INSECTES. - HYMÉNOPTÈRES. -- ABEILLES
animaux remplissent l'air, et les deux jets de feu qui partent de leur t4?te font un effet extraordinaire. Ds sont rares au Paraguay, tandis qu'ils abondent à Salta, à Tueuman, à Santiago del Estero et à Cordova. — On trouve partout les Lampyres [Lampyris noctiliicà)^ également phosphorescentes; mais la matière lumineuse, chez ces insectes, réside dans l'abdomen, et leur éclat est bien inférieure relui du Taupin.
Orthoptères. — Outre le Criquet, ou Acridium migratorium, dont nous avons déjà parlé (tome I, page 536) et dont nous connaissons les ravages, les champs renferment la Sauterelle verte [Locusta viridissima)^ qui vit de végétaux, mais qui est peu répandue. — Le (îrillon [Gryllus domesticus)^ cet ami du foyer du paysan d'Europe, se retrouve aussi dans la Plata et chante comme celui de l'ancien continent. — Sous le nom de Caballo del Diablo^ Cheval du Diable, on connaît une grande Mante entièrement verte [Nantis religiosa^ Linn.), longue de huit à dix centimètres, d'un aspect réellement hideux. — La Blatte américaine ou Cancrelat, Kakerlac, en espagnol ('ucaracha[Blattaam€ricana)^ est très-répandue à Buénos-Ayres et surtout à Montevideo, où elle infecte quelques vieilles maisons au point de les rendre inhabitables. Il est cependant possible de s'en débarrasser à force de propreté. Nous n'en avons pas vu dans l'inU}rieur.
Névroptères. — Les Termites ou Fourmis blanches [Termes fatale) ne se rencontrent qu'au Paraguay et sont heureusement rares iVoy. tome I, pageoSS). — Le Fourmi-lion (3/y/v?^e/eo /i97•m^c«/•l^/.s, Linn.), analogue à celui d'Europe, se trouve au Paraguay et à Corrientes. — Les élégantes Libellules ou Demoiselles [Libellula vulgata) couvrent les marais et les lagunes, et volent eïi essaims nombreux au bord des rivières.
Hyménoptères. — Abeilles. — Les espèces d' Abeilles [Apis mellifiea) sont très-répandues dans la Plata. Azara en comptait sept au Paraguay seulement; mais il y comprenait les Guêpes. Elles ne îiont pas moins nombreuses au Chaco et dans les provinces de l'intérieur. Les Abeilles américaines, ainsi que Ta remarqué l'entomolo- ^ste Latreille, ont l'abdomen plus court et l'aiguillon moins puissant que les Abeilles d'Europe. Leur manière de travailler et leurs mœurs sont toutefois analogues, et leur miel est du même goût. Les
unes font leur nid dans le creux des arbres, c'est le plus grand nombre; d autres creusent le sol pour l'y bâtir. Tantôt le miel est déposé dans les rayons que tout le monde connaît , tantôt daas de grandes alvéoles rondes, en forme d'amphore. Quelques espèces Tiyent par petits groupes, formant un gâteau ici, un autre là, attachés soit à une branche d'arbre, soit à un mur : ainsi en rencontret-on partout dans l'Entre-Rios, à Santa-Fé ; mais cette espèce appartient plutôt au genre Gut^pe [Vespa po/t/stes). Nulle part elles ne sont plus nombreuses que dans les bois de Santiago del Estero et du Chaco. Les espèces les plus communes sont connues sous le nom de Lechiguana [Chatergus b?'asiliemis^ Liun.), et de Camiiati. Ce dernier nom, qui est guarani, désigne aussi en général les essaims, car l'abeille qui porte ce nom est celle qui donne le plus de miel. Une autre espèce, connue au Paraguay et aux Missions sous le nom de Lahatatû^ produit un miel qui occasionne des douleurs de tête et une sorte d'ivresse momentanée qui va quelquefois jusqu'à un véritable empoisonnement. Cette abeille rappelle celle dont parle Xénophon dans sa Retraite des Dix mille^ qu'il rencontra dans les montagnes de l'Arménie, et dont le miel rendit malade une partie de son armée. M. Auguste Saint-Hilaire, dans son voyage aux Missions, en 1816, souffrit horriblement après en avoir maugé, et faillit succomber.
Les Guêpes [Vespa) ne sont pas moins nombreuses que les Abeilles. L'espèce la plus commune est la Cartonnière, qui, tantôt attache son nid à un arbre, sous forme d'une grosse masse globuleuse d'aspect grisâtre, tantôt le creuse dans le sol. Elle ressemble beaucoup à celle d'Europe [Vespa gallica)^ quoique un peu plus petite. D'autres espèces vivent par très-petits groupes et fout leur nid, qui se compose d'une douzaine d'alvéoles, sous un toit, dans un trou de miir, à une branche d'arbre. Une espèce qui est solitaire (probablement un Sphex) creuse en terre les trous où elle dépose ses œufs, et les recouvre de sable.
On trouve aussi une espèce de Bourdoxs, qui vivent en société de cinquante ou soixante, dans de petites cavités souterraines qu'ils tapissent de feuilles rompues, enduisent de cire et remplissent de miel.
