PRODUITS DU RÈGNE ANIMAL. — ESTANCIAS
sont limités à 8 ou 10. Tous, bien entendu, sont nourris et logés, dépense peu considérable, car le logement se réduit à un simple toit de paille, et la nourriture a du bœuf rôti et à du mais.
Ces hommes sont sous la direction d'un ou deux contre-maîtres {capataz)^ et, lorsque Festancia est grande et que le propriétaire n'y réside pas, il a généralement un représentant, dit mayordonio (majordome), lequel a d'ordinaire un intérêt dans l'établissement et commande aux catajmces.
Le Gaucho. — Tous loi^peones de l'estancia forment ce que Ton appelle là peonada^ c'est-à-dire la réunion des serviteurs de la ferme ; ce sont eux qui constituent la majorité de la population vigoureuse des campagnes. On les désigne mal à propos sous le nom de yauchos; ce n'est point à eux que cette expression est applicable, mais à l'homme errant, au vagabond qui ne veut pas travailler et n'a pour tout bien que ses vêtements et son cheval. Le gaucho est le bandit de la Plata, et, quoique ce ne soit pas précisément un malfaiteur, un brigand, il est presque toujours en guerre avec la justice , pour quelque cheval volé , quelque iillc enlevée, et surtout pour quelque coup de couteau malheureux, suite de Tengeance ou de simple querelle de pulperia (cabaret) ; le chiffre de ces accidents {desgracia) est quelquefois élevé. Ce sont les peofis qui ont, en majorité, composé de tout temps les milices à cheval employées dans les guerres civiles et étrangères qui se sont faites dans la Plata. Quant au gaucho, lorsqu'on peut le saisir, il est enrôlé d'autorité dans les corps de ligne, dont il s'échappe souvent à la première occasion, car le joug de la discipline lui est pesant. Il s'enfuit alors dans les bois et y vit de rapine, c'est-à-dire des bœufs qu'il tue aux estancias voisines, et dont il vend les cuirs à l'occasion. Ces déseileui^s, connus sous le nom de matreros^ habitants des bois, sont d'un voisinage toujours dangereux.
La quantité de bétail bovin qui peuple l'estancia est en raison directe de la fortune des propriétaires et de l'étendue du terrain. A ce bétail s'ajoutent les bœufs de travail [novillos) domptés, qui senent pour les charrettes , les chevaux avec le nombre nécessaire de juments et d'étalons pour la reproduction, quelquefois des baudets pour la production mula^sière , et enfin un troupeau de moutons plus ou moins nombreux. Les proportions de chaque espèce de bétail varient suivant que le propriétaire s'adonne davantage à telle ou telle branche de l'industrie pastorale.
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lU RÈGNE ANIMAL.
Bodeo. — La besogne ordinaire des peons de Testancia consiste à surveiller le bétail et surtout à faire le rodeo , c'est-à-dire à décrire de grands cercles autour de la propriété, de manière que Iqs animaux ne s'écartent pas sur le terrain d'autrui; ce sont, par conséquent, des galops de huit à dix lieues qu'il leur faut faire chaque jour. En outre, ils font rentrer à tour de rôle les bestiaux dans les corroies, et ils les ramènent en un point de la plaine, dit aussi rodeo ( entourage, parcours en rond), où ils passent la nuit, tout cela pour les habituer à l'obéissance et à se laisser facilement conduire. L'opération de l'entrée aux corrales se fait le moins souvent possible, car les bœufs et les vaches s'y blessent quelquefois ; on ne la pratique que rarement, et lorsqu'ils sont bien apprivoisés. Comme les animaux sont naturellement doux, ces résultats ne sont pas difficiles à obtenir; mais il faut pour cela un bon nombre de peons et de chevaux. Aussi les temps de guerre, qui font une grande consommation des uns et des autres, sont-ils excessivement funestes à la prospérité des estancias, non-seulement pai'ce que la propriété se trouve alors un peu abandonnée à la . discrétion des chefs militaires de tous les partis, mais parce que le bétail, n'étant plus assez surveillé , devient très-aisément farouche {arisco, alzado)^ et se reproduit moins.
En effet, le bétail bien gouverné multiplie d'un tiers en sus chaque année, de sorte qu'au bout de trois ans, déduction faite du nombre d'animaux nécessaire à la consommation et à une vente ordinaire, la population d'une estancia a doublé. Une fois qu'il est redevenu à moitié sauvage, cette proportion diminue. Le bétail alzado gagne généralement les bois, s'il y en a dans le voisinage, mais ne s'éloigne cependant pas beaucoup du lieu où il a été élevé [quereticia) ; aussi la difQculté n'est pas de le retrouver : ce qui est pénible, c'est qu'il faut fatiguer pendant des mois entiers hommes et chevaux, pour le réduire de nouveau.
Cette affection instinctive des animaux pour leur querencia rend souvent très-laborieuse leur conduite à des endroits un peu éloignés. On n'en vient alors à bout qu'à forc.e de patience et en multipliant les peones, et encore arrive-t-il parfois qu'une panique subite les disperse en route , malgré toute l'attention , toute l'activité des conducteurs. Dans ce cas, si Ton n'est pas encore trop éloigné du point de départ, on peut être à peu près sûr de les retrouver à leur ancien pâturage. Les chevaux, les juments, les mules, ont, sous ce rapport, les mêmes instincts.