‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 237 sur 285 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ifcauuicipatioli de la métropole. — C^onTernement de la Bépabllqne

arn^enllae Jasqn'en 1858.

§ I. — Révolution de 1810 dans la Plata.

L'Amérique du Sud était restée paisible pendant toute la durée de la révolution française ; alors que l'Europe entière était agitée dans ses fondements , l'écho de ces gigantesques secousses n'arrivait que bien affaibli aux rivages de la Plata. D'un autre côté, les dernières mesures politiques et économiques mises à exécution par la métropole, depuis l'érection de la vice-royauté, avait été si bienfaisantes, comparées au régime antérieur, qu'il y avait une affection sincère pour la dynastie qui régnait alors en Espagne. On se préoccupait peu . encore de l'exemple que venaient de donner les Etats-Unis. Les idées libérales jetées à travers le monde parles philosophes du dix-huitième siècle, et que les armées de la république française propageaient d'une façon si éclatante, ne traversaient pas facilement encore TAtlantique ; elles ne trouvaient de l'écho que dans un petit nombre de personnes appartenant à la classe supérieure et éclairée ; il fallut les événements de 1806 et 1807 pour révéler aux habitants de la * Plata l'importance de leur pays et leur donner la conscience de leur propre force.

On sait comment, exilés du continent de l'Europe par les triomphes de Napoléon , les Anglais cherchèrent à regagner sur les rives de l'Océan les acquisitions territoriales que la politique du grand empereur leur défendait en Europe. L'Espagne avait ses destinées liées avec celles de la France par une alliance qui venait de lui coûter sa marine détruite à Trafalgar ; l'Angleterre saisit cette occasion pour attaquer ses domaines du nouveau monde et lit une grande expédition dans la Plata. Victorieuse d'abord à Montevideo et à Buénos-Ayres, elle échoua une seconde fois dans cette ville, reconquise par la bravoure de ses habitants dirigés par l'héroïque Liniers. L'armée anglaise entière, avec son général, demeura prisonnière de guerre, et ses drapeaux, encore aujourd'hui suspendus dans la cathédrale de Buénos-Ayres, attestent, depuis cinquante-trois ans, la valeur de la

jeune nation qui préludait alors, avec tant de gloire, au rôle brillant que jouèrent plus t^rd ses armées dans la lutte de l'indépendance sud-américaine. (Voyez, pour tous ces événements, noire Précis chronologique^ t. III.)

Peu de temps après cette page si belle de l'histoire argentine, les rôles étaient intervertiB en Espagne. Une faute immense de Napoiéoii venait de changer en ennemi acharné de la France le pays qui, depuis dix ans, s'était montré un allié aussi fidèle et aussi dévoué. L'intronisation subreptice d'une dynastie nouvelle ne fut pas mieux accueillie par l'Amérique espagnole que par la vieille terre de Castille; Tagent de l'empereur des Français, envoyé dans la Plata, au lieu d'une nation prête à accepter les faits accomplis de la Péninsule, ue trouva que la prison. L'indépendance espagnole^ réfugiée à Cadix, fut saluée des ViûBux de tous les habitants de la colonie, qui jurèrent d£ restoP fidèles à leur roi légitime, défendant son trône contre un conquérant étranger.

Cependant, avec une métropole occupée presque en totalité par rinvasion, par conséquent sans action possible sur ses colonies, aux-* quelles elle déclarait ne pouvoir envoyer aucun secours en cas d'attaque , il fallait que les lois et règlements qui régissaient eelles-ci fussent profondément modifiés, et que l'on avisât aux mesures les plus urgentes de salut public. Dans ce but, un comité de gou¥^fw nement {Junta) s'installa à Montevideo, sous les auspices d'Ëlîo, rifal du brave Liniers, alors vice-roi de la Plata, mais que sa qualité de Français rendait suspect, et qui fut, en conséquence, destitué bientôt par la junte de Séville.

Un comité analogue n'avait pu s'établir à Buénos-Ayres, à cause de la perspicacité de Liniers, qui en prévoyait les tendances, et s'y était opposé ; sa retraite laissait donc le champ libre aux partisans d'une révolution.

A ce moment, le nouveau viee-roi, Cisneros, arriva d'Espagne sans troupes, sans argent, sans armes, et se vit face à face avec une population qui, tout en protestant de sa fidélité pour le roi, réclamait impérieusement, d'abord des modifications profondes dans le régime de la colonie, puis, en réalité, quoiqu'on ne l'avouât pas encwe, le droit de se gouverner par elle-même, sous la simple suzeraineté du roi. Q était difficile de i^ pas céder ; Cisneros se décida à Le faire, mais de mauvaise grâce, et les Espagnols d'Europe, qui remplissaient, comme d'usage, toutes les charges de l'administration, témoignèrent^ à l'endroit des crédes, une défiance et une f^épnl-

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sion qui irritèrent profondément ces derniers, à qui les événements des années précédentes avaient révélé toute leur valeur.

