‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 241 sur 285 · DICTATURE DU GÉNÉRAL ROSAS · texte numérisé non relu

DICTATURE DU GÉNÉRAL ROSAS

Fé, meurt à temps ; tous les autres gouverneurs de province cèdent peu à peu à l'ascendant du dictateur, qui bientôt ne trouve plus une volonté capable de contrebalancer la sienne : tout tremble et se soumet.

Ses querelles avec la France et son immixtion dans les affaires prientales en 1838 et 1839 faillirent lui devenir fatales. Le sud de la province se soulève , Santa-Fé et Corrientes se séparent de lui , le» chefs unitaires réfugiés à Montevideo réussissent à entraîner dans la guerre le chef oriental Rivera, mécontent de Tappui que Rosas prête à D, Manuel Oribe, son compétiteur. La fortune de Rosas triomphe de ces circonstances difficiles : Tinsurrection du sud est écrasée; les Correntinos sont vaincus à Pago-Largo; le gouverneur de Santa-Fé, Cullcn, est pris et fusillé. En vain on conspire contre lui à Buénos- Ayres, il fait assassiner les chefs de la conspiration et organise une société fameuse [la inazorca) qui procède contre ses ennemis, avoués ou non, avec le poignard. Ce qui reste d'anciens unitaires est égorgé ou forcé de fuir ; mais ces actes de férocité ne font que rendre les haines plus vivaces.

Le général Lavalle organise une invasion, et arrive, en 1840,. presque aux portes do Buénos-Ayres. — Le traité du 29 octobre, en ramenant la paix avec la France, permet à Rosas de tourner toutes ses forces contre son rival, qui, défait dans plusieurs rencontres, est poursuivi presque à Textrôme nord de la république et est tué dans une escarmouche [guerrilla) à Jujuy.

Jusqu'à la dictature du génénil Rosas , les guerres civiles avaient été peu sanglantes ; sauf le moment du combat, les Argentins étaient assez tolérants les uns pour les autres, on traitait humainement les vaincus. Rosas changea tout cela : regorgement en masse des prisonniers fut mis à l'ordre du jour; les suspects, traqués avec acharnement, furent immolés partout où l'on put les saisir, et la terreur régna dans toute l'étendue du territoire argentin. Deux époques surtout (le mois d'octobre 1840 et celui d'avril 1842) furent fameuses par les assassinats exécutés en plein jour, dans la ville de Buenos- Ayres, par des hommes bien connus, la plupart appartenant à la police, et qui ne faisaient qu'exécuter les ordres qui leur venaient du dictateur, implacable dans son système d'extermination contre tout ce qu'il soupçonnait hostile à son pouvoir.

Et ce qu'il y avait de plus triste encore, c'est que ces actes monstrueux se commettaient au nom de la Fédération, dont on déshonorait ainsi la cause, et que l'on remplaçait en réalité par l'unité la

plus absolue et la plus brutale, fet que Ton semait pour l'avenir de nouveaux ferments de haine et de vengeance (1).

Nous avons raconté, dans notre introduction, comment tomba cet affreux régime et comment le vrai principe de la Fédération , dégagé des questions de parti, triompha pacifiquement à la réunion de San- Nicolas de los Arroyos , et fut définitivement consacré par la constitution de 18S3.

Telle fut la série d'épreuves par lesquelles durent passer les provinces du bassin de la Plata avant d'arriver à se constituer. — L'immense vice-royauté avait fini par se fractionner en quatre parties : la Bolivie, formée de l'ancien haut Pérou, qui, elle aussi, a eu ses révolutions incessantes ; le Paraguay, qui n'a dû sa tranquillité qu'à la main de fer du despotisme ; la Bande-Orientale, profondément déchirée par les guerres civiles ; enfin la République argentine, dont nous venons à grands traits d'esquisser l'histoire. •

D'après le cadre que nous nous sommes tracé, nous n'avons point à entrer dans le détail et l'appréciation de cette foule d'événements qui ont signalé cette périodp d'un demi-siècle entier, s'étendwit du 25 mai 1810 à la convention de Santa-Fé, qui, en octobre 1860, amena enfin la réunion de Buénos-Ayres au reste de la nation déjà solidement constituée depuis huit ans. Le résumé que nous venons d'en donner nous semble suffire pour faire comprendre les origines et les motifs de la double tendance qui partageait la nation argentine en deux fractions : l'une voulant un pouvoir central, fort, gouvernant les provinces à l'aide d'agents directs, enfin quelque chose d'analogue à la centralisation française , système qui, dès le principe, a régné au Chili placé dans d'autres conditions géographiques et avec d'autres mœurs que la République argentine ; — l'autre, réclamant l'autonomie provinciale , c'est-à-dire un pouvoir exécutif local, ime législature locale, tous deux nommés à l'élection , des magistrats ne relevant que du pouvoir provincial, enfin un gouvernement séparé comme celui des États de l'Union nord-américaine, mais avec une capitale telle que Buénos-Ayres, grand et ancien centre administratif et commercial, dont les ressources de toute nature, dûment fédérali-

(1) Ce sont, en effet, ces souvenirs qui produisirent la révolution du 1 1 septembre 18S2 et le sentiment qui maintint pendant huit années Buénos-Ayres séparé du reste de U Confédération. Ils ne sont pas même effacés encore complètement.

sées, eussent été la propriété de la. nation et non plus celle d'une seule province.

On lutta pour ces deux idées, et, comme nous l'avons déjà dit, les questions de personnes occupèrent quelquefois une plus grande place que les questions de principes. C'était naturel parmi des populations très-neuves à la vie de citoyen et qui ne comprenaient guère d'idées politiques que représentées par des hommes qui en fussent la personnification , cette personnification fût-elle moins en faits qu'en paroles.

C'est ainsi que le général Rosas, esprit éminemment unitaire, put arriver à se poser en champion du système fédératif, à créer et à maintenir, pendant tant d'années, une dictature contre laquelle protestaient tous les gens de cœur, mais que les masses acceptaient sans trop de répugnance, tant les peuples sont plus disposés à se contenter des mots que des choses (1).

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