CONDITION HEUREUSE DES COLONS DANS LA PUTA
aqssi bien h Taide des étrangers que des nationaux, et quelle ipiportai^ce elle attache à tout ce qui peut attirer et fixer rjipmigration,
I^'én^igration hésite encore à se détourner des États-Unis pour se diriger vers la Plata, mais elle y viendra un jour : car, indépendamment de ce qu'il commence à se former, dans T Amérique du Nord, im parti hostile à l'étranger (les Know-Notbings), les ressources des régions argentines, uno fois mieux connues, suffiront pour y attirer les colons, et, le courant une foijs bien établi , rien ne pourra désormais Tarrôter. Il ne faut pas oublier que ces régions comptent déjà, comme nous l'avons dit, 120,000 étrangers, dont la moitié venus depuis une douaaine d'années, et tous, sauf les habitants des colonies, arrivés individuellement sur les invitations de parents ou d'amis qui trouvent le pays à leur goût et facilitent le voyage de leurs proches , en leur envoyant des renseignements et même des fonds (I). Ajoutez à cela que le pays devenant chaque jour plus tranquille, l'industrie et Tagriculture s'y développant comme elles le font, il offre phis de ressources, plus de travail, plus de bien-être ; qu'il s'assimile de plus en plus à l'Europe, à ce point que l'immip:rant semble ne pas avoir changé de patrie, et ne trouve de différence que dans im ciel plus beau et une terre plus fertile.
Tout cela ne suffirait cependant pas pour attirer une masse considérable de colons, si Ton n'agissait directement, en Europe, sur les pays qui fournissent le plus h l'émigration vers l'Amérique du Sud,
(1) Depuis que rémigratiou irlandaise pour les États-Unis sVst faite dans de si énormes proportions, des calculs officiels portent aux chiffres suivants les sommes envoyées par les colons irlandais de TUniou en Irlande, pour y favoriser le départ de leur parents et amis :
1848 11,500,000 fr.
Total 110,776,000 fr.
(îet argent, sorti des États-Unis, y est rentré en partie par les valeurs que les nouveaux imnugrants ont apportées avec eux.
C'est ainsi que Ton calcule que chaque immigrant allemand emporte aux Etats-Unis une somme roonnoyée de 200 fr. Or que Ton calcule ce que doivent avoir donné, dans ce cas, les treize cent mille colons de race germanique qui dans ces derniers temps sont allés dans l'Amérique du Nord : ce sont deux cent soixante millions de francs qu'ils y ont mis dans la circulation, sans compter le capital créé par leur travail. (Horace Say, Annuaire d^ l'Économie poiitiifur pour 18^6» pi^s 543 ^t 568.)
tels que FAllemagne, la Suisse, le Piémont, le midi de la France, la Savoie, TEspagne, etc. — La plupart des personnes qui s'occupent de recruter des émigrants réclament ceitaines primes pour récompense, fort légitime du reste, de leurs peines. C'est généralement un droit d'inscription versé par Témigrant, puis une prime payée par l'armateur qui l'embarque, etc. Ces primes, plus ou moins élevées, suffisent aux recruteurs, qui naturellement se préoccupent beaucoup plus de la quantité que de la qualité des colons qu'ils raccolent ; mais les entrepreneurs de colonisation, qui spéculent sur ce que pourra rendre plus tard le colon une fois éUÂAi , sont naturellement forcés , dans leur intérêt même , de s'enquérir de la moralité des gens qu'ils veulent expédier outre mer; — c'était le caractère des colonisations Brougnes et Castellanos. — On comprend que pour ces sortes de spéculations il faut avoir des fonds considérables afin de faire face aux avances nécessaires aux colons; d'un autre côté, beaucoup de ceuxci ne se préoccupent guère du remboursement du prix de leur passage, ou des autres avances qu'on leur fait sur le terrain de la colonie.- I^s uns se découragent et s'en vont, d'autres ne payent pas, et l'on hésite à les exproprier. Des particuliers ne peuvent supporter de pareilles mises de fonds et se trouvent singulièrement embarrassés si le gouvernement ne vient à leur aide , comme il l'a fait on plusieurs cas.
Or le gouvernement argentin ne veut plus aujourd'hui coloniser directement; il juge avoir assez fait en sacrifiant 300,000 piastres pour les colonies de San-Juan , Esperanza, San-Geroilimo, Couchas, etc., et en témoignant ainsi de son désir de favoriser l'immigration de tout son pouvoir. C'est à l'industrie particulière h faire le reste. L'administration donne des terres publiques d'étendue suffisiinte et bien situées ; elle exempte de droits le mobilier des colons, et tout ce qui leur est nécessaire , mais elle ne s'en charge pas ellemême. — Pour éviter la spéculation, ces concessions de terre ne sont définitives que lorsque les conditions de la concession, c'està-dire l'occupation du sol par le nombre stipulé de familles agricoles, sont effectives. En outre, elle est décidée à tenir la main à ce que tous les engagements soient remplis , aussi bien de la part des entrepreneurs que de celle des colons.
