ANIMAUX DOMESTIQUES. ^ BOEUF
de leur estancia, obéissent aux hommes chargés de ftdre le rodeo^ c'est-à-dire de les ramener ensemble sur un môme point, quelquefois même de les faire entrer par fractions, et chacun leur tour, dans le corral^ grande enceinte de pieux très-forts fichés en terre, afin que plus tard on puisse les conduire par troupes, lorsqu'on voudra les vendre, et les mener, soit à l'abattoir, soit sur un autre terrain. Les jeunes taureaux sont châtrés et portent alors le nom de novillos. On réduit le nombre des taureaux entiers à un par quarante à cinquante vaches. Enfin les hommes de la ferme surveillent continuellement les animaux, se montrent à eux et les habituent ainsi à une certaine obéissance.
Si ces soins sont négligés, le bétail devient difficile à conduire ; il s'enfuit dès qu'il voit des hommes à cheval, et ce n'est qu'avec des peines infinies qu'on parvient à le rendre à sa docilité première. En outre, le nombre de taureaux, devenant trop considérable, fatigue les vaches, occasionne entre eux des combats furieux, et la reproduction s'en amoindrit. C'est ce qu'on a pu voir il y a peu d'années dans la Bande-Orientale, pendant le long siège de Montevideo : une grande partie du bétail des estancias abandonnées était devenu alzado , et à la paix il fallut abattre tous les vieux taureaux, châtrer les jeunes, les réunir aux vaches naturellement plus douces et plus faciles à mener, enfin employer un temps énorme et ruiner des centaines de chevaux dans chaque ferme, pour remettre les troupeaux dans de bonnes conditions.
Ce qui s'est passé dans la Bande-Orientale arrive partout où, par une cause quelconque, le bétail d'une estancia est négligé ; il devient, en peu de mois, à moitié sauvage. Ainsi s'explique l'irrégularité moyeune des bénéfices que donne dans la Plata l'élève des animaux. Il est facile de comprendre quelle influence désastreuse ont sur cette industrie les troubles politiques malheureusement si fréquents dans ces contrées.
Une chose qui frappe tout d'abord l'Européen, c'est la douceur naturelle de tous ces animaux. Les taureaux sont loin d'avoir la férocité brutale des taureaux d'Europe ; le bétail, même sauvage, se réduit sans trop de difficulté, si l'on y met de l'activité et de la patience. Il éprouve d'ailleurs une telle crainte instinctive du cavalier qu'il fuit ou cède aussitôt, et ne fait tête que rarement. Les simples promeneurs à cheval peuvent passer paisiblement au milieu des plus nomi bîeuses troupes de bœufs, sans avoir à craindre quoi que ce soit; k \ea animaux s'écartent toujours devant le cavalier. Le rouge ne les
offense pas davantage , habitués qu'ils sont à voir tant de gens de la campagne en manteau {poncho ) de cette couleur*
Le bétail domestique est de beaucoup de couleurs différente^. Lors du voyage d'Azara , les bœufs sauvages étaient, dit ce naturaliste, uniformément rouges par devant et noirs par derrière* -^ Lorsqu'ils s'approchaient par hasard des lieux habités, ils cherchaient à entraîner avec eux dans la Pampa les animaux des estancias^ Gela ne se voit plus aujourd'hui. La seule chose à craindre, c'est que^ dans l6s estancias nouvellement formées d'toimaux rassemblés de divers côtés, ceux-ci ne veuillent trop souvent retourner à leur que^ rencia^ c'est-à-dire au champ où ils ont été élevés, ce qui donne lieu^ lors de la moindre panique, à des disparadas oU fuites en désordre que l'on a beaucoup de peine à empêcher*
La tendance du bétail à retourner aux lieux où il a été nourti d'aboixi est d'autant plus forte que le champ était meilleur et surtout plus salin; Cette qualité du pâturage et du sol est certainement ce qui a le plus contribué à la multiplication des moutons , des chevaux et surtout des bœufs dans la Plata. Nous nb pouvons expliquer autrement ce phénomène remarquable, puisque les parties où le sel manque^ malgré la beauté apparente du fourrage, telles que la province de Rio-Grande du SUd à partir de l'Ibicuy, le Sud-Est du Paraguay 5 les provinces de Santa-Catarina et de Sao-Paulo, au Brésil, sont bien loin d'être aussi aptes à Télève du bétail que les Pampas, la Mésopotamie argentine, la Bande-Orientale, la plaine intérieure et même le Ghaco. Dans ces régions, malgré la sécheresse, l'aridité de c^elques parties et im fourrage plus maigre en apparence, la reproduction est si considérable qu'on estime qu'un troupeau bien gou-^ verné s'y double tous les trois ails. G'est à cette qualité du sol que nous attribuons la beauté des animaux des rives du Yermejo, lesquels, quoique sous le tropique et plus fatigués que dans le sud par les mouches, les moustiques, etc.^ n*en sont pas tUoins magnifiques et rarement atteints par les épizooties.
