‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 147 sur 285 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Verres IndleuneB.

Nous venons d'indiquer dans le chapitre précédent, § II, quelles étaient ces terres (1). — Il n'en existe plus dans l'intérieur des provln-

(1) Ce soot princiipaiemeut ce que uous avous nommé le territoire indien du Sud et \e Ctutco,

iuiqu^à présent i'aboudaucé des terres situées dans d'autres parties du terriloii^ argeutio , et déjà occupées presque toutes par la population actuelle^ n'a pas rendu nécessaire

ces actuelles, puisque tous les Indiens non chrétiens habitent le Chaco ou le territoire du Sud, et n'élèvent aujourd'hui aucunes prétentions sur les terres situées au delà de Tancienne frontière espa-

l'àcquîsidon de ces terrains. Le rétablissement de Tancienne frontière espagnole sot» le 34' degré parallèle, et celui de la ligne du Chaco qui a été possédée jadis en partie, donnent déjà une immense quantité de terres nationales ou provinciales, qui, une fois leur juridiction déterminée, peuvent être distribuées et vendues au grand bénéfice de la nation. Mais il viendra un jour où la population s'étendra sur des portions occupées jusqu'alors par les Indiens, et des chocs doivent probablement avoir lieu alors avec ces hommes du désert.

La plupart, il est vrai, sont nomades, et ne sont guidés dans leurs courses k travers les pampas du nord et du sud que par les nécessités de la chasse ou de leurs troupeaux. Mais les tribus ont cependant entre elles certaines limites reconnues qu'elles sont accoutumées à respecter et qu'elles savent défendre contre les empiétements des uns et des autres. — Ou sait que le rétablissement de la ligne du 34* degré donna lieu à des réclamations de la part des Pehuenches du sud de Mendoza et de San-Luis, qui ne se calmèrent que parce que ce n'était en réalité qu'une revendication de terrains anciennement occupés par les Espagnols, comme ils le savaient très-bien , et parce que le gouvernement sut à propos leur distribuer quelques présents.

L'administration argentine est, en conséquence , résolue, lorsqu'elle avancera ses |HMteS dans le désert, non-seulement d'acheter les terres aux Indiens, mais encore de laisser a chaque tribu, suivant son importance et ses droits, une étendue de terrain qui ne sera pas moins de doiue lieues carrées, de manière à y concentrer les Indiens pour les rendre accessibles aux tentatives de civilisation que des missionnaires seront charges de faire sur eux. D'ailleurs nous avons vu déjà quelle aptitude ont la plupart des tribus pour certains travaux qui sont uu commencement de vie civilisée (Matacos et Chirignanos, aux sucreries des provinces du Nord); le commerce que quelques-uns font avec les blancs (industries des indiens Pampas) ; tout porte donc à croire que le rapprochement de ces tribus sera assez rapide, et qu'elles ne tarderont pas à se fondre dans la masse de la population argentine, qui ne les repousse point systématiquement, comme le fait la population anglo-saxonne des États-Unis.

Ce n'est pas dans l'Amérique du Sud que l'on verrait se reproduire les iniquités dont les Choctaws, les Creeks et les Chérokées ont été victimes, et dont M. Michel Chevalier, dans ses remarquables lA^Ures sur t Amérique du Nord, s'est fait l'historien.

Quoique ces lignes aient été écrites il y a près d'un quart de siècle, nous croyons utile de les citer afin que l'on sache bien quelle difTèrence existe entre la manière de faire des Américains du Sud et celle des Américains du Nord , et de quel côté on est le plus libéral et le plus chrétien :

(t Les Chérokées occupent un territoire assez étendu en Géorgie et dans TAlaliama, la Caro- R linc du Nord et le Tenessée. La Géorgie, s'appuyant sur la convention de 1802, par laquelle « elle a renoncé à ses prétentions sur le domaine de l'Ouest, a voulu s'emparer de la portion n du territoire des Chérokées qui est comprise dans ses limites. Les Chérokées commencent n à se civiliser, grâce à quelques individus de sang mêlé qui existaient parmi eux, et par Tin* n ter^ention de quelques missionnaires qui s'étaient établis dans leurs villages. Ils s'étaient n construits des maisons coufortaliles, étaient vêtus comme les blancs, travaillaient comme n eux à la terre, élevaient du bétail , avaient appris à lire et à écrire. Un d'eux avait iman giné un alphabet, et à New-Echota, leur capitale, on imprimait un journal en chérokée n Ils avaient même pris de la civilisation tout ce qu'ils voyaient autour d'eux, sans exception : N ils avaient des esclaves. 1^ nombre des Indiens qui se constituaient ainsi est diveriement

gnole de 1810. (Voyez les limites de cette frontière, pages 202 et 209.) Ce n'est pas qu'ils ne soient fort jaloux de celles qui leur restent. Les Pampas du Sud-Est se sont souvent plaints de ce que la province de

évalué : des eslimfttions récentes portent le nombre entier des Cliérokées à l*est du Missinipi à 18,000.

