‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 43 sur 285 · ANIMAUX DOMESTIQUES. ^ CHEVAL. 7S · texte numérisé non relu

ANIMAUX DOMESTIQUES. ^ CHEVAL. 7S

d*aiUeurs la surveille attentivement et la ramène de force quand elle s'écarte, mais elle est quelquefois forcée par des étalons sauvages lorsqu'ils la surprennent isolée. — Sur le terrain des estancias les chevaux paissent à part des bœufs, quoique cependant ils vivent ensemble en bonne intelligence. — Le nombre des juments est extrêmement considérable relativement à celui des chevaux, car on ne les monte janàais ; tandis que ceux-ci, très-surmenés, s'usent trèsvite et qu'il s'en fait une grande consonmiation.

Les juments servent principalement pour la reproduction. En outre on les met en tonte réglée poiu* les crins de la queue et de la crinière, et de temps à autre on les abat pour leur peau et leur graisse, dont on tire une huile appelée huile de potro. Relativement aux autres chevaux, la proportion en est à peu près quintuple ; c'est du moins le résultat donné par un recensement fait dans la Bande-Orientale, en 1852. Il est fâcheux qu'un préjugé invétéré empêche d'employer la jument aux mêmes usages que le cheval hongre. Il y en a beaucoup de magnifiques, et qui, domptées avec précaution et bien soignées, vaudraient infiniment mieux que la plupart des chevaux dont on use. n est même assez étrange de voir un peuple tel que le peuple espagnol, qui a été si longtemps en contact avec l'Arabe, chez lequel la jument est en honneur, professer un pareil mépris pour cet animal. Cependant, dans les provinces du nord, où les chevaux sont plus rares que sur le littoral, on commence à la monter, n c^ probable que ce préjugé ne tardera pas à tomber comme sont tombés tant d'autres.

La jument porte onze mois ; elle allaite quatre mois, et peut être couverte de nouveau peu de temps après la mise-bas, sans que le poulain paraisse en souffrir : ce qui fait un peu plus de deux portées en trois ans. On châtre les poulains à deux ans et on les dompte entre trois et quatre. Le domptage consiste simplement à les seUer avec précaution et à faire monter dessus un dompteur de profession {domador)^ qui est généralement un pean de Vestancia. Ou comprend que cette opération est fort scabreuse et qu'elle exige de la part du dompteur autant de force et d'agilité que de connaissance du cheval. — En effet, à peine l'homme est-il dessus, que l'animal tout frémissant s'élance au triple galop, ruant, se dressant, faisant des pointes; mais, cramponné à la selle et à ses flancs avec ses jambes nerveuses, le cavalier n'est pas enlevé. Si le cheval se renverse en arrière ce qui arrive quelquefois, au moment où il va toucher terre, le dompteur, plus

leste encore^ est en un instant debout à sa tête et Tassujettit avec la bride au moment où il se relève. En même temps un autre cavalier^ galopant auprès de lui^ anime le poulain à coups de fouet et lui fait décrire de grands cercles. Au bout d'une demi-heure de ce manège^ le potro commence à se calmer et on le ramène au pas sous un arbre, où on l'attache en compagnie d'autres chevaux déjà domptés. Le lendemain on recommence la même manœuvre, et^ au bout de trois ou quatre exercices pareils , l'animal est assez réduit poUr qu'une autre personne qu'un domador puisse le monter et achever son éducation. Ce n'est toutefois qu'au bout d'un certain temps que l'ahimal est réellement assez apprivoisé pour qu'une femme ou une personne moyennement habile dans l'équitation puisse s'en servir^

Les chevaux tout à fait sailvages sont d'une réduction beaucoup plus difficile. On en vient à bout cependant, car^ ainsi que le bœuf, le cheval sud-américain a un fond de douceur remarquable. Il est moins vicieux et rue beaucoup moins que le cheval européen ; les accidents provenant de coups de pied sont extrêmement rares, et, pour notre pati;^ nous n'en avons vu qu'un seul en dix-huit ans. Toutefois cette rtianière brutale de dompter les chevaux paraît les affaiblir, car beaucoup ont les jambes de devant ruinées et butent souvent* Nous avons surtout remarqué ce défaut chez ceux du littoral, qui sont génértiement plus malmenés qlie ceux de l'intérieur, lesquels, étant moins nombreux, sont de plus haut prix et conséqueitiinent mieux soignés.

Toute l'année, les chevaux, comme les bœufs, sont abandonnés dans la plaine, où l'on va les chercher quand on en a besoin^ Dans les villes ou dans les fermes bien tenues, les propriétaires les maintiennent à l'écurie, leur donnent du fourrage sec et du mais : aussi sont-ils plus robustes et de meilleur aspect que ceux des champs. Leâ chevaux nouvellement amenés en ville ont souvent de la peine à s'y habituer; ils maigrissent beaucoup dans le principe, et l'on est obligé de les Renvoyer de temps à autre à la campaghe pour se refaire ; quelques-uns même tie peuvent jamais s'y accoutumer.

