INDIENS DU CHACO
des Indiens excellents canotiers, très-pacifiques, et qui ont toujours vécu en bonne intelligence avec les colons européens ; mais leur nombre est maintenant beaucoup plus considérable que ne l'indiquait Azara, qui les réduit à quelques familles perdues dans une île inabordable h cause des marais qui Tentourent. Le voyageur espagnol faisait sans doute allusion à la fraction aujourd'hui disparue des Orejones, ainsi nommés des rondelles de bois qu'ils se passaient dans le lobe inférieur de Toreille, et qui allongeaient cet organe de manière à lui faire toucher Tépaule.
Quant à la population indienne du Chaco, elle est encore aujourd'hui dans le même état qu'à l'époque de la découverte, les Espagnols n'ayant jamais pu y maintenir aucun établissement sérieux, malgré tous les efforts qu'ils firent constamment dans ce but. Seulement beaucoup de tribus anciennes ont disparu , ou plutôt ont changé de nom en se fondant avec d'autres plus puissantes.
Au sud du Vermejo, on comptait les Tobas et les Mucovis, qui existent encore et forment les plus nombreuses et les plus puissantes de ces tribus ; ils furent en guerre continuelle avec les Espagnols de Santa-Fé, de Cordova, de Santiago-del-Estero et de Corrientes jusqu'à répoque actuelle. Les Tobas avaient également des tribus de l'autre côté du Vermejo. On les a désignés souvent sous le nom générique de Gi'AYCL'Hus, qui appartenait seulement à la nation la plus énergique de tout le Chaci), nation détruite à la fin du siècle dernier, selon ^Vzara, par suite delà coutume de l'avortement provoqué.
Les Lenguas ont à peu près disparu. On leur donnait ce nom d'une fente horizontale qu'ils se pratiquaient à la lèvre hiférirure et dans laquelle ils s'introduisaient une petite planchette semblable à une langue. C'était une fort belle race d'hommes. Ils firent une guerre acharnée aux Espagnols, et dcîvinrent surtout redoutables lorsqu'ils eurent pris l'habitude du cheval. Ils s'allièrent aux Emma- GAS et aux Gentusés, qui vivaient sur les bords du Vermejo, tribus beaucoup moins énergiques, et les prirent sous leur protection. Tous se sont depuis mêlés aux Tobiis et aux Mbayas. — Les Maciiicuvs, dont le langage est singulièrement guttural et imprononçable, vivaient entre le Vermejo et le Pilcomayo ; on les confond avec les Mbayas. — Il est d'ailleurs à remarquer que toutes ces hordes, vivant principalement de chasse, étaient vagabondes, et qu'on les trouvait tantôt de l'autre côté du Pilcamayo, tantôt au sud du Vermejo, ce qui explique la fréquence avec laquelle on voit figurer leurs noms
dans les luttes avec les Espagnols du Paraguay, de Corrîentes, de Sanla-Fé et de Tucuman, et avec les Portugais de Mato-Grosso.
Les Mbayas occupaient, à l'époque de la découverte, tout le nord du Pilcomayo. C'était une race énergique et brave, d'une haute stature, et qui, après le premier moment de surprise causée par les armes à feu des Espagnols, leur fit une guerre sans trêve ni merci, et leur coupa le chemin du Pérou par le Nord. Plusieurs fois ils envahirent le Paraguay et portèrent la terreur jusqu'aux portes de l'Assomption. L'introduction du cheval parmi eux a produit une révolution dans leur manière de combattre, et ils ont adopté la lance, tout en conservant l'arc et les flèches pour la chasse. Les Mbayas sont aujourd'hui connus sous le nom de Guaycurus ; les Brésiliens les nomment Indios cavalleiros^ et ont eu souvent à combattre contre eux. Rien n'égale l'impétuosité de leur attaque ; et si la troupe chrétienne, quoique armée de fusils, a le malheur de se débander un instant, elle est perdue, car les Mbayas manient le cheval avec tant de dextérité, et la lance avec tant d'adresse, qu'en quelques minutes les fugitifs sont atteints et massacrés. Leur tactique est donc de chercher à mettre du désordre parmi leurs ennemis, en effrayant les chevaux à l'aide de peaux de jaguar qu'ils traînent sur le sol ; mais ils n'osent pas attaquer directement un corps d'infanterie.
Les Mbayas obéissent à des caciques nommés seulement pour la guerre ; ils sont intimement liés avec la nation des Guanas, qui vivent dans leur voisinage, et dont quelques-uns se mettent h leur semce plutôt comme serfs que comme esclaves, car les Mbayas traitent leurs domestiques avec la plus grande douceur, et sont entièrement avec eux sur le pied d'égalité ; seulement ceux-ci cultivent la terre, tandis que le maître se réserve pour la chasse et la guerre. La nation des Mbayas aurait augmenté considérablement sans la pratique de l'avortement provoqué, si répandue chez un grand nombre de tribus du Chaco, les femmes ne conservant que l'enfant qu'elles supposent devoir être le dernier, et tuant la plupart des filles*
Cette pratique, suivant Azara qui a eu beaucoup de relations avec ces Indiens, est la cause de la disparition de la superbe nation des GîTAYCTRus, hommes aussi remarquables par leur haute stature et la beauté de leurs formes, que par leur intelligence et leur valeur^ Ce nom fameux, le plus célèbre entre tous ceux des tribus indiennes du Chaco, est resté comme souvenir et comme type, et on le donne aujourd'hui indistinctement à tous les indigènes à Touest du Rio-Paraguay, et surtout aux Mbayas, qui retracent en partie par leurs