ANIMAUX DOMESTIQUES. — MOUTON
donne- t-elle lieu à un commerce de quelque importance.- Dans toutes ces provinces, le mouton s'est raffiné de lui-même, en raison directe du climat, de la nourriture et du terrain.
Inutile de dire que partout il a été laissé à la vie en plein air, sans aucun abri, même pour les brebis prêtes à mettre bas, et que conséquemment la mortalité a été et est encore considérable chez les jeunes agneaux. Malgré cela, la reproduction a toujours été immense, et elle a grandi encore dès que ces animaux sont devenus l'objet de quelques soins. — Dans les Pampas du Sud il s'est formé une race d'assez grande taille, remarquable par l'épaisseur de sa laine, un peu grossière, mais très-longue.
A partir de 1820, on commença à s'occuper un peu des avantages que pouvait donner l'élève du mouton; en 1830 on importa le mérinos et l'on commença le croisement, si bien que le nombre des métis dans la Bîiude-Orientale et les provinces de Buénos-Apes et d'Entre-Rios est aujourd'hui considérable. On comptait 133,000 moutons et oiétis, et 662,000 indigènes dans la Bande-Orientale en 1853, quoique les neuf années de guerre qui venaient d'affliger ce pays en eussent détruit une quantité prodigieuse. Depuis, la race indigène a été modifiée par ce croisement au point que l'exportation des laines, même ordinaires, est devenue Tune des branches les plus importantes du commerce extérieur.
Deux variétés de la même race Mérinos furent employées d'abord au métissage sur le littoral : les Rambouillet , plus robustes , plus rustiques , excellents pour la boucherie comme pour la laine ; les Xaz, plus faibles, sans grande valeur pour la viande, mais d'une laine plus fine encore. Cette dernière variété fut implantée en 1837 au Pichinango, près de la Colonia, par les frères Poucel, propriétaires aussi actifs qu'intelligents. Elle y réussit à souhait. La guerre de Montevideo détruisit ce magnifique établissement, qui, en 1845, comptait 1,800 mérinos pur sang, entre béliers et brebis, et 28,000 brebis et moutons métis. A la paix on n'en retrouva pas la cinquième partie, et les créateurs de cette précieuse industrie furent ruinés. — Dans le sud de Buénos-Ayres, une autre ferme du même genre fut créée, en 1835, par un Anglais, M. Arrett; elle est aujourd'hui en pleine prospérité. — Depuis, beaucoup d'établissements analogues se sont formés sur différents points du littoral, et l'amélioration rapide de la laine équivaut à une véritable révolution dans cette industrie.
Dans les estancias, où Ton s'occupe de l'élève du mouton, on choi-
sit un terrain convenablement sec, à pâturage salé, s'il se peut, où il n'y ait ni grande lagune ni marais, mais seulement de petits ruisseaux où les animaux puissent boire de temps en temps, car le mouton boit naturellement fort peu. Une lieue carrée (2,710 hectares) guffit pour 6,000 moutons. Un seul berger peut en garder 2,000, à la condition, bien entendu, d'avoir de bons chiens. Les moutons ont besoin d'une surveillance continuelle, surtout dans les mauvais temps, car, lors des vents ou des forts orages, si communs sous cette latitude, ils s'effrayent et courent stupidement droit devant eux, tournant le dos au vent, au risque de se noyer dans une rirvière, dans une lagune. Aussi, dans ces cas-là, se hâte-t-on de les rassembler et de les faire entrer dans les corrales^ enceintes de pieux qui leur servent de bergerie. Ces corrales sont établis, en raison du chiffre du troupeau, sur divers points, près de la chaumière de chaque berger. Les bergers sont montés, et c'est à cheval qu'ils surveillent leurs troupeaux. Le nombre de leurs chiens doit être suffisant pour n'avoir rien à craindre des tigres et des couguars, qui d'ailleurs se tiennent d'autant plus à distance que l'on choisit toujours pour les pâturages à moutons un sol très-découvert. Généralement, tous les soirs, on les fait rentrer au corral pour les faire sortir le matin une fois la rosée disparue, car le fourrage humide leur est nuisible. Si on les a fait coucher dehors,! on les maintient en rodeo^ c'est-à-dire groupés, jusqu'à ce que le soleil soit haut, à moins qu'il n'y ait point eu de rosée.
Le mouton est sujet ici à peu de maladies, et les épizooties sont rares. La seule aifection commune et préjudiciable est la gale, non pas qu'elle ne puisse se guérir, mais le grand nombre des animaux, le peu de monde qu'il y a pour les soigner, l'absence de bergeries ou d'endroits à part pour y parquer les bêtes pfialades, sont autant de causes qui rendent le traitement presque impossible : aussi abandonne-t-on l'animal à lui-même. Il en souffre beaucoup dans le principe, puis il s'y habitue ; la maladie devient moins forte, et la santé générale ne paraît pas trop s'en ressentir. Cependant cet état de choses amène un déchet considérable dans la laine, car un troupeau métis ne donne en moyenne que 1,250 grammes par tête à la tonte, tandis que cette proportion est beaucoup plus forte en Europe, où les troupeaux sont naturellement mieux soignés.
On donne un bélier à cinquante brebis ; la monte s'opère dans la prairie ou au corral. Les brebis mettent bas où elles se trouvent, et Tabsence d'abris pour les remiser alors occasionne, comme nous