INDIENS DU LITTORAL. — GUARANIS
les précédents une grande réputation de vaillance. Ce furent eux qui, en 1681, assassinèrent de nuit le conquérant Garay et les siens, pendant qu ils bivouaquaient sans précaution sur la rive droite du Parana. Pendant toute la durée des dix-septième et dix-huitième siècles, ils combattireut avec plus ou moins de succès contre les Espagnols. Enfin, en 1728, complètement battus près de l'endroit où s'élève maintenant la ville de la Victoria, ils finirent par se fondre avec les vainqueurs; ceux des Minuanes qui ne voulurent pas céder passèrent dans la Bande-Orientale, où ils s'unirent intimement aux Charmas, leurs alliés, et suivirent jusqu'à la fin leurs fortunes diver-ses : ils ont en conséquence disparu avec eux.
Aux environs de Buénos-Ayres étaient les Qi erandis, Indiens trèsprobablement de la même race que ceux qui peuplent actuellement le Sud, et qui combattirent avec une extrême vigueur les premiers colons espagnols conduits par Mendoza. Ils combattaient avec l'arc et la flèche et une sorte de javelot, et en outre se servaient avec une habileté extrême du lazo et des bolas; ce furent eux qui en enseignèrent Tusage aux Espagnols. On raconte que le frère de Mendoza fut ainsi lacé et tué avec neuf de ses officiers, et qu'au moyen des bolas perdidas^ c'est-à-dire de boules attachées à une courroie et portant des bouchons de paille enllammée, ils mirent le feu aux maisons de chaume de Buénos-Ayres et à quatre navires espagnols ancrés dans le Riachuelo (ruisseau qui se jette dans la Plata près de la ville) ; ils les forcèrent ainsi d'évacuer cette place en 1535. Cette colonie demeura donc abandonnée pendant quarante-cinq ans, jusqu'en 1580, époque à laquelle Garay y fonda un nouvel établissement. Les Querandis furent alors repoussés et se retirèrent vers le Sud.
Deux nations guaranies, les plus méridionales de cette nombreuse race, qui habitaient la cùte de la Plata où se trouvent maintenant les bourgs de San-Isidro et de Las-Conchas, et qui s'étaient d'abord unies aux Querandis pour repousser les Espagnols, firent alliance avec ceux-ci et se confondirent avec eux. Telle fut Torigine de la population première de Buénos-Ayres. Les Espagnols les désignèrent sous le nom de Indiens del Monte-Grande y de Santiago^ puis sous celui de Mbegvas, de Chanas, de Tlmbls, qu'ils se donnaient eux-mêmes. Ces Guaranis s'étendaient vers le jNord, sur la rive droite du fleuve, jusque de l'autre côté du Rio-Juramento.
En remontant le Rio-Parana, les conquérants trouvèrent sur la rive occidentale, au nord du territoire des Timbus, — des Minuanes,
des Abipons, des Mocovis, des Tobas. — Les Abipons [Abipones en espagnol) ne furent à peu près détruits qu'à la fin du siècle dernier, non par les Espagnols, mais par les autres tribus indiennes du Chaco, surtout par les Mocovis, qui leur faisaient une guerre acharnée. On essaya de former avec eux, en 1770, la réduction de Garzas, dans la province de Corrientes, à six lieues est de l'endroit où est actuellement situé le bourg de Bella-Vista. Cette réduction ne subsista que quelques années, et sur ses ruines s'est élevé un bois épais. Il en fut de même de celle de San-Geronimo, bâtie sur l'Arroyo-del-Rey en 1748, laquelle, fondée par les jésuites, dura plus longtemps, et ne tomba qu'au commencement de ce siècle, lors de l'abandon de la frontière septentrionale de la province de Santa- Fé, reconquise par les barbares sur les chrétiens. — Quant aux Mocovis et aux Tobas, qui existent encore aux mêmes lieux qu'à Tépoque de la conquête, nous en parlerons plus tard.
La province de Corrientes, le territoire des Missions, le Paraguay, les rives du haut Parana, étaient alors occupés par de très-nombreuges tribus, presque toutes d'origine guaranie. Les historiens de cette époque et les missionnaires les désignent sous luie foule de noms: Cai'ios, Itatines , Caracaras, Mbeguas, Timbus, Tucaques, Tilvazas, Mangolas, Tarsis, Bomboïs, Curupaltis, Curumiaïs, Caiguas , Tapes , Dagalastes , Ebirayas , Yaunetes , Frentones , Ometes, Mauris, Cherenos, Chaguayarques, Cambales, Samacosis, etc. Les uns étaient agriculteurs, les autres chasseurs et pêcheurs ; tous combattaient avec l'arc , la flèche et la massue [macanà). Leur agriculture leur procurait le maïs, l'arachide, le manioc, les haricots, les citrouilles ; ils faisaient de l'hydromel avec le miel des abeilles sauvages, de la bière de maïs [chicha) ou d'algarrobo, etc. La plupart portaient le barbote^ c'est-à-dire qu'ils perçaient la lèvre inférieure à l'origine des dents pour y introduire un morceau de bois ou de pierre comme ornement. Tous ces Indiens furent réduits dans le courant des seizième et dix-septième siècles ; une partie se fondit avec les Espagnols, l'autre constitua les réductions confiées aux franciscains dans les environs de l'Assomption, le reste fut organisé par les jésuites pour former leur fameuse province des Missions, à l'ouest du Paraguay proprement dit, entre le Tebicuary au nord, le Mirinay et Tlbicny au sud, la sierra del Tape et les forêts vierges du Pepiri à l'est, la Laguna Ybera et le grand Estero de Nembucu à l'ouest.
Les Garios, qui étaient la tribu la plus puissante et la plus nom-