CLERGÉ RÉGULIER
Lorsque les Espagnols colonisèrent le bassin de la Plata, indépendamment des prêtres séculiers amenés pour le service divin dans les centres de population qui étaient créés, ils introduisirent les divers ordres religieux qui étaient établis dans leur patrie. Ce furent ceux des Jésuites, des Franciscains, des Dominiquins, des Augustins et des Pères de la Merci.
Dans chaque ville que l'on fondait, une cuadra de terrain était accordée à chacun de ces ordres, et on leur donnait en outre un lot
de chacrn et un champ à'estancia pour les faire valoir et pour qu'ils vécussent du revenu de ces terres. Les pères employés aux missions recevaient en outre de l'État un traitement de 50 piastres par mois. — Parmi ces religieux, les uns se livraient à k vie contemplative, les autres à la prédication, à Tinstruction de là jeunesse, à la conVei^* sion des Indiens; enfin ils suppléaient, pour l'administration des paroisses et èuccursales, à Tabsence des prêtres séculiers.
Aujourd'hui quelques-uns de ces ordres subsistent encore, bien réduits toutefois en nombre et en influence.
Jésuites, — Ils ont, comme on le sait, été expulsés en 1768. Leur triple fonction était l'éducation de la jeunesse, la prédication, et la fondation de missions parmi les Indiens. Nous dirons, dans un Mémoire particulier (tome III), comment ils avaient rempli cette dernière tâche.
Vers le milieu du siècle dernier, les Jésuites avaient acquis une grande influence dans tout le bassin de la Plata ; leurs établissements étaient les plus beaux et les mieux conduits de tout le pays. Us Sont certainement, de tous les ordres religieux, celui qui a laissé après lui le plus de traces. Le magnifique bâtiment de l'université actuelle de Cordova, et l'église qui y est jointe, ont été construits par eux. La province de ce nom était d'ailleurs le centre de leurs principales fondations, et les maisons de Jésus-Maria, de Caroya, de Santa-Catâlina, d'Alta-Gracia, de Candelaria, attestent encore aujourd'hui et le bon gouvernement et la splendeur de leur ordre. On se souvient, dans le pays, de Texcellente administration de leurs propriétés, du nombre et de la bonne tenue de leurs ateliers, composés de noire, dont Id population augmentait sans cesse, grâce aux soins dont ils étaient l'objet. Leurs estancias sont citées comme type de sage administration et d'exploitation savante.
Ces souvenirs étaient naguère si présents qu'en 1836 ils furent rappelés à Buenos- Ayres pour être mis en possession de l'enseignement public, et Rosds, qui n'était point encore ce que le fit la guerre civile des années suivantes, disait dans son message du 2 janvier 1837 :
« Le gouvernement, — se rappelant que la compagnie de Jésus a a rendu à cette province de nombreux et importants services ; que a l'un des objets de son institut est l'éducation de la jeunesse ; que a ses collèges se trouvent établis chez les nations les plus libres à « l'avantage du public, et, que, quels qu'aient été les motifs préten-