusivement pastorale qui règne aujourd'hui dans une partie du bassin de la Plata.
Le congrès argentin ne s'est point encore occupé de la loi sur les terres publiques, jugeant sans doute que la question n'était pas encore assez mûre. C'est au patriotisme des provinces à Imiter le noble exemple des Etats-Unis et à céder une partie de leurs droits au gouvernement fédéral, tout en économisant leurs ressources particulières* Aujourd'hui les grandes concessions de terres, à quelque titre qu*elles aient lieu, à moins qu'il ne s'agisse de colonies agricoles, les ventes ou cessions de champs pour estancias, aux prix actuels, constituent une perte sèche pour le pays, et lèguent certainement des embarras à l'avenir*