« Les Chérokées, ayant traité comme nation avec les États-Unis . voulaient se gouverner par leurs propres lois. La Géorgie a commencé son système de vexations contre eux en leur imposant les siennes. Elle se déclara propriétaire de leur territoire ; elle le partagea entre ses habitants pendant que les Indiens l'occupaient encore, et en mit une partie en loterie, ce qui lui valut le surnom de LotteryState, Pour désorganiser les Indiens, elle défendit à tout blanc de se fixer parmi eux. Cette défense était particulièrement dirigée contre les missionnaires. Sur leur refus de s'éloigner, ceux-ci furent, en 1831, arrêtés par la force armée, jugés et condamnés par les tribunaux géorgiens à quatre ans de travaux forcés {Itard labour). Au mois de mars suivant, la cour suprême des États-Unis déclara que leur sentence était illégale, que les lois en vertu desquelles ils avaient été jugés et par lesquelles rÉtat de Géorgie s'arrogeait le droit de juridiction sur le territoire des Ghérokées étaient contraires aux lois et aux traités des États-Unis, et, en conséquence , nulles et de nul effet ; mais le général Jackson ne prit aucune mesure pour faire respecter les arrêts de la justice; les missionnaires restèrent en prison jusqu'en janrier 1833, où la Géorgie les relâcha à condition qu'ils renonceraient à vivre avec les Indiens. A la fin de 1834, de nouveaux scandales éclatèrent, au sujet des Indiens, entre le gouverneur de l'État et la propre magistrature géorgienne.

« Pendant que l'État traitait ainsi ces malheureux Indiens, les particuliers se permettaient à leur égard les spoliations les plus audacieuses, au point de les chasser de leurs maisons, par exemple, et de s'y installer par la force. Eu 1836, les Ghérokées, hors d'état de ré* sister au système de spoliation collective et individuelle de la Géorgie, voyant qu'ils n'avaient aucune protection à attendre du pouvoir fédéral, ont consenti à émigrer au delà du Mittissipi. On leur a accordé des conditions beaucoup plus favorables qu'aux autres Indiens ÛDsi déportés. On s'est engagé à leur ouvrir des routes, à leur préparer le sol, à leur fournir des outils, des forges, des animaux domestiques, à établir des moulins, des imprimeries, à leur bâtir des édifices et à leur donner des sommes d'argent assez considérables , sous diverses formes : indemnité une fois payée, redevance annuelle, dotation des écoles, dotation des orpheUus, s'élevant en totalité à vingt-cinq millions. Les Indiens se montrent cependant très-peu satisfaits de cet arrangement ; ils font observer que la terre qu'on leur enlève vaut plus du double de cette somme, au prix minimum de vente adopté par le Gongrès pour les terres publiques (16 fr. 48 c. par hect.). Ils se plaignent de ce que les terres qu'on leur assigne, à l'ouest du Mississipi, ne leur sont pas données eu toute propriété (fse simple) et de ce qu'ils n'y seront que des occupants.

« La conduite de l'Alabama à l'égard des Indiens n'a pas été aussi brutale que celle de U Géorgie. Elle a produit moins de sensation , surtout parce que les Greeks , à qui l'Alabama a principalement eu affaire, n'inspiraient pas le même intérêt que les Ghérokées. Les Crceks sont au nombre de 22,000, là plupart dans l'Alabama. En 1836 la guerre a éclaté entre eux et les États-Unis. La conséquence de ces hostilités , dont la cause parait peu honorable pour les blancs, doit être la déportation immédiate de cette nation indienne et de toutes les autres.

« Les violences conmiises par ces deux États contre les Indiens ont souvent été flétries aux £tat»-UniB. Les hommes les plus honorables du pays s'élevèrent hautement, dans l'affaire des missionnaires, contre la Imrbarie des Géorgiens. Les écrivains les plus habiles de TA-

GOHP. ARGRHTIRK. — T. II. 23

33i COLONISATION DU TERRITOIRE ARGENTIN.