Les gouvernements européens ont, à l'exemple des Etats-Unis , pris les mesures les plus sages (voyez aux Notes et Documents) pour que rémigrant ne soit pas exploité a bord des navires qui le transportent , et fasse h» voyage dans des conditions de salubrité et de
ORGANISATION DES COLONIES ACTt ELLES DANS LA PLATA. 381
sécurité satisfaisantes. Le gouvernement argentin n'a donc point à se préoccuper des transports qui se font sur des navires déjà soumis à une inspection sérieuse en Europe , mais il veille à ce que le colon ne soit pas frustré des avantages promis par ceux qui Font amené et l'ont placé sur les terres concédées par l'État. Il nomme un directeur, un juge de paix, un maître d'école, un curé, enfin des autorités choisies dans- la nation qui compose la majorité de la colonie nouvelle, il l'exempte d'impôts pendmit dix ans et lui consene sa nationalité. Avec ce régime, toute colonie doit nécessairement prospérer.
Quant aux bénéfices qui doivent revenir aux entrepreneui*s de colonisation, on doit bien se pénétrer avant tout que, pour que des spéculations de cette nature donnent des résultats avantageux , il faut qu'elles soient menées par des compagnies puissantes , assez riches pour ne pas compter sur la moindre parcelle de remboui^sement avant la fin de la troisième année. A ce compte on peut faire hardiment de la colonisation : car, une fois le colon bien installé, sa ferme en plein rapport, et pour cela il faut du temps, il lui est possible de commencer à rembourser par annuités et de se libérer dans un temps assez court. — L'écueil contre lequel ont eu à lutter d'abord les colons de Santa-Fé et de Corrientes a été Tirrégularité des avances, soit en argent, soit en nature, qui devaient leur être faites, ce qui plus d'une fois a fiiit perdre aux colons un temps précieux. Pour qu'une colonie agricole réussisse immédiatement, il faut que tout ce qui a été promis au colon lui soit avancé dès son arrivée , afin qu'il ne se décourage pas et prenne confiance dans son avenir. Et puis tous les colons ne sont pas intelligents et laborieux; parmi eux il y a quelquefois des fainéants, et même, comme partout, des mauvais sujets, enfin des hommes inquiets pour lesquels le changement est une nécessité et qui ne se trouvent bien nulle part. Il faut tenir compte de toutes ces circonsUinces, surtout dans le principe ; mais, lorsque la colonie marchcî d'elle-même, les vides formés par ceux qui se retirent sont vite comblés par les gens , soit nouveaux, soit anciens arrivés, qui viennent demander à en faire partie.
Le voisinage des villes est aussi une cause puissante de dissolution pour un établissement de cette nature , à cause des offres que le manque de bras fait faire aux colons, ^offres qui en séduisent toujours un certiiin nombre. Aussi est-il de toute nécessite de les conduire directement au siège de la colonie, sans les faire passer par les grandes villes du litt«»ral, telles que Mont^^video, Buénos-Ayres,
Rosarlo, etc., où le haut prix momentané des salaires, la présence de quelques amis oU connaissances, mille suggestions diverses, peuvent en retenir quelques-uns , et cela bien à leur détriment» En effet, jamais la position de Touvrier des villes ne vaudra celle du co-» Ion agricole, qui, au bout de quelques années , s'il est intelligent et laborieui , peut avoir en toute propriété un bon champ de 30 hectares, ses bestiaux, son jardin, sa maison commode, enfin tout le bien-être du cultivateur aisé. Les commencements sont durs sans doute, non pas que la terre soit Ingrate, mais parce que, dans la Plata comme ailleurs, l'agriculture est exposée à des fléaux qui compromettent quelquefois les récoltes. Celles-ci , au reste , ne sont jamais Complètement perdues , et la culture peut être si Variée que là Inoyenne doit toujours être favorable au cultivateur intelligent. «^ D'ailleurs n'en est-il pas de même en Europe, et tolites les années y sont-elles également bonnes ?
îl est vrai que les colons sont impatients, et que, de l'autre côté de l'Atlantique, on leur a fait quelquefois une telle peinture du pays qu'ils Sont portés à croire qu'il n'y a qu'à se baisser pour ramasser des fruits non plantés, des récoltes non semées. La vérité est que la terre donne beaucoup, mais il faut le lui demander. Ceux des colons que n'ont pas rebutés les premiers accidents de la culture à Corrientes sont aujourd'hui dans une bonne position; il en est de même à SaUta-Fé. Il ffeiut du temps en effet pour que les arbres croissent , pour que les bestiaux se propagent, pour que toute la concession soit délVichée ; ce n'est généralement qu*au bout de cinq antiées que le colon peut commencer à recueillir le fruit de ses travaux et à jouir d'un bien-être réel. A partir de ce moment, sa position est Vraiment heureuse , et plus tard il peut même arriver à une petite fortune.
Nous parlons ici de la Colonisation agricole du littoral ; il en est de même dans l'intérieur* Les provinces soupirent après le moment où des essaims d'immigrants viendront augmenter la population de leu^s Villes , former des établissements dans leurs Campagnes^ où il y a tàttt à créer* Cette populatioU douce, dodile et remarquablemelit Intelligente , lie demiiûde pas mieux que de s'instruire par la comparalsoli d'uhe agriculture plus avaiicée, d'une industrie plus habile i
Sans doute tous les immigrants qui viendront dans le bassin de la Plata trouveront partout à s'occuper utilement, quelle que soit leur profession ; mais, nous ne ni>us lassons pas de le répéter, nul ne serrt