INDIENS DU LITTORAI.. ~ GUARANIS
breuse, firent une guerre acharnée anx Espagnols, qui ne les domptèrent qu'après plusieurs révoltes successives, et les réduisirent enfin en enconmiendas (commanderies) assignées aux familles des principaux conquérants, c'est-à-dire en véritable servage. Ces Indiens étaient soumis à des caciques particuliers, vivaient dans des villages, se livraient à Tagriculture ; mais leurs mœurs étaient féroces et grossières. Ulrich Schmidel, qui fit toutes les campagnes de Mendoza, d'Oyolas, d'Alvar-Nufiez et d'Irala, les signale comme anthropophages à Toccasion, tandis que les autres tribus du Chaco, telles que celles des Agaces, des Payaguas et les Guaycurus, ne Tétaient point.
Les tribus du nord-est qui occupaient la province de La-Guayra, sur les rives du haut-Parana, où furent fondées les premières Missions des . jésuites et les villes de Xérez, d'Ontlveros, de Villa-Réal, détruites depuis par les Portugais, étaient plus douces que celles des Carios et donneront beaucoup moins à faire aux conquérants. Ceux-ci n'eurent û lutter que contre les Tupis, dont la rnce s'est conservée jusqu'à ce jour, Indiens anthropophages du Brésil, dont la langue se rapproche de celle des Guaranis, et qui ne sont sans doute qu'une fraction de cette race. Tout ce qui forme aujourd'hui les provinces brésiliennes du Parana, de Saint-Paul et partie de Sainte-Catherine, étoit habité par ces mêmes tribus guaranies , au milieu desquelles Alvar-Nunez-Cabeza-de-Vaca, et depuis lui nombre d'Espagnols, se frayèrent directement un chemin de la mer au Paraguay. Tantôt le nom de la rivière sur les bords de laquelle elles vivaient, tantôt celui de leur cacique temporaire, servirent à les désigner.
Rien de plus remarquable d'ailleurs, au point de vue ethnologique et philologique, que l'existence des peuplades guaranies sur an espace qui ne comprend pas moins de 4o degrés en latitude, des bouches de l'Orénoque à celles de la Plata, et plus de la moitié de ce chiffre eu longitude, des rives de l'Océan au pied des Andes, espace supérieur en étendue à celui de l'Europe entière. Ces peuplades, qui n'ont pas d'histoire, qui nulle part n'ont formé un corps de nation, dont la civilisation à peine ébauchée n'a en nul endroit jamais fait d'elle-même aucun progrès , — toutes cependant, sans aucun lien apparent entre elles, sans liaisons d'amitié, sans croyances communes, sans traditions quelconques, portent dans leurs traits, dans leur couleur, dans leurs instincts, les traces d'une origine commune qui reste ignorée, et, chose inexplicable, parlent la môme langue. — Ce phénomène est d'autant plus extraordinaire qu'au
milieu d'elles se trouvent une foule d'autres nations, souvent réduites à quelques individus, parlant une tout autre langue, et Ton croit savoir aujourd'hui que le nombre des dialectes connus qui se parlent dans r Amérique du Sud dépasse douze cents, c'est-à-dire qu'ils sont plus nombreux à eux seuls que ceux de tout le reste du monde. Sans doute ces langues sont très-pauvres, et n'embrassent qu'un cercle d'idées extrêmement restreint; mais elles n'en sont pas moins des idiomes distincts.
Nous n'expliquerons pas plus ce fractionnement des nations indiennes et leurs langues diverses, que nous ne pouvons expliquer l'existence, sur une si vaste surface, des tribus guaranies, si faibles par elles-mêmes, le plus souvent si peu énergiques, lorsqu'il n'est resté chez aucune ni le souvenir d'un point de départ commun, ni quelque désir d'alliance mutuelle, de ligue, pour résister aux autres peuplades différentes d'elles par le langage et les mœurs.
Il est vrai que les historiens de la conquête font remarquer que les Guaranis étaient plus voyageurs que toutes les autres tribus indiennes, et que ceci peut expliquer en partie leurs migrations ; mais ce qu'il y a de singulier, c'est que ces migrations aient toujours été isolées et qu'on n'ait conservé le souvenir d'aucune émigration en masse, pareille à celles dont on parle dans l'Amérique du Nord pour les Toltèques et les Aztèques, qui, eux du moins, arrivèrent à un certain degré de civilisation. — Ce qu'il faut considérer aussi, c'est que nulle part les hordes guaranies ne furent plus nombi^euses et plus pressées que dans le bassin de la Plata et au bord de ses grands fleuves; ainsi, excepté au Paraguay et sur les bords du haut Parana, où les Guaranis formaient des groupes de population un peu plus denses, partout ils étaient fractionnés en petites tribus portant un nom distinct et complètement isolées les unes des autres, ne se réunissant à celles de même origine ou bien à d'autres nations voisines que momentanément, soit pour résister à quelque attaque, soit plus rarement, pour entreprendre quelque expédition. Doués d'une certaine docilité native, après une résistance assez vive dans le principe, ils cédèrent promptement aux Espagnols et aux Portugais, et se laissèrent réduire en enconmiendas par les premiers, et en un .véritable esclavage par les derniers. Les uns et les autres de ces conquérants prirent des femmes dans cette nation, et ainsi se forma la nombreuse race des métis. En même temps, la langue guaranie devint la langue usuelle dans ces régions, de sorte qu'aujourd'hui, dans la province brésilienne de SaintrPaul, au Paraguay et dans la pro-