Buénos-Ayres avait occupé les terres au sud du Salado, quoique cette prise de possession date de près de quatre-vingts années ; mais enfin ils s'y sont résignés. Les Péhuenches du Sud-Ouest se sont également

« mérique ont consacré leur plume à plaider la cause des malbeuretK Indiens, et à dénon* « cer la cupidité de quelques États, et plus encore celle des individus isolés qui, acharné* à <t dépouiller les anciens maîtres du pays, les pervertissent par Tivrognerie pour mieux abii- « ser d'eiu ensuite. Je lisais, il y a peu de temps, dans VExeursion Jans les Prairies, de N M. W. Ir\-ing, de sévères réflexions sur la conduite des settUrs de la frontière à Tégard K des Indiens. Au sein du Congrès, en mai 1836, à Tocoasion des hostilités survenues cotre « les Indiens et les blancs dans TAlabama et la Géorgie, Taneien président J.-Q. Adama « s'exprimait en ces termes :

n La Géorgie et TAlabama n*ont pas le droit de se plaindre de ce que le gmtveniement « fédéral n*a pas été vigilant k les protéger contre les attaques des Indiens; ce sont les traits « lancés en Tair par la Géorgie et l'Alabama qui leur retombent sur la tête. La (féorgie, en K foulant aux pieds nos traités avec les Indiens, a donné le premier exemple de cette poli* u tique que la guerre actuelle va conduire à terme. Elle a délié le gouvernement fédéral ; <t elle a cassé vos lois ; elle a bravé le pouvoir exéciftif et les juges gardiens de la Gonatitu- « tion. Si vous voulez savoir jusqu'où elle est allée dans ce système , demandez-le aux oan chots de ces prisons et au greffe de notre cour suprême. Ces cachots vous diront qu'ils N sont devenus la demeure de pieux ministres de TÉvangile, dont tout le crime était d'avoir n voulu répandre parmi les Indiens la lumière et les consolations de la parole sainte. Vainen ment le tribunal suprême de TUnion stigmatisa cet acte comme une violation de nos lois; n la Géorgie n'en tint compte ; le pouvoir exécutif ne fit pas respecter la décision de nos n magistrats; les missionnaires furent obligés d'aclieter leu^ liberté en sacrifiant lenra droits R de citoyens que nous devions défendre. Nous avons ployé devant la Géorgie ; nous avona n sacrifié à ses caprices et à son égoîsme les principes de la justice et de l'humanité | nous n avons déchiré nos anciens traités avec les Indiens, et nous les avons obligés d*en aigner H d'autres dérisoires, que nous jetterons au vent quand il nous plaira, jusqu'à ce que la race t( indienne soit éteinte sur le continent.

«. La cause première de la guerre que nous avons actuellement k soutenir contre les in<- « diens n'est doue pas autre chose que notre propre injustice, sanctionnant celle de la Géor- « gie et de l'Alabama. L'administration actuelle a pris le contre-pied de celles qui l'ont u précédée; celles-ci s'appliquaient avec la plus vive sollicitude à civiliser le» Indiens, à R éclairer leur esprit, à adoucir leurs passions, à régler leurs appétits, à les fixer sur le sol R pur l'agriculture, à les initier aux joies et au confort du foyer domestique et de la famille. R Tel était le système de Washington et de Jefferson , infatigablement poursuivi par l«iir9 R successeurs.

R Aujourd'hui votre politique à l'égard des Indiens est de les arracher tons par la tio^ R Icuce ou par des simulacres de traités à la terre qu'ils foulent, pour les exiler au delà du R Mississipi , au delà du Missouri , au delà de l'Arkansas , jusqu'aux confms du Mexique ; et R vous les bercez de l'espérance mensongère qu'ils auront là un asile permanent et invio- R lid)le, un abri assuré enfin contre votre rapacité et vos persécutions. Vous y traînez , de R gré ou de force, par traité ou à la iH)inte de Tépée, les débris des Sémi noies, des Crceks, R des Chocktaws, et je ne sais combien d'autres tribus. Dans l'exécution de ces impitoyables " rigueurs, vous rencontrerez la résistance que des hommes ainsi poussés à bout peuvent R op(H>ser; de là, la guerre actuelle; elle n'a pas d'autre cause; c'est l'agonie d'un peuple R arraché à la terre où sont tmsevelis ses pères; c'est la dernière convulsion du dér « ses|ioir. >»

alarmés, lorsqu'ils ont vu le gouvernement réoccuper Tancienne frontière du Rio-Quinto, en y établissant les forts Goostitucional [las Pulgas) et Très de Febrero [Lechuzo] ; ils ne se sont calmés que lors-

« Le» méfaits commis contre les Indiens ne peuvent cependant être imputés au gouver' nement fédéral ; il manque de force au dedans, et sa bonne volonté à l'égard des Indiens, qui a été réelle jusqu'à l'avènement du général Jackson, s'est trop souvent trouvée impuissante. Les sommes votées par le Congrès pour les Indiens, et dépensées en distributions de provisions, ustensiles, vêtements et armes, et aussi à entretenir parmi eux quelques écoles, te sont élevées, depuis 1791 jusqu'en 1835 inclusivement, à 83 millions. Les allocations de 1836 s'élèvent à 40 millions, y compris les sommes nécessaires à l'exécution des traités de déportation.

« Les Indiens sont (leu nombreux dans les États et territoires organisés; à la lin de 1835 on y en comptait 82,000, savoir :

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