PRODUITS DU RÈGNE ANIMAL. — ÉLÈVE DU BÉTAIL
que de là il lui fût facile d'eu embrasser d'un coup d'œil toute l'étendue et de surveiller de loin ses troupeaux. Sous ce rapport, les terrains de la Bande-Orientale, de l'Entre-Rios et du sud de Corrientes, offraient d'immenses avantages. On évita le plus possible le voisinage des bois où le bétail se cache en été pour fuir la chaleur, mais où il contracte un penchant à devenir sauvage, par suite de la difficulté de l'en faire sortir. Le desideratum d'un bon champ pour estancia fut une plaine absolument nue, couverte seulement d'un épais tapis de graminées; on ne recherche les bois, qui sont toujours nécessaires pour les usages économiques, qu'à une distance assez éloignée pour que l'on pût facilement en écarter le bétail. De là cette prédilection pour la plaine et cette répulsion pour les arbres qui caractérisent l'Argentin campagnard, non-seulement du littoral, mais de tout le pays, car, pour lui, le pastoreo (élève du bétail) est la première et la plus désirée des industries.
La maison, centre de l'exploitation pastorale, fut construite avec plus ou moins de luxe et de commodité. Dans le principe, ce fut une misérable chaumière, sans meubles, où le propriétaire dormait sur un lit de cuir, s'asseyait sur une tête de bœuf, buvait du maté, fumait la cigarette et se nourrissait exclusivement de ïasado national, viande de bœuf rôtie en plein air. — Cette vie est encore aujourd'hui celle de la petite propriété et des frontières du Sud. — Mais depuis ces demeures s'améliorèrent, et il y en a maintenant où l'on peut vivre passablement, surtout si elles appartiennent à des étrangers. A ceux-ci, un peu de comfort est indispensable, tandis que l'habitant de race espagnole n'en sent pas le besoin.
Au bâtiment, principale résidence du maître, se relient quelques chaumières, les unes où logent les valets de la ferme ou peones^ d'autres qui servent de magasins, où se^ déposent les cuirs, les laines, etc.; quelquefois une pulperia ou boutique, dans laquelle se vendent les denrées et objets d'utilité première, y est annexée. Dans k voisinage, les estancieros soigneux ont parfois un jardin avec quelques arbres fruitiers et quelques légumes : mais, melons, citrouilles, etc. Des nuées de volailles sont répandues dans la cour et dans les corroies , où elles trouvent abondamment à vivre parmi les débris animaux de toute espèce qui les jonchent. Les corrodes^ partie indispensable de l'exploitation, sont de grandes enceintes for* mées de pieux U*ès4orts, enfoncés perpendiculairement dans le sol et trè9-proches les uns des autres, de manière à former une barrière infranchissable pour le bétail* On y conduit à tour de rôle un cer-
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tain nombre d'animaux pour qu'ils prennent Thabitude de Tobéissance et celle de rentrer à la volonté du maître dans un endroit ferme où Ton puisse saisir ceux dont on a besoin. D'autres enceintes plus petites servent pour les chevaux, les porcs ou les moutons. Un grand nombre de chiens veillent autour de l'estancia et protègent lé jeune bétail et les volailles contre les animaux de proie qui accourent de tous les points de la campagne : Sarigues, Chats sauvages, Hurons, etc., etc.
Lorsque la superficie de l'estancia est très-gi'ande et le bétail nombreux, on établit à une certaine distance , aux environs , de petites maisons, diies puestos, où vit avec sa famille un péon attaché à telle ou telle fraction de bétail , et tout auprès, un corral où celui-ci le fait rentrer à époques réglées, de manière que les animaux soient continuellement surveillés et toujours en rapport avec l'homme.
La quantité de bestiaux à répartir par lieue carrée varie beaucoup ; elle est relative à l'état du sol. Là où les pâturages sont drus et nourrissants, on alimente facilement 3,000 têtes et même plus, tant en bétail bovin qu'en chevaux, juments et mules destinés au service de l'estancia ; mais dans les terrains maigres il faut bien réduire cette quantité. On dit. généralement que la moyenne acceptée sur le littoral est de compter une vare de front (la vare a 86 centimètres), sur 9,000 de fond, c'est-à-dire 9,000 vares carrées nécessaires pour un animal; mais cette quantité n'est suffisante que dans.les très-bons terrains ; elle est beaucoup trop faible presque partout, car elle supposerait la possibilité de nourrir, en moyenne, près de 4,000 animaux par lieue carrée, ce qui n'est pas possible dans un pâturage naturel, sur lequel les sécheresses et la saison froide ont une si grande influence.
Personnel d'une estancta. — Pour gouverner ces troupeaux, on a un personnel composé depcones ou valets de ferme; leur nombre varie à raison des diverses industries qu'embrasse l'exploitation, mais il est toujours assez considérable, c'est-à-dire de deux, trois et même quatre pour 1,000 têtes, suivant le plus ou moins de domestication du bétail. Tout le travail, bien entendu, se fait, et ne peut se faire qu'à cheval; aussi« parmi lespeones^ établit-on une distinction entre ceux qui peuvent travailler avec les potros (poulains) ou chevaux neufs, et dont la plupart sont dompteurs de profession (domadores)^ et ceux qui travaillent avec chevaux maniables [mansos). Les premiers ont toujours une haute paye, qui va jusqu'à 12 et IS piastres mensuels, en raison directe de leur activité et de leur intelligence , tandis que les autres