‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 153 sur 285 · COLONISATIONS MODERNES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

COLONISATIONS MODERNES EN GÉNÉRAL

vei-s la barbarie ou que même leur civilisation reste statiounaire. Au milieu de toutes ces révolutions et malgré elles , les républiques sudaméricaines ont fait et font chaque jour des progrès notables à tous les points de vue ; seulement, comme ces progi'ès sont moins rapides qu'en Europe, et surtout que dans l'Amérique du Nord, ils frappent moins les yeux.

De l'autre côté de l'Atlantique on prête plutôt l'oreille au bruit que fait la chute de leurs gouvernements souvent éphémères, au récit des luttes qui l'ont préparée , qu'à l'histoire du progrès de ces peuples dans les voies de la civilisation. On ignore qu'à présent, dans toutes les classes de la société sud-américaine, le niveau de l'éducation morale et intellectuelle s'est élevé, que l'instruction supérieure s'est répandue. On ne se rend pas compte du développement qu'ont acquis, depuis quinze années seulement, l'agriculture, l'industrie et le commerce, de toutes les entreprises qui s'y forment, du nombre d'Européens qui y portent leur activité inquiète, et exploitent concun'emment avec les nationaux qu'ils instmisent et stimulent, les richesses de ces magnifiques contrées. — Mais l'ère des agitations stériles se fermera un jour, (ît, arrivés enlin à la période de calme et de paix qui suit l'enfantement pénible des nationalités durables, ces États ne tarderont pas à donner au vieux monde et à leurs aînés du Nord le spectacle d'une organisation sociale remarquable et d'une immense prospérité matérielle.

§ III. — Colonisation à l époque actuelle.

Après les grandes luttes de la république et de Tempin; français, le rétablissement du commerce, si longtemps gêné, et même parfois interrompu entre les divers points du globe, imprima un essor considérable à la navigation, et amena dans les ports des deux Amériques une foule d'Européens. La réputation dt^ bien-être, de liberté, de sécurité, dont jouissaient les l^^tiits-L'nis du Nord, y attira des immigi^ants, dont le nombre s'accrut chaque année.

L'émancipation des anciennes colonies espagnoles et portugaises y fit venir également des étrangers ; mais combien leur nombre était insignifiant auprès des flots d'inunigrants qui se précipitaient vers les rives du Mississipi ! De 1830 à 1848, la conquête de l'Algérie par la France, l'extension de la domination anglaise aux Indes orientales, la facilité plus grande des communications par l'action de la vapeur, enfin l'importance toujours croissante du commerce trans-

CO?JF ARGB^STIKE. - T. II. . 24

370 GOLOmSATION DU TERRITOIRE ARGENTIN.

atlantique, vinrent donner une impulsion nouvelle à rémigration européenne, qui prit bientôt le caractère d'un fait social d'une portée immense lorsqu'on découvrit les prodigieuses richesses en métaux précieux de la Californie et de l'Australie. Les gouvernements s'en émurent et durent aviser, non pour ralentir oU arrêter ce mouvement, mais pour le régulariser, et surtout en moraliser les moyeUSi

Le coUi^ant est désormais établi : chaque année, 3 à 400,000 Européens quittent leur patrie pour chercher fortune aillent^, aloi^ qu'en 1840 ce nombre ne s'élevait encore qu'à 140,000. Les fleë Britanniques et l'Allemagne fournissent principalement (îette immense émigration, qui jusqu'ici ne profite guère qu'à l'Amérique du Nord et à l'Australie, tous les autres pays ensemble ne recevant pas la dixième partie dii torrent colonisateur qui va peupler ce» deux régions. Les émigrants du midi de l'Eui^ope, c'est-à-dire de la France méridionale, de l'Italie et de l'Espagne , recherchent la Plata et les anciennes colonies espagnoles, où les attirent des sympathies de race et des similitudes de langage, de religion, d'habitudes, qu'ils ne retrouvent point dans l'Amérique du Nord ; mais leur nombi*e est beaucoup trop restreint; il faudrait qu'il décuplât annuellement pour que l'on vit se reproduire ici quelque chose du progrès inouï des États de l'Union nord-américaine. La situation actuelle de ce pays est néanmoins rassurante; car, une fois la paix solidement établie, le crédit se consolide de lui-même , et l'immigratioti af&Ue tôt ou tard là où l'acquisition de la terre est aisée, le salaire élevé, la vie facile.

