CHAPITRE IV
lËpizooiies»
Quoique le pays soit couvert de bestiaux, les épizooties y sont plus rares qu'on ne doit le supposer. Nous avons déjà fait pressentir la double cause de cette sorte d'immunité, remarquable surtout dans le Sud : elle est certainement due tout à la fois à l'excellence du climat et à la présence du sel qui abonde dans la majeure partie des pâturages.
Les sécheresses, qui, dans les régions argentines, sont pour la race humaine les époques les plus fréquentes des maladies, déterminent également des affections, de temps à autre épidémiques, parmi les nombreux troupeaux qui pullulent dans les plaines de la Pampasie et de l'intérieur. Mais, en général, les animaux meurent plutôt d'épuisement, c'est-à-dire des suites de la fatigue causée par la soif, qu'ils ne succombent à des maladies spéciales. En effet, les champs du Sud n'étant point arrosés par les pluies, le fourrage y devient sec et ligneux, et les lagunes, indispensables aux besoins des animaux, se dessèchent ; ceux-ci s'éloignent alors de leur querencia pour chercher de l'eau, cheminent quelquefois à des distances considérables, et beaucoup périssent en route. Heureusement ces sécheresses opiniâtres sont très-rares, et Ton ne cite guère que celle qui désola le Sud, il y a trente juis, époque à laquelle trois années consécutives (de 1827 à 1830) se passèrent, dit-on, presque sans pluie* Dans les dix-huit dernières années rien de pareil n'est arrivé ; il y a soavent des sécheresses partielles et plus ou moins longues ; le b^ail en souffire certainement, mais il se refait aux premières pluies*
Les épizooties les plus communes sévissent dans le nord de la province brésilienne de Rio-Grande do Siil, et dans le voisinage des Missions orientales. Nous savons déjà que le terrain n'y est pas salé, et que le fourrage y a un certain goût de citron qui ne paraît pas plaire au bétîiil, lequel effectivement y engraisse peu. Les épizooties qui se manifestent de temps à autre dans cette contrée sont, à ce que Ton nous a assuré, une sorte de pneumonie maligne qui sévit sur les bœufs , quelquefois le chancre de la langue ou glossanthrax, et une fièvre de mauvaise nature qui ressemble au typhus.
Les chevaux et les mules sont généralement épargnés, et ensuite il est extrêmement rare que ces maladies passent au sud du Rio-Ibicuy. — Ce qui est le plus commun dans les pâturages de la Bande-Orientale, de TEntre-Rios et de Corrientes, c'est l'apoplexie, quelquefois à l'état épidémique, mais ne faisant pourt<^ut pas beaucoup de ravages. Ainsi, au printemps, l'on voit des animaux mourir, subitement atteints au milieu du champ, accident que les estaucieros considèrent comme le résultat d'une congestion sanguine impossible à prévenir, d'autant plus que les bœufs qui en sont frappés sont souvent les plus grands et les plus gras du troupeau. Il paraît que la présence d'un chardon particulier [Cardo bisnal) dans les pâturages contribue à cet accident. On peut sauver quelques animaux par une saignée qu'un peon pratique, en leur scarifiant le palais avec son couteau, mais la plupart succombent. Les estancieros prétendent que, même dans ce cas, leur chair n'est nullement malsaine, et qu'on peut la manger sans inconvénient. Le cuir est également en parfait état, et l'on se hâte de l'enlever.
Eu 1857, une épizootie a régné dans les provinces de l'intérieur depuis le nord de Santa-Fé et de Cordova jusqu'à la frontière de Salta, et à la pointe sud de la sierra del Alumbre, sur la lisière du Chaco. C'était une sorte de fièvre lente accompagnée d'un catarrhe des fosses nasales; mais ce symptôme n'était pas constant. Quelquefois ni la toux ni le catarrhe n'existaient : il n'y avait qu'une fièvre s'annonçant par l'injection des yeux, une marche pesante, l'absence d'appétit, une émaciation rapide, etc. Cette épidémie, qui régna du 31' au 26* degré, ne fit piis de très-grands ravages; quelques troupeaux menacés furent conduits à temps vers les vallées des Andes, où ils se refirent. On profitai sans inconvénient du cuir des bêtes malades, et l'on usa môme de la chair de celles qui étaient mortes en conservant leur état de graisse. Témoin de ceci, dans les environs de Gatamarca, nous ne vîmes pas le moindre accident se pro~