‹ Description géographique et statistique de la confédération Argentine (volume 2)Chapitre 70 sur 285 · PRODUITS DU RÈGNE ANIMAL. — ESTANCIAS. — PATURAGES · texte numérisé non relu

PRODUITS DU RÈGNE ANIMAL. — ESTANCIAS. — PATURAGES

Terrains salés. — Une condition très-importante pour que le bétail se reproduise bien dans une estancia, c'est que le terrain soit un peu salin. Il n'est pas besoin pour cela que le sel apparaisse à la vue, il suffit que la terre en contienne un peu, et que le pâturage participe de la salure naturelle du sol. Or presque tout le bassin de la Piata oflfre cette particularité minéralogique, qui explique pourquoi le bétail s'y est reproduit en si grande quantité et pourquoi les épidémies le frappent si rarement, surtout à partir du 30* degré en allant vers le Sud. C'est, en effet, sous ce parallèle que, près des côtes de rocéan principalement, commencent les terrains salifères. Les champs ainsi imprégnés de ces principes salins sont désignés sous le nom de campos criaderos , champs favorables à la multiplication, et se payent beaucoup plus cher que les autres.

Barf'eros. — On donne le nom de barreros à des terres imprégnées naturellement de sels de soude, qui se rencontrent çà et là dans certaines localités où le pâturage n'est pas salé de luimême, et que viennent lécher les animaux. Au Brésil on fait des harreros artificiels en mélangeant du sel à de la terre et en plaçant de petits tas de boue salée sur divers points de l'estancia. Dans les parties ainsi privées de sel, comme le nord de Rio-Grande, le nord-est des Missions, l'est du Paraguay, les bœufs sont tellement avides de substances salines qu'ils viennent lécher la sueur des chevaux, s'emparent de leurs couvertures qui en sont trempées,- et les mangent... On les voit même lécher la place sur laquelle quelqu'un vient d'uriner. Ce besoin de substances salines rend, dans ces endroits-là, les animaux extrêmement doux et maniables. Si l'on veut que leur santé se maintienne, il faut absolument leur donner du sel, autrement ils maigrissent et succombent facilement aux épizooties diverses .qui sont plus fréquentes dans ces régions que partout ailleurs.

Castration. — Les grandes opérations d'une estancia sont la castration des jeunes animaux et la marque. La castration s'opère par ablation : l'animal est lacé, renversé, maintenu par deux ou trois hommes, et l'opérateur ne se sert d'autre instrument que d'un coute«u. Les jeunes bœufs sont châtrés à deux ans, les chevaux et mulets à deux ans également, les porcs et les moutons à six mois. Cette opération se fait à l'entrée de l'hiver, en mai ou en juin, époque à faquelle les mouches ont disparu; car, en été> la plaie pourrait être

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envahie par les vers, et les animaux périraient. La mortalité résultant des suites de la castration est évaluée à 4 pour 100 pour les bœufs, à 10 pour 100 pour les chevaux, animaux beaucoup plus délicats ; elle est presque nulle pour le porc et le mouton.

Marque. — En môme temps qu'on châtre les bœufs, les chevaux et les mulets, on les marque, c'est-à-dire qu'on leur applique sur la fesse, à l'aide d'un fer chaud, la marque de l'estancia. Cette marque, enregistrée à la police du chef-lieu de la province, est absolument nécessaire pour constater la propriété du bétail et, en cas de vente, le propriétaire la reproduit sur son acte. Lorsque l'on achète des animaux pour les mettre dans une autre estancia, ou bien s'en servir pour le trait ou la selle, le nouveau propriétaire leur applique sa marque : aussi voit-on des chevaux qui en ont quelquefois deux ou trois , et même plus. Il y a des marques qui datent des premiers temps de la conquête. L'opération de la marque chez les animaux adultes sigjiale l'époque des fêtes dans les estancias : c'est celle où l'homme du champ [campo) déploie toute son adresse et toute son énergie; c'est là que brillent les meilleurs laceurs [enlazadores)^ les plus habiles manieurs de bolas [boleadores). Souvent, ces travaux terminés, il y a des courses {carreras) entre les plus fins cavaliers du canton. On y fait la réputation des chevaux {parejcros) qui peuvent dès lors aller disputer les prix sur un terrain plus important.

Produits de Vestancia. — D'autres opérations consistent à couper le crin des juments à la crinière et à la queue, et pour cela il faut également les lacer et les mettre à terre. Ce crin est un des principaux produits des estancias.

Les peaux des animaux qui ont servi à la consommation de l'établissement sont séchées sur le sol, étendues à Taide de piquets [estacas^ cueros de estaqueo)^ et empilées ensuite dans le magasin, d'où on les expédie pai' charretées au centre commercial le plus prochain. On en fait autant des crins et bourres de chevaux ou de bœufs. On recueille également les os.

Dans quelques estancias on fait du beurre et des fromages généralement assez médiocres. Cependant ceux de Goya, dans la province de Corrientes, ne sont pas sans mérite, et ceux de la vallée de Tafi, au pied du Nevado d'Aconquija, dans la province de Tucuman, sont parfaits; ils se rapprochent beaucoup de notre fameux

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