DICTATURE DU GÉNËRAL ROSAS
thies étaient pour les chefs unitaires, produisit une' révolution que Dorrego chercha en vain à combattre. Vaincu et pris, il fut fusillé par les ordres du général Lavalle, faute immense, qui imprima dès lors à la guerre civile un caractère d'acharnement qu'elle n'avait pas jusqu'alors et fut le signal de terribles représailles.
L'année suivante les Fédéraux prirent leur revanche : la campagne de Buénos-Ayres, la province de Santa-Fé se soulèvent, leurs milices viennent assiéger la capitale qui cède à son tour, tandis que dans les provinces la guerre continue avec des péripéties diverses. Le pays est ensanglanté par cette lutte, où figurent deux puissantes individualités argentines : Paz à la tête des Unitaires, Quiroga représentant des Fédéraux. La captivité du général Paz, en 1831, amène la chute du parti unitaire, et une réaction violente force quantité d'Argentins à s'exiler.
A peu près à cette même époque, les provinces littorales, Buénos- Ayres, Santa-Fé, l'Entre-Rios, et plus tard Corrientes, à la suite d'une convention composée de leurs députés réunis à Santa-Fé , forment entre elles, par un nouveau traité , dit quadrilatéral {4 janvier 1831), qui renouvelle les stipulations des traités précédents, une ligue offensive et défensive ; elles délèguent la conduite des affaires extérieures à Buénos-Ayres. Il est de plus stipulé que : — « lorsque les <( autres provinces de la république se trouveront en pleine pdx et « prospérité, on les invitera à se réunir en fédération avec les pro- « vinces littorales, et à régler, en un congrès général fédératif, les « bases de l'administration du pays sous le système fédéral, son « commerce intérieur et extérieur, le recouvrement et la distribu- « tion des revenus généraux, et le payement de la dette publique. » — Oïl le sait, ce ne fut que vingt-deux années plus tard que ces patriotiques projets purent être réalisés. Ces principes furent le crerfo politique des Fédéraux de bonne foi, de ceux qui luttèrent contre la dictature que le général Rosas allait établir, ou se séparèrent de lui alors "qu'il ne fut plus possible de se méprendre davantage sur son refus absolu d'organiser la Confédération.
§ IIL — Dictature du général Rosas.
Pendant que la guerre des Unitaires et des Fédéraux s'engageait dans les provinces, D. Juan Manuel de Rosas, devenu tout-puissant, se faisait nommer gouverneur de Buénos-Ayres le 8 décembre 1829. Sa première administration fut modérée ; il chercha même à se
concilierles principaux chefs du parti unitaire, qui repoussèrent d'assez haut ses avances et auxquels il voua dès lors une haine implacable. Infatigable à se chercher des partisans dévoués dans tous les partis , il préluda bien vite à la maxime qui a été le guide de toute sa vie : «Qui n'est pour moi est contre moi. » — Réélu en 1832, il n'accepta point le commandement, et fut conquérir de la gloire et une popularité nouvelle; en combattant contre les Indiens du Sud qu'il repoussa jusqu'au Rio-Negro de Patagonie,
D. Juan Ramon Balcarce, qui gouvernait à sa place et qui s'efforçait de réunir les hommes honnêtes des deux partis, vit son admiuislaration rendue impossible par l'opposition sourde et opiniâtre des créatures de Rosas qui remplissaient tous les emplois. Cette opposition devint plus vive encore dans les circonstances suivantes :
La salle des représentants, à la fin de 1833, avait rédigé un projet de constitution, où il était spécifié que la province de Buénos-Ayres ne se réunirait jamais aux autres provinces en corps de nation que sous le régime fédéral, principe qui évidemment était dans le sentiment général du pays. Mais le projet établissait aussi (art. 180) : a Que jamais le pouvoir exécutif de la province ne pourrait être ina vesti de pouvoirs extraordinaires pour disposer de la vie et de la tt fortune des particuliers, ou pour intervertir l'ordre et la forme a d'administration établie par les lois. »
Cette clause, qui montrait que lesvues ambitieuses deRosas avaient été devinées, excita au plus haut point la fureur de ses partisans et surtout la sienne, quoiqu'il essayât de la dissimuler sous des dehors de modération et de désintéressement. Balcarce avait dû se retirer sous la pression d'émeutes sans cesse renaissantes; ses successeurs ne purent tenir davantage, et Rosas, sollicité de se charger du gouvemïtnent, refusait obstinément, à moins qu'on ne lui donnât ces pouvoirs extraordinaires que la législation déniait d'une manière si péremptoire. H fallut donc lui céder, et, le 7 mars 1838, l'assemblée provinciale, lasse de l'anarchie, nomma pour cinq ans le général Rosas gouverneur et capitaine général de la province de Buenos- Ayres, et l'inveih tit de la somme du pouvoir public [suma del poder publico)^ à la condition de défendre et soutenir la cause nationale de la Fédération. Rosas était arrivé à son but : la dictature était créée ; elle devait durer seize ans.
Dès lors, il n'y a plus qu'un homme dans la république. Quiroga, dont l'influence égalait presque la sienne dans les provinces , est assassiné près de Cordova ; Stanislas Lopez, le chef puissant de Santa-