Les Argentins, en effet, se sentaient mûrs pour concourir euxmêmes au gouvernement du pays ; ils voulaient, avec raison, modifier un régime qui , quoique amélioré , pesait encore lourdement sur leur industrie et leur commerce. Leur amour-propre souffrait surtout de la préférence qui faisait choisir exclusivement les Espagnols pour les emplois publics. Ces idées entretenaient donc une fermentation qui n'attendait plus qu'une occasion pour se révéler, et cette occasion ne tarda pas.

On était au mois de mai 1810, Cisneros venait d*apprendre que la junte de Séville, qui l'avait nommé vice-roi, achevait de se dissoudre, et que l'Espagne entière, moins Cadix, était aux mains de Napoléon. Sans pouvoir réel, sans prestige, au milieu de ces circonstances désastreuses pour l'Espagne, il crut devoir convoquer une assemblée, formée des membres du cabildo et des principaux citoyens créoles ou espagnols de la ville de Buénos-Ayres, pour leur exposer l'état des choses et aviser aux moyens de conduire la colonie au milieu de cette crise.

L'assemblée se réunit le 21 mai, et, dès l'abord, les deux partis, Espagnols et créoles, se trouvant en présence, leur rivalité se traduisit par des actes immédiats. Le parti espagnol, pour se conserver la prépondérance, voulut faire nommer Cisneros président de l'assemblée ; mais déjà la bourgeoisie et le peuple étaient travaillés par des idiées d'indépendance que nous venons de signaler, et que quelques créoles influents semaient avec beaucoup d'habileté parmi les masses. La milice, presque toute composée de natifs, était hostile au parti du vice-roi, quoique celui-ci eût cependant la majorité dans le cabildo et dans la junte de gouvernement qui venait d'être formée. Quelques jours se passèrent en pourparlers entre les différents partis sans que l'on pût parvenir à s'entendre, lorsque, dans la soirée du 24, une véritable émeute força le cabildo à demander au vice-roi sa démission. Cisneros y consentit.

Le lendemain 25, le parti créole, lier de cette victoire, réclama impérieusement la dissolution du cabildo et de toute la junte, et la nomination d'une commission de gouvernement dont les noms étaient désignés par acclamation populaire. — Ces mesures furent adoptées à l'instant, et l'on élut ainsi un véritable comité de salut public, composé exclusivement de créoles, et qui fut désigné sous le nom de junte provisoire de gouvernement de la capitale de Buénos-Ayres

fjunta provisional gubeimativa de la capital de Buenos- Ayres). — • Ce mouvement fut ce qu'on appela, depuis la déclaration de mai, el pronunciamiento de mayo. — La révolution était faite, les conséquences s'en développèrent immédiatement.

En effet, dès le lendemain, l'influence du parti espagnol était ruinée. Fiers d'avoir enfin dans leurs mains le gouvernement, les créoles rendaient avec usure, aux Castillans, les façons légères avec lesquelles ils avaient toujours été traités par eux. Ceux-ci, du mécontentement, passèrent aux conspirations, qui furent réprimées avec la dernière sévérité par la junte, et bientôt la lutte armée commença. — On en trouvera les détails dans notre chronologie, nous ne ferons que les résumer ici.

Si, sur le littoral et à Buénos-Ayres principalement, où l'éducation politique était plus avancée, où existait déjà une bourgeoisie riche et puissante, jalouse de la prépondérance jusque-là exclusive des Espagnols, puisqu'on les y désignait sous le nom ironique de Chapetones^ on désirait une modification aussi profonde dans le gouvernement de la vice-royauté, sans songer toutefois encore à se séparer de la mère-patrie , il n'en était pas de même dans l'intérieur, où l'ancien régime avait des racines bien plus profondes, et où la population, habituée à ce système, répugnait à un changement. Ainsi, dès le 27 mai, afin de faire sanctionner la révolution, la junte avait envoyé une circulaire aux provinces pour les instruire des événements et les engager à dépêcher leurs députés à Buénos-Ayres pour les ratifier et en développer les conséquences ; mais la plupart des provinces ne se pressaient guère d'en envoyer, ou même désapprouvaient nettement la déposition du vice-roi, dont l'autorité leur semblait infiniment plus respectable que celle des hommes nouveaux qui apparaissaient soudain au pouvoir. En même temps, les officiers de l'armée du roi, Liniers en tête à Cordova, Elio à Montevideo, réunissaient les Espagnols et organisaient la contre-révolu- ' tion.

Mais les idées de liberté et d'indépendance nationale trouvent vite de l'écho. Les Argentins de l'intérieur ne tardèrent pas à les accueillir à leur tour, et ces tentatives avortèrent. Les milices, réunies parles anciens chefs qui les avaient trouvées si dociles et si braves, alors qu'il s'était agi de repousser l'étranger, les abandonnèrent quand il fallut combattre pour perpétuer un régime dont le pays était las. Liniers périt victime de sa fidélité à sa patrie adoptive. Elio concentra la résistance espagnole dans la ville, alors fortifiée, de Montevideo. Sans

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perdre de temps, la junte de Buénos-Ayres forma une armée et la lança dans les provinces du nord et le haut Pérou, pour y susciter la révolution, en même temps qu'elle appelait le Paraguay et la Bande- Orientale à la liberté.

