‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 217 sur 285 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

IToles principales de commnnieatloii.

La configuration du pays en grandes plaines sillonnées de rares ruisseaux, dans la partie pampéennc, rempli de bois maigres et clairsemés dans la plaine intérieure, entre le massif central et les Andes, n'offre de difficultés réelles aux transports que quelques rivières, et nous venons de voir comment on les traversait. — La région située entre les deux fleuves Parana et Uruguay, coupée de nombreux cours d'eau, était moins favorable au roulage, mais elle avait les deux grandes voies fluviales qui la desservaient, et ce ne fut d'ailleurs pas là que s'établit le système de caravanes qui mit en contact le Chili et le Pérou avec les rives de la Plata. On s'y occupait exclusivement du bétail, et l'exportation de ses produits se faisait par eau.

Dans rintérieur, il fallut nécessairement avoir recours à la voie terrestre, et c'est ainsi que les marchandises du Pérou arrivèrent à Buénos-Ayres pendant tout le courant du dix-septième siècle, puisque la prohibition du commerce direct par mer obligeait toute marchandise européenne à venir exclusivement par cette voie. (Voyez page 493.)

Alors tous les colis arrivés d'Europe dans les ports du Pérou devaient être chargés à dos de mulets et expédiés par la Cordillère jusqu'à Potosi, qui devenait le dépôt général , d'autant plus qu'à cette époque, par suite de l'importance de ses mines, cette ville concentrait toutes les affaires. De là^ on les envoyait, toujours par troupes de mulets, à Jujuy, à Salta et enfin àTucuman, où commençait la grande plaine et où l'on prenait des charrettes qui les transportaient à Cordova et à Buénos-Ayres; c'était presque 1,000 lieues par voie terrestre, puisque l'on comptait 192 lieues de Buénos-Ayres à Cordova, 160 de Buénos-Ayres à Tucuman, 92 de Tucuman à Salta, 125 de Salta à Potosi, et 410 de ce point à Lima. '(Voyez l'Itinéraire général de la Confédération, t. III.)

Cette voie, malgré sa longueur, fut donc très-fréqu entée ; les provinces de la Plata dépendant administrativement du vice-roi de Lima et de l'audience de Charcas, il fallut nécessairement que tout passât par ce chemin. De bonne heure on f établit le système de postes suivi jusqu'à présent, et les villes situées sur cette route se peuplèrent graduellement. Tout le pays au nord de Cordova n'avait guère de relations qu'avec le Pérou: ce fut seulement lors de l'établissement de la vice-royauté de la Plata, en 1776 , que le courant se détourna du côté de Buénos-Ayres, voie plus naturelle, puisque, pour communiquer avec l'Europe , on n'avait plus l'interminable barrière des Andes à traverser.

Route du Cbua. — Le commerce avec le Chili jusqu'en 1776 était peu de chose, quoique la province de Cuyo, composée des trois divisions actuelles de Mendoza, San-Juan et San-Luis, fît partie de ce royaume. Il prit de l'importance à cette époque; on améliora la route de la Cordillère, et l'on y construisit les huttes de refuge {casuchas), qui existent encore à l'heure actuelle et ont rendu tant de services aux voyageurs. Ces réduits, de quatre mètres en tout sens, sont bâtis en briques; pour les empêcher d'être enterrés dans les neiges, on les a élevés de trois mètres sur le sol emironnant, et l'on y arrive par un escalier extérieur ; une douzaine de personnes peuvent s'y

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abriter. C'est le seul point de toute la chaîne des Andes, du 22* au 36* degré, où le gouveraement espagnol en ait fait construire.

En même temps que Ton améliorait le passage de la Cordillère, on assurait la sécurité de la frontière du sud par la ligne de forts , reprise dans ces derniers temps (voyez page 204), et toutes les postes de ce chemin s'entouraient de haies de cactus pour servir de fortification contre les Indiens. Grâce à ces précautions, la route, de Buénos-Ayres à Rio-Cuarto, à San-Luîs et à Mendoza, put être maintenue, même pendant les plus mauvais temps de la guerre civile, et lorsque les barbares profitaient des dissensions des chrétiens pour piller leurs frontières.

On songea même à ouvrir un chemin plus direct de Buénos- Ayres au Chili, en passant à travers le territoire des Indiens et en allant gagner le pas d'Antuco. C'est dans ce but qu'en 1804, sous le vice-roi Sobre-Monte, Luis de la Cruz fit ce remarquable voyage dont l'itinéraire a été conservé, et qui prouve la facilité d'ouvrir une voie directe courte et commode, du principal port de la Plata à la Cordillère.

