INDIENS DU LITTORAL. — GUARANIS
vince de Corrientes, le peuple, et les femmes surtout, ne parlent encore que le guarani, très-mêlé sans doute de mots espagnols et portugais, mais qui n'en est pas moins la véritable langue générale {lengoa gérai au Brésil), qui se parle de la Guyane aux Andes et dans le voisinage de la Plata.
C'était aussi la langue des Missions jésuitiques, formées presque exclusivement de Guaranis de tribus diverses, mais groupées habilement sous la main intelligente des fondateurs de ces établissements célèbres. Les jésuites ont laissé une grammaire, un dictionnaire et divers ouvrages imprimés dans cette langue.
Presque toutes les peuplades guaranies du Brésil et du territoire argentin ont disparu, les unes détruites, les autres fondues avec le reste de la population. Dans notre histoire des Missions, on trouvera de$ détails particuliers sur le sort des Guaranis des anciennes réductions. Ce n'est plus qu'au Paraguay qu'on rencontre encore des >illages presque exclusivement composés de ces Indiens ; et, dans les forets vierges du nord-est, quelques groupes encore sauvages vivent isolés du reste du monde. Vers les Andes, sur la lisière du Cbico, les Chiriguanos, dont nous parlerons bientôt, appartiennent également à cette race et ont toujours consené leur indépendance. Les Indiens des provinces de Moxos et de Chiquitos où s'élevaient d'autres Missions jésuitiques, qui, passées aux mains des franciscains, existent encore aujourd'hui, comptent également quelques tribus de cette origine. De tous les Indiens de ces régions, ce sont d'ailleurs les Guaranis qui se sont le plus facilement plies aux coutumes et aux moeurs que leur apportèrent les missionnaires et les conquérants espagnols. Les réductions qui ont subsisté avec quelque i^lat ont toutes été composées par eux, tandis que presque aucune de celles qui étaient formées exclusivement d'autres nations n'ont pu durer, l'instinct de la vie sauvage ramenant toujours les néophytes à leurs plaines ou à leurs bois.
Après lesCarios, les indigènes contre lesquels les Espagnols eurent à combattre, en remontant le Bio-Paraguay, furent les Agaces, ancctres des Payaguas actuels, ou plutôt fraction de cette môme nation, car les écrivains de l'époque les citent indifféremment sous ces deux noms. Les Agaces étaient des Indiens de haute taille, sveltes, d'une couleur assez foncée, avec les yeux moins obliques que les Guaranis, Essentiellement navigateurs, ils couvraient le fleuve de leurs flottilles, composées de canots faits de troncs d'arbres creusés par la
feu, vivaient do leur pêche et de quelques échanges avec les Carios agriculteurs, avec lesquels ils paraissaient être en bonne intelligence. Ils livrèrent plusieurs combats acharnés aux Espagnols qui remontaient le Paraguay, et tuèrent quinze hommes à Cabot, à Tembouchure du Yermejo ; plus tard, à la Angostura, à quelques lieues audessous de l'Assomption, ils veulent barrer le passage k Oyolas et lui tuent beaucoup de monde, sans cependant Tarrôter. Leurs trêves avec les conquérants ne furent que momentanées, et, jusqu'en 1740, ils continuèrent à parcourir, non-seulement le Rio-Paraguay, mais encore le Rio-Parana, en y exerçant une véritable piraterie. Ces incursions des Payaguas expliquent pourquoi tant de villes et de bourgs actuels, entre autres la ville de Parana, ont été fondés à quelque distance de la rivière. Ces Indiens, excellents canotiers, fondaient comme la foudre sur les populations fiveraines, saccageaient un bourg, une estancia, et disparaissaient avec la môme rapidité, chargés de leur butin.
Cependant l'accroissement de la population espagnole du Paraguay, de Buenos- Ayres et de Santa -Fé, leur fit comprendre que cette continuité de guêtre finirait par leur être fatale ; aussi traitèrent-ils enfin de bonne foi avec les gouverneurs du Paraguay, et conclurent-ils une alliance offensive et défensive qui, jusqu'à l'époque actuelle, n'a pas été violée de part ni d'autre. La tribu des Tacumbus se fixa dans une lie en face de l'Assomption, où elle réside encore aujourd'hui. Par le cours des années, les maladies et la faible reproduction des Indiens, cette nation se trouve maintenant réduite à quelques centaines d'individus, qui conservent leurs mœurs, leurs habitudes, au milieu du reste de la population paraguayenne, sans se mêler aucunement à elle.
Dans le haut Paraguay, les premiers na\igateurs rencontrèrent d'autres peuplades, qu'ils désignèrent sous le nom de Xarayes, Ore- JONES et GuATOs. Ces peuplades habitaient les vastes terrains plats qu'inondent temporairement les eaux du Paraguay, du Tacuary, du San-Lorenzo et du Cuyaba. Les Xarayes étaient les plus nombreux ; il parait qu'ils appartenaient à la race guaranie et qu'ils se sont retirés plus tard dans le haut du Chaco, vers les provinces de Moxos ou de Chiquitos, où ils se sont mêlés avec les Samacosis de cette région. — Les Orejones, qui se sont confondus avec les Guatos d'aujourd'hui, semblaient fort misérables; en se cachant dans leurs marais, ils échappèrent aux Espagnols. — Les Guatos, qui sont déjà nommés à cette époque , subsistent encore. Ce sont