La première de ces provinces reçut à coups de fusil Tarmée buénoayrienne, commandée par Belgrano, qui fut battu à Paraguari, et obligé de capituler avec les Paraguayens. Le gouverneur espagnol, Velasco, n'en resta pas pour cela au pouvQir; il fut déposé par ceux-ci, qui s'isolèrent immédiatement et déclarèrent vouloir se gouverner en dehors de Buénos-AyTes. — Les Orientaux, au contraire, acceptèrent les idées et bientôt les secours de Buénos-Apes, et le gouverneur espagnol se trouva réduit à la seule ville de Montevideo.

La nouvelle de la révolution du 25 mai fut fort mal accueillie en Espagne. Le gouvernement de la Péninsule, quoique réduit aloi's à Cadix, protesta contre ces événements, en déclara nulles les conséquences, et donna ordre à ses garnisons américaines de s'opposer par la force à toute modification dans l'ancien régime colonial. Le roi Ferdinand, débarrassé plus tard de Tinvasion française, se montra aussi exclusif, aussi entier. Cette roideur en des <;îrconstances aussi difficiles ne fit qu'envenimer la lutte, qui devint une véritable guerre civile ; car plus d'un créole combattait dans les armées espagnoles, et la cause nouvelle, en bien des endroits mal connue et mal comprise, n'était pas toujours populaire.

On ne pourrait guère s'expliquer autrement comment la gueiTe de l'indépendance américaine ait pu durer quinze années, puisque ce ne fut qu'en 1825 que le haut Pérou, tour à tour repris et abandonné par les indépendants, fut définitivement évacué par les Espagnols. Or, pendant toute cette période, TEspagne ne put envoyer à ceux qui soutenaient sa cause que des secours insignifiants, et ce fut dans TAmérique même que ses généraux trouvèrent en hommes et en argent les ressources nécessaires pour soutenir si longtemps la lutte.

Ce ne fut pas toutefois dans les provinces argentines du littoral et de l'intérieur que la guerre se prolongea; h partir de 1815, les Espagnols les avaient définitivement évacuées.

Eli effet, la prise de Montevideo, en 181 4, par l'armée argentine et orientale, fit cesser cette lutte sur le littoral de la Plata, et Buénos- Ayres put employer toutes ses forces à celle qui se continuait dans le haut Pérou, commençait dans le Chili, et se propageait jusqu'aux rives du golfe du Mexique.

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504 ORGAiMSATlON ARGENTINE.

§ IL — Gouvernements de 1811 à 1830 dans la Plata. — Unitaires

et fédéraux.

Pendant ce temps, le gouvernement du Rio-de-la-Plata se concentrait dans la ville de Buénos-Ayres qui, la première, avait imprimé le mouvement, et qui, naturellement, ne pouvait guère comprendre, dans le principe, qu'un système unitaire et centralisateur, comme celui de la vice-royauté. La junta yiibernativa^ composée de neuf membres, nommée au 25 mai, exerça une véritable dictature. Au bout d'un an et demi, en 1811, alin de faciliter l'action du gouvernement, elle institua un pouvoir exécutif composé de trois personnes qui, chaque semestre, devait se renouveler par la sortie de l'un de ses membres et l'accession d'un nouveau. — Malgré ces mesures, les assemblées populaires que l'on avait créées pour rendre l'esprit public favorable à la révolution, la liberté de la presse, improvisée pour une population aussi neuve à l'exercice de ses droits civiques, rendaient la position difficile. On était débordé par le mouvement, et des désordres éclataient à chaque instant dans les provinces, qui toutes voulaient se gouverner elles-mêmes, à l'exemple de celle de Buénos- Ayres, et en dehors d'elle.

Dircctorat. — En 1813, on en était venu à une véritable anarchie ; la commission executive était l'objet des attaques les plus vives et les plus contradictoires. Le parti espagnol s'agitait, et il avait encore des racines profondes ; la guerre continuait dans le nord et dans la Bande-Orientale. La commission, sous la pression d'une émeute, céda ses pouvoirs à une assemblée générale, qui, à son tour, devait exercer la dictature. Cette assemblée, partant toujours du principe ancien, ne crut pouvoir mieux faire que de centraliser le pouvoir dans la main d'un directeur suprême, de qui devait relever tout le reste des provinces de l'ancienne vice-royauté, dont la ville de Buénos-Ayres demeurait la capitiile, et concentrait nécessairement tout le commerce et toutes les ressources.

Une pai^eille mesure ne pouvait satisfaire les chefs {catidillos) qui s'étaient levés dans les provinces. Illustrés dans la guerre contre la métropole, soutenus par l'opinion populaire et la bi'o^-oure de leurs partisans, ils songeaient à se dérober à l'action d'un pouvoir centi*al qu'ils jalousaient, et qui, lui-même, imbu des doctrines de Tobéis-

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