La route ancienne du Chili allait de Buénos-Ayres à la Esquiua , dans le voisinage du Rosario, en passant par les parties les plus peuplées de la province , pour éviter le voisinage des Indiens. Elle longeait ensuite le Rio-Tercero jusqu'à l'Esquina de Medrano, où elle se séparait de la route de Cordova qui continuait vers le nord, et se dirigeait vers Rio-Cuarto; elle gagnait de là Achiras, San-José del Morro, San-Luis et Mendoza, et, de ce pomt, s'enfonçait dans la Cordillère par la quebrada des Paramillos et la vallée d'Uspallata. (Voyez tome I, page 198.) — Cette route est encore celle que l'on suit aujourd'hui, les postes n'étant point encore établies sur la voie nouvellr dont l'ingénieur de Laberge a tracé le trajet, et qui réduit à 755 kilomètres une distance évaluée aujourd'hui à 244 lieues (de 5,000 vares, — 4,200 mètres) de Rosario à Mendoza (1).

La route du Chili est très-fréquentée, d'autant plus que les soixante premières lieues, à partir du Rosario, en sont communes avec celle de Cordova. Les troupes de charrettes ne trouvent d'obstacle qu'au Rio- Saladillo,qui est le même que le Rio-Cuarto, et va se jeter, une lieue plus loin que le passage habituel, dans le Rio-Tercero ; on le franchit toujours à gué ; les crues qui n'ont d'autre origine que des pluies lo-

(1) Informe sobre un camîno carril mas recto de Mendoza al Rosario\ avec carte à l'échelle d'un ceot-quatre-viDgt-millième. — Parana, 1857.

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cales sont de courte durée. Si la rivière est trop haute, on attend qu'elle ait baissé. La diligence et les voitures légères passent sur un bac nouvellement établi. — L'autre rivière, quelquefois difQcile h traverser, est le Desaguadero, qui sépare la province de Mendoza de celle de San-Luis, et reçoit les eaux des rivières de San-Juan et Mendoza. n ne grossit que Tété et se passe également à gué.

Dans toute cette route, les eaux et les pâturages sont abondants, on ne voit quelques lagunes et marais qu'aux environs de Rio-Cuarto ; à partir de ce point, on trouve des collines et un terrain pierreux qui se continue jusqu'à la ville de San-Luis ; nulle part il n'y a de difficultés réelles pour les transports, si ce n'est la longueur du chemin, qui exige dix journées pour les voitures légères menées en postej et quarante au moins pour les pesantes charrettes du commerce. Partout on trouve quelques ressources en vivres et des habitants dans les bâtiments des postes ; on rencontre une douzaine de villages et de petites villes.

Rectification de Laberge. — Le chemin tracé par M. de Laberge suit une ligne généralement plus au nord de la route actuelle. Il passe le Rio-Desaguadero au-dessus du Salto, traverse une lagune heureusement peu profonde et dont le fond est solide, et arrive à San-Luis par la plaine boisée de ce nom. Les principaux travaux consistent à ouvrir la route à travers un bois clair-semé, et à y creuser des puits, autour desquels se grouperaient des habitations. — Cette section est de 46 lieues de 6,000 vares, ou 237 kilomètres. — De San-Luis à Rio-Cuarto, il y a 37 lieues (191 kilomètres), en passant par le bourg de San-José-del-Morro et au sud de celui d'Achiras, par des collines et des plaines ondulées, riches en pâturages et en eau. — La rivière de Rio-Cuarto, quoique large, a un fond de sable qui permet de la franchir sans difficulté. De ce point, il faut traverser la Pampa proprement dite, et quelques terrains marécageux, pour arrivei* au Saladillo, non loin du bourg de ce nom, qui se passe comme le Rio-Cuarto, dont il n'est que la décharge. Il serait fort utile d'y construire un pont, afin qu'un passage si fréquenté ne présentât d'obstacle en aucune saison. On touche bientôt au hameau de Cruz-Alta, situé lui-même sur les bords du Rio-Tercero.

Cette rivière fait plusieurs détours, exagérés il est vrai, sur toutes les cartes anciennes, mais qui exigent cependant que la route en suive quelque temps le cours, afin de réduire à deux le nombre des ponts à y construire , car en aucun endroit elle ne peut se passer à gué, et est presque partout navigable. La Pampa s'étend en pàtu-

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