COMMERCE ACTUEL. — NAVIGATION
Quant à Montevideo, nous ne possédons, en fait de chiffres de son commerce d'outre-mer, que ceux de Tannée 1836, qui donnent 333 navires entrés avec 61,148 tonneaux, et ceux de 1842, qui comptent 824 navires avec 158,652 tonneaux. — Cette année a été jusqu'à présent la plus brillante de toutes pour cette ville , puisque le chiflÈre total de ses importations et exportations atteignit 82 millions. Aujourd'hui, que les traces de la guerre sont effacées , et que le bétail, paisible et bien soigné dans les estancias, a pu se reproduire, Montevideo revient graduellement à ce chiffre d'affaires.
Presque tous les bâtiments d'outre-mer qui fréquentent les ports de la Plata sont étrangers ; ceux de cabotage , au contraire, portent en majeure partie le pavillon national, et leurs équipages comptent un assez grand nombre de fils du pays, surtout de mariniers de Corrientes et de Santa-Fé. — Beaucoup de bâtiments à vapeur se sont mis à la navigation des fleuves, non-seulement pour le transport des passagers, mais encore pour celui des marchandises.
Les navires étrangers, comme nous venons de le dire, ont commencé également à remonter les fleuves Parana et Uruguay. Ils vont jusqu'à l'Assomption pour le commerce du Paraguay, et, depuis 1859, de petits vapeurs brésiliens se sont établis sur le Haut-Paraguay et ses affluents pour le commerce de Mato-Grosso et Cuyaba ; la majorité cependant s'arrête au Rosario.
Pendant les trois dernières années de l'isolement de Buénos-Ayres, de 1857 à 1859, le congrès avait frappé d'un droit extraordinaire de 18 pour 100 les marchandises d'origine étrangère qui passeraient de Buénos-Ayres à la Confédération. — Cette mesure fut connue sous le nom de droits différentiels^ der échos diferenciales, — Son but était à la fois de mettre Buénos-Ayres dans une sorte d'interdit commercial pendant sa séparation volontaire de l'unité argentine, et d'appeler le commerce direct de l'Europe. Ce qui le prouvait de reste, c'est que cette mesure n'épargnait pas Montevideo, contre lequel la Confédération n'avait nul sujet de plainte.
Sous ce régime, Rosario, devenu le port principal de la Confédération, se développa extraordinairement, quoiqu'il y eût eu au commencement une sorte de perturbation causée par la nécessité de créef
publié à Parana. — Il existe bien un bureau de statistique, mais il n'a M organisé que ré remment, et n'a pu se procurer jusqu'à présent que des renseignements trop isolés en cor pour qu'on pidsse former une série de plusieurs années sans lacunes. c
des relations nouvelles et d'abandonner en partie celles que l'on avait depuis si longtemps avec une place aussi opulente et aussi bien assortie que Buénos-Ayres. En effet, le commerce des provinces ne pouvant, le plus souvent, disposer que de capitaux médiocres, avait besoin du crédit qu'il trouvait facilement dans les deux grandes places du littoral, et auquel il avait l'habitude de satisfaire à époques fixes, une fois les marchandises qu'on lui avait confiées vendues. On craignait aussi que des navires arrivés directement d'Europe avec des chargements généraux pour une place de commerce réduite comme le Rosario, n'y produisissent encombrement. — Les événements prouvèrent une fois de plus que le commerce est toujours habile à accourir là où il a intérêt à le faire, et qu'il sait en toute circonstance tirer parti des situations. Au bout d'un an, on s'était liabitué au nouvel ordre de choses- De grandes maisons se fondèrent au Rosario , et toutes les provinces accoururent y faire leurs achats. Dans l'Entre-Rios , Gualeguaychu joua le même rôle, et, sauf quelques articles peu courants dont Buénos-Ayres et Montevideo conservaient forcément le monopole, il fut possible d'avoir presque tout en première main, grâce aux bâtiments transatlantiques qui chargeaient résolument pour les ports de l'Uruguay et du Parana. On sut apprécier alors la valeur de la mesure qui avait ouvert ces fleuves à tous les pavillons. Pendant ces trois années , Buénos-Ayres fut privé en grande partie du commerce des provinces et put juger combien la continuation de son isolement allait devenir funeste à ses intérêts commerciaux.
Le retrait de la loi des droits différentiels, au commencement de 1860 , a rétabli sur l'ancien pied les relations avec Montevideo et Buénos-Ayres ; mais il n'en est pas moins resté un grand mouvement d'affaires au Rosario, port naturel et le plus rapproché des provinces de l'intérieur. Cependant ce n'est que graduellement que cette place, ainsi que les autres ports des fleuves tels que Santa-Fé, Parana, Corrientes, Gualeguaychu, etc., peuvent, dans les circonstances ordinaires , établir un commerce direct avec l'Europe , excepté, toutefois, pour l'exportation des cuirs et autres objets provenant de l'industrie pastorale , qui se fait déjà ainsi depuis quelques années aux saladeros de Rosario, de Gualeguaychu et de l'Uruguay.
Un navire d'outre-mer charge trop de marchandises en un seul bloc pour des points insuffisamment peuplés encore, et les négociants aiment mieux recourir au cabotage ; cela leur permet de choisir dans les grapds entrepôts de l'entrée de la Plata et d'expédier dans les