PRODUITS DU RÈGNE ANIMAL. — ESTANCIAS DE L*INTËRIEUR
roquefort. On en exporte une assez grande quantité pour le littoral.
La tonte des moutons se fait au commencement de Tété : elle est pratiquée par les peons de Festancia, et, s'ils ne sont pas assez nombreux, on loue des hommes qui font ce métier à cette époque-là, et on les paye à tant par mouton.
Les meilleurs animaux, les plus gras, bœufs ou vaches, sont vendus pour les abattoirs [mataderos) des villes. On ne sacrifie cependant lesvaches que lorsqu'il y aabondance de bétail; quelquefois même les gouvernements provinciaux croient devoir en interdire l'abattage, dans l'intérêt de la reproduction. Les autres, généralement les novil^ las ou jeunes bœufs de trois à six ans, sont vendus pour les saladeros. L'animal de matadero vaut toujours un quart ou un tiers en plus de celui de saladero. Les prix varient singulièrement; ils étaient à 4 piastres en 1840, ils ont monté à 16 piastres en 1856, par suite de la haute valeur que les cuirs avaient acquise en Europe. Le prix du bétail dans la Plata est tout à fait dépendant de celui qu'obtiennent les produits de l'autre côté de l'Atlantique.
Il n'en est pas de même des provinces de l'intérieur à l'ouest du massif de Cordova : l'exportation principale et presque unique de cette région se fait pour le Chili, marché qui sera éternellement ouvert et dont l'importance ira croissant chaque année, par suite de l'augmentation rapide et constante de la population de cette repu* blique. Les provinces de San-Luis, celles de la Rioja et de Catamarca, de Tucuman môme, y envoient presque tout leur bétail en pied ; il n'y a que les cuirs provenant de la consommation locale qui viennent au littoral. Salta, de son côté, expédie le sien en Bolivie, où le bœuf est rare. Ainsi l'industrie pastorale, dans la Confédération, a trois débouchés toujours ouverts et certains : l'Europe, pour les provinces du littoral où l'élève du bétail se fait en grand, le Chili et la Bolivie, pour les provinces de l'intérieur.
Estancias de rintérieiir. — C'est seulement dans la Mésopotamie argentine, dans les provinces de Buénos-Ayres, de Sauta-Fé, partie de celles de San-Luis, de Cordova, de Tucuman, de Santiago del Estero et de Salta, et enfin dans ce que nous avons appelé la Pampasie, que l'élève du bétail peut se faire sur une échelle assez grande pour entretenir des établissements tels que les saladeros actuels. Partout ailleurs cette industrie, restreinte par la nature des terrains infiniment moins riches en pâturages et en eau, est forcée de se
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limiter au bétail nécessaire pour la consommation locale çt Texportation de l'autre côté des Andes. L'expédition des animaux en pied vers le Uttoral y comporte des frais de conduite et des pertes en route qui rendraient l'opération mauvaise : aussi ne se fait*elle pas.
Les estancias de l'intérieur sont placées, tantôt sur les plateaux du massif central, tantôt dans les hautes vallées des Andes , tantôt enfin dans la plaine intérieure, si sèche et si boisée, qui s'étend entre ces deux systèmes de montagnes. Les bestiaux montagnards sont inférieurs en taille à ceux de la plaine ; mais, comme ils ont des eaux abondantes, un fourrage court et pourtant substantiel, ils s'élèyent facilement. Les estancias sont toutefois peu nombreuses dans ces régions, et les animaux, pour être en bon état d'exportation, ont besoin d'être engraissés quelque temps dans des prairies artificielles bien arrosées, tels que les champs de luzerne dont nous avons déjà parlé (voyez tome I, page 483).
Dans la plaine boisée, où l'eau manque essentiellement, il faut y suppléer à l'aide de mares artificielles [represas) ou de puits (pozos). Le soir, les bestiaux arrivent lentement, puis se pressent avec impatience devant la barrière de la represa^ soigneusement entourée de haies ou de pieux, et on les y laisse pénétrer en groupes qui se succèdent jusqu'à ce que tout le troupeau soit désaltéré. Là où il n'y a que des puits, à l'aide d'un seau de cuir on tire l'eau, que l'on verse dans des troncs d'arbres creusés communiquant les uns avec les autres et dans lesquels viennent boire les animaux. Les puits ne sont généralement pas assez multipliés dans cette région, qui nourrirait plus de bétail si l'on pouvait mieux -l'abreuver. Les animaux s'y alimentent autant des feuilles d'algarrobos ou autres arbres et de leurs fruits, que du fourrage rare tfui croit à leurs pieds. Dans beaucoup de petites estancias on ne leur donne à boire que tous les deux jours, et chacun, bœuf, cheval, chèvre ou mouton, sait parfaitement quel est le sien. Cette pratique les rend extrêmement familiers, et il devient facile de s'apercevoir, dès le premier jour, s'il manque quelque tête au troupeau.
Cette facilité à reconnaître le bétail est une qualité particulière de l'homme du champ. Sur un troupeau de 1,000 têtes, il connaît chaque animal par sa robe, par ses allures, par ses habitudes particulières; d'un seul coup d'oeil il s'aperçoit s'il en manque un : et cela non pas seulement dans les provinces de l'intérieur, où les animaux sont^obligés de venir boire à la mare ou au puits, mais aussi dans la Pampa^ où, étant constamment épars au milieu du champs ils