Toutes les espèces mellifères sont poursuivies avec acharnement par les habitants de l'intérieur, qui leur enlèvent le miel et en foni commercé, et par les Indiens du Chaco, qui s'en nourrissent en partie et en fabriquent une sorte d'hydromel dont ils s'enivrent. Ce goût pour le miel leur fait passer des journées à jeter bas des arbres
INSECTES. — HYMÉNOPTtRBS. — FOURMIS. 5S
gigantesques, cèdres, noyers, pacaras, au sommet desquels ils tpou- Teront seulement dans un trou quelques rayons remplis. La cire est également recueillie par eux et se consomme en partie sur les Keux pour les églises. Elle sert aux Indiens de moyen d'échange avec les blancs.
La Lechiguana et le Camuati pourraient facilement être rendus domestiques avec quelques précautions ; mais on aime mieux pourchasser ces industrieux insectes que de se donner la peine de les soigner. Aussi le nombre en est-il diminué singulièrement autour de Santiago del Estero, et les meleros^ ou chercheurs de miel, sont-ils obligés de s'interner quelquefois assez profondément dans le Chaco pour en rencontrer.
Fourmis. — Nous avons déjà parlé des Fourmis [Formica^ tome I, page 523), en racontant les attaques des Cargadoras [Œcodoma rephalotes^ Latr.) contre les végétaux cultivés; nous y renvoyons donc. — De petites espèces infestent les maisons, mais on peut s'en débarrasser en les poursuivant avec opiniâtreté. Cependant on n'y parvient quelquefois qu'avec beaucoup de difficultés, à cause de leur nombre sans cesse renaissant et de leur obstination invincible à revenir au même endroit. Ce sont surtout les vieilles maisons qu'elles poursuivent ainsi. — Parmi les espèces qui habitent la plaine, Corrieutes et le Paraguay en renferment une qui se constniit des habitations de forme pyramidale hautes de 8 à 12 décimètres et même plus, que l'on nomme Tactirus^ et cela dans des banados^ c'est-à-dire dans des endroits entièrement plats où il y a toujours un ou deux décimètres d'eau. Ces fourmilières, bâties avec une extrême solidité au moyen d'une terre argileuse qui durcit prodigieusement à Tair, sont extrêmement multipliées en certains endroits. Elles forment ainsi des centaines de buttes dans un espace assez resserré, ce qui donne à ces bailados un aspect tout à fait singulier. Les fourmis qui les habitent sont petites et noires : on ne les voit jamais sortir de leur fourmilière, et l'on ne sait encore de quoi elles se nourrissent; il est cependant probable que c'est de nuit qu'elles vont chercher leur pâture. On dit dans le pays que ce son celles que le Tamanoir attaque de préférence, et que la solidité de la pyramide cède devant les ongles puissants de cet animal, qui darde à son aise sa langue allongée jusqu'au fond des galeries habitées par l'insecte. — Les fourmis de cette espèce ne font aucun tort aux cultures et se tiennent d'ailleurs dans des endroits très-isolés.
Lépidoptères. — Ce genre renferme les PapiUons. — Ceux-ci sont nombreux partout, mais les belles espèces ne se trouvent que dans * le nord à partir du 28* degré. Nous en avons vu de magnifiques à San-Borja, entre autres un gris semé de rouge et de noir, qui avait bien vingt centimètres de large 1^3 ailes étendues. Les beaux individus de jce genre sont assez rares, et sous ce rapport la faune des Lépidoptères est peu considérable.
Nous ne connaissons dans le genre Bombyx que le Ver à soie importé de Tancien continent, et dont nous parlerons en son lieu. Il s'élève bien dans les provinces de Mendoza et de San-Juan, et réussirait certainement partout si Ton voulait s'occuper de son éducation, puisque le mûrier, dont la feuille est indispensable à sa nourriture, est dévenu un arbre indigène.
Hémiptères. — A cet ordre appartient la Cigale dont une espèce [Cicada Sonata^ Westwod) abonde sur les rives de l'Uruguay et du Parana et dans la province de Cordova ; nous ne l'avons pas vue plus haut. Cette cigale a un sifflement si puissant qu'on le prendrait presque pour le sifflet d'une machine à vapeur. A la chute du jour, dans les chaudes et calmes journées d'été, l'ensemble de tous ces sifflements, qui sont assez doux entendus de loin, produit un effet extraordinaire dans la campagne. — Le Fulgore porte-lanterne {Fulgora lantemaria^ Linn.) est répandu sur le littoral. Sans jeter autant d'éclat que le Taupin, il ne laisse pas que d'être très-brillant et donne un charme tout particulier aux belles nuits de ces contrées. La lumière part de son prolongement céphalique. Ainsi le Fulgore, le Taupin et la Lampyre sont les trois insectes phosphorescents des régions argentines.
Dans le genre Puceron, nous connaissons déjà celui du Pêcher, qui parfois est assez nombreux pour causer de véritables épidémies dans les arbres fruitiers (Voyez tome I, page 437 et 544) : on trouve ici ceux du Pécher, du Poirier et du Rosier. — Les Cochenilles [Coccus Cacti) appartiennent aussi à cet ordre ; nous en avons déjà traité (tome I, page 518), et nous en reparlerons encore en leur lieu.
Les Hémiptères suceurs renferment les Punaises et les Réduves, qui malheureusement sont très-communes dans certaines régions. — Les Punaises d'eau foisonnent dans certains marais, où elles se nourrissent d'autres insectes. — Les Punaises de terre sont également assez répandues dans les bois : en certains endroits, elles sont assez nombreuses pour se faire de loin reconnaître à l'odeur. —