Le cheval argentin a un excellent fond^ U est docile^ courageux^ peu exigeant pour son alimentation, et^ bien que nourri seulement de l'herbe de la prairie^ fait des traites fabuleuses. Quinze, vingt, trente lieues même, ne sont rien poUt* lui^ si le cavalier le ménage un peu, en ne forçant pas son galop et en le laissant reposer de temps à autre quelques instants. Mdis^ pour ces prouesses^ U ne faut

ANIMAUX DOMEStîQUES. — CHEVAL. 75

pas, bien entendu, Un mûncarron (Tieux cheyal usé), comme ceux que le gtiucho narquois sait si bien faire accepter à l'étranger sans exjjérience du pays. Le cheyal un peu soigné et que Ton ne surmène pad peut rendre des seryices jusqu'à sa vingtième année; mais l'abondance de ces animaux fait qu'on en abuse impitoyablement et qu'ils Sont protnptèment ruinés. A la différence du Tartare et de l'Arabe, pour lesquels le (iheval est un ami, l'hoitune des Pampas n'est que trop indifférent pour le sien et le sacrifie sans pitié, à moins qu'il ne lui ait reconnu quelque qualité extraordinaire. Dans les e&taticias, dans les postes, partout enfin^ ce noble animal est souvent traité avec une dureté qui fait peu d'honneur à ses maîtres^ et l'Indien est pire ehdofe envers lui. Ce n'est que dans les villes qu'eu égard à son prix élevé, on le traite avec les ménagements qu'il mérite.

Peu de pays au monde se prêteraient, aiissi bien que les régions argentines, à Télève de magnifiques races de chevaux^ D'abord la mce indigène est très-belle; elle présente même des sujets hors ligne qile les estancieros intelligents savent apprécier, et dont quelques-uns ont commencé à faire une race d'élite en choisissant, pour les appareiller^ les plus beaux étalons et les meilleures juments^ Mais otl comprend les avantages que pourrait apporter immédiatement l'introduction du sang arabe. Déjà, à Buénos-Ayres et à Montevideo, quelques étalons ailglais pur sang ont été introduits et ont donné de bons produits avec les juments indigènes. L'établissement des courses à la manière européenne dans ces deux villes a également répandu le goût des chevaux de choix. Aussi s'est-il atM^ompll une véritable révolution sous ce rapport depuis huit ans* n y a aujourd'hui non-seulement des chevalix de selle, mais encore des chevaux de carrosse vraiment beaux, et les amateurs n'hésitent pas à mettre 200 et 300 piastres (1,000 et 1,300 francs) à un cheval, tandis qu'autrefois* c'était déjà beaucoup de les payer 40. Une belle paire de chevaux de voiture vaut aujourd'hui de 400 à 600 piastres; Nous ne parlons ici que de Montevideo et surtout de Buénos- Ayres, où le luxe des chevaux et des voitures est devenu beaucoup plus grand qu'on ne saurait se l'imaginer en Europe.

Quant aut chevaux de trait pour les charrois et même la charrue^ ils laissent infiniment à désirer. Le cheval du pays n'est pas encore asseï robuste, ni Surtout assez bien nourri, pour pouvoir faire beaucoup de travaux de force, et il se ruinerait vite à ce métier. Sur le

littoral, à Buenos- Ayres en particulier, ou a importé quelques étalons propres à former une espèce pour le trait ; mais le nombre de ces chevaux est encore trop restreint. Il serait à souhaiter qu'on parvint à acclimater ici quelques sujets de nos races boulonnaises, percheronnes et normandes, qui sont si parfaites pour le trait. Faisons cependant observer que les très-gros chevaux de traits entiers, de race flamande, dont on fait l'essai, n'ont pas donné de bons résultats ; les juments du pays n'étaient pas d'assez grande taille pour les supporter, et le part devenait difficile à cause de la grosseur du fœtus. Il faudrait donc commencer la formation d'une race nouvelle avec des chevaux de moins grande taille.

La rareté des chevaux de trait fait qu'en général on les remplace par les mules, qui sont très-robustes, plus dures à la fatigue, et que, pour les gros charrois, on se sert de bœufs.

Dans l'intérieur, le cheval est de même race et a les mêmea qualités et les mêmes défauts que sur le littoral; il, reçoit cependant de la diversité des sites où il vit certains caractères particuliers. C'est ainsi que les chevaux de la sierra, moins légers à la course que ceux de la plaine, sont plus robustes, ont le pied beaucoup plus sûr; et, quoiqu'on ne les ferre pas, la corne de leurs sabots devient tellement dure et ce sabot est si fin qu'ils cheminent impunément dans les sentiers les plus rocailleux, comme nous l'avons vu dans les sierras de San-Luis et de Cordova et dans les Andes. Les chevaux de plaine, au contraire, ont un pied large et tendre, et ne peuvent aller dans la montagne ; il suffit même que le terrain soit plus dur, pour les fatiguer très-vite. C'est pourquoi les chevaux de l'intérieur, où la superficie du sol est parfaitement unie, sans une pierre, ont beaucoup de peine à s'accoutumer à la Bande-Orientale où le terrain est parfois assez caillouteux. Ce n'est guère que dans les villes du littoral qu'on les ferre ; on ne prend pas ce soin à la campagne ; on s'y contente de parer le sabot de temps à autre.

Grâce à l'abondance de ces animaux et à leur bas prix, personne autrefois, même le plus pauvre colon, n'allait à pied. Il en est encore ainsi dans les campagnes où, par suite des distances, toute locomotion est impossible, si l'on n'est pas monté : un cheval sellé est toujours auprès de la maison de l'habitant aisé de la campagne, et, s'il en faut un second^ un des gens de la maison a bien vite fait d'en aller lacer un dans le champ voisin. En un clin d'œil, l'animal est sellé et prêt à se mettre en route.

Page 1