EXPLOITATION ACTUELLE. — SES MOYENS. — SON AVENIR
Nous venons d'examiner avec quelques détails les mines du territoire argentin qui sont en travail d'exploitation ou qui ne vont pas tarder à y entrer. Ce nombre, qui serait peu élevé eu égard à la vaste étendue du territoire et s'il en restait là, est remarquable quand on songe à la variété et à la richesse des produits, et au faible chiffre de la population qui a dû fournir les bras nécessaires à leur mise en œuvre. L'industrie minière ne fait, pour ainsi dire, que commencer, et déjà elle a mis en circulation des capitaux importants, elle a appelé dans ses ateliers un personnel considérable.
Les Sud-Américains actuels ont hérité du goût des Espagnols leurs pères pour ces sortes de travaux , qui sont généralement pratiqués avec une ardeur et une persévérance qu'on s'étonnerait presque de rencontrer chez un peuple en réalité peu avide de gain et assez insouciant des choses de la vie. Nul doute que les traditions
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des richesseg produites jadis par les mines du Mexique, du Pérou, de Potosi, ne soient pour beaucoup dans la faveur dont jouissent, dans les régions des Andes, les spéculations qui ont trait à la recherche et à l'exploitation des minerais précieux ; on s'y souvient encore de ces galions qui portaient jadis aux ports de la métropole les trésors du Nouveau Monde, et peut-être ne désespère-t-on pas de faire renaître ces jours de gloire et d'abondance. Heureusement on a le bon sens de ne plus baser, comme autrefois, la richesse des États uniquement sur le chiffre du produit de leurs mines, et l'on sait accorder à l'agriculture la place qui lui est due avant toutes les autres indus* tries.
C'est ainsi que, dans les provinces argentines voisines des Andes, on s'occupe d'abord de la culture du sol, affaire de nécessité primordiale, puisqu'il faut tout créer sur les lieux et qu'on ne peut, comme sur le littoral, importer de l'étranger ce que l'on veut en fait de denrées alimentaires. Déjà presque toutes les localités favorables aux cultures y ont été occupées, et ces localités ne sont pas très-nombreuses, car le chiffre des rivières et ruisseaux est restreint, et nous savons qu'on n'y peut rien récolter sans irrigation.
Sans doute, à l'aide d'étangs artificiels obtenus par le barrage de quelques gorges et vallées, par un meilleur aménagement des eaux actuelles, il serait facile de disposer d'une masse aqueuse plus considérable pour l'irrigation , et par conséquent d'étendre beaucoup les cultures; mais il viendra un moment où, la terre labourable manquant aux habitants, où, toutes les pentes, tous les plateaux aptes à l'élève des troupeaux étant occupés par une quantité suffisante de bétail, il faudra que la population croissante ait recours à d'autres industries. Celle du travail des mines deviendra donc forcément la principale dans les provinces des Andes : on le pressent déjà, et c'est pour cela que tous les bons esprits se préoccupent des moyens de préparer cette industrie, de la rendre facile et fructueuse en y appelant à la fois des entrepreneurs et des capitaux, des ingénieurs et des ouvriers capables.
L'exemple voisin du Chili contribue puissamment à faire apprécier la valeur des spéculations sur les mines. On sait combien a prospéré la province d'Atacama depuis la découverte de ses gttes précieux. Une foide d'Argentins, réfugiés dans la république chilienne pendant la guerre civile qui dévorait leur patrie, ont vu de leurs yeux les résultats qu'ont donnés l'exploitation du charbon de terre à la Conception, celle du cuivre à Coquimbo, celle de l'or, de l'argent et du cuivre à
Copiapo; plusieurs même se sont lancés dans des entreprises de cette nature et en ont recueilli d*amples bénéfices. Dans le département de Copiapo, pendant longtemps, la majorité des ouvriers mineurs venait du versant oriental des Andes. — Il y a donc, dans la Confédération, les éléments nécessaires pour donner aux opérations de ce genre rimpulsion première ; et c'est ainsi que, depuis 1 852, on s'est mis avec ardeur à la recherche de mines nouvelles, et que l'on a repris d'anciens travaux.
Cependant, comme les capitaux et la population sont encore insuffisants pour proportionner les moyens d'exploitation à la vaste étendue du champ exploitable, il faut que d'autres régions envoient ce qui manque pour donner à cette magnifique industrie le développement dont elle est susceptible. Cela peut se faire dès à présent, sitôt que l'on connaîtra mieux les richesses réelles des provinces intérieures au point de vue de la production minérale, et la facilité de la plus grande partie des travaux d'extraction et de réduction dans presque tous les cantons à gisements métalliques.
On peut dire, en effet, que le cuivre et l'argent se trouvent partout dans les Andes, depuis le cerro de Payen, à l'extrémité de la province de Mendoza, jusqu'à la frontière de Bolivie. Nous avons déjà cité toutes les localités qui en renferment ; mais que sont ces indications pour une région si vaste, alors que tant de vallées des Andes et du massif central restent inexplorées, et que tous les jours on y découvre quelque nouveau gisement! Dans la province de la Rioja, des montagnes entières, le cerro Negro par exemple, forment une seule masse de fer indéfiniment exploitable et capable de fournir le monde entier; les gisements de plomb argentifère de la sierra de Cordova ont une étendue extraordinaire ; l'or abonde à San-Luis , à San-Juan, à Rioja, à Jujuy. Enfin toutes les Cordillères qui forment les contreforts du grand plateau bolivien vers le sud, et se ramifient dans le nord de la Confédération, renferment des minerais d'argent de la même nature que ceux qui ont rendu le cerro de Potosi si célèbre. — Quel n'est donc pas l'avenir de ces régions lorsqu'on y aura importé les capitaux nécessaires pour les travaux d'exploitation et les bras pour les exécuter !
Jusqu'à présent presque tout s'est fait par les gens du pays euxmêmes, qui, comme nous l'avons expliqué en passant en revue les principales mines aujourd'hui exploitées, les ont mises en activité sans aucun guide étranger ; ce n'est que plus tard qu'il leur est arrivé, du Chili et d'Europe, des ingénieurs et des contre-maîtres. Cette ab^