‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 54 sur 285 · ANIMAUX DOMESTIQUES. — CHIEN · texte numérisé non relu

ANIMAUX DOMESTIQUES. — CHIEN

époques, sont même devenus sauvages ; mais il n'est pas exact de dire, comme l'a avancé BufFon, qui n'avait point été suffisamment renseigné sur ce sujet, que tous aient repris la forme type de la race première, qu'il considère comme se rapprochant du lévrier. Ce qu'il y a de certain, c'est que les petites espèces ne se propagent pas à l'état sauvage, peut-être parce que l'instinct de leur faiblesse les amène toujours à rechercher l'appui de l'homme; peut-être aussi parce que les plus fortes les détruisent, — tandis que les espèces robustes peuvent parfaitement se suffire à l'état libre, vu l'immense quantité de gibier de toute sorte et de jeunes animaux dont elles peuvent faire leur proie.

Azara dit que, de son temps, les chiens sauvages [Penos cimarro'nés) étaient extrêmement nombreux à partir du 30" degré vers le Sud; qu'au Nord il n'y en avait pas, parce que, à raison des blessures qu'ils se font en se battant pour les chiennes en chaleur, les vers se mettent dans leurs plaies, et qu'ils y succombent tous. Il ajoutait que la rage était tout à fait inconnue parmi ces animaux ; et enfin que ces chiens, étant de toute race et de toute espèce, se rapprochaient néanmoins du danois, sinon pour la robe, du moins pour la forme et la taille.

Tout ceci est encore exact en partie, mais le temps et les événements ont apporté des modifications dans cet état de choses. Les chiens sauvages sont en effet à peu près inconnus aujourd'hui dans le Nord, mais ils se multiplient partout où les établissements qui les ont élevés se trouvent abandonnés. Ainsi, pendant la guerre de la Bande-Orientale, la plupart des chiens des estancias devinrent cimarrones^ leurs maîtres ayant été obligés de se réfugier dans les villes ou aux armées. Il y en eut jusqu'aux environs de Montevideo. — Le chien ciman^on agite la queue et donne de la voix comme le chien domestique, lorsqu'il est en chasse. Il habite entre les rochers, où il se creuse une sorte de bauge, dans les fourrés des bois, dans les pajonaleSj endroits remplis de grands joncs et de grandes herbes où il peut se cacher. C'est là aussi que les chiennes mettent bas. Les portées sont toujours nombreuses. — Pris jeune, le cimarron s'apprivoise avec la plus grande facilité et ressemble à tous les autres chiens domestiques, dont il n'est d'ailleurs que le descendant. — Les cimarrones chassent surtout de nuit et se réunissent par bandes pour poursuivre une troupe de vaches, de juments, dont ils aiTôtent les petits, veaux ou poulains, en effrayant les mères par leurs aboiements ; ils font ainsi beaucoup de dégât dans le jeune bétail. Quelquefois

môme ils attaquent les chevaux et les juments, surtout les dernières ; dans ce cas, c'est toujours à la plus grasse qu'ils s'adressent, parce qu'elle est moins légère à la course et reste en arrière lorsqu'ils donnent la chasse à une troupe.

Le nombre de ces chiens s'est parfois tellement multiplié que l'on a dû organiser de grandes battues pour les détruire, et payer une prime pour chaque animal abattu. — De temps à autre, les estancieros, pour s'en débarrasser, saupoudrent de strychnine le cadavre d'un cheval, que l'on abat exprès dans un endroit où ils abondent ; on en empoisonne ainsi des quantités considérables avec cette substance vénéneuse dont ou sait l'activité.

La rage fait également, à diverses époques, de très-grands ravages parmi eux. — Si cette maladie était inconnue du temps d'Azara, elle s'est malheureusement acclimatée depuis, et il arrive de temps à autre des accidents. Pour notre part, nous avons eu à traiter à l'hôpital français de Montevideo, en 1844, deux cas de rage communiquée ; nous en connaissons plusieurs autres cas, tous également mortels, dans la campagne, et le fait n'est pas rare dans le reste de l'Amérique du Sud. Il s'en est manifesté dernièrement à Rio de Janeiro.