L'éducation des bœufs de travail se fait sans difficulté, grâce h la douceur native de la race. On les met à la charhie, aux charrettes^ et, s'ils sont moins robustes que ceux d'Europe> c'est que leur nourriture est moins substantielle^ car ellese réduit toujours à l'herbe verte du pré , qui est souvent assez pelé , surtout aux environs des villes. Gonvenablemelit nourris, ces animaux, qui sont grands et mUsouleuxi seraient capables d'un travail beaucoup plus soutenu.
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Par la même raison, les vaches donnent peu de lait, et seulement pendant que le veau tette encore. Chez la plupart, en effets le lait se tarit de lui-toôme, dès que le veaU a trois ou quatre mois, tandis que celles qu'on nourrit à Tétable, comme on le fait aujourd'hui autour des grandes villes, en donnent presque toute Tannée. C'est ainsi qu'en hiver, à l'époque où le fourrage est rare^ le lait est à peu près inconnu dans l'intérieur, et qu'on y sait à peine ce que c'est que le beurre^ alors que les villes du littoral n'en manquent jamais.
H2d)itué à la vie en plein air et réduit pour son alimentation aux végétaux de la saison, le bétail maigrit l'hiver, principalement s'il y a eu sécheresse pendant l'été, et qu'il n'ait pu, avant la mauvaise saison, acquérir l'embonpoint nécessaire pout» résister au froid auquel il parait très-sensible et aux jeûnes débilitants (}Ue les petites gelées le forcent quelquefois à subir. — Au printemj)8 il se lofait, qUoiqUe le Douyeati fourrage, ti'op aqueux, le purge dès le principe \ tnais Une fois que les graminées (commencent à mûrir leurs graines, c'est-àdire vers les mois de novembre et de décembre, surtout si de bonnes pluies viennent rafraîchir l'air et le sol, il engraisse rapidement. C'est le moment où il ac(|uiert le plus de valeur et où l'on conduit aux saladeros les troupes de bœufs [novillos) destinés à l'abattage. La conduite de ces troupes exige un assez gmnd nombre d'aides (pèones) et beaucoup d'attention, (iar le bœuf de pâturage ne doit pels être mené trop vite; il faut souvent peu de chose pour l'effrayer, le fail^ fuir en désordre et regagner sa querenciâè En outre^ il se fatigue promptement et sa chair perd de suite son bon goût na« turel. Cela est si vrai que, même aux abattoirs [matûdefos) des villes, où l'oti mène naturellement les animaux les plus gras et d^ plus haut prix, on trouve rarement de très-bonne viande, tandis qu'à la campagne^ dans les estancias^ où l'animal que l'on abat n'a pas été surmené , sa chair est toujours excellente * Elle est d'autant meilleure que l'on choisit d'ordinaire de jeunes vaches, qui sont nécessairement plus tendres. C'est aussi ce que l'on fait pour les abattoirs publics : on y conduit plus de vaches que de bœufe; ceut-ci soilt réservés pour les saladeros.
Le prix moyen cle la viande varie de 2 à 3 francs l'arrobe (les 12 kilo^hunmes) ) — Qimnt aux animaux eux-mêmes, leut valeur a siilgulièrement varié dans ces dertliers temps. Elle peut être aujourd'hui de 70 à 80 francs pour les animaux de boucherie, et de 40 à 50 firmes pour ceux de saladeros. Une bonne paire de bœufs de
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travail vaut de 150 h 200 francs. — Ceux-ci se domptent à quatre ans et durent très-longtemps, si on les soigne passablement.
Personne ne s'est encore occupé de modifier la race actuelle au point de vue de la production de la viande. Gomme les animaux vivent en plein air et ne font ainsi que très-peu de frais, qu'ils sont d'un prix médiocrement élevé, Ton comprend qu'il n'y ait pas encore avantage à la modifier, d'autant plus qu'abandonnée à ellemême dans les vastes pâturages des estancias, la race nouvelle reprendrait probablement assez vite sa forme primitive.