Même aux États-Unis, la marche de l'immigration a été lente dans les commencements. — Suivant M. Ni Bromwell, pendant les dix premières années, de 1784 à 1794, elle fut à peine sensible, et se réduisit, par année, en moyenne, à 4,000 personnes venues princi-* paiement des ports français et anglais; Après 1794, les commotions politiques de l'Europe firent monter annuellement ce nombre à 10,000 ; il diminua beaucoup de 1802 à 1815, pendant les guerres de l'Empire, et ne reprit qu'en 1817, année dans laquelle on compta 22,240 immigrants. C'est à partir de cette époque que l'on possède des documents officiels sur le mouvement des passagers débarqués dans les ports de l'Union.

En 1819 le Congrès vota plusieurs lois utiles pour régler cette matière, et détruire une foule d'abus dont les immigrants étaient victimes à bord des navires qui les transportaient. Dès lors le courant S(î régularisa (»t s'accrut d'année en année.

COLONISATIONS MODtiStNES EN GÉNÉRAL. 371

Ainsi Ton compta :

De 1820 à 1839 incluBlvement 128,502 immigranU.

De 1830 à 1839 ^ 538,381 —

De 1860 à 1849 l,/i27,337 —

De 1850 à 1855 2,113,604 —

Total général. 6,207,624 immigranU.

Sur ce total on trouvait :

llomtiies 2^695,080<

Femmes 1,679,136.

Dans ces 36 atinées, les pays suivants ont donné :

La Grande-Bretagne (surtout l'Irlande)... . 2,743,665 immigrants.

L* Allemagne 1,262^081 —

La France 188,725 —

4,176,951 immigrants.

Le reste est fourni pîu* tous les autres pays du globe.

Les races gréco-latines ne donnent que 300,000 émigrants au plus sur ce chiffre, d'où il suit qutî 93 pour 100 de cette immigration sont composés de races germaniques et de races celtiques (les Irlandais).

De 18S6 à 1860, le courant est un peu diminué, mais toujours considérable; de sorte qu'en 1860 le chiffre total de Timniigration êtrtmgère aux Etats-Unis arrive à dépasser cinq millions.

On voit que c'est surtout depuis 1850, c*estrî\-dire depuis la découverte des mines d'or d'Australie et de (^idifornie, que la lièvre d'émigration s'est emparée des liuropéens; en etfet, on a pu évaluer aux chiffres suivants les émigrations :

Anglaise. Allemande.

Ce qu'il y a de remarquable, c'est que, sur le total des émigra* lions anglaises^ pendant cette période de cinq années, il y en a eu 1,185,000 pour d(»s contrées étrangei^es aux possessions natio-

372 COLONISATION DU TERRITOlKt ARGKNTIN.

nales (1). — lies émigrations, comme celles d'Allemagne, sout pre^ que toutes pour les États-Unis. — Dans le même temps, il n'est pas sorti des ports d'Europe plus de 100,000 Français, qui se sont dirigés vers l'Amérique du Sud, la Californie et l'Australie. — PoiU' sa part, la Plata n'a pas reçu plus de 10,000 de ces Finançais, sur un nombre total de 30,000 innnigrants de tous pays qui y ont débarqué pendant cette même période de six années, chiffre bien fiiible, comme on voit ; mais c'était Fépoque où la guerre dv Montevideo durait encore, c'était celle de la dictature du général Rosas et des agitations qui suivirent sa chute (2).

§ IV. — Colonisation dans la Plata.

Nous avons raconté avec détails en traitant de l'immigration européenne dans le Rio de la Plata depuis 1820 (chap. III, § II,

(1) Dti 1830 à 1846» rémigratiou anglaise était en moyenne de 81»000 iu(Ii>i(ltis par an; niali, à )>Hrtii* de 1847, le chiffre en a augmenté dans les proportions suivantes :

Il est parti d'Angleterre, depuis le l^"** janvier 1815 jusqu'au 31 décembre 1852, par conséquent eu trente-huit ans : 3,463,292 émigrants, sur lesquels 1,791,446, c'est-à-dire pin» de la moitié, dans ces dernières années. (Rapport de la Commission d^ émigration j en date du 21 avril 1853 et cité par le Journal des Économistes, janvier 1855.)

(2) L'émigration européenne s'est faite dans les proportions suivantes pendant ces demieres aimées:

Kniigratlon totale : dont , par le port du Havre*

1854 460,697 97,000 émigrants.

r.hifl'res donnés par le Congrès de statistique de 1860, à Bruxelles. Journal de Statistique , juillet 1860.

L'émigration, qui avait notablement diminué en 1858 et 1859, parait reprendre eu 1860. O sout toujours l'Angleterre et l'Allemagne qui fournissent le plus d'émigrants, et les États- Unis, l'Australie et le Canada qui en attirent le plus grand nombre ; la Plata ne vient qii*cn quatrième ligne.

Nous ne parlons pas ici d<; l'AIgtTie, qui s<* trouve dans des cirronslances pàrlîculièreSy H

Page 1