Un vieux médecin espagnol, le docteur D. J. Gutierrez, mort il y a quelques années, et qui était venu dans la Plata en 1810, nous a assuré qu'on n'y connaissait la rage que depuis 1806, époque des expéditions anglaises. Les chiens amenés alors de l'ancien continent par les officiers anglais, tous amateurs de chasse, furent, selon lui, ceux qui la communiquèrent aux chiens indigènes. Nous ne citons ce fait que pour mémoire. Il nous parallt étrange que des animaux originaires d'Europe, où cette maladie, à l'état sporadique, est si fréquente en quelques saisons, aient perdu en Amérique l'aptitude à la contracter, pour la reprendre plus tard, alors surtout qu'on la voit aujourd'hui se développer spontanément chez les chiens cimarrones lors des sécheresses, et s'y montrer sous la forme épidé* mique. — Les maladies et les chasses réglées ont donc beaucoup diminué le nombre de ces animaux, d'autant plus que les habitants de la campagne leur font partout une rude guerre.

Quant aux chiens domestiques, toutes les estancias en nourrissent un nombre incroyable de toute race, de tout âge, de toute taille, de tout poil, qui accueillent assez mal le voyageur, surtout de nuit, et contre lesquels 11 est bon de prendre des précautions en ne mettant pied à terre que lorsqu'il y a du monde. Ces nuées jde chiens à moitié

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sauvages entourent le moindre rancho (chaumière) et sont une défense contre les bétes féroces et les malfaiteurs. On ne les soigne aucunement, et malgré cela le nombre en devient si considérable et si gênant, qu'il faut souvent en abattre une partie. — Parmi eux, quelques-uns sont de très-haute taille et font de bons tigreros (propres à la chasse du jaguar) .

Les Européens immigrés depuis une vingtaine d'années ont importé beaucoup de beaux chiens qui se sont parfaitement reproduits: Terre-Neuve , Lévriers , Épagneuls , Bouledogues , Chiens de berger, etc., etc. — Les Lévriers sont toujours assez difficiles à élever, et les Terre-Neuve sont malingres s'ils ne sont pas à portée de l'eau, surtout en été, durant les fortes chaleurs continues, qui les fatiguent beaucoup. Les Epagneuls et les Braques les plus fins se trouvent bien du climat et deviennent superbes. En somme, les belles races et les beaux sujets, soit pour la garde, soit pour la chasse, abondent sur le littoral, tandis que dans l'intérieur on s'en tient encore aux races communes, sauf quelques exceptions. — La maladie chez les jeunes animaux n'est pas plus forte ici qu'en Europe, et à la campagne ils se sauvent presque tous.

Pour la garde des troupeaux de moutons tins, on emploie des chiens de berger importés d'Europe. Mais déjà il ep existait une race dans le pays qu'on nommait />(?/to5 orejeros^ chiens à brebis, qui rendent de très-grands services, et qui seuls autrefois étaient chargés de conduire et de défendre les immenses troupes [majadas) de brebis que l'on envoyait paître dans la Pampa. Ces chiens étaient enlevés très-jeunes à leur mère, et on leur donnait à teter des brebis qu'on maintenait au corral jusqu'à ce qu'ils fussent assez forts pour marcher; de cette façon ils s'élevaient continuellement au milieu du troupeau. La seule nounnture qu'on leur donnât était de la viande de bœuf cuite ou cnie. On les en gorgeait le matin afin qu'ils fussent repus pour tout le jour et ne revinssent que le soir avec le U*oupeau qu'ils ramenaient eux*mômes au corral. Cette pratique est en partie suivie encore aujourd'hui ; mais en outre op fait toujours accompagner le troupeau par des hommes à cheval qui le surveillent et gouvernent les chiens»

CHATé

Cet animal a suivi l'homme partout. Sa race n'offre rien de particulier* On n'a point encore importé ces beaux Angoras qui plaisent

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tant aux Parisiens. — A la campagne, dans le voisinage des bois, quelques chats domestiques deviennent sauvages. Il est à remarquer qu'alors leur robe est grise, tachetée de noir, et se rapproche beaucoup de celle du gato montes^ chat des bois commun, qui n'est peut-être qu'un chat domestique devenu cimarron. Ceci est d'autant plus probable que la grande espèce de gato montes a tout à fait le pelage du jaguar, quoiqu'elle n'ait que deux fois la taille du chat ordinaire.

§ IL — Volailles.

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